Aller au contenu
Philosophie · 11e SE

Leçon 27 sur 30

Les problèmes de l'insertion sociale de l'individu et de la personne

Je sais distinguer l'individu et la personne, expliquer comment l'homme s'insère dans la société par la socialisation, les statuts et les rôles, et discuter les problèmes de l'intégration, de l'exclusion et de l'affirmation de la personne.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Distinguer l'individu et la personne
  • Expliquer la socialisation (primaire et secondaire), ses agents, les statuts et les rôles
  • Analyser les difficultés de l'insertion sociale (marginalité, exclusion, conflit entre la personne et le groupe) et les moyens d'y répondre

Avant de commencer : Les problèmes de l'existence sociale (leçon précédente)

1Je découvre

Mariama a grandi à Guéckédou. Après son baccalauréat, elle part étudier à l'université, loin de sa famille. Les premières semaines sont difficiles : elle ne connaît personne, elle ne comprend pas toujours les habitudes de ses camarades venus d'autres régions, elle se sent seule. Peu à peu, elle s'inscrit dans une association d'étudiantes, se fait des amies, apprend quelques mots de pular et de soussou. À la fin de l'année, elle se sent chez elle.

Son cousin Ousmane, lui, a quitté l'école en 9e. Il vit en ville de petits travaux, sans emploi stable. Il dit souvent : « Je ne suis à ma place nulle part. Au village, on me trouve trop "citadin" ; en ville, on me traite de "broussard". Je n'ai pas de travail, donc personne ne me prend au sérieux. »

Mariama a réussi à s'insérer dans un nouveau milieu ; Ousmane a du mal à trouver sa place. Pourtant, tous deux sont des êtres humains avec la même dignité.

Comment un être humain trouve-t-il sa place dans la société, et que devient la personne quand l'insertion échoue ?

2Je comprends

1. Individu et personne

  • L'individu (du latin individuum, « qui ne peut être divisé ») est un être singulier, un exemplaire distinct d'une espèce ou d'un groupe. Au sens social, c'est un membre d'un groupe, considéré comme une unité parmi d'autres : on compte les individus dans un recensement.
  • La personne (du latin persona, qui désignait le masque de l'acteur au théâtre, puis le rôle) est l'être humain en tant qu'il est conscient, libre, responsable de ses actes et porteur d'une dignité. La personne a des droits et des devoirs.
IndividuPersonne
un exemplaire parmi d'autresun être unique, irremplaçable
notion descriptive (on le compte)notion morale et juridique (on le respecte)
défini par son appartenancedéfini par sa conscience, sa liberté, sa dignité
peut être traité comme un moyendoit être traité comme une fin

Pour Kant, la personne doit toujours être traitée comme une fin et jamais seulement comme un moyen : les choses ont un prix, la personne a une dignité. Le philosophe français Emmanuel Mounier (1905-1950), fondateur du personnalisme, insiste sur le fait que la personne ne se réalise pas dans l'isolement, mais dans la relation et l'engagement avec les autres.

On naît individu ; on devient une personne en développant sa conscience et sa liberté au sein de la société.

2. Comment s'insère-t-on dans la société ? La socialisation

La socialisation est le processus par lequel un individu apprend et intériorise les normes, les valeurs, les savoirs et les comportements de la société dans laquelle il vit. C'est elle qui fait de l'enfant un membre de son groupe.

a) La socialisation primaire

Elle a lieu pendant l'enfance, surtout dans la famille. L'enfant apprend la langue, les règles de politesse (saluer les aînés, manger avec la main droite), les croyances et les valeurs de base (le respect, le partage, le travail). Elle est profonde et durable.

b) La socialisation secondaire

Elle se poursuit toute la vie, dans d'autres milieux : l'école, le groupe d'amis, le lieu de travail, les associations, les lieux de culte, les médias. On y apprend de nouveaux rôles (élève, apprenti, commerçant, parent, citoyen).

