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Philosophie · 11e SE

Leçon 10 sur 30

La philosophie moderne

Je sais expliquer comment la Renaissance et la révolution scientifique ont transformé la philosophie, et je distingue le rationalisme de Descartes et l'empirisme de Locke et Hume.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer la philosophie moderne (XVIe-XVIIe siècles) dans son contexte : humanisme, révolution scientifique
  • Expliquer la démarche de Descartes (doute, cogito, rationalisme)
  • Distinguer rationalisme et empirisme à partir de leurs principaux représentants

Avant de commencer : Leçons précédentes : méthodes de la philosophie (doute méthodique), philosophie médiévale (foi et raison)

1Je découvre

À l'école primaire, le grand-père d'Ousmane avait appris par cœur que « le Soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest ». Un soir, à Dabola, il dit à son petit-fils : « C'est évident : je vois bien le Soleil tourner autour de nous chaque jour ! » Ousmane, élève de 11e SM, sourit : « Grand-père, c'est la Terre qui tourne sur elle-même et autour du Soleil. Nos yeux nous trompent. »

Le grand-père fronce les sourcils : « Alors, si mes yeux me trompent sur une chose aussi simple, comment puis-je être sûr de quoi que ce soit ? »

Cette question est exactement celle qui a bouleversé l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles. Quand des savants ont montré que la Terre n'était pas au centre du monde, ce qu'on croyait depuis l'Antiquité, beaucoup ont compris qu'il fallait tout reprendre à zéro : sur quoi fonder une connaissance vraiment certaine ? Sur la raison ? Sur l'expérience ?

Comment la philosophie moderne a-t-elle cherché un fondement sûr pour la connaissance ?

2Je comprends

1. Le contexte : un monde qui change

La philosophie moderne couvre principalement les XVIe et XVIIe siècles. Elle naît dans une Europe en plein bouleversement :

  • la Renaissance et l'humanisme : on redécouvre les textes antiques, on place l'homme et ses capacités au centre de la réflexion ; l'imprimerie diffuse les livres ;
  • les grandes découvertes : les voyages maritimes élargissent la connaissance du monde ;
  • la révolution scientifique : en 1543, Copernic propose un système où la Terre tourne autour du Soleil (héliocentrisme) ; Galilée observe le ciel à la lunette et affirme, dans L'Essayeur (1623), que le grand livre de la nature « est écrit en langue mathématique ». Il est condamné par l'Église en 1633 ;
  • les divisions religieuses en Europe (Réforme protestante, guerres de religion).

L'autorité des Anciens (Aristote) et celle de la scolastique sont ébranlées. Le grand problème devient : comment fonder une connaissance certaine ? C'est la question de la méthode.

2. Montaigne : le doute sceptique

Michel de Montaigne (1533-1592), dans ses Essais, observe la diversité des coutumes humaines et l'incertitude de nos jugements. Sa devise est une question : « Que sais-je ? » Il ne prétend pas atteindre une vérité définitive ; il se prend lui-même comme objet d'étude. Il invite à la tolérance : ce que chaque peuple appelle « barbare » est souvent simplement ce qui n'est pas dans ses usages.

3. Bacon : la science par l'expérience

Francis Bacon (1561-1626), philosophe anglais, critique la logique d'Aristote qui, selon lui, n'apprend rien de nouveau. Dans le Novum Organum (1620), il propose une méthode fondée sur l'observation et l'induction : partir des faits observés pour remonter aux lois générales. Il dénonce les idoles, c'est-à-dire les illusions qui trompent l'esprit (préjugés de l'espèce humaine, de l'individu, du langage, des doctrines). Pour lui, « savoir, c'est pouvoir » : la science doit permettre à l'homme de maîtriser la nature.

4. Descartes : le père de la philosophie moderne

René Descartes (1596-1650), philosophe et mathématicien français, est souvent appelé le père de la philosophie moderne. Ses œuvres principales sont le Discours de la méthode (1637) et les Méditations métaphysiques (1641).

