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Philosophie · 11e SE

Leçon 18 sur 30

La métaphysique

Je sais expliquer les deux sens du mot « métaphysique » : la recherche des premiers principes de l'être, et la méthode de pensée qui considère les choses comme isolées et immobiles, opposée à la dialectique.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Expliquer l'origine du mot « métaphysique » et son premier sens (science de l'être, des premiers principes)
  • Définir la métaphysique comme méthode de pensée et en donner les caractères
  • Distinguer les deux sens et préparer l'opposition métaphysique / dialectique

Avant de commencer : L'idéalisme et le matérialisme (leçons précédentes)

1Je découvre

Au lycée de Kissidougou, le professeur de philosophie pose deux questions au tableau.

Première question : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Le monde a-t-il un commencement ? L'âme survit-elle au corps ? » Les élèves se regardent : aucune expérience de physique ne permet d'y répondre.

Deuxième situation : Lansana affirme : « Mon quartier est pauvre et il le sera toujours. Les gens d'ici sont comme ça, ils ne changeront jamais. » Sa camarade Mariama proteste : « Tu regardes le quartier comme une photo figée. Tu oublies qu'il y a dix ans, il n'y avait ni école ni forage, et que les jeunes d'aujourd'hui ne vivent plus comme leurs parents. »

Le professeur explique : « Dans ces deux cas, on peut parler de "métaphysique", mais dans deux sens très différents. Dans le premier, on cherche les causes premières au-delà de l'expérience. Dans le second, on pense les choses comme si elles ne bougeaient pas et n'avaient pas de liens entre elles. »

Quels sont les deux sens du mot « métaphysique », et pourquoi faut-il bien les distinguer ?

2Je comprends

1. L'origine du mot

Le philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.) a écrit un ensemble de livres sur ce qu'il appelait la philosophie première : l'étude de l'être en tant qu'être, des premiers principes et des premières causes de toutes choses. Plusieurs siècles plus tard, lorsqu'on a rassemblé et classé ses œuvres (on attribue ce travail à Andronicos de Rhodes, au Ier siècle avant J.-C.), ces livres ont été placés après ceux qui traitaient de la nature (la Physique). On les a appelés en grec ta meta ta phusika : « les livres qui viennent après la physique ».

Le préfixe meta a ensuite été compris aussi comme « au-delà » : la métaphysique serait l'étude de ce qui est au-delà de la nature et de l'expérience sensible.

2. Premier sens : la métaphysique comme recherche des premiers principes

Dans son sens classique, la métaphysique est la partie de la philosophie qui cherche à connaître, par la seule raison, les réalités premières qui dépassent l'expérience sensible : l'être en général, la cause première du monde, Dieu, l'âme, la liberté, l'infini.

  • Aristote la définit comme la science de l'être en tant qu'être et des causes premières.
  • Descartes (1596-1650) compare la philosophie à un arbre : les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, les branches sont les autres sciences (la médecine, la mécanique et la morale). Pour lui, la métaphysique est le fondement de tout le savoir.
  • Kant (Allemagne, 1724-1804), dans la Critique de la raison pure (1781), se demande si la métaphysique peut être une science. Il conclut que la raison ne peut pas connaître scientifiquement Dieu, l'âme ou la liberté, car ils ne sont pas objets d'expérience ; elle peut seulement les penser.

Les grandes questions métaphysiques sont par exemple : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Le monde a-t-il été créé ? L'homme est-il libre ? Qu'y a-t-il après la mort ? Ces questions touchent tout homme, en Guinée comme ailleurs : les récits de création, les croyances sur les ancêtres et sur l'au-delà en sont des réponses religieuses ou traditionnelles ; la métaphysique cherche à y répondre par la raison.

