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Philosophie · 11e SM

Leçon 9 sur 30

La philosophie médiévale

Je sais expliquer le problème central de la philosophie médiévale, le rapport entre la foi et la raison, et présenter les grands penseurs chrétiens et musulmans de cette époque.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer la philosophie médiévale et formuler son problème central (foi et raison)
  • Présenter saint Augustin, saint Anselme et saint Thomas d'Aquin
  • Présenter l'apport de la philosophie arabo-musulmane (al-Kindi, al-Farabi, Avicenne, al-Ghazali, Averroès) et des centres de savoir africains comme Tombouctou

Avant de commencer : Leçons précédentes : philosophie et religion ; philosophie antique (Platon, Aristote)

1Je découvre

En classe de 11e SS à Kankan, le professeur pose une question qui divise la salle : « Peut-on croire en Dieu et, en même temps, tout examiner par la raison ? »

Mamadou répond aussitôt : « Non ! La foi, c'est accepter sans discuter. Si on se met à raisonner, on finit par douter. » Hawa n'est pas d'accord : « Mon oncle, qui enseigne à la médersa, dit que Dieu a donné la raison à l'homme pour qu'il s'en serve, et que la science ne contredit pas la religion. » Sékou ajoute : « Mais que faire quand un texte sacré et une découverte scientifique semblent dire deux choses différentes ? »

Le professeur explique : « Pendant près de mille ans, de grands penseurs chrétiens, musulmans et juifs se sont posé exactement cette question. Certains ont vécu à Bagdad, à Cordoue, à Paris ; d'autres ont enseigné dans les grandes mosquées de Tombouctou. Leur réflexion a façonné toute la pensée qui a suivi. »

Comment les philosophes du Moyen Âge ont-ils pensé le rapport entre la foi et la raison ?

2Je comprends

1. Le contexte : une philosophie dans un monde religieux

Le Moyen Âge s'étend, par convention, de la chute de l'Empire romain d'Occident (476) à la prise de Constantinople par les Ottomans (1453). C'est une époque où la religion domine la vie sociale, politique et intellectuelle : le christianisme en Europe, l'islam du Moyen-Orient à l'Espagne et jusqu'en Afrique de l'Ouest.

Dans ce contexte, la philosophie grecque n'a pas disparu. Les penseurs chrétiens et musulmans ont hérité de Platon et d'Aristote, qu'ils ont traduits, commentés et utilisés pour comprendre leur foi. Le problème central de la période devient donc :

> Comment accorder la foi (ce que Dieu a révélé dans les textes sacrés) et la raison (ce que l'homme découvre par ses propres forces) ?

Trois grandes réponses sont possibles.

Position
  • La foi seule
  • La foi d'abord, puis la raison
  • Accord de la foi et de la raison
Réponse
  • La raison est inutile ou dangereuse pour la foi
  • Il faut croire pour comprendre ; la raison éclaire la foi
  • Toutes deux viennent de Dieu et ne peuvent se contredire
Trois façons de penser le rapport entre la foi et la raison au Moyen Âge.

On distingue deux grands moments dans la philosophie chrétienne : la patristique (les « Pères de l'Église », IIe-VIIIe siècles) et la scolastique (la philosophie enseignée dans les écoles et les universités, XIe-XIVe siècles).

2. Saint Augustin : croire pour comprendre

Saint Augustin (354-430) est né à Thagaste, dans l'actuelle Algérie, et fut évêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba). C'est donc un grand penseur africain. Il a écrit les Confessions, où il raconte sa conversion, et La Cité de Dieu.

Influencé par Platon, il pense que la vérité ne vient pas des sens mais d'une illumination intérieure donnée par Dieu. Sur le rapport de la foi et de la raison, on résume sa position par la formule : « Crois pour comprendre, et comprends pour croire ». La foi vient en premier, mais elle n'interdit pas de réfléchir : la raison aide à mieux comprendre ce que l'on croit.

