Aller au contenu
Français · 11e SE

Leçon 15 sur 21

La religion, le sacré, le surnaturel

Je sais distinguer religion, sacré et surnaturel, repérer leur présence dans les œuvres africaines et expliquer le rôle qu'ils jouent dans le récit et dans la vie des personnages.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir religion, sacré, profane, surnaturel, totem, génie, ancêtre
  • Présenter les croyances traditionnelles africaines, l'islam et le christianisme tels que la littérature les montre
  • Analyser le merveilleux et le surnaturel dans L'Enfant noir, L'Aventure ambiguë et Soundjata
  • Rédiger une réponse argumentée sur la place du sacré dans la littérature africaine

Avant de commencer : La littérature orale ; l'éducation ; la structure de la société

1Je découvre

À Kouroussa, au bord du Niger, Alpha accompagne sa grand-mère au fleuve. Elle lui interdit de montrer du doigt un vieux fromager : « On ne manque pas de respect à cet arbre, dit-elle, il est habité. » Le vendredi, Alpha va à la mosquée avec son père ; le dimanche, il entend les chants de ses voisins chrétiens. Et le soir, son oncle raconte l'histoire d'un chasseur qui aurait parlé avec un génie de la brousse.

Alpha s'interroge : ces croyances sont-elles contradictoires ? Pourquoi un arbre, un animal ou un lieu peuvent-ils être sacrés ? Et pourquoi les romans africains qu'il lit au lycée sont-ils remplis de génies, de serpents protecteurs et de prières ?

Quelle place la religion, le sacré et le surnaturel occupent-ils dans la littérature africaine, et que nous disent-ils de la vision du monde des personnages ?

2Je comprends

1. Trois notions à bien distinguer

  • La religion est un ensemble de croyances et de pratiques (prières, rites, fêtes, interdits) qui relient les êtres humains à une ou plusieurs puissances divines, et qui rassemblent une communauté de croyants.
  • Le sacré désigne ce qui est mis à part, respecté ou craint parce qu'il est lié au divin : un lieu (bois sacré, mosquée, église), un objet, un animal, un moment. Son contraire est le profane, ce qui appartient à la vie ordinaire.
  • Le surnaturel désigne ce qui dépasse les lois de la nature : génies, miracles, métamorphoses, pouvoirs magiques. En littérature, on parle de merveilleux quand le surnaturel est accepté comme normal dans le récit (dans les contes et les épopées).

2. Les croyances traditionnelles africaines

Les religions traditionnelles africaines sont très diverses, mais elles ont souvent des traits communs :

  • un Dieu créateur, souvent lointain, que l'on prie rarement directement ;
  • des génies (ou esprits) qui habitent la brousse, les eaux, les arbres, les montagnes ;
  • les ancêtres, qui continuent de veiller sur les vivants : on les honore par des offrandes et des sacrifices ;
  • le totem : animal protecteur d'une famille ou d'un clan, qu'on ne doit ni tuer ni manger ;
  • des interdits et des rites (initiation, funérailles, sacrifices) qui maintiennent l'harmonie entre le visible et l'invisible.

Pour cette vision du monde, les morts ne sont pas vraiment partis : ils restent présents dans la nature et dans la famille. C'est ce que chante le Sénégalais Birago Diop dans son poème « Souffles », qui affirme : « Les morts ne sont pas morts. »

NaissanceVie parmi lessiensMortAncêtreprotecteurOffrandes desvivants
Dans la pensée traditionnelle, les vivants et les ancêtres restent liés : les morts veillent sur la famille qui les honore.

3. Les religions révélées : islam et christianisme

L'islam est présent en Afrique de l'Ouest depuis des siècles ; il est aujourd'hui la religion de la grande majorité des Guinéens. Le christianisme s'est développé surtout avec les missions à l'époque coloniale. La littérature montre souvent ces religions mêlées aux croyances anciennes : un même personnage prie Dieu et respecte les génies de sa famille.