  1. 1La famille : langue, politesse, valeurs de base (socialisation primaire)
  2. 2L'école : savoirs, discipline, vie en groupe, citoyenneté
  3. 3Le groupe d'amis : goûts, manières de parler, solidarité entre pairs
  4. 4Le travail et les associations : métier, responsabilités, engagement
  5. 5La vie de citoyen : droits, devoirs, participation à la vie publique
Les principaux agents de la socialisation, de l'enfance à l'âge adulte.

Dans beaucoup de sociétés traditionnelles de Guinée, la socialisation passait aussi par les classes d'âge et les rites d'initiation, qui marquent le passage d'un statut à un autre (de l'enfance à l'âge adulte) et enseignent les devoirs de chacun envers la communauté.

c) Statuts et rôles

L'anthropologue américain Ralph Linton a distingué :

  • le statut : la position qu'une personne occupe dans un groupe (fille, aînée, élève, déléguée, commerçante) ;
  • le rôle : l'ensemble des comportements attendus de celui qui occupe ce statut (la déléguée doit représenter la classe, transmettre les informations).

Certains statuts sont attribués (on naît fille ou garçon, aîné ou cadet) ; d'autres sont acquis par l'effort (diplômé, chef d'entreprise, élu). S'insérer, c'est apprendre à tenir ses rôles.

3. Les problèmes de l'insertion sociale

a) L'intégration

Une personne est intégrée quand elle participe à la vie du groupe, qu'elle y a une place reconnue et qu'elle partage ses règles. Les principaux facteurs d'intégration sont la famille, l'école, le travail et la participation à la vie collective.

b) La marginalité et l'exclusion

  • La marginalité est la situation de celui qui vit en bordure du groupe, sans en suivre toutes les règles.
  • L'exclusion est la situation de celui qui est rejeté ou privé des liens et des droits qui permettent de participer à la vie sociale.

Les causes de l'exclusion sont multiples :

  • économiques : le chômage, la pauvreté (sans travail, on perd une partie de sa reconnaissance sociale, comme Ousmane) ;
  • scolaires : l'abandon de l'école ;
  • géographiques : l'exode rural, l'isolement ;
  • liées aux préjugés : rejet d'une personne à cause de son handicap, de sa maladie, de son origine ou de son passé.

c) Le conflit entre la personne et le groupe

Même une personne intégrée peut vivre un conflit entre ce que le groupe attend d'elle et ce qu'elle veut devenir : choix des études, du métier, du conjoint, de ses convictions. Le groupe peut étouffer la personne en l'enfermant dans un rôle (le conformisme) ; mais la personne qui rejette toute règle risque l'isolement.

Le défi est de trouver un équilibre : s'insérer sans se perdre, rester soi-même sans rompre avec les autres.

Le groupe peut…
  • Transmettre la langue et les valeurs
  • Imposer des rôles et des statuts
  • Exclure celui qui est différent
  • Étouffer par le conformisme
La personne peut…
  • Les faire siennes en les comprenant
  • Choisir et acquérir d'autres statuts
  • Faire reconnaître sa dignité et ses droits
  • S'affirmer par le dialogue et l'engagement
L'insertion sociale est une relation à double sens entre le groupe et la personne.

4. Comment favoriser l'insertion ?

  • L'éducation pour tous, y compris la formation professionnelle et l'alphabétisation des adultes.
  • Le travail : l'emploi donne un revenu, un statut et une reconnaissance.
  • Les solidarités : familiales, associatives, communautaires.
  • Le droit : l'égalité devant la loi et la lutte contre les discriminations protègent la personne.
  • Le dialogue entre les générations, pour que les règles du groupe évoluent sans que les jeunes rompent avec lui.

Exemple

Analyse de l'insertion de Mariama.

Situation de départ : dans un nouveau milieu, elle n'a ni liens ni repères (risque d'isolement).

Processus : socialisation secondaire (université, association d'étudiantes), apprentissage de nouveaux codes (langues, habitudes).

Statuts et rôles : elle acquiert le statut d'étudiante et de membre d'une association, et apprend les rôles qui y sont liés.

