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Économie · 11e SM

Leçon 21 sur 24

La monnaie (suite)

Je sais mesurer la quantité de monnaie d'un pays avec les agrégats monétaires, expliquer comment les banques créent et détruisent la monnaie, et distinguer la valeur interne et la valeur externe de la monnaie.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la masse monétaire et la notion de liquidité
  • Calculer les agrégats M1, M2 et M3
  • Expliquer la création monétaire par le crédit (« les crédits font les dépôts ») et sa destruction par le remboursement
  • Citer les sources de la création monétaire
  • Définir le pouvoir d'achat de la monnaie et le taux de change, et calculer l'effet d'une dépréciation

Avant de commencer : La leçon « La monnaie » (définition, formes, fonctions) ; savoir calculer une somme, un pourcentage et une proportion.

1Je découvre

Hawa veut agrandir son atelier de couture à Boké. Elle obtient de sa banque un prêt de 10 000 000 GNF. Le banquier ne lui donne pas une valise de billets : il inscrit simplement 10 000 000 GNF sur son compte. Hawa paie ensuite ses machines par virement.

Son frère Alpha, élève en 11e, s'interroge : « Mais d'où viennent ces 10 000 000 GNF ? La banque les a-t-elle pris dans le compte d'un autre client ? Personne n'a perdu d'argent, et pourtant Hawa en a davantage. »

Le même mois, Hawa achète du tissu importé. Le vendeur lui explique que son prix a augmenté parce que « le franc guinéen a baissé face au dollar ». Alpha ne comprend pas : un billet de 20 000 GNF reste un billet de 20 000 GNF, comment peut-il « baisser » ?

Comment mesure-t-on la quantité de monnaie dans un pays, qui la crée, et qu'est-ce qui fait varier sa valeur ?

2Je comprends

1. La masse monétaire et les agrégats monétaires

La masse monétaire est l'ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents non financiers d'un pays (ménages, entreprises, administrations) à un moment donné.

Pour la mesurer, on classe ces avoirs selon leur liquidité. La liquidité d'un actif est la facilité et la rapidité avec lesquelles il peut être transformé en moyen de paiement sans perte de valeur. Un billet est parfaitement liquide ; un dépôt bloqué pour un an l'est moins.

On définit ainsi des agrégats monétaires, emboîtés les uns dans les autres :

  • M1 = monnaie fiduciaire en circulation (billets et pièces) + dépôts à vue (monnaie scripturale) + (le cas échéant) monnaie électronique. Ce sont les moyens de paiement immédiatement utilisables.
  • M2 = M1 + dépôts à terme et comptes d'épargne à court terme. Ces placements ne sont pas directement utilisables pour payer, mais on peut les transformer rapidement en monnaie : on les appelle quasi-monnaie.
  • M3 = M2 + d'autres placements à court terme, un peu moins liquides.

Chaque pays adapte ces définitions ; retiens surtout le principe : plus on avance de M1 à M3, moins les avoirs ajoutés sont liquides.

Exemple

Situation (chiffres fictifs, en milliers de milliards de GNF) : dans un pays, on relève :

  • billets et pièces en circulation : 20 ;
  • dépôts à vue : 30 ;
  • dépôts à terme et comptes d'épargne : 15 ;
  • autres placements à court terme : 5.
  1. M1 = 20 + 30 = 50.
  2. M2 = M1 + 15 = 50 + 15 = 65.
  3. M3 = M2 + 5 = 65 + 5 = 70.
  4. Part de la monnaie fiduciaire dans M1 = 20 / 50 × 100 = 40 %. La monnaie scripturale représente donc 60 % de M1.

Dans beaucoup de pays africains, la part des billets dans la masse monétaire reste plus élevée que dans les pays où presque tout le monde a un compte bancaire. Le développement du mobile money et de la bancarisation tend à la réduire.