  • L'Aventure ambiguë (1961) de Cheikh Hamidou Kane est un roman profondément spirituel. Samba Diallo, élève de l'école coranique, vit l'islam comme une relation intense avec Dieu. Plus tard, en Occident, il perd cette ferveur ; le roman pose la question de la foi face au monde moderne.
  • Le Pauvre Christ de Bomba (1956) du Camerounais Mongo Beti critique, avec ironie, un missionnaire qui veut convertir de force les habitants et ne comprend pas leur culture.

4. Le surnaturel dans les œuvres

a) Dans L'Enfant noir (1953) de Camara Laye.

  • Un petit serpent noir vient visiter l'atelier du père. Le père explique à son fils que c'est le génie de sa race, qui l'avertit en rêve de ce qui va arriver. Ce serpent est sacré : on ne doit pas le tuer.
  • La mère du narrateur possède elle aussi des pouvoirs : son totem est le crocodile, ce qui lui permet de puiser l'eau du Niger sans crainte. Le narrateur raconte aussi qu'elle fit se relever un cheval qui refusait de se lever.
  • Le narrateur rapporte ces faits avec respect et parfois avec un peu de doute : écrivant loin de la Guinée, il se demande comment les expliquer, mais il refuse de les nier.

b) Dans Soundjata ou l'épopée mandingue (1960), transcrite par Djibril Tamsir Niane.

Le surnaturel est partout : prédictions des devins, pouvoirs magiques de Soumaoro Kanté, roi-sorcier de Sosso, qui semble invincible. Soundjata ne le vainc qu'en découvrant son secret (Soumaoro est vulnérable à l'ergot d'un coq blanc). Dans l'épopée, la victoire dépend autant de la force magique que du courage.

c) Dans les contes. Les génies récompensent l'enfant poli et punissent l'orgueilleux : le surnaturel sert à enseigner la morale.

Le surnaturel dans le conte et l'épopée
  • Il est accepté sans question : c'est le merveilleux
  • Il sert à punir ou à récompenser
  • Personnages : génies, animaux qui parlent, rois-sorciers
  • Exemple : Soundjata contre Soumaoro
Le surnaturel dans le roman autobiographique
  • Il est rapporté avec respect, parfois avec un doute
  • Il montre une vision du monde et un héritage familial
  • Personnages : parents réels (le père, la mère)
  • Exemple : le serpent noir dans L'Enfant noir
Le même surnaturel ne joue pas le même rôle selon le genre de l'œuvre.

5. Pourquoi les écrivains mettent-ils en scène le sacré ?

  • Pour témoigner d'une civilisation et d'une vision du monde où visible et invisible sont liés.
  • Pour affirmer la dignité des croyances africaines face au mépris colonial (esprit de la Négritude).
  • Pour interroger la foi et le doute : que devient le sacré quand l'école et la ville arrivent ?
  • Pour critiquer les abus : charlatans, missionnaires intolérants, peur utilisée pour dominer.

Méthode

Pour analyser le sacré ou le surnaturel dans un texte :

  1. Je repère les éléments religieux ou surnaturels (prière, génie, totem, rite, prodige).
  2. Je relève le vocabulaire du sacré (champ lexical : prier, Dieu, génie, mystère, secret, interdit).
  3. J'observe l'attitude des personnages : respect, peur, foi, doute, moquerie.
  4. J'observe l'attitude du narrateur : raconte-t-il comme un fait réel, avec doute ou avec ironie ?
  5. Je dis quelle fonction joue ce surnaturel : morale, héroïque, identitaire ou critique.

Exemple

Texte (écrit pour la leçon) : « Personne ne coupait le vieux fromager. On disait qu'un génie y dormait. Le jour où le commerçant étranger voulut l'abattre, sa hache se brisa net. Les vieux sourirent et ne dirent rien. »

Analyse :

Élément sacré : l'arbre, mis à part et protégé par un interdit (« Personne ne coupait »).

Surnaturel : la présence d'un génie et la hache qui se brise, comme une punition.

Attitude des personnages : les villageois respectent l'arbre ; l'étranger, qui ignore le sacré, est puni ; « les vieux sourirent » : ils savaient.

