Leçon 24 sur 24
L'inflation (suite)
Je sais expliquer les causes de l'inflation, ses conséquences sur les différents agents économiques et les moyens de la combattre, et calculer un salaire réel et un taux d'intérêt réel.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer les causes de l'inflation (demande, coûts, monnaie, importée, structurelle)
- Utiliser l'équation quantitative de la monnaie
- Calculer un salaire réel et une variation du pouvoir d'achat
- Identifier les gagnants et les perdants de l'inflation
- Présenter les remèdes (politique monétaire, budgétaire, des prix et des revenus, soutien à la production)
Avant de commencer : La leçon « L'inflation » (définition, IPC, taux d'inflation) ; les leçons sur la monnaie et les banques (création monétaire, taux directeur).
1Je découvre
Mamadou est enseignant à Kankan. Son salaire a été augmenté de 10 % cette année. Il était content… jusqu'à ce qu'il fasse ses courses : le sac de riz, le carburant de sa moto, le loyer, tout a augmenté plus vite que son salaire. « J'ai plus de billets, mais je vis moins bien qu'avant », dit-il à sa femme Mariama.
Son frère Lansana, commerçant, voit les choses autrement. Il a emprunté de l'argent l'an dernier pour acheter un camion ; avec la hausse des prix, il revend ses marchandises plus cher et rembourse facilement son crédit, dont le montant, lui, n'a pas changé. Leur vieille tante Fanta, retraitée, qui touche chaque mois la même pension, s'inquiète beaucoup.
À la radio, un économiste explique que la banque centrale a relevé son taux directeur « pour lutter contre l'inflation ».
D'où vient l'inflation, qui gagne et qui perd quand les prix montent, et comment peut-on la combattre ?
2Je comprends
1. Les causes de l'inflation
L'inflation a rarement une seule cause. On distingue cinq grandes explications, souvent combinées.
a) L'inflation par la demande
Quand la demande globale (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations) augmente plus vite que la production disponible, les acheteurs se disputent des biens trop peu nombreux et les prix montent. C'est la logique du marché vue dans la leçon sur la notion de marché, appliquée à toute l'économie.
Causes d'un excès de demande : hausse rapide des revenus, crédit trop facile, forte augmentation des dépenses de l'État, afflux d'argent de l'étranger. L'offre, elle, ne suit pas toujours : récoltes dépendantes de la saison des pluies, routes coupées pendant l'hivernage, usines trop peu nombreuses.
b) L'inflation par les coûts
Quand les coûts de production augmentent, les entreprises répercutent la hausse sur leurs prix de vente pour garder leur marge. Hausse du prix du carburant (qui renchérit tous les transports), des matières premières importées, des salaires, des impôts indirects.
Cette inflation peut s'entretenir d'elle-même : c'est la spirale prix-salaires. Les prix montent, les salariés réclament des hausses de salaire pour garder leur pouvoir d'achat, les coûts des entreprises augmentent, elles relèvent encore leurs prix, et ainsi de suite.
c) L'inflation d'origine monétaire
Si la quantité de monnaie en circulation augmente beaucoup plus vite que la production, chaque unité de monnaie perd de la valeur. C'est l'idée de la théorie quantitative de la monnaie, résumée par l'équation des échanges d'Irving Fisher :
M × V = P × T
- M : la masse monétaire ;
- V : la vitesse de circulation de la monnaie (le nombre de fois qu'un billet change de main dans l'année) ;
- P : le niveau général des prix ;
- T : le volume des transactions (lié à la production).
Si V et T restent constants, une hausse de M entraîne une hausse de P dans la même proportion.
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : dans une économie, M = 100, V = 4 et T = 200.
- Niveau des prix : P = M × V / T = 100 × 4 / 200 = 2.
- La masse monétaire passe à 120 (+20 %), alors que V et T ne changent pas : P = 120 × 4 / 200 = 480 / 200 = 2,4.
- Hausse des prix : (2,4 − 2) / 2 × 100 = 20 %.
