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Philosophie · 11e SM

Leçon 6 sur 30

Étude de quelques composantes de la philosophie

Je connais les grandes branches de la philosophie (logique, métaphysique, théorie de la connaissance, morale, esthétique, philosophie politique) et je sais classer une question dans la bonne branche.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir les principales composantes de la philosophie et leur objet
  • Reconnaître un syllogisme et distinguer la validité d'un raisonnement de la vérité de ses propositions
  • Classer une question philosophique dans la composante qui lui correspond

Avant de commencer : Leçons précédentes : objet et statut de la philosophie, méthodes (analyse, synthèse, dialectique)

1Je découvre

Au club de débat du lycée de Boké, les élèves ont écrit sur des petits papiers les questions qu'ils aimeraient discuter. Le professeur les lit à voix haute :

  • « Dieu existe-t-il ? »
  • « Peut-on tout connaître par la science ? »
  • « Est-il permis de mentir pour sauver un ami ? »
  • « Pourquoi trouve-t-on beau un pagne tissé à la main ? »
  • « Faut-il obéir à une loi injuste ? »
  • « Si tous les hommes sont mortels et que Sékou est un homme, Sékou est-il mortel ? »

Aïssatou remarque : « Ces questions n'ont rien à voir entre elles ! Certaines parlent de Dieu, d'autres de beauté, d'autres de lois… » Le professeur répond : « Tu as raison, elles ne portent pas sur le même domaine. Pourtant, elles sont toutes philosophiques. La philosophie est comme un grand fleuve qui reçoit plusieurs affluents : chacun a son nom et son territoire. »

Quelles sont les grandes composantes de la philosophie, et de quoi chacune s'occupe-t-elle ?

2Je comprends

1. Pourquoi parler de « composantes » ?

La philosophie a pour objet les questions fondamentales. Comme ces questions sont nombreuses, on les regroupe en grands domaines, appelés composantes ou branches de la philosophie. Chacune a son objet propre et ses questions propres. Les grandes composantes sont :

  • la logique ;
  • la métaphysique (et l'ontologie) ;
  • la théorie de la connaissance (gnoséologie, épistémologie) ;
  • la morale (ou éthique) ;
  • l'esthétique ;
  • la philosophie politique et sociale ;
  • l'anthropologie philosophique (et, historiquement, la psychologie).

2. La logique : l'art de bien raisonner

La logique (du grec logos, raison, discours) est l'étude des règles du raisonnement correct. Elle ne cherche pas si ce qu'on dit est vrai dans la réalité, mais si le raisonnement est bien construit. Aristote (IVe siècle avant J.-C.) en est considéré comme le fondateur.

Le raisonnement type étudié par Aristote est le syllogisme : un raisonnement composé de deux prémisses (majeure et mineure) et d'une conclusion qui en découle nécessairement.

Exemple

Un syllogisme valide.

Majeure : Tous les hommes sont mortels.

Mineure : Or Sékou est un homme.

Conclusion : Donc Sékou est mortel.

Si les deux prémisses sont vraies, la conclusion est forcément vraie : le raisonnement est valide et la conclusion est vraie.

La logique distingue deux choses essentielles :

  • la validité : un raisonnement est valide si la conclusion découle bien des prémisses ;
  • la vérité : une proposition est vraie si elle correspond à la réalité.

Exemple

Un raisonnement valide mais faux.

Majeure : Tous les poissons vivent dans les arbres.

Mineure : Or le capitaine est un poisson.

Conclusion : Donc le capitaine vit dans les arbres.

La forme est valide (la conclusion découle des prémisses), mais la majeure est fausse : la conclusion est donc fausse. La logique contrôle la forme ; il faut aussi vérifier le contenu.

Un raisonnement qui a l'apparence de la validité mais qui est faux s'appelle un sophisme (s'il est fait pour tromper) ou un paralogisme (s'il est fait de bonne foi). Exemple : « Tout ce qui est rare est cher ; or un bon repas à bas prix est rare ; donc un bon repas à bas prix est cher. »

3. La métaphysique et l'ontologie

La métaphysique étudie ce qui est au-delà de l'expérience sensible : l'être en tant qu'être, l'âme, Dieu, le monde dans sa totalité, la liberté. Le mot vient d'un classement des œuvres d'Aristote : les livres placés « après (meta) ceux sur la nature (physika) ». Le sens a ensuite glissé vers « ce qui dépasse la nature physique ».

L'ontologie (du grec ontos, l'être) est la partie de la métaphysique qui étudie l'être en tant qu'être : qu'est-ce qu'exister ? Qu'y a-t-il de commun entre tout ce qui existe ?

Questions métaphysiques : « Dieu existe-t-il ? », « L'âme est-elle immortelle ? », « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

4. La théorie de la connaissance

La théorie de la connaissance (appelée aussi gnoséologie) étudie l'origine, la valeur et les limites de notre connaissance : nos idées viennent-elles des sens ou de la raison ? Pouvons-nous connaître le monde tel qu'il est ?