Fonction : défendre le respect des lieux sacrés et, indirectement, de la nature et des traditions.

Exemple

Question : Comment le narrateur de L'Enfant noir présente-t-il le petit serpent noir ?

Réponse rédigée : Le narrateur présente le serpent noir comme un être sacré, le génie protecteur de la famille, que son père lui-même lui explique. Il décrit la scène avec respect : le père caresse le serpent et dit qu'il le prévient en rêve des événements à venir. L'enfant est émerveillé mais aussi inquiet, car il sent qu'il ne pourra peut-être pas recevoir ce génie s'il suit la voie de l'école. Le surnaturel devient ainsi le signe d'un héritage familial que l'enfant risque de perdre.

3Je retiens

Je retiens

Religion : croyances et pratiques qui relient l'homme au divin. Sacré : ce qui est mis à part et respecté ; son contraire est le profane. Surnaturel : ce qui dépasse les lois de la nature ; merveilleux : surnaturel accepté comme normal dans le récit.

Croyances traditionnelles : Dieu créateur, génies, ancêtres, totems, interdits, rites.

L'Enfant noir : le petit serpent noir, génie de la race du père ; le crocodile, totem de la mère.

Soundjata : le roi-sorcier Soumaoro vaincu grâce au secret de l'ergot de coq blanc.

L'Aventure ambiguë : la foi musulmane de Samba Diallo mise à l'épreuve par l'Occident.

Fonctions du sacré en littérature : témoigner, valoriser, interroger, critiquer.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre sacré et religieux : un arbre, un fleuve ou un animal peut être sacré sans appartenir à une religion organisée.
  • Traiter les croyances des personnages avec mépris dans la copie : on analyse une vision du monde, on ne se moque pas.
  • Attribuer le totem du crocodile au père : dans L'Enfant noir, c'est le totem de la mère ; le père est protégé par le petit serpent noir.
  • Oublier l'attitude du narrateur : c'est souvent elle qui donne le sens du passage (foi, doute ou ironie).

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Vocabulaire) Définis en une phrase chacun de ces mots : sacré, profane, totem, ancêtre, merveilleux.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Sacré : ce qui est mis à part, respecté ou craint parce qu'on le relie au divin.
  • Profane : ce qui appartient à la vie ordinaire, sans lien avec le divin.
  • Totem : animal (ou plante) protecteur d'une famille ou d'un clan, qu'il est interdit de tuer ou de manger.
  • Ancêtre : membre défunt d'une famille, qui, selon les croyances traditionnelles, continue de veiller sur les vivants.
  • Merveilleux : surnaturel accepté comme normal dans un récit (conte, épopée).

2Exercice 2

Associe chaque élément à son œuvre (L'Enfant noir, Soundjata ou l'épopée mandingue, L'Aventure ambiguë, Le Pauvre Christ de Bomba) :

a) l'ergot de coq blanc ;

b) le petit serpent noir ;

c) un missionnaire qui veut convertir de force ;

d) la foi d'un élève de l'école coranique mise à l'épreuve à Paris.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Soundjata ou l'épopée mandingue ; b) L'Enfant noir ; c) Le Pauvre Christ de Bomba ; d) L'Aventure ambiguë.

3Exercice 3

(Analyse de texte) Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Avant de semer, mon père versa un peu de lait au pied de la termitière et murmura le nom de nos ancêtres. Puis il se tourna vers l'est et fit sa prière. Je ne savais pas encore que ces deux gestes, si différents, étaient pour lui une seule et même manière de demander la pluie. »

a) Relève les deux gestes religieux du père et dis à quelle croyance chacun se rattache.

b) Quel est le champ lexical dominant ?

c) Que veut dire le narrateur par « une seule et même manière » ?

d) Quelle réalité religieuse de l'Afrique ce texte illustre-t-il ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Verser du lait au pied de la termitière en nommant les ancêtres : geste des croyances traditionnelles (offrande aux ancêtres). Se tourner vers l'est pour prier : geste de l'islam (prière tournée vers La Mecque, qui se trouve à l'est de la Guinée).

b) Le champ lexical du religieux : « versa… au pied », « murmura le nom de nos ancêtres », « prière », « demander la pluie ».

c) Pour le père, les deux gestes ne s'opposent pas : ils visent le même but, obtenir la protection et la pluie ; il vit sa foi sans séparer les deux traditions.

d) Le texte illustre le mélange fréquent, en Afrique, entre religions révélées et croyances anciennes : un même croyant peut respecter les deux.

