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Philosophie · 11e SM

Leçon 30 sur 30

L'existence sociale : la sphère culturelle

Je sais définir la culture dans ses différents sens, l'opposer et la relier à la nature, présenter ses composantes et sa transmission, et discuter les problèmes de la diversité des cultures (ethnocentrisme, relativisme, rencontre des cultures).

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la culture (sens individuel et sens anthropologique) et distinguer nature et culture
  • Présenter les composantes de la culture et ses modes de transmission, notamment la tradition orale
  • Discuter la diversité des cultures : ethnocentrisme, relativisme, universalisme, acculturation et dialogue des cultures

Avant de commencer : La sphère économique ; le langage ; la socialisation (leçons précédentes)

1Je découvre

À Niagassola, dans la préfecture de Siguiri, une famille de griots veille sur un balafon très ancien, le Sosso Bala. Selon la tradition, il remonte à l'époque de Soumaoro Kanté et de Soundiata Keïta, au XIIIe siècle. Chaque génération apprend à en jouer et à raconter l'histoire qui l'accompagne.

Mamadou, venu en visite avec sa classe, est émerveillé. Mais sur le chemin du retour, son camarade Ibrahima dit : « Tout cela, c'est le passé. Aujourd'hui, les jeunes écoutent de la musique du monde entier sur leur téléphone et s'habillent comme partout ailleurs. La culture traditionnelle va disparaître. »

Aïssatou n'est pas d'accord : « Les jeunes artistes guinéens mélangent le balafon, la kora et les rythmes modernes. La culture ne meurt pas, elle se transforme. »

Leur professeur ajoute une question : « Et d'ailleurs, qu'appelez-vous "culture" ? La musique ? La langue ? La manière de manger, de saluer, de cultiver la terre ? »

Qu'est-ce que la culture, en quoi distingue-t-elle l'homme de l'animal, et comment les cultures du monde peuvent-elles se rencontrer sans se détruire ?

2Je comprends

1. Les sens du mot « culture »

Le mot vient du latin cultura, qui désigne d'abord le travail de la terre (on parle encore de la culture du riz ou du fonio). Le philosophe romain Cicéron l'a employé au sens figuré : la philosophie est la « culture de l'âme ». Deux grands sens en découlent :

  • Le sens individuel : la culture est la formation de l'esprit d'une personne, l'ensemble des connaissances qu'elle a acquises. On dit d'une personne qu'elle est « cultivée ».
  • Le sens collectif ou anthropologique : la culture est l'ensemble des manières de vivre, de penser et d'agir d'un peuple, transmises de génération en génération. L'anthropologue britannique Edward B. Tylor la définit en 1871 comme ce tout complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l'art, la morale, le droit, les coutumes et toutes les autres capacités et habitudes acquises par l'homme en tant que membre d'une société.

Au second sens, tout peuple a une culture : il n'existe pas de peuple « sans culture ».

2. Nature et culture

La nature, c'est ce qui est inné, donné, commun à tous les membres de l'espèce, sans apprentissage. La culture, c'est ce qui est acquis, appris, transmis par la société, et qui varie d'un groupe à l'autre.

NatureCulture
inné (donné à la naissance)acquis (appris)
universel dans l'espècevarie selon les sociétés
avoir faimles façons de cuisiner et de manger
la capacité de parlerla langue que l'on parle (pular, soussou, kissi…)
le besoin de s'abriterl'architecture des cases ou des maisons

L'anthropologue français Claude Lévi-Strauss (1908-2009) propose un critère : ce qui est universel chez l'homme relève de la nature ; ce qui est soumis à une règle relève de la culture. Il remarque qu'une règle se retrouve pourtant dans toutes les sociétés : la prohibition de l'inceste (l'interdiction du mariage entre proches parents). Elle est à la fois universelle et une règle : elle marque, selon lui, le passage de la nature à la culture, car elle oblige les familles à s'allier entre elles (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949).

La culture n'est pas le contraire de la nature : elle la transforme et la prolonge. L'homme ne supprime pas la faim, mais il invente la cuisine ; il ne supprime pas la mort, mais il invente des rites funéraires. Les « enfants sauvages » montrent que, sans culture, les capacités humaines ne se développent pas : l'homme est un être qui a besoin de la culture pour devenir pleinement humain.