  1. 1Aristote écrit sur la « philosophie première » (IVe siècle av. J.-C.)
  2. 2Ses livres sont classés après la Physique : « meta ta phusika »
  3. 3Sens classique : étude des premiers principes, au-delà de l'expérience
  4. 4Descartes : la métaphysique est la racine de l'arbre du savoir
  5. 5Kant : la raison ne peut pas connaître scientifiquement Dieu, l'âme, la liberté
  6. 6Engels : « métaphysique » désigne aussi une méthode de pensée figée
Du titre d'un livre d'Aristote aux deux sens du mot métaphysique.

3. Second sens : la métaphysique comme méthode de pensée

Au XIXe siècle, Hegel, puis Engels (notamment dans l'Anti-Dühring, 1878), donnent au mot un second sens, très important dans le programme de 11e. La métaphysique désigne alors une méthode de pensée qui considère les choses et les phénomènes :

  1. isolés les uns des autres, sans liens entre eux ;
  2. immobiles et figés, sans mouvement véritable ;
  3. soumis à des changements seulement quantitatifs (en plus ou en moins), jamais qualitatifs (devenir autre chose) ;
  4. sans contradiction interne : une chose est ce qu'elle est, et rien d'autre ; si elle change, c'est sous l'effet d'une cause extérieure.

La méthode métaphysique pense par oppositions tranchées : « oui, c'est oui ; non, c'est non ». Une chose est soit vivante, soit morte ; soit bonne, soit mauvaise ; il n'y a pas de passage de l'une à l'autre.

Caractère de la méthode métaphysiqueCe qu'elle affirmeExemple
Isolementles choses n'ont pas de lienétudier la forêt sans les pluies, le sol et les hommes
Immobilitéles choses ne changent pas« mon quartier sera toujours pauvre »
Changement seulement quantitatifon ajoute ou on retranche, rien de nouveau n'apparaîtcroire que l'enfant n'est qu'un adulte en petit
Absence de contradiction internele changement vient toujours de l'extérieurcroire qu'une société ne change que par une force étrangère

4. Les mérites et les limites de la méthode métaphysique

La méthode métaphysique n'est pas absurde : elle a eu une utilité historique. Pour connaître la nature, il a fallu d'abord séparer les objets, les classer, les étudier un par un (les plantes, les animaux, les minéraux). Les sciences des XVIIe et XVIIIe siècles ont beaucoup progressé grâce à ces classements. Dans la vie courante aussi, on a besoin de distinguer nettement : un médicament est ou n'est pas le bon.

Mais elle devient une erreur quand on oublie que ces séparations sont provisoires. En réalité :

  • tout est lié : le déboisement du Fouta-Djallon a des effets sur les fleuves qui y prennent leur source et sur les pays traversés en aval ;
  • tout change : la graine devient plante, l'enfant devient adulte, un village devient une ville ;
  • les changements de quantité finissent par produire des changements de qualité ;
  • le changement vient souvent des contradictions internes des choses.

C'est la méthode dialectique, étudiée dans la leçon suivante, qui prend en compte ces aspects.

5. Bien distinguer les deux sens

Métaphysique au sens classique
  • Recherche des premiers principes
  • Porte sur l'être, Dieu, l'âme, la liberté
  • Aristote, Descartes, Kant
  • S'oppose à la connaissance par l'expérience
Métaphysique au sens de méthode
  • Manière de penser les choses
  • Porte sur n'importe quel objet
  • Critiquée par Hegel et Engels
  • S'oppose à la dialectique
Un même mot, deux sens à ne jamais confondre dans une copie.

Un philosophe peut donc faire de la métaphysique au premier sens (réfléchir sur l'être) tout en pensant de manière dialectique. Hegel en est l'exemple : il a construit un grand système sur l'Esprit absolu, tout en étant le penseur de la dialectique.

Exemple

Situation : Aïssatou dit : « Le fer est dur, l'eau est liquide : c'est leur nature, un point c'est tout. »

Analyse : Elle pense de manière métaphysique (au second sens) : elle fixe chaque chose dans une qualité définitive, sans tenir compte des conditions.

Correction : Le fer chauffé très fortement devient liquide ; l'eau refroidie au-dessous de 0 °C devient glace. Les propriétés dépendent des conditions et peuvent changer de qualité.