4Exercice 4

(Paragraphe argumenté) En 8 à 10 lignes, explique pourquoi les écrivains de la Négritude ont donné une grande place au sacré africain dans leurs œuvres.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de paragraphe :

« Les écrivains de la Négritude ont donné une grande place au sacré africain parce qu'ils voulaient rendre sa dignité à une civilisation que la colonisation méprisait. Les colonisateurs parlaient de "superstitions" ; les écrivains montrent au contraire une vision du monde cohérente, où les vivants, les ancêtres et les génies forment une seule communauté. Birago Diop, dans son poème "Souffles", affirme que les morts ne sont pas morts et qu'ils vivent dans l'arbre, dans l'eau et dans le vent. Camara Laye, dans L'Enfant noir, décrit avec respect le serpent noir, génie protecteur de son père. Ainsi, parler du sacré, c'était affirmer que l'Afrique possédait une spiritualité profonde. »

5Exercice 5

(Dissertation, plan détaillé) Sujet : « Dans la littérature africaine, le surnaturel n'est pas un simple décor : il exprime une vision du monde. » Expliquez et discutez. Rédige l'introduction et le plan détaillé.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : « Génies des eaux, serpents protecteurs, rois-sorciers : le surnaturel est partout dans les contes, les épopées et les romans africains. Un lecteur pressé pourrait n'y voir qu'un décor exotique. Or on affirme que, "dans la littérature africaine, le surnaturel n'est pas un simple décor : il exprime une vision du monde". Le surnaturel a-t-il vraiment ce rôle profond, ou peut-il aussi servir d'autres fins ? Nous montrerons d'abord qu'il traduit une conception du monde, puis qu'il remplit aussi des fonctions morales, héroïques et critiques. »

I. Le surnaturel exprime une vision du monde : l'unité du visible et de l'invisible (« Souffles » de Birago Diop) ; le lien entre la famille et ses génies (le serpent noir et le totem crocodile dans L'Enfant noir).

II. Il remplit aussi d'autres fonctions : fonction morale dans les contes (le génie punit l'orgueilleux) ; fonction héroïque dans l'épopée (le secret de Soumaoro dans Soundjata) ; fonction critique quand l'auteur dénonce l'intolérance ou le charlatanisme (Le Pauvre Christ de Bomba).

Conclusion : le surnaturel est donc à la fois une vision du monde et un outil d'écriture au service du sens.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel est le contraire du sacré ?
Voir la réponse

Réponse B : le profane. Le profane désigne ce qui relève de la vie ordinaire, sans lien avec le divin.

2Dans L'Enfant noir, que représente le petit serpent noir pour le père ?
Voir la réponse

Réponse B : le génie protecteur de sa race. Le père explique à son fils que ce serpent est le génie de sa race, qui le prévient en rêve.

3Quel est le totem de la mère du narrateur dans L'Enfant noir ?
Voir la réponse

Réponse C : le crocodile. Grâce à ce totem, elle peut puiser l'eau du Niger sans crainte.

4Comment Soundjata parvient-il à vaincre Soumaoro ?
Voir la réponse

Réponse B : en découvrant le secret de sa faiblesse : l'ergot d'un coq blanc. Dans l'épopée, la victoire passe par la découverte du secret magique du roi-sorcier.

5Comment appelle-t-on le surnaturel accepté comme normal dans un conte ?
Voir la réponse

Réponse B : le merveilleux. Dans le merveilleux, personne ne s'étonne de voir un génie parler ou un animal agir comme un homme.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Français · 11e SE

Demander à Karamö