3. Saint Anselme : la foi qui cherche à comprendre

Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), moine puis archevêque, définit la théologie comme « la foi qui cherche à comprendre » (fides quaerens intellectum). Il est célèbre pour sa preuve ontologique de l'existence de Dieu :

  • Dieu est « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand » ;
  • or ce qui existe réellement est plus grand que ce qui existe seulement dans la pensée ;
  • donc Dieu existe réellement, sinon on pourrait concevoir quelque chose de plus grand que lui.

Cette preuve, qui part de la seule idée de Dieu, a été discutée par de nombreux philosophes : Thomas d'Aquin la refusera, Descartes la reprendra sous une autre forme, Kant la critiquera.

4. La philosophie arabo-musulmane

Du IXe au XIIe siècle, le monde musulman connaît un grand essor intellectuel. À Bagdad, les œuvres d'Aristote et de Platon sont traduites en arabe. Les philosophes musulmans, appelés falasifa (du grec philosophia), développent une pensée originale.

PenseurRepèresIdée principale
Al-KindiIXe siècle, BagdadPremier grand philosophe de langue arabe ; la vérité est une, d'où qu'elle vienne, et il ne faut pas avoir honte de la recevoir des Anciens
Al-FarabiXe siècleCommentateur d'Aristote, surnommé « le second maître » (après Aristote) ; réflexion sur la cité vertueuse
Avicenne (Ibn Sina)980-1037, PersePhilosophe et médecin ; son Canon de la médecine a été enseigné pendant des siècles en Orient et en Europe ; distinction entre l'essence et l'existence
Al-Ghazali1058-1111Dans L'Incohérence des philosophes, il critique les philosophes qui, selon lui, soumettent la foi à la raison
Averroès (Ibn Rushd)1126-1198, Cordoue (Andalousie)Grand commentateur d'Aristote ; la philosophie est permise et même recommandée par la loi religieuse ; la vérité ne peut contredire la vérité

Averroès répond à al-Ghazali dans L'Incohérence de l'incohérence. Dans son Discours décisif, il soutient que la loi religieuse invite à réfléchir sur le monde, et que si un passage du texte sacré semble contredire une démonstration rationnelle, il faut l'interpréter. Son influence a été considérable en Europe, où on l'appelait simplement « le Commentateur ».

Dans le monde juif, Maïmonide (1138-1204), né lui aussi à Cordoue, a cherché de la même façon à accorder la foi et la philosophie d'Aristote (Le Guide des égarés).

5. Saint Thomas d'Aquin : l'accord de la foi et de la raison

Saint Thomas d'Aquin (vers 1225-1274), moine dominicain qui enseigna à Paris, a lu Aristote grâce, en partie, aux traductions et aux commentaires venus du monde arabe. Dans la Somme théologique, il construit une grande synthèse :

  • la raison et la foi viennent toutes deux de Dieu, elles ne peuvent donc pas se contredire ;
  • la raison peut démontrer certaines vérités (par exemple que Dieu existe) ;
  • d'autres vérités la dépassent (les mystères de la foi) et ne sont connues que par la révélation ; elles ne sont pas contraires à la raison, mais au-dessus d'elle ;
  • la philosophie est ainsi « servante de la théologie » : elle l'aide sans la remplacer.

Il propose cinq voies pour prouver l'existence de Dieu à partir de l'observation du monde : par exemple, tout mouvement a une cause ; on ne peut remonter à l'infini ; il faut donc un premier moteur non mû, que l'on appelle Dieu (une idée reprise d'Aristote).

Exemple

Comparer la preuve d'Anselme et la première voie de Thomas d'Aquin.

Anselme part de l'idée de Dieu dans l'esprit : si Dieu est ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand, il doit exister réellement. C'est une preuve a priori (avant toute expérience).

Thomas part de l'expérience du monde : nous voyons des choses en mouvement (la pirogue sur le Niger est poussée par la pagaie, la pagaie par le bras du piroguier…) ; il faut un premier moteur. C'est une preuve a posteriori (à partir de l'expérience).