3. Les composantes de la culture

LangueCroyancesArtsSavoirs ettechniquesCoutumes etmorale
Les grandes composantes d'une culture, liées entre elles et transmises ensemble.
  • La langue, qui porte la manière de voir le monde d'un peuple (la Guinée compte de nombreuses langues nationales).
  • Les croyances et les religions, qui donnent un sens à la vie et à la mort.
  • Les arts : musique (balafon, kora, djembé), danse, sculpture, tissage, contes et épopées.
  • Les savoirs et les techniques : agriculture, pêche, forge, médecine traditionnelle, sciences modernes.
  • Les coutumes, la morale et le droit : salutations, mariage, hospitalité, règles de vie commune.

4. La transmission de la culture

La culture se transmet par l'éducation au sens large : la famille, l'école, les rites, les fêtes, les médias. En Afrique de l'Ouest, la tradition orale joue un rôle essentiel. Les griots (appelés djeli en maninka) sont les gardiens de la mémoire : ils conservent les généalogies, l'histoire des royaumes et les épopées, comme celle de Soundiata, que l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane a recueillie et publiée en français (Soundjata ou l'épopée mandingue, 1960).

L'UNESCO a proclamé en 2001 l'espace culturel du Sosso Bala de Niagassola parmi les chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. La Guinée a aussi fait connaître sa culture dans le monde par des troupes de danse et de musique, comme les Ballets africains, fondés par Fodéba Keïta.

5. La diversité des cultures : les problèmes

a) L'ethnocentrisme

L'ethnocentrisme consiste à juger les autres cultures à partir de la sienne, prise comme modèle, et à considérer comme « sauvage » ou « arriéré » ce qui est différent. Le mot « barbare » vient d'ailleurs du grec : les Grecs appelaient ainsi ceux qui ne parlaient pas leur langue. Lévi-Strauss, dans Race et histoire (1952), retourne l'accusation : le barbare, c'est d'abord celui qui croit à la barbarie des autres. La colonisation s'est souvent justifiée par un ethnocentrisme qui niait la valeur des cultures africaines.

b) Le relativisme culturel

Le relativisme culturel affirme que chaque culture a sa cohérence et sa valeur et qu'on ne peut pas classer les cultures de la meilleure à la pire. Il apprend le respect et la tolérance. Mais poussé à l'extrême, il risque d'accepter n'importe quelle pratique au nom de la tradition, même lorsqu'elle porte atteinte à la dignité ou à la santé des personnes.

c) L'universalisme

L'universalisme affirme qu'au-delà des différences, il existe des valeurs communes à tous les hommes : la dignité de la personne, le respect de la vie, la justice. Il permet de critiquer, dans toute culture (y compris la sienne), ce qui opprime. Son risque est de faire passer pour « universelles » les valeurs d'une seule culture dominante.

Ethnocentrisme
  • Ma culture est le modèle
  • Les autres sont « barbares »
  • Imposer ou mépriser
  • Conduit au rejet et à la domination
Dialogue des cultures
  • Chaque culture a sa valeur
  • Chaque culture peut apprendre des autres
  • Échanger et comprendre
  • Conduit à l'enrichissement mutuel
Deux attitudes face à la diversité culturelle.

d) La rencontre des cultures

Quand deux cultures se rencontrent, plusieurs situations sont possibles :

  • l'acculturation : une culture adopte des éléments d'une autre, parfois de force (colonisation), parfois librement ;
  • l'assimilation : une culture disparaît au profit d'une autre ;
  • le métissage culturel : de nouvelles formes naissent du mélange (la musique guinéenne moderne qui associe instruments traditionnels et instruments électriques).

La Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle (2001) présente la diversité culturelle comme un patrimoine commun de l'humanité. Le défi de notre époque est de rester soi-même en s'ouvrant aux autres.

Exemple

Analyse : la cuisine est-elle nature ou culture ?

Nature : tous les hommes ont besoin de manger ; la faim est innée et universelle.

