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Français · 12e SM

Leçon 20 sur 31

Le réalisme

Je sais définir le réalisme et le naturalisme, citer leurs auteurs majeurs et reconnaître dans un texte les procédés qui donnent l'illusion du réel.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Expliquer les origines et les principes du réalisme
  • Distinguer réalisme et naturalisme
  • Analyser les procédés réalistes d'un extrait (description, détails concrets, milieu social, narrateur discret)

Avant de commencer : Leçons « Bref aperçu du XIXe siècle » et « Le romantisme » ; notions de narration (narrateur, point de vue)

1Je découvre

Au marché Madina, à Conakry, Ibrahima accompagne sa mère qui vend des pagnes. Pour sa rédaction, le professeur a demandé : « Décrivez un lieu que vous connaissez bien, en montrant la vie des gens qui y travaillent. »

Dans son premier jet, Ibrahima écrit : « Le marché est beau et plein de couleurs. Tout le monde est heureux. » Sa sœur aînée, étudiante, le lit et hoche la tête : « Tu n'as rien montré. Où sont les porteurs qui courent avec leurs brouettes, les prix qu'on discute en GNF, la poussière, les commerçantes qui se lèvent avant l'aube, la fatigue, les dettes ? Si tu veux qu'on te croie, il faut des détails vrais. »

Ibrahima recommence. Il note le bruit des klaxons, l'odeur du poisson fumé, le visage fatigué d'une vendeuse qui compte sa recette du jour. Sa description devient vivante, presque comme un film.

Sans le savoir, sa sœur vient de lui expliquer le projet d'un grand mouvement du XIXe siècle.

Qu'est-ce que le réalisme, et par quels moyens un écrivain donne-t-il au lecteur l'illusion de voir la réalité ?

2Je comprends

1. Naissance du réalisme

Le réalisme est un mouvement littéraire et artistique qui se développe en France au milieu du XIXe siècle (environ 1850-1880). Le mot s'impose d'abord en peinture : en 1855, le peintre Gustave Courbet expose ses toiles dans un « Pavillon du réalisme », où il représente des paysans et des ouvriers avec la même dignité que des héros.

Le réalisme naît de deux phénomènes :

  • une réaction contre le romantisme, jugé trop rêveur, trop centré sur le « je » et ses états d'âme ;
  • les transformations de la société : révolution industrielle, croissance des villes, pouvoir de l'argent et de la bourgeoisie, progrès des sciences. Les écrivains veulent comprendre et montrer ce monde nouveau.

Son principe tient en une phrase : représenter la réalité telle qu'elle est, sans l'embellir ni la déformer, y compris dans ce qu'elle a de banal, de laid ou d'injuste. Stendhal l'avait annoncé dans Le Rouge et le Noir (1830) : « Un roman : c'est un miroir qu'on promène le long d'un chemin. »

2. Les grands auteurs réalistes

  • Honoré de Balzac (précurseur) réunit ses romans sous le titre *La Comédie humaine* : plus de deux mille personnages qui reviennent d'un livre à l'autre et forment une société complète. Dans Le Père Goriot (1835), un vieil homme se ruine pour ses filles, qui l'abandonnent.
  • Stendhal (précurseur) raconte dans Le Rouge et le Noir l'ascension et la chute de Julien Sorel, fils de charpentier ambitieux.
  • Gustave Flaubert est le maître du réalisme. *Madame Bovary* (1857) raconte l'histoire d'Emma, femme de médecin de campagne qui s'ennuie, rêve d'une vie romanesque et se ruine. Le roman vaut à Flaubert un procès pour atteinte à la morale ; il est acquitté. Flaubert travaille chaque phrase et veut que l'auteur soit « invisible » dans son œuvre.

3. Le naturalisme, prolongement du réalisme

Vers 1870, Émile Zola va plus loin. Inspiré par les sciences et la médecine, il veut que le romancier travaille comme un savant : il observe, il se documente, puis il « expérimente » en plaçant ses personnages dans un milieu donné pour voir comment ils réagissent. Il insiste sur deux forces : l'hérédité (ce que l'on reçoit de sa famille) et le milieu social.

Son grand cycle, *Les Rougon-Macquart*, compte vingt romans qui suivent une famille sous le Second Empire. L'Assommoir (1877) montre les ravages de l'alcool chez les ouvriers parisiens ; *Germinal* (1885) décrit la misère et la grève des mineurs du nord de la France. Pour l'écrire, Zola est descendu lui-même dans une mine. Guy de Maupassant, disciple de Flaubert, se fait connaître avec la nouvelle Boule de suif (1880), publiée dans un recueil collectif du groupe naturaliste.