Conclusion : les deux veulent accorder foi et raison, mais Anselme part de la pensée, Thomas part du monde, à la manière d'Aristote.

6. L'Afrique de l'Ouest et le savoir au Moyen Âge

L'islam, arrivé en Afrique de l'Ouest par les routes du commerce transsaharien, s'est accompagné d'une culture de l'écrit en arabe. À la fin du Moyen Âge, Tombouctou, dans l'actuel Mali, devient un grand centre d'enseignement, autour de mosquées comme celle de Sankoré. On y étudie le droit, la théologie, la grammaire, la logique, l'astronomie. Des milliers de manuscrits en sont conservés. Cela montre que la réflexion savante au Moyen Âge n'était pas limitée à l'Europe et au Moyen-Orient.

Méthode

Pour présenter un penseur médiéval :

  1. Je le situe : époque, lieu, religion (chrétien, musulman, juif).
  2. Je dis quel philosophe grec l'a inspiré (Platon ou Aristote).
  3. J'énonce sa position sur le rapport entre foi et raison.
  4. Je cite une œuvre et une idée précise (preuve de Dieu, formule célèbre).
  5. Je dis à qui il répond ou qui lui répond.

3Je retiens

Je retiens

Moyen Âge : 476-1453 (repères conventionnels). Problème central : l'accord de la foi et de la raison.

Deux moments chrétiens : la patristique (Pères de l'Église) et la scolastique (écoles et universités).

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone en Afrique du Nord : « Crois pour comprendre, et comprends pour croire ».

Saint Anselme (1033-1109) : « la foi qui cherche à comprendre » ; preuve ontologique de l'existence de Dieu.

Philosophes arabo-musulmans : al-Kindi, al-Farabi, Avicenne (Ibn Sina), al-Ghazali, Averroès (Ibn Rushd) ; transmission et commentaire d'Aristote.

Averroès (1126-1198) : la vérité ne peut contredire la vérité ; il faut interpréter le texte quand il semble contredire la raison.

Saint Thomas d'Aquin (vers 1225-1274), Somme théologique : foi et raison viennent de Dieu et ne se contredisent pas ; cinq voies.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le Moyen Âge est une période sans pensée : c'est une époque de grandes synthèses philosophiques et de transmission des œuvres grecques.
  • Oublier le rôle du monde arabo-musulman : c'est en grande partie par lui qu'Aristote est revenu en Europe latine.
  • Dire que tous les penseurs médiévaux rejetaient la raison : la plupart ont cherché à l'accorder avec la foi.
  • Confondre preuve a priori (Anselme, à partir de l'idée) et preuve a posteriori (Thomas, à partir du monde).

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Quelles sont les dates repères du Moyen Âge ?

b) Quel est le problème central de la philosophie médiévale ?

c) Qu'est-ce que la scolastique ?

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a) Par convention, le Moyen Âge va de 476 (chute de l'Empire romain d'Occident) à 1453 (prise de Constantinople).

b) Le problème central est l'accord entre la foi (les vérités révélées) et la raison (les vérités découvertes par l'homme).

c) La scolastique est la philosophie enseignée dans les écoles et les universités médiévales (XIe-XIVe siècles), qui cherche à accorder la foi chrétienne et la raison, notamment à l'aide d'Aristote.

2Exercice 2

Associe chaque penseur à son idée ou à son œuvre.

a) Saint Augustin — b) Saint Anselme — c) Averroès — d) Al-Ghazali — e) Saint Thomas d'Aquin — f) Avicenne

(1) L'Incohérence des philosophes. (2) La foi qui cherche à comprendre. (3) La Somme théologique. (4) Le Canon de la médecine. (5) Crois pour comprendre. (6) Le Discours décisif.

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a-(5) ; b-(2) ; c-(6) ; d-(1) ; e-(3) ; f-(4).

3Exercice 3

Explique la preuve ontologique de saint Anselme en trois étapes. Pourquoi dit-on que c'est une preuve a priori ?

