Aller au contenu
Philosophie · 11e SM

Leçon 1 sur 30

Introduction générale

Je sais expliquer d'où vient le mot « philosophie », ce qui fait naître la réflexion philosophique et quelle attitude elle demande.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Donner l'étymologie du mot philosophie et l'expliquer
  • Montrer que l'étonnement et le doute sont à l'origine de la philosophie
  • Distinguer l'attitude philosophique de l'attitude ordinaire (opinion, préjugé)

1Je découvre

C'est la rentrée au lycée de Kindia. Pour la première fois, l'emploi du temps de la 11e affiche une matière nouvelle : « Philosophie ». Dans la cour, les avis sont partagés. Mamadou déclare : « La philosophie, c'est parler pour ne rien dire ! » Kadiatou n'est pas d'accord : « Mon grand frère dit que c'est la matière qui apprend à réfléchir. » Alpha, lui, pense à son grand-père de Mamou, que tout le village appelle « le sage », parce qu'il trouve toujours le proverbe juste pour calmer une dispute.

En classe, le professeur écrit une seule question au tableau : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Un long silence s'installe. Personne n'avait jamais pensé à se poser cette question, et pourtant elle ne semble pas absurde. Fatoumata murmure : « C'est bizarre… on voit le monde tous les jours, mais on ne se demande jamais pourquoi il existe. »

Le professeur sourit : « Ce que tu viens de ressentir, Fatoumata, ce petit vertige devant une question simple, c'est exactement là que commence la philosophie. »

Qu'est-ce donc que la philosophie, d'où vient-elle, et quelle manière de penser exige-t-elle de nous ?

2Je comprends

1. L'origine du mot « philosophie »

Le mot philosophie vient du grec ancien. Il est formé de deux mots :

  • philein (ou philia) : aimer, l'amitié, l'amour ;
  • sophia : la sagesse, le savoir.

La philosophie est donc, au sens étymologique, l'amour de la sagesse ou l'amour du savoir. Le philosophe est celui qui aime la sagesse.

Une tradition rapportée par des auteurs de l'Antiquité attribue ce mot au Grec Pythagore (VIe siècle avant J.-C.). Comme on le qualifiait de « sage » (sophos), il aurait répondu qu'il ne l'était pas : seuls les dieux possèdent la sagesse ; lui se contentait de l'aimer et de la rechercher. Que l'anecdote soit exacte ou non, elle dit l'essentiel : le philosophe n'est pas celui qui possède la vérité, c'est celui qui la cherche.

Le sage (sophos)
  • Possède la sagesse
  • Il a des réponses
  • Savoir achevé
Le philosophe (philosophos)
  • Aime et recherche la sagesse
  • Il pose des questions
  • Savoir en chemin
Le philosophe n'est pas un savant qui sait tout, mais un chercheur de sagesse.

Cette distinction est importante pour toi : faire de la philosophie ne consiste pas à réciter des réponses toutes faites, mais à apprendre à chercher avec méthode.

2. Qu'est-ce que la sagesse ?

Pour les Grecs, la sagesse n'est pas seulement un savoir livresque. Elle réunit deux choses :

  • bien penser : connaître le vrai, comprendre le monde et soi-même ;
  • bien vivre : agir de façon juste, maîtriser ses passions, savoir ce qui a de la valeur.

Dans la société guinéenne, on reconnaît aussi cette double dimension. Le vieux sage du village n'est pas seulement quelqu'un qui sait beaucoup de choses ; c'est quelqu'un dont la conduite est un exemple et dont la parole apaise. La philosophie reprend cette idée, mais elle y ajoute une exigence : justifier par des raisons ce que l'on affirme, au lieu de s'appuyer seulement sur l'âge, la tradition ou l'autorité.

3. L'étonnement, point de départ de la philosophie

Les philosophes grecs Platon et Aristote ont tous deux affirmé que la philosophie commence par l'étonnement (en grec thaumazein). Platon le fait dire à Socrate dans un dialogue, le Théétète ; Aristote l'explique au début de sa Métaphysique : les hommes ont commencé à philosopher parce qu'ils s'étonnaient d'abord des choses simples qu'ils ne comprenaient pas, puis de questions de plus en plus grandes, comme l'origine de l'univers.

S'étonner, c'est cesser de trouver « normal » ce qui paraît évident. Tout le monde voit la pluie tomber pendant l'hivernage ; celui qui s'étonne se demande pourquoi elle tombe à cette saison-là, d'où vient l'eau, ce que signifie pour l'homme cette dépendance à la nature.

Exemple

Situation : Hawa voit chaque jour les enfants de son quartier obéir aux aînés sans discuter.

Attitude ordinaire : « C'est comme ça, c'est la coutume. »

Attitude philosophique : « Pourquoi doit-on obéir aux aînés ? Est-ce parce qu'ils ont plus d'expérience, parce que la coutume l'exige, ou parce que c'est juste ? Et si un aîné demande quelque chose d'injuste, faut-il encore obéir ? »

Ce qui a changé : Hawa ne rejette pas la coutume, elle la transforme en question. Elle cherche la raison d'une pratique au lieu de l'accepter sans réfléchir.