Une partie de cette réflexion porte sur les sciences : c'est l'épistémologie (du grec epistêmê, science), l'étude critique des méthodes, des principes et des résultats des sciences.

Question : « Peut-on tout connaître par la science ? »

5. La morale ou éthique

La morale (du latin mores, les mœurs) et l'éthique (du grec êthos, la manière d'être, les mœurs) étudient le bien et le mal, le devoir, les valeurs qui doivent guider l'action. On les distingue parfois : la morale désigne souvent l'ensemble des règles reçues dans une société, l'éthique la réflexion sur ces règles et sur la meilleure façon de vivre.

Questions : « Est-il permis de mentir pour sauver un ami ? », « Qu'est-ce qu'une vie bonne ? »

6. L'esthétique

L'esthétique (du grec aisthêsis, la sensation) est la réflexion sur le beau et sur l'art : qu'est-ce que la beauté ? Est-elle dans l'objet ou dans le regard de celui qui le contemple ? Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? Le mot a été employé dans ce sens au XVIIIe siècle par le philosophe allemand Baumgarten.

Question : « Pourquoi trouve-t-on beau un pagne tissé à la main, ou un chant de griot accompagné à la kora ? »

7. La philosophie politique et sociale

La philosophie politique réfléchit sur la société, le pouvoir, l'État, la loi, la justice, les droits. Elle se demande ce qui rend un pouvoir légitime, pourquoi les hommes vivent en société, ce qu'est un régime juste.

Question : « Faut-il obéir à une loi injuste ? »

8. L'anthropologie philosophique

L'anthropologie philosophique (du grec anthrôpos, l'homme) se demande ce qu'est l'homme : qu'est-ce qui le distingue de l'animal ? Est-il libre ? Quelle est sa place dans la nature ? C'est la quatrième question de Kant. Longtemps, l'étude de l'esprit humain (la psychologie) a fait partie de la philosophie, avant de devenir une science autonome au XIXe siècle. Tu l'étudieras plus loin dans l'année.

9. Tableau de synthèse

ComposanteObjetQuestion type
LogiqueLes règles du raisonnement correctCe raisonnement est-il valide ?
Métaphysique / ontologieL'être, l'âme, Dieu, le mondeDieu existe-t-il ?
Théorie de la connaissance / épistémologieL'origine, la valeur et les limites du savoirPeut-on tout connaître ?
Morale / éthiqueLe bien, le devoir, les valeursQue dois-je faire ?
EsthétiqueLe beau, l'artQu'est-ce qui est beau ?
Philosophie politiqueL'État, le pouvoir, la loi, la justiceQu'est-ce qu'un pouvoir juste ?
Anthropologie philosophiqueL'hommeQu'est-ce que l'homme ?
Composante
  • Logique
  • Métaphysique
  • Connaissance
  • Morale
  • Esthétique
  • Politique
  • Anthropologie
Elle répond à la question…
  • Comment bien raisonner ?
  • Qu'est-ce qui existe vraiment ?
  • Que puis-je savoir ?
  • Que dois-je faire ?
  • Qu'est-ce que le beau ?
  • Comment vivre ensemble avec justice ?
  • Qu'est-ce que l'homme ?
Sept grandes composantes, sept grandes questions.

Ces composantes ne sont pas séparées par des murs. Une même question peut en toucher plusieurs : « Faut-il exploiter la bauxite de Boké au risque d'abîmer les rivières ? » relève à la fois de la morale (le devoir envers les générations futures), de la politique (qui décide ?) et de la connaissance (que savons-nous réellement des effets ?).

Méthode

Pour classer une question dans une composante de la philosophie :

  1. Je repère le mot central de la question (Dieu, beau, devoir, loi, connaître, homme, raisonnement…).
  2. Je me demande sur quoi porte la question : l'être, le savoir, l'action, le beau, la société, l'homme, le raisonnement ?
  3. Je nomme la composante correspondante.
  4. Je vérifie si la question touche aussi d'autres composantes et je le signale.

3Je retiens

Je retiens

Logique : étude des règles du raisonnement correct (Aristote, le syllogisme). Validité ≠ vérité.

Métaphysique : étude de ce qui dépasse l'expérience sensible (l'être, l'âme, Dieu). Ontologie : étude de l'être en tant qu'être.

Théorie de la connaissance : origine, valeur et limites du savoir. Épistémologie : étude critique des sciences.

Morale / éthique : le bien, le mal, le devoir, les valeurs.

Esthétique : le beau et l'art.

Philosophie politique : l'État, le pouvoir, la loi, la justice.

Anthropologie philosophique : qu'est-ce que l'homme ?