Sa démarche suit plusieurs étapes.

  1. 1Constat : beaucoup de ce que j'ai appris est douteux ; il faut tout reprendre depuis les fondements
  2. 2Doute méthodique : je rejette tout ce qui peut être mis en doute (les sens trompent, le rêve ressemble à la veille)
  3. 3Première certitude : je doute, donc je pense ; je pense, donc je suis (le cogito)
  4. 4Critère de vérité : est vrai ce que je conçois clairement et distinctement
  5. 5Reconstruction : l'existence de Dieu garantit la vérité des idées claires ; je peux alors connaître le monde
Le chemin de Descartes, du doute à la certitude.

Ses thèses principales :

  • le cogito (« Je pense, donc je suis ») est la première vérité absolument certaine ; elle résiste à tout doute ;
  • l'homme est composé de deux substances distinctes : l'âme (ou esprit), dont l'essence est de penser, et le corps, dont l'essence est d'être étendu (d'occuper de l'espace). C'est le dualisme cartésien ;
  • les animaux sont comparés à des machines très complexes (théorie des « animaux-machines ») ;
  • la raison, « le bon sens », est « la chose du monde la mieux partagée » : tous les hommes l'ont également ; ce qui les distingue, c'est la manière de l'appliquer. D'où l'importance de la méthode.

Descartes est le fondateur du rationalisme moderne : la raison est la source principale de la connaissance certaine ; l'esprit possède des idées innées (comme l'idée de Dieu, les vérités mathématiques).

5. Les autres rationalistes : Spinoza et Leibniz

  • Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe hollandais, pense qu'il n'existe qu'une seule substance, qu'il appelle « Dieu ou la Nature ». L'esprit et le corps sont deux aspects d'une même réalité. Dans l'Éthique, il montre que la liberté consiste à comprendre les causes qui nous déterminent, et non à échapper à toute cause.
  • Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), philosophe et mathématicien allemand, affirme que « rien n'arrive sans raison » (principe de raison suffisante) et que notre monde est « le meilleur des mondes possibles ».

6. L'empirisme : Locke et Hume

En face du rationalisme se développe, surtout en Angleterre, l'empirisme (du grec empeiria, l'expérience) : toute connaissance vient de l'expérience sensible.

  • John Locke (1632-1704), dans l'Essai sur l'entendement humain (1690), rejette les idées innées. À la naissance, l'esprit est comme une page blanche (tabula rasa) ; toutes nos idées viennent de la sensation (les sens) et de la réflexion (l'esprit qui observe ses propres opérations). Locke est aussi un grand penseur politique : le pouvoir doit protéger les droits naturels des hommes (la vie, la liberté, les biens).
  • David Hume (1711-1776), philosophe écossais, pousse l'empirisme plus loin. Il montre que l'idée de cause ne vient pas de la raison mais de l'habitude : parce que j'ai toujours vu le feu brûler, je m'attends à ce qu'il brûle encore, mais je ne peux pas le démontrer. Cette critique annonce Kant.
Rationalisme
  • La raison est la source principale du savoir
  • L'esprit possède des idées innées
  • Modèle : les mathématiques
  • Descartes, Spinoza, Leibniz
Empirisme
  • L'expérience est la source de tout savoir
  • L'esprit est une page blanche à la naissance
  • Modèle : les sciences d'observation
  • Bacon, Locke, Hume
Les deux grands courants de la théorie de la connaissance à l'époque moderne.

Exemple

D'où vient l'idée de triangle chez Aïssatou ?

Réponse rationaliste (Descartes) : Aïssatou n'a jamais vu de triangle parfait, car tout triangle tracé a des traits épais et des angles imparfaits. L'idée de triangle, avec ses propriétés nécessaires (somme des angles égale à 180° dans le plan), ne peut venir des sens : elle est dans sa raison.