4. Du doute à l'esprit critique

L'étonnement conduit au doute. Douter, en philosophie, ne veut pas dire tout refuser par principe. Cela veut dire suspendre son jugement tant qu'on n'a pas de bonnes raisons de croire. Le philosophe français René Descartes (XVIIe siècle) a fait du doute une véritable méthode : il décide de remettre en question tout ce qu'il a appris sans examen, afin de ne garder que ce qui résiste à ce doute.

Le doute permet de lutter contre deux obstacles :

  • l'opinion (en grec doxa) : ce que l'on croit sans l'avoir vérifié, souvent parce que « tout le monde le dit » ;
  • le préjugé : un jugement porté avant tout examen, souvent transmis par le milieu, l'éducation ou la passion.

L'attitude qui en résulte s'appelle l'esprit critique : c'est la capacité d'examiner une idée, de chercher ses raisons, ses preuves et ses limites avant de l'accepter ou de la rejeter.

Attitude ordinaireAttitude philosophique
Trouve tout évidentS'étonne de ce qui paraît évident
Répète l'opinion communeExamine l'opinion et cherche ses raisons
S'appuie sur l'autorité (« on m'a dit »)S'appuie sur des arguments
Veut une réponse rapideAccepte le temps de la recherche
Juge avant d'examiner (préjugé)Examine avant de juger

5. Les grandes étapes de la démarche philosophique

  1. 1Je m'étonne devant ce qui paraissait évident
  2. 2Je transforme cet étonnement en question précise
  3. 3Je doute des réponses toutes faites (opinions, préjugés)
  4. 4Je cherche des arguments pour et contre, avec des exemples
  5. 5Je construis une réponse justifiée, en sachant qu'elle reste discutable
Le chemin de la réflexion philosophique, de l'étonnement à la réponse argumentée.

Exemple

Question : « Faut-il croire tout ce que l'on entend à la radio ? »

  1. Étonnement : on écoute la radio chaque matin sans jamais se demander si elle dit vrai.
  2. Question précise : une information est-elle vraie parce qu'elle est diffusée par un média ?
  3. Doute : une information peut être incomplète, mal comprise ou erronée.
  4. Arguments : d'un côté, les journalistes vérifient souvent leurs informations et la radio informe même les villages éloignés ; de l'autre, une erreur ou une rumeur peut aussi y passer.
  5. Réponse justifiée : il ne faut ni tout croire ni tout rejeter, mais confronter les sources et chercher des preuves.

6. Pourquoi étudier la philosophie ?

Beaucoup d'élèves se demandent à quoi sert la philosophie, puisqu'elle ne fabrique ni routes ni médicaments. Pourtant, elle apporte trois choses précieuses :

  • elle apprend à penser par soi-même, sans se laisser manipuler par les rumeurs ou les beaux discours ;
  • elle apprend à argumenter et à dialoguer : défendre une idée avec des raisons, écouter celle des autres, reconnaître ses erreurs ;
  • elle aide à réfléchir sur les grandes questions de la vie : le bonheur, la justice, la liberté, la mort, le sens de l'existence.

Pour un citoyen guinéen, ces capacités sont utiles partout : dans les études, au travail, dans la vie de famille, et dans la vie publique, où chacun doit pouvoir juger les idées avec calme et raison.

Méthode

Pour adopter une attitude philosophique face à une question :

  1. Je repère ce qui semble « évident » dans la question.
  2. Je définis les mots importants.
  3. Je me demande : sur quoi repose l'opinion courante ?
  4. Je cherche au moins une raison pour et une raison contre.
  5. J'illustre chaque raison par un exemple concret.
  6. Je conclus par une réponse nuancée et justifiée.

3Je retiens

Je retiens

Philosophie vient du grec philein (aimer) et sophia (sagesse) : c'est l'amour de la sagesse.

Le philosophe n'est pas celui qui possède la sagesse, mais celui qui la recherche.

La sagesse réunit bien penser (connaître le vrai) et bien vivre (agir de façon juste).

Selon Platon et Aristote, la philosophie commence par l'étonnement.

Le doute philosophique consiste à suspendre son jugement tant qu'on n'a pas de bonnes raisons.

Opinion (doxa) : croyance non vérifiée. Préjugé : jugement porté avant tout examen.

L'esprit critique consiste à examiner les raisons, les preuves et les limites d'une idée.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la philosophie consiste à donner son avis personnel : un avis sans arguments n'est qu'une opinion ; en philosophie, chaque affirmation doit être justifiée.
  • Confondre doute philosophique et refus de tout : douter, c'est examiner avant de juger, ce n'est pas rejeter systématiquement.
  • Penser que le philosophe est un sage qui sait tout : l'étymologie montre au contraire qu'il aime et cherche la sagesse, sans prétendre la posséder.
  • Réduire la philosophie à une matière inutile : elle forme le jugement, l'argumentation et l'esprit critique, utiles dans toutes les disciplines.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne l'étymologie du mot « philosophie ».

b) Quelle différence fais-tu entre le sage et le philosophe ?

c) Selon Platon et Aristote, par quoi commence la philosophie ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) « Philosophie » vient du grec philein (aimer) et sophia (sagesse, savoir) : c'est l'amour de la sagesse.

b) Le sage (sophos) est censé posséder la sagesse ; le philosophe (philosophos) sait qu'il ne la possède pas entièrement : il l'aime et la recherche. Le philosophe est un chercheur, non un propriétaire de la vérité.

c) Selon Platon et Aristote, la philosophie commence par l'étonnement (thaumazein) : on s'interroge sur ce qui paraissait évident.