Culture : les aliments choisis (riz, fonio, manioc), les manières de préparer (sauce feuille, sauce arachide), les règles du repas (manger ensemble autour du plat, se laver les mains, servir d'abord les aînés) varient selon les peuples et s'apprennent.

Conclusion : la culture ne supprime pas le besoin naturel ; elle le transforme en pratique sociale chargée de sens.

Exemple

Analyse du débat entre Ibrahima et Aïssatou.

Thèse d'Ibrahima : la mondialisation fait disparaître les cultures traditionnelles (risque d'assimilation).

Thèse d'Aïssatou : la culture se transforme par le métissage (les jeunes artistes mêlent balafon et rythmes modernes).

Discussion : les deux ont en partie raison. Une culture qui ne se transmet plus peut s'éteindre ; mais une culture vivante s'enrichit au contact des autres. Il faut donc transmettre (école, langues nationales, patrimoine comme le Sosso Bala) et créer.

Méthode

Pour traiter un sujet sur la culture :

  1. Je distingue les sens du mot (individuel et collectif) et je choisis celui du sujet.
  2. J'oppose puis je relie nature et culture (inné et acquis ; critère de Lévi-Strauss).
  3. Je présente les composantes et la transmission de la culture avec des exemples guinéens.
  4. Je discute la diversité : ethnocentrisme, relativisme, universalisme.
  5. Je conclus sur le dialogue des cultures.

3Je retiens

Je retiens

Culture (latin cultura, travail de la terre) : au sens individuel, formation de l'esprit ; au sens anthropologique, ensemble des manières de vivre, de penser et d'agir d'un peuple, transmises de génération en génération (Tylor, 1871).

Nature : inné, universel. Culture : acquis, variable, soumis à des règles. Lévi-Strauss : la prohibition de l'inceste marque le passage de la nature à la culture.

Composantes : langue, croyances, arts, savoirs et techniques, coutumes, morale et droit.

Transmission : éducation, rites, tradition orale (griots). Le Sosso Bala de Niagassola est reconnu par l'UNESCO (2001).

Ethnocentrisme : juger les autres cultures à partir de la sienne. Relativisme : toutes les cultures ont leur valeur. Universalisme : des valeurs communes à tous les hommes.

Rencontre des cultures : acculturation, assimilation, métissage ; la diversité culturelle est un patrimoine commun de l'humanité.

4Erreurs fréquentes

  • Dire qu'un peuple « n'a pas de culture » : au sens anthropologique, tout peuple a une culture.
  • Opposer nature et culture comme deux mondes séparés : la culture transforme et prolonge la nature.
  • Confondre relativisme et tolérance sans limite : respecter les cultures ne veut pas dire accepter ce qui porte atteinte à la dignité des personnes.
  • Présenter la tradition comme figée : une culture vivante se transmet et se transforme à la fois.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Distingue le sens individuel et le sens anthropologique du mot « culture ».

b) Qu'est-ce qui distingue la nature de la culture ? Donne deux exemples.

c) Définis l'ethnocentrisme.

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a) Au sens individuel, la culture est la formation de l'esprit d'une personne, l'ensemble des connaissances qu'elle a acquises (une personne « cultivée »). Au sens anthropologique, c'est l'ensemble des manières de vivre, de penser et d'agir d'un peuple, transmises de génération en génération (langue, croyances, arts, coutumes, techniques).

b) La nature est ce qui est inné et universel dans l'espèce humaine ; la culture est ce qui est acquis, appris et variable selon les sociétés. Exemples : avoir faim est naturel, cuisiner une sauce arachide est culturel ; la capacité de parler est naturelle, parler le soussou est culturel.

c) L'ethnocentrisme est l'attitude qui consiste à juger les autres cultures à partir de la sienne, prise comme modèle, et à considérer ce qui est différent comme inférieur ou « barbare ».

2Exercice 2

Classe chaque élément dans la nature ou dans la culture : avoir soif ; parler le kissi ; dormir ; saluer les aînés en premier ; le réflexe de retirer la main d'une flamme ; jouer de la kora ; manger avec la main droite.

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Nature : avoir soif ; dormir ; le réflexe de retirer la main d'une flamme. Culture : parler le kissi ; saluer les aînés en premier ; jouer de la kora ; manger avec la main droite.