Résultat : intégration réussie ; elle reste elle-même (ses valeurs familiales) tout en s'ouvrant à d'autres.

Exemple

Analyse de la situation d'Ousmane.

Causes de ses difficultés : abandon scolaire (moins de qualifications), absence d'emploi stable (pas de statut reconnu), double décalage entre village et ville (marginalité).

Conséquence sur la personne : sentiment de ne pas être reconnu, perte de confiance.

Réponses possibles : formation professionnelle (apprentissage d'un métier), association de jeunes, soutien familial ; ces moyens peuvent lui permettre d'acquérir un nouveau statut.

Remarque morale : sans emploi, Ousmane reste une personne avec la même dignité ; l'exclusion n'enlève rien à sa valeur.

Méthode

Pour analyser une situation d'insertion sociale :

  1. Je distingue l'individu (sa place dans le groupe) et la personne (sa dignité, sa liberté).
  2. Je repère les agents de socialisation en jeu (famille, école, travail, amis).
  3. Je nomme les statuts et les rôles concernés.
  4. Je cherche les facteurs d'intégration et les facteurs d'exclusion.
  5. Je propose des moyens d'insertion qui respectent la personne.

3Je retiens

Je retiens

Individu : être singulier, membre d'un groupe, que l'on peut compter. Personne (latin persona, masque) : être conscient, libre, responsable, porteur d'une dignité.

Kant : la personne doit être traitée comme une fin, jamais seulement comme un moyen. Mounier : la personne se réalise dans la relation et l'engagement.

Socialisation : processus par lequel on intériorise les normes et les valeurs du groupe ; primaire (famille, enfance) et secondaire (école, amis, travail, toute la vie).

Statut : position dans un groupe (attribué ou acquis). Rôle : comportements attendus de celui qui occupe ce statut (Linton).

Intégration : participer et être reconnu. Marginalité : vivre en bordure. Exclusion : être rejeté ou privé de liens et de droits.

L'insertion réussie est un équilibre : s'insérer sans se perdre, rester soi-même sans rompre avec les autres.

4Erreurs fréquentes

  • Employer « individu » et « personne » comme des synonymes : l'individu est une unité du groupe ; la personne est un sujet moral et juridique.
  • Confondre statut et rôle : le statut est la position ; le rôle est la conduite attendue dans cette position.
  • Croire que la socialisation s'arrête à l'enfance : la socialisation secondaire dure toute la vie.
  • Juger qu'une personne exclue a « moins de valeur » : l'exclusion est une situation sociale, elle ne retire rien à la dignité de la personne.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Distingue l'individu et la personne.

b) Définis la socialisation et distingue la socialisation primaire de la socialisation secondaire.

c) Qu'est-ce qu'un statut ? Qu'est-ce qu'un rôle ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) L'individu est un être singulier, un membre d'un groupe considéré comme une unité parmi d'autres (on le compte). La personne est l'être humain en tant qu'il est conscient, libre, responsable de ses actes et porteur d'une dignité (on le respecte) ; elle a des droits et des devoirs.

b) La socialisation est le processus par lequel un individu apprend et intériorise les normes, les valeurs, les savoirs et les comportements de sa société. La socialisation primaire a lieu dans l'enfance, surtout dans la famille (langue, politesse, valeurs de base) ; la socialisation secondaire se poursuit toute la vie dans d'autres milieux (école, amis, travail, associations).

c) Le statut est la position qu'une personne occupe dans un groupe (élève, déléguée, commerçante). Le rôle est l'ensemble des comportements attendus de celui qui occupe ce statut.

2Exercice 2

Dis si chaque statut est attribué ou acquis : aîné de la famille ; bachelier ; fille ; maire d'une commune ; mécanicien diplômé ; cadet.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Aîné de la famille : attribué. Bachelier : acquis. Fille : attribué. Maire d'une commune : acquis. Mécanicien diplômé : acquis. Cadet : attribué.

