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Économie · 11e SS

Leçon 19 sur 24

La marchandise et le prix

Je sais dire ce qu'est une marchandise, distinguer valeur d'usage et valeur d'échange, et expliquer comment se forme un prix, notamment en calculant un coût de revient et une marge.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la marchandise et la distinguer des autres produits
  • Distinguer valeur d'usage et valeur d'échange
  • Présenter les deux grandes explications de la valeur (travail, utilité et rareté)
  • Calculer un coût de revient, une marge et un prix de vente
  • Expliquer les différents modes de formation des prix (coûts, marché, prix administrés)

Avant de commencer : Les leçons « Les échanges » et « Notion de marché » (offre, demande, prix d'équilibre) ; savoir calculer un pourcentage.

1Je découvre

Lansana est tailleur à Kissidougou. Pour la fête, un client lui commande un grand boubou brodé. Lansana fait ses comptes : le tissu, le fil, les boutons, l'électricité de la machine, et surtout deux jours de travail. Il annonce un prix. Le client proteste : « Au marché, j'ai vu des boubous importés moins chers ! » Lansana répond : « Le mien est cousu à ta taille et durera des années. »

Le même jour, sa sœur Kadiatou, qui revend du riz au détail, s'étonne : l'eau du puits est indispensable à la vie et pourtant elle ne coûte presque rien, alors qu'une petite bague en or, dont on peut se passer, coûte très cher.

Et à la station-service, le prix du litre de carburant est le même dans toutes les stations : aucun pompiste ne peut le changer.

Qu'est-ce qu'une marchandise, d'où vient sa valeur, et comment son prix est-il fixé ?

2Je comprends

1. La marchandise

Une marchandise est un bien ou un service produit pour être vendu sur un marché. Le boubou que Lansana coud pour son client est une marchandise ; le riz que Kadiatou revend aussi.

Tout produit n'est pas une marchandise :

  • le riz qu'un paysan cultive pour nourrir sa famille (autoconsommation) n'est pas destiné à la vente ;
  • la leçon donnée par un enseignant de l'école publique est un service non marchand : elle n'est pas vendue à son coût ;
  • l'air que nous respirons est un bien libre : il n'est ni produit ni vendu.

Une marchandise a donc trois caractéristiques : elle est le fruit d'un travail (elle est produite), elle est utile à quelqu'un, et elle est destinée à l'échange.

2. Valeur d'usage et valeur d'échange

Toute marchandise a deux sortes de valeur.

  • La valeur d'usage est l'utilité d'un bien, sa capacité à satisfaire un besoin. L'eau a une valeur d'usage immense : sans elle, pas de vie.
  • La valeur d'échange est la quantité d'autres biens (ou de monnaie) contre laquelle ce bien peut s'échanger. L'eau du puits a une très faible valeur d'échange ; l'or en a une très grande.

C'est le paradoxe de l'eau et du diamant, déjà relevé par Adam Smith : un bien très utile peut valoir très peu à l'échange, et un bien peu utile peut valoir très cher.

Valeur d'usage
  • Utilité du bien pour satisfaire un besoin
  • Dépend de la personne et du besoin
  • Eau : valeur d'usage très grande
  • Bague en or : valeur d'usage faible
Valeur d'échange
  • Quantité de biens ou de monnaie obtenue en échange
  • Dépend du marché
  • Eau : valeur d'échange très faible
  • Bague en or : valeur d'échange très grande
Deux façons de regarder la valeur d'une même marchandise.

3. D'où vient la valeur d'échange ? Deux grandes explications

a) La valeur-travail. Pour les économistes classiques (Adam Smith, David Ricardo) et, plus tard, pour Karl Marx, la valeur d'échange d'une marchandise dépend de la quantité de travail nécessaire pour la produire. Un boubou brodé à la main vaut plus qu'un pagne simple parce qu'il demande beaucoup plus de travail. L'or est cher parce qu'il faut beaucoup de travail pour l'extraire et le raffiner.

b) La valeur-utilité et la rareté. Pour les économistes dits néoclassiques (à partir de la fin du XIXe siècle), la valeur dépend de l'utilité que le bien apporte à l'acheteur et de sa rareté. L'eau du puits est abondante : le dernier seau puisé apporte peu de satisfaction supplémentaire, il vaut peu. L'or est rare : chaque gramme est très recherché.