2. Qui crée la monnaie ?

La monnaie n'est pas une quantité fixe : elle est créée et détruite chaque jour. Trois institutions participent à sa création.

a) La banque centrale. En Guinée, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a le monopole de l'émission des billets et des pièces. Elle crée aussi de la monnaie quand elle prête aux banques commerciales (on dit qu'elle les refinance) ou quand elle achète des devises.

b) Les banques commerciales. Ce sont elles qui créent la plus grande partie de la monnaie, sous forme de monnaie scripturale, en accordant des crédits.

c) Le Trésor public, dans certaines conditions, lorsqu'il se finance auprès de la banque centrale.

3. Le mécanisme : « les crédits font les dépôts »

Revenons à Hawa. Quand la banque lui accorde un prêt de 10 000 000 GNF, elle inscrit deux écritures :

  • à son actif (ce qu'elle possède) : une créance de 10 000 000 GNF sur Hawa, qui devra la rembourser ;
  • à son passif (ce qu'elle doit) : un dépôt de 10 000 000 GNF sur le compte de Hawa, que celle-ci peut dépenser.
Actif de la banqueMontantPassif de la banqueMontant
Créance sur Hawa10 000 000 GNFDépôt à vue de Hawa10 000 000 GNF

Aucun autre client n'a perdu d'argent : la banque a créé 10 000 000 GNF de monnaie scripturale en écrivant ces deux lignes. C'est pourquoi on dit : « les crédits font les dépôts ». La masse monétaire (M1) augmente de 10 000 000 GNF.

Quand Hawa rembourse son prêt, les deux écritures disparaissent : la monnaie est détruite. La masse monétaire diminue d'autant. (Les intérêts, eux, ne sont pas détruits : ils constituent le revenu de la banque.)

Création de monnaie
  • La banque accorde un crédit
  • La banque achète des devises à un exportateur
  • La banque centrale refinance une banque
  • La masse monétaire augmente
Destruction de monnaie
  • L'emprunteur rembourse son crédit
  • La banque vend des devises à un importateur
  • La banque rembourse la banque centrale
  • La masse monétaire diminue
La monnaie naît surtout du crédit et disparaît avec son remboursement.

4. Les sources (contreparties) de la création monétaire

On appelle contreparties de la masse monétaire les opérations qui ont donné naissance à la monnaie. Il y en a trois :

  1. Les créances sur l'extérieur : quand un exportateur (par exemple une société minière) vend ses devises à une banque contre des francs guinéens, de la monnaie nationale est créée.
  2. Les créances sur l'État : quand les banques ou la banque centrale prêtent à l'État.
  3. Les crédits à l'économie : les prêts accordés aux entreprises et aux ménages.

5. Les limites à la création monétaire

Une banque ne peut pas créer de la monnaie sans limite :

  • ses clients retirent une partie en billets, qu'elle doit se procurer auprès de la banque centrale ;
  • elle doit déposer à la banque centrale des réserves obligatoires, une fraction des dépôts de ses clients ;
  • elle doit prêter à des emprunteurs solvables, sinon elle perd de l'argent ;
  • la banque centrale contrôle le coût du refinancement (le taux directeur) et donc le volume des crédits.

En plus pour la série SM : si le taux des réserves obligatoires est de 10 %, une banque qui reçoit un dépôt de 1 000 000 GNF en billets doit en garder 100 000 GNF en réserve et ne peut en prêter que 1 000 000 − 100 000 = 900 000 GNF. Si cette somme, dépensée, revient en dépôt dans une autre banque, celle-ci peut à son tour prêter 90 % de 900 000, soit 810 000 GNF, et ainsi de suite. C'est l'idée du multiplicateur de crédit.

6. La valeur de la monnaie

a) La valeur interne : le pouvoir d'achat. Le pouvoir d'achat de la monnaie est la quantité de biens et services qu'une unité monétaire permet d'acheter. Il varie en sens inverse du niveau général des prix : quand les prix montent, un billet de 20 000 GNF achète moins de choses ; sa valeur interne baisse (tu l'étudieras avec l'inflation).

b) La valeur externe : le taux de change. Le taux de change est le prix d'une monnaie exprimé en une autre monnaie. Il se forme sur le marché des changes, selon l'offre et la demande de devises.