Conclusion : si la monnaie augmente de 20 % sans que la production augmente, les prix augmentent aussi de 20 %. Si, en même temps, T avait augmenté de 20 % (T = 240), les prix seraient restés stables : P = 120 × 4 / 240 = 2.
d) L'inflation importée
Un pays qui importe beaucoup (riz, carburant, médicaments, machines) « importe » aussi la hausse des prix mondiaux. Et si sa monnaie se déprécie, il faut plus de francs guinéens pour payer le même produit en dollars : les prix intérieurs montent (tu l'as vu dans la leçon « La monnaie (suite) »).
e) L'inflation structurelle
Elle vient des faiblesses durables de l'économie : production agricole insuffisante, pertes après récolte faute de stockage et de routes, industrie peu développée, circuits de distribution avec beaucoup d'intermédiaires, situations de monopole, spéculation (des commerçants stockent un produit pour le revendre plus cher quand il devient rare).
2. Les conséquences de l'inflation
a) Sur le pouvoir d'achat : salaire nominal et salaire réel
Le salaire nominal est le montant inscrit sur le bulletin de paie. Le salaire réel mesure ce que ce salaire permet réellement d'acheter, compte tenu des prix :
Salaire réel = salaire nominalIPC × 100
Le pouvoir d'achat augmente seulement si le salaire nominal augmente plus vite que les prix.
Exemple
Situation : le salaire de Mamadou passe de 2 000 000 GNF à 2 200 000 GNF (+10 %). Pendant ce temps, l'IPC passe de 100 à 115 (+15 %).
- Salaire réel de l'année 2, en francs de l'année 1 : 2 200 000 / 115 × 100 ≈ 1 913 043 GNF.
- Variation du pouvoir d'achat : (1 913 043 − 2 000 000) / 2 000 000 × 100 ≈ −4,3 %.
- Méthode rapide : 1,10 / 1,15 ≈ 0,957, soit une baisse d'environ 4,3 %.
Conclusion : malgré une hausse de 10 % de son salaire, Mamadou a perdu environ 4,3 % de pouvoir d'achat, car les prix ont augmenté de 15 %.
b) Les gagnants et les perdants
L'inflation ne touche pas tout le monde de la même façon : elle redistribue la richesse.
- Les emprunteurs (débiteurs) y gagnent : ils remboursent une somme fixée à l'avance avec une monnaie qui vaut moins. C'est le cas de Lansana.
- Les prêteurs et les épargnants (créanciers) y perdent : l'argent qu'on leur rend ou qu'ils ont gardé achète moins de choses.
- Les titulaires de revenus fixes (salariés dont le salaire n'est pas réajusté, retraités comme Fanta, bénéficiaires de bourses) y perdent.
- Ceux qui peuvent augmenter leurs prix rapidement (certains commerçants, propriétaires de biens rares) s'en sortent mieux.
Le taux d'intérêt réel indique ce que rapporte vraiment un prêt ou un placement, une fois l'inflation déduite. En première approximation :
taux réel ≈ taux nominal - taux d'inflation
Exemple
Situation : Lansana a emprunté à 12 % par an ; pendant l'année, l'inflation a été de 15 %.
Taux réel ≈ 12 % − 15 % = −3 %.
Le taux réel est négatif : en pouvoir d'achat, Lansana rembourse moins que ce qu'il a reçu. Le prêteur, lui, perd environ 3 % de pouvoir d'achat. De même, un épargnant dont le dépôt rapporte 5 % perd environ 15 − 5 = 10 % de pouvoir d'achat.
- Les emprunteurs (dettes à rembourser en monnaie dépréciée)
- L'État endetté
- Les vendeurs qui augmentent vite leurs prix
- Les détenteurs de biens réels (terrains, or)
- Les prêteurs et les épargnants
- Les retraités et les bénéficiaires de revenus fixes
- Les salariés dont le salaire n'est pas réajusté
- Ceux qui gardent leur épargne en billets
c) Sur l'ensemble de l'économie
- Incertitude : il devient difficile de prévoir, ce qui freine l'investissement et l'épargne.
- Fuite devant la monnaie : on se réfugie dans les devises, les terrains, l'or, le bétail.