Ces deux explications se complètent : le travail explique surtout ce que coûte la production (côté vendeur), l'utilité et la rareté expliquent surtout ce que l'acheteur est prêt à payer (côté acheteur).

4. Le prix

Le prix est l'expression en monnaie de la valeur d'échange d'une marchandise. C'est la quantité de monnaie qu'il faut donner pour obtenir une unité de ce bien : 12 000 GNF le kg de viande, 5 000 GNF le trajet en taxi-moto.

On distingue plusieurs sortes de prix :

  • le prix de gros (vente en grande quantité aux commerçants) et le prix de détail (vente au consommateur) ;
  • le prix hors taxe (HT) et le prix toutes taxes comprises (TTC), qui inclut les impôts indirects comme la TVA.

5. Comment se forme le prix ?

a) Le prix fixé à partir des coûts

Le producteur ou le commerçant calcule d'abord ce que lui coûte la marchandise, puis ajoute un bénéfice.

  • Le coût d'achat est le prix payé pour acheter les marchandises ou les matières, augmenté des frais d'achat (transport, manutention).
  • Le coût de production comprend le coût des matières utilisées, la main-d'œuvre et les autres charges de fabrication.
  • Le coût de revient est le coût total d'un produit arrivé au stade de la vente (coût de production ou d'achat, plus les frais de distribution).
  • La marge bénéficiaire est la différence entre le prix de vente et le coût de revient.

Prix de vente = coût de revient + marge

Taux de marge = margecoût de revient × 100

Exemple

Situation : pour un boubou, Lansana dépense 150 000 GNF de tissu, 20 000 GNF de fil et de boutons, 10 000 GNF d'électricité et d'entretien de la machine. Il estime son travail à 80 000 GNF. Il veut une marge de 20 % du coût de revient.

  1. Coût de revient = 150 000 + 20 000 + 10 000 + 80 000 = 260 000 GNF.
  2. Marge = 260 000 × 20 / 100 = 52 000 GNF.
  3. Prix de vente = 260 000 + 52 000 = 312 000 GNF.

Conclusion : Lansana doit demander au moins 260 000 GNF pour ne pas perdre d'argent ; à 312 000 GNF, il gagne 52 000 GNF de bénéfice.

Exemple

Situation : Kadiatou achète un sac de riz de 50 kg à 400 000 GNF chez un grossiste et paie 20 000 GNF de transport. Elle revend le riz au détail à 10 000 GNF le kg.

  1. Coût d'achat du sac = 400 000 + 20 000 = 420 000 GNF (elle n'a pas d'autres frais : c'est aussi son coût de revient).
  2. Recette de la vente = 50 × 10 000 = 500 000 GNF.
  3. Marge = 500 000 − 420 000 = 80 000 GNF.
  4. Taux de marge = 80 000 / 420 000 × 100 ≈ 19 %.
  5. Coût de revient d'un kg = 420 000 / 50 = 8 400 GNF ; elle gagne donc 10 000 − 8 400 = 1 600 GNF par kg.

b) Le prix fixé par le marché

En réalité, le vendeur ne fait pas toujours ce qu'il veut : s'il fixe un prix trop élevé par rapport à ses concurrents, les clients vont ailleurs. C'est ce que rappelle le client de Lansana. Sur un marché concurrentiel, le prix tend vers le prix d'équilibre, où l'offre égale la demande (leçon précédente). Le coût de revient fixe alors un prix plancher : en dessous, le vendeur perd de l'argent et finit par abandonner.