Exemple

Situation : Ousmane demande : « L'homme a-t-il une âme distincte de son corps ? »

Analyse : C'est une question métaphysique au premier sens : elle porte sur une réalité (l'âme) qu'aucune expérience sensible ne permet d'observer directement.

Réponses possibles : Descartes distingue l'âme, substance pensante, du corps, substance étendue ; les matérialistes répondent que la pensée est une fonction du cerveau. La discussion se fait par des arguments rationnels, non par des mesures.

Méthode

Pour reconnaître le sens du mot « métaphysique » dans un sujet ou un texte :

  1. Je regarde l'objet : l'être, Dieu, l'âme, la cause première ? C'est le sens classique.
  2. Je regarde la manière de penser : isoler, figer, refuser le changement et la contradiction ? C'est le sens de méthode.
  3. Je vérifie le terme opposé : « expérience » ou « physique » pour le premier sens ; « dialectique » pour le second.
  4. J'annonce clairement dans ma copie le sens que je retiens.

3Je retiens

Je retiens

Le mot vient du grec « ta meta ta phusika » : les livres d'Aristote placés après la Physique ; « meta » a ensuite été compris comme « au-delà ».

Sens classique : la métaphysique est la recherche rationnelle des premiers principes et des réalités qui dépassent l'expérience (l'être, Dieu, l'âme, la liberté).

Aristote : science de l'être en tant qu'être. Descartes : racine de l'arbre de la philosophie. Kant : la raison ne peut pas connaître scientifiquement ces objets.

Sens de méthode (Hegel, Engels) : manière de penser qui considère les choses comme isolées, immobiles, sans changement qualitatif et sans contradiction interne.

La méthode métaphysique a été utile pour classer et analyser, mais elle devient une erreur quand elle fige le réel.

Elle s'oppose à la méthode dialectique.

4Erreurs fréquentes

  • Mélanger les deux sens dans une même copie : précise toujours si tu parles de la recherche des premiers principes ou de la méthode de pensée opposée à la dialectique.
  • Croire que « métaphysique » signifie « magie » ou « surnaturel » : c'est une réflexion rationnelle, pas une croyance ni une pratique occulte.
  • Dire que la méthode métaphysique n'a servi à rien : elle a permis de classer et d'analyser les objets de la nature ; son défaut est de rendre ces séparations définitives.
  • Traduire « meta » seulement par « au-delà » : à l'origine, il signifiait « après », à cause du classement des livres d'Aristote.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Explique l'origine du mot « métaphysique ».

b) Donne la définition classique de la métaphysique et trois de ses objets.

c) Quels sont les quatre caractères de la méthode métaphysique ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le mot vient du grec « ta meta ta phusika », « ce qui vient après la physique » : c'était le nom donné aux livres d'Aristote sur la philosophie première, classés après sa Physique. Le préfixe « meta » a ensuite été compris aussi comme « au-delà » de la nature.

b) Au sens classique, la métaphysique est la partie de la philosophie qui cherche à connaître, par la raison, les premiers principes et les réalités qui dépassent l'expérience sensible. Objets : l'être en tant qu'être, Dieu, l'âme, la liberté (on accepte aussi la cause première du monde, l'infini).

c) La méthode métaphysique considère les choses comme isolées les unes des autres, comme immobiles, comme soumises seulement à des changements quantitatifs, et comme dépourvues de contradictions internes.

2Exercice 2

Dis, pour chaque phrase, si le mot « métaphysique » est pris au sens classique (C) ou au sens de méthode (M).

a) « Sa question sur l'origine du monde est une question métaphysique. »

b) « Penser que les coutumes ne changent jamais est une manière métaphysique de voir la société. »

c) « Descartes place la métaphysique à la racine de l'arbre de la philosophie. »

d) « Étudier le riz sans tenir compte du sol, de l'eau et du climat, c'est l'étudier de façon métaphysique. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) C ; b) M ; c) C ; d) M.