- Perte de compétitivité : si les prix guinéens montent plus vite qu'ailleurs, nos produits se vendent moins bien à l'étranger et le déficit commercial peut s'aggraver.
- Hausse des inégalités et tensions sociales.
Une inflation faible et stable n'est pas considérée comme dangereuse : elle allège un peu les dettes et accompagne souvent une économie en croissance. C'est l'inflation forte et imprévisible qui fait des dégâts.
3. Les remèdes à l'inflation
Le remède dépend de la cause.
| Politique | Qui agit ? | Moyens | Cause visée |
|---|---|---|---|
| Politique monétaire restrictive | La banque centrale (BCRG) | Relever le taux directeur, augmenter les réserves obligatoires, limiter le crédit | Inflation monétaire et par la demande |
| Politique budgétaire de rigueur | L'État | Réduire le déficit public, limiter les dépenses non indispensables | Inflation par la demande |
| Politique des prix et des revenus | L'État, avec les partenaires sociaux | Contrôler ou plafonner certains prix, lutter contre la spéculation, encadrer les hausses de salaires | Inflation par les coûts, spirale prix-salaires |
| Politique de l'offre | L'État et les entreprises | Augmenter la production (agriculture, stockage, routes, énergie), encourager la concurrence | Inflation structurelle |
| Politique de change | La banque centrale | Stabiliser la valeur de la monnaie nationale | Inflation importée |
Quand la BCRG relève son taux directeur, les banques se refinancent plus cher ; elles relèvent à leur tour les taux de leurs crédits ; les ménages et les entreprises empruntent moins ; la création monétaire et la demande ralentissent, et les prix montent moins vite. C'est ce qu'annonçait l'économiste à la radio.
Chaque remède a un coût : une politique trop restrictive peut freiner l'activité et l'emploi ; un blocage des prix trop long peut créer des pénuries (inflation réprimée).
Méthode
Pour analyser une situation d'inflation (exercice ou dissertation) :
- Je repère la ou les causes : demande trop forte, coûts en hausse, trop de monnaie, prix importés, faiblesses de la production.
- J'identifie les agents concernés et je dis s'ils gagnent ou perdent (débiteurs, créanciers, revenus fixes).
- Si on me donne des chiffres, je calcule le salaire réel ou le taux d'intérêt réel.
- Je propose un remède adapté à chaque cause et j'en signale la limite.
3Je retiens
Je retiens
Causes de l'inflation : excès de demande, hausse des coûts (spirale prix-salaires), excès de monnaie (M × V = P × T), inflation importée, causes structurelles (production insuffisante, spéculation).
Salaire réel = salaire nominal / IPC × 100 ; le pouvoir d'achat augmente seulement si le salaire monte plus vite que les prix.
Taux d'intérêt réel ≈ taux nominal − taux d'inflation.
L'inflation avantage les débiteurs et pénalise les créanciers, les épargnants et les revenus fixes ; elle crée de l'incertitude et réduit la compétitivité.
Remèdes : politique monétaire restrictive (taux directeur), rigueur budgétaire, politique des prix et des revenus, hausse de la production, stabilité du change.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'une hausse de salaire améliore toujours le pouvoir d'achat : il faut la comparer à la hausse des prix.
- Penser que l'inflation fait perdre tout le monde : les emprunteurs peuvent y gagner, les prêteurs y perdent.
- Proposer le même remède pour toutes les inflations : bloquer les prix ne règle pas un problème de production insuffisante, et relever le taux directeur ne fait pas baisser le prix mondial du pétrole.
- Oublier, dans M × V = P × T, que la hausse de la production (T) peut absorber la hausse de la monnaie.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : inflation par les coûts, salaire réel, spirale prix-salaires.
b) Écris l'équation des échanges et explique chaque lettre.
c) Cite trois remèdes à l'inflation et l'institution qui les met en œuvre.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) L'inflation par les coûts est une hausse des prix provoquée par l'augmentation des coûts de production (carburant, matières premières, salaires, impôts), que les entreprises répercutent sur leurs prix. Le salaire réel est le salaire exprimé en pouvoir d'achat, c'est-à-dire corrigé de la hausse des prix (salaire nominal / IPC × 100). La spirale prix-salaires est l'enchaînement par lequel la hausse des prix entraîne des hausses de salaires, qui augmentent les coûts et provoquent de nouvelles hausses de prix.
b) M × V = P × T : M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, P le niveau général des prix, T le volume des transactions.
c) Relever le taux directeur (BCRG) ; réduire le déficit public (État) ; lutter contre la spéculation et contrôler certains prix (État) ; augmenter la production (État et entreprises) — trois au choix.