Réponse empiriste (Locke) : Aïssatou a d'abord vu des objets à trois côtés (un toit de case, une part de galette, le panneau de signalisation) ; son esprit a comparé ces perceptions et formé une idée générale. Sans ces expériences, elle n'aurait aucune idée de triangle.

Bilan : le rationaliste insiste sur la nécessité des vérités mathématiques ; l'empiriste insiste sur l'origine sensible de nos idées. Kant tentera de réconcilier les deux au XVIIIe siècle.

Exemple

Hume et l'habitude, au bord du Niger.

Chaque année, le fleuve monte pendant l'hivernage. Lansana en conclut : « Le fleuve montera l'an prochain. » Selon Hume, cette attente n'est pas une démonstration : elle repose sur l'habitude de voir la crue suivre les pluies. Rien, dans la raison seule, ne garantit que l'avenir ressemblera au passé. Cela ne rend pas l'attente absurde ; cela montre que nos connaissances de la nature sont probables, non absolument certaines.

Méthode

Pour distinguer rationalisme et empirisme dans un texte ou une question :

  1. Je cherche la réponse à la question : d'où viennent nos connaissances ?
  2. Si la réponse est « de la raison », avec des idées innées et des vérités nécessaires : rationalisme.
  3. Si la réponse est « de l'expérience », avec des sensations et l'habitude : empirisme.
  4. Je nomme un représentant de chaque courant et je cite une idée précise.
  5. Je montre les limites de chaque position.

3Je retiens

Je retiens

Philosophie moderne : XVIe-XVIIe siècles ; contexte de Renaissance, d'humanisme et de révolution scientifique (Copernic, Galilée).

Problème central : comment fonder une connaissance certaine ? C'est la question de la méthode.

Montaigne : « Que sais-je ? ». Bacon : l'induction, l'expérience, « savoir, c'est pouvoir ».

Descartes (1596-1650), père de la philosophie moderne : doute méthodique, « Je pense, donc je suis », dualisme de l'âme et du corps, idées innées.

Rationalisme : la raison est la source principale de la connaissance (Descartes, Spinoza, Leibniz).

Empirisme : toute connaissance vient de l'expérience (Bacon, Locke, Hume). Locke : l'esprit est une « page blanche ».

Hume : l'idée de cause vient de l'habitude, non de la raison.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre le doute de Montaigne et celui de Descartes : Montaigne reste dans l'interrogation (« Que sais-je ? »), Descartes doute pour atteindre une certitude.
  • Croire que les empiristes rejettent la raison : ils disent que la raison travaille sur des matériaux qui viennent tous de l'expérience.
  • Traduire le cogito par « je pense à quelque chose, donc j'existe physiquement » : il affirme l'existence de moi comme être pensant, avant même la certitude du corps.
  • Placer Descartes au siècle des Lumières : il appartient au XVIIe siècle ; les Lumières sont au XVIIIe.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite deux événements qui expliquent la naissance de la philosophie moderne.

b) Pourquoi appelle-t-on Descartes le « père de la philosophie moderne » ?

c) Qu'est-ce que le dualisme cartésien ?

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a) La révolution scientifique (Copernic en 1543 place le Soleil au centre du monde ; Galilée observe le ciel à la lunette) et la Renaissance humaniste (redécouverte des textes antiques et confiance dans l'homme). On accepte aussi : l'imprimerie, les grandes découvertes, la Réforme.

b) Parce qu'il rompt avec l'autorité des Anciens et de la scolastique, fait du sujet pensant (« je pense ») le point de départ de la philosophie et propose une méthode rationnelle pour fonder toute connaissance.

c) C'est la thèse selon laquelle l'homme est composé de deux substances distinctes : l'âme, dont l'essence est de penser, et le corps, dont l'essence est d'être étendu dans l'espace.

2Exercice 2

Classe chaque philosophe dans le rationalisme ou l'empirisme et associe-lui une idée : Descartes, Locke, Leibniz, Hume, Bacon, Spinoza.