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Première étape : Dieu est défini comme « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand ». Deuxième étape : ce qui existe réellement est plus grand que ce qui existe seulement dans l'esprit. Troisième étape : si Dieu n'existait que dans l'esprit, on pourrait concevoir un être plus grand, qui existerait aussi réellement, ce qui contredit la définition ; donc Dieu existe réellement. C'est une preuve a priori, car elle part de la seule idée de Dieu, sans s'appuyer sur l'observation du monde.

4Exercice 4

Montre, en 8 à 10 lignes, le rôle du monde arabo-musulman dans l'histoire de la philosophie médiévale.

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Exemple de réponse :

Le monde arabo-musulman a joué un rôle décisif dans la philosophie médiévale. D'abord, il a assuré la transmission : à Bagdad, dès le IXe siècle, les œuvres d'Aristote et de Platon ont été traduites en arabe, puis sont passées en Europe latine, notamment par l'Espagne. Ensuite, il a produit une pensée originale : al-Kindi, al-Farabi, Avicenne et Averroès ont commenté Aristote et réfléchi à l'accord entre la foi et la raison, tandis qu'al-Ghazali critiquait les excès des philosophes. Enfin, cette pensée a influencé les penseurs chrétiens : Thomas d'Aquin appelle Averroès « le Commentateur ». Sans ce rôle, la scolastique n'aurait pas eu la même forme.

5Exercice 5

(Type dissertation) Sujet : « La foi et la raison peuvent-elles s'accorder ? » Rédige l'introduction (définitions, problème, annonce du plan) et le plan détaillé en deux ou trois parties, en utilisant au moins trois penseurs étudiés.

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Introduction : La foi est l'adhésion confiante à des vérités révélées ; la raison est la faculté de connaître par la démonstration et l'examen. La foi semble demander d'accepter sans discuter, alors que la raison exige de tout examiner. Pourtant, de grands penseurs croyants ont été aussi de grands philosophes. La foi et la raison sont-elles ennemies, ou peuvent-elles s'accorder ? Nous verrons d'abord ce qui semble les opposer, puis les efforts pour les accorder, enfin les conditions de cet accord.

I. Ce qui semble opposer foi et raison : la foi accepte sans preuve, la raison doute et exige des preuves ; al-Ghazali reproche aux philosophes de soumettre la foi à la raison.

II. Les efforts d'accord : Augustin (croire pour comprendre) ; Averroès (la vérité ne contredit pas la vérité, il faut interpréter) ; Thomas d'Aquin (foi et raison viennent de Dieu ; certaines vérités dépassent la raison sans la contredire).

III. Les conditions de l'accord : que chacune reste dans son domaine (la raison pour connaître le monde, la foi pour le sens et le salut) et que le croyant accepte l'examen rationnel.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel est le problème central de la philosophie médiévale ?
Voir la réponse

Réponse B : l'accord entre la foi et la raison. Les penseurs médiévaux cherchent à penser ensemble la révélation et la raison.

2Où saint Augustin était-il évêque ?
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Réponse C : à Hippone, en Afrique du Nord. Né à Thagaste, Augustin fut évêque d'Hippone, l'actuelle Annaba, en Algérie.

3Qui a écrit L'Incohérence des philosophes ?
Voir la réponse

Réponse A : al-Ghazali. Al-Ghazali y critique les philosophes ; Averroès lui répond dans L'Incohérence de l'incohérence.

4Pour saint Thomas d'Aquin, la foi et la raison :
Voir la réponse

Réponse C : viennent toutes deux de Dieu et ne peuvent se contredire. Certaines vérités dépassent la raison, mais aucune ne lui est contraire.

5Quelle ville d'Afrique de l'Ouest fut un grand centre de savoir autour de la mosquée de Sankoré ?
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Réponse B : Tombouctou. Tombouctou a été un grand centre d'enseignement, dont de nombreux manuscrits sont conservés.

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