Le prix varie quand l'offre ou la demande change :

  • l'offre augmente (bonne récolte, arrivée d'importations) : le prix baisse ;
  • l'offre diminue (sécheresse, route coupée pendant l'hivernage) : le prix monte ;
  • la demande augmente (fête, rentrée scolaire, hausse des revenus) : le prix monte ;
  • la demande diminue : le prix baisse.
012345678910024681012EFy = 10 − xy = 2 + xy = 4 + x
Quantité en abscisse, prix en ordonnée. La droite qui descend est la demande. Quand l'offre diminue (la droite d'offre passe de y = 2 + x à y = 4 + x), l'équili

c) Le prix fixé par l'État : les prix administrés

Pour certains produits jugés essentiels, l'État peut fixer le prix, imposer un prix plafond (prix maximal) ou un prix plancher (prix minimal). On parle de prix administrés. En Guinée, c'est le cas du prix des carburants à la pompe, identique dans toutes les stations. L'État peut aussi subventionner un produit pour que son prix reste bas.

Un prix plafond fixé trop bas peut provoquer une pénurie (les vendeurs n'ont plus intérêt à vendre), voire un marché parallèle où le produit se vend plus cher.

d) Le prix de monopole

Quand un vendeur est seul sur le marché, il fixe lui-même son prix, souvent au-dessus de ce qu'il serait en concurrence. C'est pourquoi l'État réglemente les tarifs de certains monopoles (eau, électricité).

Méthode

Pour calculer un prix de vente à partir des coûts :

  1. J'additionne toutes les charges : matières ou marchandises, transport, main-d'œuvre, autres frais. J'obtiens le coût de revient.
  2. Je calcule la marge : coût de revient × taux de marge / 100.
  3. J'ajoute : prix de vente = coût de revient + marge.
  4. Si on me donne le prix de vente, je trouve la marge par différence et le taux de marge par la formule marge / coût de revient × 100.
  5. Je compare avec le prix du marché : si mon prix est trop haut, je risque de ne pas vendre.

3Je retiens

Je retiens

Une marchandise est un bien ou un service produit pour être vendu sur un marché.

Valeur d'usage = utilité du bien ; valeur d'échange = ce qu'il permet d'obtenir en échange (paradoxe de l'eau et du diamant).

Deux explications de la valeur : le travail nécessaire à la production (Smith, Ricardo, Marx) ; l'utilité et la rareté (néoclassiques).

Le prix est l'expression monétaire de la valeur d'échange.

Coût de revient = total des coûts jusqu'à la vente ; prix de vente = coût de revient + marge ; taux de marge = marge / coût de revient × 100.

Le prix peut être fixé par les coûts, par le marché (offre et demande), par l'État (prix administrés) ou par un monopole.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que tout ce qui est produit est une marchandise : le riz autoconsommé ou l'enseignement public gratuit ne sont pas vendus sur un marché.
  • Confondre coût de revient et prix de vente : la différence entre les deux est justement la marge.
  • Calculer le taux de marge en divisant par le prix de vente alors que la formule de la leçon divise par le coût de revient.
  • Penser que le vendeur fixe librement son prix : sur un marché concurrentiel, il doit tenir compte des prix des concurrents et de la demande.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis : marchandise, valeur d'usage, prix administré.

b) Explique le paradoxe de l'eau et du diamant.

c) Cite deux économistes partisans de la valeur-travail.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Une marchandise est un bien ou un service produit pour être vendu sur un marché. La valeur d'usage est l'utilité d'un bien, sa capacité à satisfaire un besoin. Un prix administré est un prix fixé ou encadré par l'État (prix fixe, plafond ou plancher).

b) L'eau a une très grande valeur d'usage (elle est indispensable à la vie) mais une faible valeur d'échange, car elle est abondante. Le diamant a une faible valeur d'usage mais une très grande valeur d'échange, car il est rare et demande beaucoup de travail.

c) Adam Smith et David Ricardo (on accepte aussi Karl Marx).

2Exercice 2

(Classer) Dis si chaque produit est une marchandise ; justifie.

a) Le fonio qu'Hawa cultive pour les repas de sa famille.

b) Les pagnes teints qu'une teinturière de Kankan vend au marché.

c) La consultation gratuite d'une campagne publique de vaccination.

d) Le trajet en taxi-brousse entre Mamou et Labé.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Non : le fonio est autoconsommé, il n'est pas destiné à la vente.

b) Oui : les pagnes sont produits pour être vendus sur un marché.

c) Non : c'est un service non marchand, fourni gratuitement par l'administration.

d) Oui : c'est un service vendu aux voyageurs, donc une marchandise.