Réalisme
  • Milieu du XIXe siècle (vers 1850-1880)
  • Peindre la société telle qu'elle est
  • Observation et vraisemblance
  • Toutes les classes sociales
  • Balzac, Stendhal, Flaubert
Naturalisme
  • Fin du XIXe siècle (vers 1870-1890)
  • Étudier l'homme comme un savant
  • Documentation, enquête, méthode scientifique
  • Surtout les milieux pauvres : ouvriers, mineurs
  • Zola, Maupassant (à ses débuts)
Le naturalisme est une forme radicale du réalisme.

4. Les procédés de l'écriture réaliste

Pour donner l'illusion du réel, les écrivains réalistes utilisent :

ProcédéEffet
Descriptions précises (lieux, objets, vêtements)le lecteur « voit » la scène
Détails concrets et parfois vulgaires (odeurs, saleté, prix)le texte paraît vrai, non idéalisé
Lieux et dates réelsl'histoire s'ancre dans une époque connue
Personnages ordinaires (employés, paysans, ouvriers)tout le monde peut devenir sujet de roman
Langage des personnages (parlers populaires, argot)les dialogues sonnent juste
Narrateur discret, souvent externe ou omniscient qui ne juge pasle lecteur tire lui-même ses conclusions
Thèmes sociaux : argent, travail, ambition, misèrele roman explique la société

Méthode

Pour montrer qu'un extrait est réaliste :

  1. Je repère le cadre : lieux, époque, milieu social (sont-ils précis et vraisemblables ?).
  2. Je relève les détails concrets : objets, couleurs, odeurs, chiffres, prix.
  3. J'observe les personnages : milieu, métier, langage.
  4. Je caractérise le narrateur : juge-t-il, ou laisse-t-il parler les faits ?
  5. Je dégage la visée : que nous apprend le texte sur la société ?
  6. Je rédige avec au moins deux citations analysées.

Exemple

Texte écrit pour la leçon : « À quatre heures, Hawa était déjà debout. Dans la cour de la concession, elle alluma le feu sous la grande marmite noircie, versa le riz acheté à crédit la veille chez le grossiste de Dixinn, et attendit, les yeux rouges de fumée. À six heures, sa table de bois était dressée au bord de la route, à côté du garage des taxis-brousse. Les chauffeurs arrivaient, commandaient, payaient en billets froissés. Le soir, elle compta la recette : à peine de quoi racheter du riz pour le lendemain. »

Cadre précis : lieux réels (Dixinn, garage des taxis-brousse), heures (quatre heures, six heures).

Détails concrets : « marmite noircie », « yeux rouges de fumée », « billets froissés », achat « à crédit ».

Personnage ordinaire : une vendeuse de nourriture, dont on suit la journée de travail.

Narrateur discret : il ne commente pas, il montre ; c'est la dernière phrase qui fait comprendre la précarité.

Visée : révéler la dureté de la vie des petites commerçantes. Ce texte est donc écrit selon les principes réalistes.

Exemple

Comparer deux phrases.

Phrase A : « La ville était belle et mystérieuse sous la lune, et mon cœur rêvait d'amour. »

Phrase B : « Dans la ruelle, les eaux de pluie charriaient des sachets plastiques ; un chien maigre fouillait un tas d'ordures devant la boutique fermée. »

La phrase A est romantique : la nature est embellie, le « je » exprime ses sentiments.

La phrase B est réaliste, voire naturaliste : détails concrets et peu flatteurs, aucun sentiment exprimé, description d'un milieu pauvre.

5. Le réalisme et la littérature africaine

Au XXe siècle, de nombreux romanciers africains utilisent l'écriture réaliste pour dénoncer la colonisation et l'injustice sociale. Le Camerounais Ferdinand Oyono, dans Une vie de boy (1956), montre à travers le journal d'un jeune domestique l'hypocrisie des colons ; son compatriote Mongo Beti écrit Le Pauvre Christ de Bomba (1956) ; le Sénégalais Ousmane Sembène, dans Les Bouts de bois de Dieu (1960), raconte la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger. Tu retrouveras cette veine dans le texte d'étude sur la vente du cacao, à la fin de l'année.

3Je retiens

Je retiens

Le réalisme (vers 1850-1880) veut représenter la réalité telle qu'elle est, sans l'embellir ; il réagit contre les rêveries romantiques.

Stendhal : « Un roman : c'est un miroir qu'on promène le long d'un chemin. »

Auteurs : Balzac (La Comédie humaine), Stendhal (Le Rouge et le Noir), Flaubert (Madame Bovary, 1857).

Le naturalisme (vers 1870-1890), autour de Zola, applique une méthode scientifique : hérédité et milieu ; Les Rougon-Macquart, Germinal (1885).

Procédés : descriptions précises, détails concrets, lieux et dates réels, personnages ordinaires, langage vrai, narrateur discret, thèmes sociaux (argent, travail, misère).