3Exercice 3

Explique pourquoi, selon Lévi-Strauss, la prohibition de l'inceste marque le passage de la nature à la culture.

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Pour Lévi-Strauss, ce qui est universel relève de la nature et ce qui est soumis à une règle relève de la culture. Or la prohibition de l'inceste est à la fois universelle (on la trouve dans toutes les sociétés) et une règle (elle interdit et varie dans ses détails). Elle se situe donc à la frontière des deux. En obligeant chaque famille à chercher des conjoints dans d'autres familles, elle crée des alliances et des échanges : elle fonde la vie sociale, c'est-à-dire le passage de la nature à la culture.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Le voyageur d'autrefois arrivait dans un village, voyait qu'on y mangeait autrement, qu'on y priait autrement, qu'on y parlait une langue inconnue, et il écrivait dans son carnet : "Ces gens n'ont ni lois ni culture." Il ne s'était pas demandé une seconde ce que les villageois écrivaient sur lui. »

a) Quelle attitude le texte critique-t-il ? Nomme-la.

b) Quelle idée de Lévi-Strauss peut-on rapprocher de ce texte ?

c) Quelle attitude faut-il adopter face à une culture différente ?

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a) Le texte critique l'ethnocentrisme : le voyageur juge le village à partir de sa propre culture et conclut, à tort, que ses habitants n'ont « ni lois ni culture ».

b) On peut le rapprocher de Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952), pour qui le barbare est d'abord celui qui croit à la barbarie des autres. Le texte montre aussi que le regard est réciproque : les villageois jugent sans doute le voyageur à leur tour.

c) Il faut chercher à comprendre la cohérence de l'autre culture avant de la juger, reconnaître que tout peuple a une culture, et dialoguer, tout en gardant comme repère le respect de la dignité de chaque personne.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Faut-il protéger les cultures traditionnelles de la mondialisation ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

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Introduction : Au village comme en ville, les jeunes Guinéens écoutent des musiques venues du monde entier, regardent les mêmes images que les jeunes d'autres continents et parlent parfois moins bien la langue de leurs grands-parents. Faut-il alors protéger les cultures traditionnelles de la mondialisation, au risque de les enfermer, ou les laisser se transformer librement, au risque de les perdre ? Nous verrons d'abord les raisons de les protéger, puis pourquoi cette protection ne doit pas devenir un enfermement.

Plan détaillé :

I. Il faut protéger les cultures traditionnelles. A. Une culture est une richesse et une mémoire irremplaçables (tradition orale, griots, Sosso Bala). B. La mondialisation peut conduire à l'assimilation et à l'uniformisation. C. La diversité culturelle est un patrimoine commun de l'humanité (UNESCO, 2001).

II. Mais protéger ne veut pas dire figer. A. Toute culture vivante se transforme et s'enrichit au contact des autres (métissage, musique guinéenne moderne). B. Refuser tout échange mène au repli et à l'ethnocentrisme. C. Les meilleurs moyens sont la transmission (école, langues nationales, patrimoine) et la création.

Conclusion : il faut protéger les cultures traditionnelles en les transmettant et en les faisant vivre, non en les enfermant ; une culture se conserve en se renouvelant.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le mot « culture » vient du latin cultura, qui désignait d'abord :
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Réponse A : le travail de la terre. On parle encore aujourd'hui de la culture du riz ou du fonio.

2Selon Lévi-Strauss, ce qui relève de la culture est :
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Réponse B : ce qui est soumis à une règle. L'universel relève de la nature, la règle relève de la culture.

3Juger les autres cultures à partir de la sienne s'appelle :
Voir la réponse

Réponse C : l'ethnocentrisme. L'ethnocentrisme prend sa propre culture comme modèle pour juger les autres.

4Parler le soussou relève :
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Réponse B : de la culture. La capacité de parler est naturelle ; la langue parlée est apprise et varie selon les sociétés.

5Quel espace culturel guinéen a été reconnu par l'UNESCO en 2001 ?
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Réponse B : l'espace culturel du Sosso Bala à Niagassola. Le Sosso Bala, balafon conservé par une famille de griots, a été proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.

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