  • Si le franc guinéen perd de la valeur face au dollar, on parle de dépréciation (ou de dévaluation quand elle est décidée officiellement par les autorités) : il faut plus de francs guinéens pour obtenir un dollar.
  • S'il gagne de la valeur, on parle d'appréciation (ou de réévaluation).

Exemple

Situation (taux fictifs) : le fournisseur de Hawa achète à l'étranger un rouleau de tissu à 500 dollars. Au début de l'année, 1 dollar s'échange contre 8 600 GNF ; plus tard, contre 9 000 GNF.

  1. Coût au début : 500 × 8 600 = 4 300 000 GNF.
  2. Coût plus tard : 500 × 9 000 = 4 500 000 GNF.
  3. Hausse : 4 500 000 − 4 300 000 = 200 000 GNF, soit 200 000 / 4 300 000 × 100 ≈ 4,7 %.

Le prix en dollars n'a pas changé, mais le franc guinéen s'est déprécié : le tissu importé coûte plus cher en GNF. À l'inverse, un exportateur guinéen qui vend en dollars reçoit davantage de francs guinéens pour chaque dollar.

Méthode

Pour calculer les agrégats monétaires :

  1. Je repère les billets et pièces et les dépôts à vue : leur somme donne M1.
  2. J'ajoute les dépôts à terme et l'épargne à court terme : j'obtiens M2.
  3. J'ajoute les autres placements à court terme : j'obtiens M3.
  4. Je vérifie que M1 ≤ M2 ≤ M3.
  5. Si on me le demande, je calcule la part d'un élément : élément / agrégat × 100.

3Je retiens

Je retiens

Masse monétaire : ensemble des moyens de paiement détenus par les agents non financiers ; liquidité : facilité à transformer un avoir en moyen de paiement.

M1 = billets et pièces + dépôts à vue ; M2 = M1 + dépôts à terme et épargne à court terme (quasi-monnaie) ; M3 = M2 + autres placements à court terme.

Les banques commerciales créent de la monnaie scripturale en accordant des crédits (« les crédits font les dépôts ») ; le remboursement la détruit.

La BCRG émet les billets et pièces et refinance les banques.

Contreparties de la masse monétaire : créances sur l'extérieur, créances sur l'État, crédits à l'économie.

Valeur interne = pouvoir d'achat (baisse quand les prix montent) ; valeur externe = taux de change (dépréciation, appréciation).

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la banque prête seulement l'argent déposé par d'autres clients : en accordant un crédit, elle crée de la monnaie nouvelle.
  • Penser que seule la banque centrale crée la monnaie : elle émet les billets, mais l'essentiel de la monnaie est créé par les banques commerciales.
  • Additionner les agrégats entre eux (M1 + M2 + M3) : ils sont emboîtés, M2 contient déjà M1.
  • Confondre dépréciation de la monnaie et baisse des prix : une dépréciation du GNF rend au contraire les produits importés plus chers.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis : masse monétaire, liquidité, quasi-monnaie.

b) Explique la phrase : « les crédits font les dépôts ».

c) Cite les trois contreparties de la masse monétaire.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La masse monétaire est l'ensemble des moyens de paiement détenus par les agents non financiers d'un pays à un moment donné. La liquidité est la facilité et la rapidité avec lesquelles un avoir peut être transformé en moyen de paiement sans perte. La quasi-monnaie regroupe les placements à court terme (dépôts à terme, épargne) facilement transformables en monnaie.

b) Quand une banque accorde un crédit, elle inscrit la somme sur le compte de l'emprunteur : un dépôt nouveau apparaît, sans avoir été pris à un autre client. Le crédit a donc créé le dépôt, c'est-à-dire de la monnaie.

c) Les créances sur l'extérieur, les créances sur l'État, les crédits à l'économie.