3Exercice 3

Donne trois causes possibles de l'exclusion sociale d'un jeune en Guinée, et pour chacune, un moyen d'y répondre.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemples de réponses :

Cause économique, le chômage : formation professionnelle, apprentissage d'un métier, soutien aux petites activités.

Cause scolaire, l'abandon de l'école : cours de rattrapage, alphabétisation, orientation vers une formation technique.

Cause liée aux préjugés, par exemple le rejet d'un jeune vivant avec un handicap : sensibilisation, application de l'égalité des droits, accès adapté à l'école et au travail.

(On accepte aussi l'exode rural et l'isolement, avec la réponse : associations de jeunes, liens entre la ville et le village.)

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Le groupe m'a donné ma langue, mon nom, mes premières valeurs. Je lui dois beaucoup. Mais s'il exige que je sois seulement ce qu'il attend de moi, il me traite comme un rouage et non comme une personne. Je ne deviens moi-même qu'en choisissant, parmi ce que j'ai reçu, ce que je veux garder et ce que je veux changer. »

a) Quelle est la thèse du texte ?

b) Relève dans le texte une idée qui correspond à la socialisation primaire.

c) En quoi ce texte rejoint-il la pensée de Kant ou de Mounier ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Thèse : la personne doit beaucoup au groupe, mais elle ne devient elle-même qu'en choisissant librement ce qu'elle garde et ce qu'elle change de ce qu'elle a reçu ; un groupe qui exige la conformité totale la traite comme un rouage.

b) « Le groupe m'a donné ma langue, mon nom, mes premières valeurs » : c'est la socialisation primaire.

c) Le texte refuse que la personne soit traitée comme un « rouage », c'est-à-dire comme un simple moyen : c'est l'idée de Kant, pour qui la personne est une fin en soi. Il reconnaît aussi que la personne se forme dans ses relations avec le groupe, ce qui rejoint Mounier.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « La société fait-elle de nous des personnes ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Personne ne choisit sa langue maternelle, son nom ni ses premières valeurs : c'est la société qui nous les donne. Elle semble donc nous faire ce que nous sommes. Pourtant, la personne se définit par sa liberté, sa conscience et sa responsabilité, qu'aucun groupe ne peut vivre à sa place. La société fait-elle donc de nous des personnes, ou seulement des individus conformes ? Nous verrons d'abord ce que la personne doit à la société, puis ce qui en elle dépasse le rôle social.

Plan détaillé :

I. La société nous forme. A. La socialisation primaire (famille) et secondaire (école, travail). B. Statuts et rôles : c'est dans le groupe que l'on apprend à agir. C. Sans société, pas de langage ni de conscience développée (enfants sauvages).

II. Mais la personne ne se réduit pas au produit social. A. Le groupe peut étouffer la personne par le conformisme ou l'exclure. B. La personne est une fin en soi, dotée d'une dignité (Kant). C. Elle se réalise en choisissant et en s'engageant dans ses relations (Mounier).

Conclusion : la société fournit les conditions de la personne, mais c'est par sa liberté que chacun devient véritablement une personne.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le mot « personne » vient du latin persona, qui désignait :
Voir la réponse

Réponse B : le masque de l'acteur au théâtre. Persona désignait le masque, puis le rôle ; le sens moral est venu ensuite.

2La socialisation primaire se fait surtout :
Voir la réponse

Réponse A : dans la famille, pendant l'enfance. C'est dans la famille que l'enfant apprend la langue et les valeurs de base.

3« Bachelier » est un statut :
Voir la réponse

Réponse B : acquis. On l'obtient par son effort, en réussissant l'examen.

4Pour Kant, la personne doit être traitée :
Voir la réponse

Réponse C : toujours comme une fin, jamais seulement comme un moyen. Les choses ont un prix, la personne a une dignité.

5L'exclusion sociale désigne :
Voir la réponse

Réponse B : le fait d'être rejeté ou privé des liens et des droits qui permettent de participer à la vie sociale. L'exclu est privé de la participation à la vie collective, sans que sa dignité soit diminuée.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Philosophie · 11e SE

Demander à Karamö