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le réalisme est une copie exacte du réel : c'est une illusion construite par l'écrivain, qui choisit ses détails.
  • Confondre réalisme et naturalisme : le naturalisme ajoute l'idée d'une méthode scientifique (hérédité, milieu) ; Zola en est le chef.
  • Se contenter de dire « le texte est réaliste car il décrit » : toute description n'est pas réaliste ; il faut montrer les détails concrets, le milieu social et la visée critique.
  • Oublier le narrateur : son effacement (il ne juge pas) est un trait essentiel de l'écriture réaliste.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Réponds en une phrase : a) À quelle époque se développe le réalisme ? b) Contre quel mouvement réagit-il ? c) Quels sont les deux facteurs qui expliquent le comportement des personnages selon Zola ?

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a) Le réalisme se développe au milieu du XIXe siècle, environ de 1850 à 1880.

b) Il réagit contre le romantisme, jugé trop rêveur et trop centré sur les sentiments du « je ».

c) Selon Zola, l'hérédité et le milieu social expliquent le comportement des personnages.

2Exercice 2

Classe ces auteurs en deux colonnes, « réalisme » et « naturalisme » : Flaubert, Zola, Balzac, Stendhal. Puis associe à chacun une œuvre.

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Réalisme : Flaubert (Madame Bovary), Balzac (Le Père Goriot), Stendhal (Le Rouge et le Noir).

Naturalisme : Zola (Germinal ou L'Assommoir).

3Exercice 3

Explique avec tes mots la phrase de Stendhal : « Un roman : c'est un miroir qu'on promène le long d'un chemin. »

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Stendhal compare le roman à un miroir : comme un miroir, le roman doit refléter fidèlement ce qui se passe dans la société, sans l'embellir. L'image du chemin montre que le romancier se déplace dans toute la société et reflète aussi bien ce qui est beau que ce qui est laid ; on ne peut donc pas lui reprocher de montrer la boue du chemin.

4Exercice 4

Lis ce texte écrit pour l'exercice : « Sur la route de Boké, le camion chargé de minerai rouge soulevait une poussière si épaisse que les femmes, au bord de la piste, couvraient de leurs pagnes les plateaux de bananes. Le chauffeur, qui roulait depuis l'aube, ne ralentit pas. » Relève trois procédés réalistes et dis ce que le texte suggère sans le dire.

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Procédés réalistes : un lieu réel et précis (« la route de Boké ») ; des détails concrets (« minerai rouge », « poussière si épaisse », « plateaux de bananes ») ; des personnages ordinaires (les vendeuses, le chauffeur) ; un narrateur discret qui ne juge pas (« ne ralentit pas » est un simple constat).

Ce que le texte suggère : l'activité minière gêne la vie quotidienne des populations ; les femmes subissent la poussière et le mépris de ceux qui passent. Le narrateur ne dénonce pas directement : il laisse le lecteur comprendre.

5Exercice 5

(Rédaction) Écris un paragraphe descriptif réaliste d'une dizaine de lignes sur un lieu de travail que tu connais (atelier, champ, gare routière, port de pêche). Utilise au moins quatre procédés réalistes étudiés et un narrateur qui ne juge pas.

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Exemple de réponse :

« Au port de pêche de Boulbinet, les pirogues peintes de bleu et de jaune accostent vers huit heures. Les pêcheurs, pieds nus dans l'eau grise, se passent les caisses de poissons de main en main. Sur la plage, les femmes attendent avec leurs bassines émaillées ; elles discutent le prix, soupèsent les bars, grattent une écaille du bout de l'ongle. Plus loin, sous un hangar de tôle, la fumée des fours à poisson pique les yeux. Un garçon d'une douzaine d'années ramasse les poissons tombés dans le sable et les glisse dans un sachet noir. À midi, la plage est vide ; il ne reste que les écailles qui brillent au soleil. »

Procédés : lieu réel, heures précises, détails concrets (couleurs, objets, gestes), personnages ordinaires, narrateur qui montre sans juger (le garçon qui ramasse les poissons suggère la pauvreté).

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel est le principe essentiel du réalisme ?
Voir la réponse

Réponse B : représenter la réalité telle qu'elle est, sans l'embellir. Le réalisme veut être un miroir fidèle de la société.

2Quel roman de Flaubert lui a valu un procès en 1857 ?
Voir la réponse

Réponse A : Madame Bovary. Flaubert est poursuivi pour atteinte à la morale, puis acquitté.

3Quel est le chef de file du naturalisme ?
Voir la réponse

Réponse C : Zola. Zola théorise le naturalisme et écrit les vingt romans des Rougon-Macquart.

4Quel procédé est typiquement réaliste ?
Voir la réponse

Réponse B : la description précise de détails concrets. Les détails concrets donnent l'illusion du réel.

5Quel roman africain raconte la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger ?
Voir la réponse

Réponse B : Les Bouts de bois de Dieu. Ousmane Sembène publie ce roman en 1960.

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