4Erreurs fréquentes

  • Confondre validité et vérité : un raisonnement peut être bien construit et aboutir à une conclusion fausse si une prémisse est fausse.
  • Croire que la métaphysique est de la magie ou de la sorcellerie : c'est une réflexion rationnelle sur les réalités qui dépassent l'expérience.
  • Penser que l'esthétique parle seulement de maquillage ou de mode : elle réfléchit sur la nature du beau et de l'art.
  • Classer une question dans une seule composante alors qu'elle en touche plusieurs : il faut savoir le signaler.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qu'est-ce que la logique ? Qui en est considéré comme le fondateur ?

b) D'où vient le mot « métaphysique » ?

c) Quelle est la différence entre la morale et l'esthétique ?

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a) La logique est l'étude des règles du raisonnement correct : elle examine si une conclusion découle bien de ses prémisses. Aristote en est considéré comme le fondateur.

b) Le mot vient d'un classement des œuvres d'Aristote : les livres rangés « après » (meta) ceux sur la nature (physika). Il a pris ensuite le sens d'étude de ce qui dépasse la nature physique.

c) La morale réfléchit sur le bien, le mal et le devoir, c'est-à-dire sur l'action ; l'esthétique réfléchit sur le beau et sur l'art, c'est-à-dire sur ce qui plaît à la sensibilité.

2Exercice 2

Classe chaque question dans la composante de la philosophie qui lui correspond.

a) « L'âme survit-elle au corps ? »

b) « Un chef doit-il être élu ? »

c) « Nos sens peuvent-ils nous tromper ? »

d) « Doit-on rendre le bien pour le mal ? »

e) « Une sculpture baga est-elle belle pour tout le monde ? »

f) « L'homme est-il un animal comme les autres ? »

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a) Métaphysique. b) Philosophie politique. c) Théorie de la connaissance. d) Morale. e) Esthétique. f) Anthropologie philosophique.

3Exercice 3

Pour chaque syllogisme, dis s'il est valide, et si sa conclusion est vraie. Justifie.

a) Tous les métaux conduisent l'électricité. Or le fer est un métal. Donc le fer conduit l'électricité.

b) Tous les oiseaux savent nager. Or la poule est un oiseau. Donc la poule sait nager.

c) Tous les Guinéens sont Africains. Or Aminata est Africaine. Donc Aminata est Guinéenne.

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a) Valide, et la conclusion est vraie : les deux prémisses sont vraies et la conclusion en découle.

b) Valide dans sa forme, mais la conclusion est fausse, car la majeure est fausse : tous les oiseaux ne savent pas nager.

c) Non valide : la majeure dit que tous les Guinéens sont Africains, pas que tous les Africains sont Guinéens. Aminata peut être Malienne ou Sénégalaise. La conclusion ne découle pas des prémisses ; c'est un paralogisme.

4Exercice 4

Construis toi-même un syllogisme valide dont la conclusion est : « Donc le Niger est un fleuve qui se jette dans la mer. » Indique la majeure, la mineure et la conclusion.

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Exemple : Majeure : tous les fleuves se jettent dans la mer (ou dans l'océan). Mineure : or le Niger est un fleuve. Conclusion : donc le Niger est un fleuve qui se jette dans la mer. (Le Niger se jette bien dans le golfe de Guinée, dans l'océan Atlantique ; on peut préciser que la majeure est une définition du mot « fleuve » en géographie.)

5Exercice 5

(Analyse guidée) Question : « Faut-il déplacer un village pour ouvrir une mine ? » Montre qu'elle relève d'au moins trois composantes de la philosophie. Pour chacune, formule la question précise qu'elle pose.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Morale : a-t-on le droit d'imposer aux habitants de quitter la terre de leurs ancêtres ? Que leur doit-on en échange ?
  • Philosophie politique : qui a le pouvoir de décider, l'État, la communauté, l'entreprise ? À quelles conditions cette décision est-elle légitime ?
  • Théorie de la connaissance : que savons-nous vraiment des effets de la mine sur l'eau, les sols et la santé ? Sur quelles études peut-on s'appuyer ?

On peut aussi citer l'anthropologie philosophique (le lien de l'homme à sa terre) ou l'esthétique (la beauté d'un paysage).

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle composante de la philosophie étudie les règles du raisonnement correct ?
Voir la réponse

Réponse A : la logique. La logique contrôle la forme des raisonnements ; Aristote en est le fondateur.

2Un raisonnement dont la conclusion découle bien des prémisses est dit :
Voir la réponse

Réponse B : valide. La validité concerne la forme ; la vérité concerne l'accord avec la réalité.

3À quelle composante appartient la question « Dieu existe-t-il ? » ?
Voir la réponse

Réponse C : la métaphysique. La métaphysique étudie ce qui dépasse l'expérience sensible, comme Dieu ou l'âme.

4Qu'est-ce que l'épistémologie ?
Voir la réponse

Réponse A : l'étude critique des sciences. Elle examine les méthodes, les principes et la valeur des sciences.

5De quel mot grec vient « esthétique » ?
Voir la réponse

Réponse C : aisthêsis, la sensation. L'esthétique réfléchit sur le beau, qui touche d'abord la sensibilité.

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