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Rationalistes : Descartes (le cogito, les idées innées) ; Spinoza (une seule substance, « Dieu ou la Nature ») ; Leibniz (rien n'arrive sans raison).

Empiristes : Bacon (l'induction, « savoir, c'est pouvoir ») ; Locke (l'esprit est une page blanche) ; Hume (la cause vient de l'habitude).

3Exercice 3

Explique la formule « Je pense, donc je suis » en montrant pourquoi elle résiste au doute.

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Descartes doute de tout : ses sens peuvent le tromper, il peut rêver, il peut se tromper même en mathématiques. Mais au moment où il doute, il ne peut pas douter qu'il doute. Or douter, c'est penser. Et pour penser, il faut être. Donc, même si tout le reste est douteux, une chose est certaine : j'existe comme être qui pense. Plus je doute, plus je confirme cette vérité : c'est pourquoi elle résiste au doute et devient le premier fondement de la connaissance.

4Exercice 4

Lis cette phrase : « Aucun homme ne naît avec des connaissances ; l'enfant apprend tout de ce qu'il voit, entend et touche. »

a) À quel courant appartient cette thèse ? Justifie.

b) Quel philosophe l'a défendue avec l'image de la « page blanche » ?

c) Donne une objection qu'un rationaliste pourrait lui opposer.

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a) Cette thèse est empiriste, car elle affirme que toutes nos connaissances viennent des sens (voir, entendre, toucher) et qu'il n'y a pas d'idées innées.

b) John Locke, dans l'Essai sur l'entendement humain (1690).

c) Un rationaliste répondrait que certaines vérités sont nécessaires et universelles (par exemple « deux plus deux font quatre » ou « le tout est plus grand que la partie ») ; or l'expérience ne montre que des cas particuliers et ne peut pas fonder une telle nécessité : ces vérités doivent donc venir de la raison.

5Exercice 5

(Type dissertation) Sujet : « Nos connaissances viennent-elles de l'expérience ? » Construis un plan détaillé en deux parties avec une synthèse, en utilisant au moins trois philosophes de la leçon et un exemple par partie.

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Plan détaillé :

  • Introduction : définir connaissance (savoir vrai et justifié) et expérience (contact avec le réel par les sens). Problème : si nous apprenons en voyant et en touchant, certaines vérités semblent pourtant dépasser tout ce que nous voyons.
  • I. Oui, nos connaissances viennent de l'expérience : Locke (page blanche) ; Bacon (l'induction) ; Hume (la cause vient de l'habitude). Exemple : le cultivateur apprend à reconnaître les sols fertiles par des années d'observation.
  • II. Non, pas seulement : Descartes montre que les sens trompent (le Soleil semble tourner autour de la Terre) et que les vérités mathématiques sont nécessaires, donc rationnelles. Exemple : l'idée de triangle parfait, que personne n'a jamais vu.
  • Synthèse : la connaissance commence avec l'expérience, mais la raison l'organise et lui donne sa nécessité ; c'est la voie que Kant ouvrira au XVIIIe siècle.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle devise résume la pensée de Montaigne ?
Voir la réponse

Réponse B : « Que sais-je ? ». Montaigne s'interroge sur l'incertitude de nos jugements, sans prétendre atteindre une vérité définitive.

2Selon Descartes, quelle est la première vérité certaine ?
Voir la réponse

Réponse C : je pense, donc je suis. Le cogito résiste au doute, car douter, c'est déjà penser.

3Qu'affirme l'empirisme ?
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Réponse A : toute connaissance vient de l'expérience. Locke et Hume sont les grands représentants de l'empirisme.

4Quel philosophe compare l'esprit du nouveau-né à une page blanche ?
Voir la réponse

Réponse C : Locke. Pour Locke, toutes nos idées viennent de la sensation et de la réflexion.

5Selon Hume, d'où vient l'idée de cause ?
Voir la réponse

Réponse B : de l'habitude de voir deux événements se suivre. Nous attendons que le feu brûle parce que nous l'avons toujours vu brûler.

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