3Exercice 3

(Calcul) Un menuisier fabrique une table. Il dépense 180 000 GNF de bois, 30 000 GNF de clous, colle et vernis, 15 000 GNF d'électricité, et compte 75 000 GNF pour son travail. Il veut une marge de 25 % du coût de revient.

a) Calcule le coût de revient.

b) Calcule la marge et le prix de vente.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Coût de revient = 180 000 + 30 000 + 15 000 + 75 000 = 300 000 GNF.

b) Marge = 300 000 × 25 / 100 = 75 000 GNF. Prix de vente = 300 000 + 75 000 = 375 000 GNF.

4Exercice 4

(Calcul) Alpha achète 100 kg d'oignons à 6 000 GNF le kg ; le transport lui coûte 40 000 GNF. Il revend tout à 7 000 GNF le kg.

a) Calcule le coût de revient total et le coût de revient d'un kg.

b) Calcule la recette, la marge et le taux de marge (arrondi à l'unité).

c) Un concurrent vend à 6 200 GNF le kg. Alpha peut-il s'aligner sans perte ? Justifie.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Coût de revient total = 100 × 6 000 + 40 000 = 600 000 + 40 000 = 640 000 GNF. Coût de revient d'un kg = 640 000 / 100 = 6 400 GNF.

b) Recette = 100 × 7 000 = 700 000 GNF. Marge = 700 000 − 640 000 = 60 000 GNF. Taux de marge = 60 000 / 640 000 × 100 ≈ 9 %.

c) Non : à 6 200 GNF le kg, Alpha vendrait en dessous de son coût de revient (6 400 GNF). Il perdrait 200 GNF par kg, soit 100 × 200 = 20 000 GNF sur l'ensemble. Il doit réduire ses coûts (transport moins cher, achat en plus grande quantité) ou miser sur la qualité.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) « Le prix d'un bien dépend-il seulement de ce qu'il coûte à produire ? » Réponds en une dizaine de lignes en t'appuyant sur les exemples de la leçon.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

Le coût de production joue un rôle important dans le prix. Le tailleur Lansana additionne le tissu, le fil, l'électricité et son travail pour calculer un coût de revient, puis ajoute une marge. S'il vendait en dessous de ce coût, il perdrait de l'argent : le coût fixe un prix minimal.

Mais le prix ne dépend pas seulement du coût. Sur le marché, il dépend aussi de l'offre et de la demande : quand les oignons sont abondants après la récolte, leur prix baisse, même si leur coût n'a pas changé ; avant une fête, la demande de moutons fait monter leur prix. La rareté et l'utilité comptent aussi, comme le montre le paradoxe de l'eau et du diamant.

Enfin, l'État peut fixer certains prix, comme celui des carburants, et un vendeur en monopole peut imposer son prix.

Le coût de production est donc une base, mais le prix final résulte aussi du marché et des décisions publiques.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Une marchandise est :
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Réponse B : un bien ou un service produit pour être vendu. La marchandise est destinée à l'échange sur un marché.

2La valeur d'usage d'un bien correspond à :
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Réponse A : son utilité pour satisfaire un besoin. La valeur d'usage, c'est l'utilité ; la valeur d'échange, c'est ce qu'il permet d'obtenir en échange.

3Coût de revient : 200 000 GNF ; prix de vente : 250 000 GNF. Le taux de marge est de :
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Réponse B : 25 %. Marge = 50 000 GNF ; 50 000 / 200 000 × 100 = 25 %.

4Si l'offre d'un produit diminue fortement alors que la demande reste stable, son prix :
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Réponse A : a tendance à augmenter. Le produit devient rare : les acheteurs se disputent la marchandise, le prix monte.

5Un prix fixé par l'État pour un produit essentiel est :
Voir la réponse

Réponse C : un prix administré. Les prix administrés sont fixés ou encadrés par les pouvoirs publics.

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