2Exercice 2

(Calcul) Dans un pays (chiffres fictifs, en milliers de milliards de GNF) : billets et pièces 18 ; dépôts à vue 27 ; dépôts à terme et épargne 12 ; autres placements à court terme 3.

a) Calcule M1, M2 et M3.

b) Calcule la part de la monnaie fiduciaire dans M1.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) M1 = 18 + 27 = 45 ; M2 = 45 + 12 = 57 ; M3 = 57 + 3 = 60 (milliers de milliards de GNF).

b) Part de la monnaie fiduciaire = 18 / 45 × 100 = 40 %.

3Exercice 3

(Création et destruction) Pour chaque opération, dis s'il y a création, destruction ou aucun effet sur la masse monétaire.

a) Une banque accorde un crédit de 5 000 000 GNF à Kadiatou.

b) Ousmane rembourse un crédit de 2 000 000 GNF.

c) Fanta retire 300 000 GNF en billets de son compte à vue.

d) Une société minière vend 1 000 000 de dollars à une banque guinéenne contre des GNF.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Création de 5 000 000 GNF de monnaie scripturale.

b) Destruction de 2 000 000 GNF.

c) Aucun effet sur M1 : la monnaie change seulement de forme (scripturale devient fiduciaire).

d) Création : la banque crée des GNF en contrepartie des devises achetées (créance sur l'extérieur).

4Exercice 4

(Taux de change) Un importateur achète des médicaments pour 2 000 dollars. Le taux passe de 1 dollar = 8 500 GNF à 1 dollar = 8 925 GNF.

a) Calcule le coût en GNF avant et après.

b) Calcule le pourcentage de hausse.

c) Le franc guinéen s'est-il apprécié ou déprécié ? Justifie.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Avant : 2 000 × 8 500 = 17 000 000 GNF. Après : 2 000 × 8 925 = 17 850 000 GNF.

b) Hausse = 17 850 000 − 17 000 000 = 850 000 GNF ; en pourcentage : 850 000 / 17 000 000 × 100 = 5 %.

c) Le franc guinéen s'est déprécié : il faut davantage de GNF (8 925 au lieu de 8 500) pour obtenir un dollar.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Reprends la situation de Hawa dans « Je découvre ». En une dizaine de lignes, réponds aux deux questions d'Alpha : d'où viennent les 10 000 000 GNF prêtés ? Pourquoi dit-on que le franc guinéen « a baissé » ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

Les 10 000 000 GNF prêtés à Hawa n'ont été pris à personne. En accordant le crédit, la banque a inscrit une créance sur Hawa à son actif et un dépôt du même montant sur le compte de Hawa à son passif. Elle a ainsi créé de la monnaie scripturale : c'est le principe « les crédits font les dépôts ». Quand Hawa remboursera, cette monnaie sera détruite. La banque ne peut toutefois pas créer sans limite : elle doit se procurer des billets auprès de la BCRG, respecter les réserves obligatoires et prêter à des clients solvables.

Quant au franc guinéen, un billet de 20 000 GNF garde la même valeur faciale, mais sa valeur externe se mesure par le taux de change. Si le franc guinéen se déprécie, il faut plus de GNF pour obtenir un dollar ; le tissu acheté en dollars coûte donc plus cher en francs guinéens.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1M1 comprend :
Voir la réponse

Réponse A : les billets, les pièces et les dépôts à vue. M1 regroupe les moyens de paiement immédiatement utilisables.

2Quand une banque accorde un crédit :
Voir la réponse

Réponse B : elle crée de la monnaie scripturale. Le crédit fait apparaître un dépôt nouveau : les crédits font les dépôts.

3Qui émet les billets de francs guinéens ?
Voir la réponse

Réponse C : la Banque centrale de la République de Guinée. La BCRG a le monopole de l'émission des billets et des pièces.

4M1 = 40 ; dépôts à terme et épargne = 10 ; autres placements = 5. M2 vaut :
Voir la réponse

Réponse B : 50. M2 = M1 + dépôts à terme et épargne = 40 + 10 = 50.

5Si 1 dollar passe de 8 600 GNF à 9 000 GNF, le franc guinéen :
Voir la réponse

Réponse B : s'est déprécié. Il faut plus de francs guinéens pour un dollar : le GNF a perdu de la valeur externe.

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