3Exercice 3

Relève l'erreur de méthode dans la phrase suivante et corrige-la : « Un élève faible en mathématiques le restera toute sa vie. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

L'erreur est de figer l'élève dans une qualité définitive : c'est une pensée métaphysique (au sens de méthode), qui ignore le changement. En réalité, par le travail, de bonnes méthodes et l'aide d'un professeur, les résultats d'un élève évoluent ; une accumulation d'efforts peut produire un vrai changement de niveau. Phrase corrigée : « Cet élève est faible en mathématiques aujourd'hui, mais il peut progresser s'il travaille régulièrement. »

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Le naturaliste d'autrefois rangeait chaque plante dans une case, chaque animal dans une autre, et croyait que chaque espèce était restée la même depuis l'origine. Ce travail de classement était nécessaire. Mais il laissait une habitude : celle de voir la nature comme un musée d'objets immobiles et séparés, et non comme une histoire. »

a) Quelle manière de penser le texte décrit-il ? Nomme-la.

b) Quel mérite et quelle limite lui reconnaît-il ?

c) Quelle méthode s'oppose à cette manière de penser ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le texte décrit la méthode métaphysique (au sens de méthode) : elle voit les choses séparées et immobiles.

b) Mérite : le classement des plantes et des animaux était nécessaire au progrès des sciences. Limite : il a laissé l'habitude de voir la nature comme figée, sans histoire ni transformation.

c) La méthode dialectique, qui considère les choses dans leurs liens et dans leur mouvement.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Peut-on se passer de la métaphysique ? » En prenant le mot au sens classique, rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Tout homme, un jour, se demande d'où vient le monde, s'il est libre ou ce qu'il y a après la mort. Ces questions, dites métaphysiques, ne peuvent être tranchées par aucune expérience. Faut-il alors les abandonner comme inutiles, ou bien sont-elles indispensables à l'homme ? Nous verrons d'abord les raisons de s'en passer, puis ce qui la rend inévitable.

Plan détaillé :

I. On pourrait vouloir s'en passer. A. Ses objets échappent à l'expérience (Kant : on ne peut pas les connaître scientifiquement). B. Les philosophes n'y sont jamais tombés d'accord. C. La science semble répondre de mieux en mieux aux questions sur la nature.

II. Mais on ne peut pas vraiment s'en passer. A. Les questions sur le sens de la vie, la liberté, la mort se posent à tout homme. B. La science elle-même repose sur des principes qu'elle ne démontre pas (l'ordre du monde, la valeur de la raison). C. Même celui qui rejette la métaphysique prend position sur l'être : dire « tout est matière » est déjà une thèse métaphysique.

Conclusion : on ne peut pas connaître scientifiquement les objets de la métaphysique, mais on ne peut pas cesser de se poser ses questions.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1D'où vient le mot « métaphysique » ?
Voir la réponse

Réponse B : du titre donné aux livres d'Aristote placés après la Physique. « Ta meta ta phusika » : « ce qui vient après la physique » dans le classement des œuvres d'Aristote.

2Au sens classique, la métaphysique étudie :
Voir la réponse

Réponse A : les premiers principes et les réalités qui dépassent l'expérience. Elle porte sur l'être, Dieu, l'âme, la liberté, par la seule raison.

3Chez Descartes, la métaphysique est :
Voir la réponse

Réponse C : les racines de l'arbre. Pour Descartes, les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, les branches les autres sciences.

4Laquelle de ces phrases traduit une pensée métaphysique au sens de méthode ?
Voir la réponse

Réponse B : « Les choses sont ce qu'elles sont et ne changent jamais vraiment. ». La méthode métaphysique fige les choses et nie le changement qualitatif.

5La méthode métaphysique s'oppose à :
Voir la réponse

Réponse B : la dialectique. Hegel et Engels opposent la méthode métaphysique, qui fige, à la méthode dialectique, qui pense le mouvement.

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