2Exercice 2

Définis les mots suivants en une phrase chacun : opinion, préjugé, doute, esprit critique.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Opinion : croyance que l'on tient pour vraie sans l'avoir vérifiée, souvent parce qu'elle est partagée par beaucoup de gens.
  • Préjugé : jugement porté avant tout examen, souvent reçu du milieu ou de l'éducation.
  • Doute : état de l'esprit qui suspend son jugement tant qu'il n'a pas de raisons suffisantes de croire.
  • Esprit critique : capacité d'examiner une idée, ses raisons, ses preuves et ses limites avant de l'accepter ou de la rejeter.

3Exercice 3

Pour chaque phrase, dis s'il s'agit d'une attitude ordinaire ou d'une attitude philosophique. Justifie.

a) « Tout le monde dit que ce marabout guérit tout, donc c'est vrai. »

b) « Avant de croire ce message partagé sur le téléphone, je cherche qui l'a écrit et sur quelles preuves il repose. »

c) « Les choses ont toujours été ainsi, inutile de se demander pourquoi. »

d) « Je me demande pourquoi nous trouvons normal ce que nos parents trouvaient normal. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Attitude ordinaire : on se fonde sur ce que « tout le monde dit », sans vérifier ; c'est une opinion.

b) Attitude philosophique : on doute et on cherche des preuves avant de croire ; c'est l'esprit critique.

c) Attitude ordinaire : on refuse de s'étonner et on accepte la tradition sans examen.

d) Attitude philosophique : on s'étonne de ce qui semblait normal et on en fait une question.

4Exercice 4

Transforme chacune de ces situations banales en une question philosophique.

a) Chaque matin, Ousmane se lève à 6 heures pour aller au lycée.

b) Au marché Niger, Mariama rend la monnaie en trop à un client distrait.

c) Lansana pleure la mort de son grand-père.

Voir le corrigéCacher le corrigé

(Exemples de réponses acceptables)

a) « Pourquoi faut-il aller à l'école ? L'instruction rend-elle l'homme plus libre ? »

b) « Pourquoi être honnête quand personne ne nous voit ? La morale dépend-elle du regard des autres ? »

c) « Qu'est-ce que la mort ? Pourquoi la mort de ceux que nous aimons nous fait-elle souffrir ? »

5Exercice 5

(Petite rédaction guidée) Rédige un paragraphe de 10 à 15 lignes sur le sujet : « La philosophie commence-t-elle par l'étonnement ? » Plan conseillé : définis l'étonnement ; explique, avec un exemple guinéen, comment il fait naître une question ; montre qu'il doit être suivi du doute et de la recherche d'arguments ; conclus.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de paragraphe :

L'étonnement est le sentiment qui nous saisit quand ce qui paraissait évident devient soudain une question. Platon et Aristote y voyaient le commencement de la philosophie. Par exemple, chaque année l'hivernage revient en Guinée, et la plupart des gens trouvent cela normal. Celui qui s'étonne se demande pourquoi la pluie revient à cette saison, puis pourquoi l'homme dépend autant de la nature, et enfin s'il peut la maîtriser. L'étonnement fait donc naître la question. Mais il ne suffit pas : on peut s'étonner puis se contenter de la première réponse venue, une rumeur ou une superstition. Pour philosopher, il faut ensuite douter des réponses toutes faites, définir les mots, chercher des arguments et les confronter. L'étonnement est donc le point de départ nécessaire de la philosophie, mais c'est le travail de la raison qui la fait avancer.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Que signifie le mot « philosophie » selon son étymologie ?
Voir la réponse

Réponse B : l'amour de la sagesse. Philosophie vient du grec philein (aimer) et sophia (sagesse).

2Selon Platon et Aristote, par quoi commence la philosophie ?
Voir la réponse

Réponse C : par l'étonnement. S'étonner, c'est cesser de trouver évident ce qui nous entoure ; c'est le premier pas de la réflexion.

3Qu'est-ce qu'un préjugé ?
Voir la réponse

Réponse A : un jugement porté avant tout examen. Le préjugé « juge avant » : il ne prend pas le temps d'examiner les raisons.

4Que veut dire « douter » en philosophie ?
Voir la réponse

Réponse B : suspendre son jugement tant qu'on n'a pas de bonnes raisons. Le doute philosophique est une étape d'examen, non un refus systématique.

5Quelle phrase exprime une attitude philosophique ?
Voir la réponse

Réponse C : « Sur quelles raisons repose ce que l'on m'a appris ? ». L'attitude philosophique cherche les raisons de ce que l'on croit.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Philosophie · 11e SM

Demander à Karamö