2Exercice 2
(Causes) Pour chaque situation, indique la cause principale de l'inflation.
a) Le prix du carburant à la pompe augmente et tous les tarifs de transport suivent.
b) Les banques accordent beaucoup de crédits et la masse monétaire augmente de 30 % en un an, alors que la production stagne.
c) Le franc guinéen se déprécie face au dollar et le prix du riz importé augmente.
d) Des commerçants stockent le sucre avant le Ramadan pour le revendre plus cher.
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a) Inflation par les coûts.
b) Inflation d'origine monétaire.
c) Inflation importée.
d) Inflation structurelle (spéculation), qui s'ajoute à une hausse saisonnière de la demande.
3Exercice 3
(Calcul) Le salaire mensuel de Hawa passe de 1 500 000 GNF à 1 620 000 GNF. Pendant la même période, l'IPC passe de 100 à 104.
a) Calcule le taux de hausse du salaire nominal.
b) Calcule le salaire réel de Hawa (arrondi au franc).
c) Son pouvoir d'achat a-t-il augmenté ou diminué ? De combien de pour cent environ ?
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a) (1 620 000 − 1 500 000) / 1 500 000 × 100 = 120 000 / 1 500 000 × 100 = 8 %.
b) Salaire réel = 1 620 000 / 104 × 100 ≈ 1 557 692 GNF.
c) Le salaire réel (1 557 692 GNF) est supérieur à l'ancien salaire (1 500 000 GNF) : le pouvoir d'achat a augmenté d'environ (1 557 692 − 1 500 000) / 1 500 000 × 100 ≈ 3,8 %. Le salaire a augmenté plus vite (8 %) que les prix (4 %).
4Exercice 4
(Calcul) Dans une économie (chiffres fictifs), M = 200, V = 3 et T = 300.
a) Calcule le niveau des prix P.
b) La masse monétaire passe à 250, V et T restent constants. Calcule le nouveau P et le taux de hausse des prix.
c) Quelle devrait être la valeur de T pour que les prix restent stables ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) P = M × V / T = 200 × 3 / 300 = 600 / 300 = 2.
b) P = 250 × 3 / 300 = 750 / 300 = 2,5. Hausse des prix : (2,5 − 2) / 2 × 100 = 25 %.
c) Il faut 250 × 3 / T = 2, donc T = 750 / 2 = 375. La production (les transactions) devrait augmenter de 300 à 375, soit de 25 %, comme la masse monétaire.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Reprends la situation de la famille de Mamadou dans « Je découvre ». En une douzaine de lignes, explique pourquoi Mamadou et la tante Fanta perdent à l'inflation alors que Lansana y gagne, puis explique comment la hausse du taux directeur de la BCRG peut ralentir la hausse des prix.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de réponse :
Le salaire de Mamadou a augmenté de 10 %, mais les prix ont monté plus vite : son salaire réel a baissé. La tante Fanta est encore plus touchée : sa pension ne change pas, donc chaque hausse de prix réduit son pouvoir d'achat. Les revenus fixes sont les grands perdants de l'inflation.
Lansana, au contraire, est un emprunteur : il rembourse une somme fixée à l'avance avec une monnaie qui vaut moins, alors qu'il vend plus cher. L'inflation allège sa dette, au détriment du prêteur.
Pour freiner la hausse des prix, la BCRG peut relever son taux directeur : les banques se refinancent plus cher et relèvent les taux de leurs crédits ; on emprunte moins, la création de monnaie et la demande ralentissent, et les prix montent moins vite. Limite : un crédit plus cher peut aussi freiner l'investissement et l'emploi.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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