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Géographie · 12e SM

Leçon 19 sur 31

Aspects de l'agriculture spéculative

Je sais décrire les deux formes de l'agriculture spéculative et en dresser le bilan (avantages, inconvénients, solutions), avec des exemples africains et guinéens.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire la grande plantation et la petite exploitation paysanne
  • Présenter les avantages de l'agriculture spéculative pour les paysans et pour l'État
  • Expliquer ses conséquences négatives (économiques, sociales, environnementales)
  • Proposer des solutions adaptées à la Guinée

Avant de commencer : La leçon « L'agriculture spéculative » (définition, origine coloniale, produits et régions).

1Je découvre

Sur la route de N'Zérékoré, Ousmane et sa sœur Hawa traversent en taxi-brousse deux paysages très différents. D'abord, une immense plantation de palmiers à huile : des rangées parfaitement alignées sur des kilomètres, des ouvriers en tenue de travail, des camions et, au loin, une usine qui fume. Plus loin, de petits champs familiaux : quelques caféiers, des bananiers, du manioc et du riz mêlés, et une famille qui fait sécher son café devant la case.

Hawa remarque : « Dans les deux cas, on cultive pour vendre. Mais ce n'est pas du tout la même chose ! » Ousmane ajoute : « Et on dit que ces cultures rapportent de l'argent au pays, mais papa se plaint toujours que le prix du café baisse, pendant que le riz importé devient plus cher. »

Sous quelles formes se présente l'agriculture spéculative, et quels sont ses avantages et ses inconvénients pour les pays du Sud comme la Guinée ?

2Je comprends

1. Première forme : la grande plantation

La plantation est une grande exploitation agricole spécialisée dans une seule culture d'exportation (monoculture). Elle couvre souvent des centaines ou des milliers d'hectares.

Ses caractéristiques :

  • elle appartient à une société (souvent une firme étrangère ou une société d'État) qui apporte d'importants capitaux ;
  • elle emploie des ouvriers agricoles salariés, encadrés par des techniciens et des ingénieurs ;
  • elle utilise des techniques modernes : plants sélectionnés, engrais, traitements, irrigation, machines ;
  • elle possède souvent une usine sur place pour conditionner ou transformer la récolte (huilerie, sucrerie, usine de caoutchouc, station d'emballage des bananes) ;
  • elle est reliée aux ports par des routes ou des voies ferrées.

Exemples : les bananeraies d'Amérique centrale et de Côte d'Ivoire, les plantations d'hévéas du Liberia et d'Asie du Sud-Est, les complexes sucriers, les plantations industrielles de palmiers à huile, comme en Guinée forestière.

2. Deuxième forme : la petite exploitation paysanne

En Afrique de l'Ouest, l'essentiel du cacao, du café, de l'arachide et du coton est produit par des petits paysans. Chaque famille cultive quelques hectares, avec des outils simples (houe, machette, coupe-coupe) et la main-d'œuvre familiale.

Ses caractéristiques :

  • la culture de rente est souvent associée à des cultures vivrières (manioc, banane plantain, riz, maïs) ;
  • les rendements sont plus faibles que dans les plantations ;
  • le paysan vend sa récolte à des acheteurs (commerçants, coopératives, sociétés d'encadrement) ;
  • des sociétés d'encadrement ou des coopératives fournissent parfois les semences et les engrais, et achètent toute la récolte (c'est souvent le cas pour le coton).

Exemples : les planteurs de cacao de Côte d'Ivoire et du Ghana, les paysans du bassin arachidier du Sénégal, les producteurs de coton du Mali, les caféiculteurs de Guinée forestière.

Grande plantation
  • Des centaines ou des milliers d'hectares
  • Société, capitaux importants
  • Ouvriers salariés
  • Machines, engrais, usine sur place
  • Monoculture
Petite exploitation paysanne
  • Quelques hectares
  • Famille, peu de capitaux
  • Main-d'œuvre familiale
  • Houe, machette, peu d'engrais
  • Rente associée au vivrier
Les deux formes de l'agriculture spéculative.

3. Les avantages de l'agriculture spéculative

Pour le paysan : elle apporte un revenu en argent qui permet de payer la scolarité, les soins, les habits, les outils et parfois de construire une maison en dur.

Pour l'État : elle fournit des devises grâce aux exportations, et des recettes fiscales (taxes à l'exportation). Ces devises servent à importer des machines, du carburant, des médicaments.

Pour le territoire : elle crée des emplois (ouvriers, transporteurs, commerçants), entraîne la construction de routes, de ports et parfois d'usines de transformation, et diffuse des techniques modernes.

4. Les inconvénients et les conséquences négatives

Sur le plan économique :

  • la dépendance : beaucoup de pays reposent sur un ou deux produits ; si le prix mondial chute, toute l'économie souffre ;
  • la fluctuation des cours : les prix montent et descendent brutalement selon les récoltes mondiales et la spéculation ;
  • la détérioration des termes de l'échange : souvent, les prix des produits agricoles bruts augmentent moins vite que ceux des produits manufacturés importés ; il faut vendre toujours plus pour acheter la même machine ;
  • la faible transformation sur place : le cacao est surtout exporté en fèves, et c'est dans les pays industrialisés que l'on fabrique le chocolat, qui rapporte le plus.

Sur le plan social :

  • le recul des cultures vivrières : les meilleures terres et le temps de travail vont aux cultures de rente ; le pays doit alors importer de la nourriture (riz, blé, sucre) et l'insécurité alimentaire augmente ;
  • les inégalités entre grands planteurs et petits paysans, et la faible rémunération des producteurs ;
  • les conflits fonciers et les migrations de travailleurs vers les zones de plantation.

Sur le plan environnemental :

  • la déforestation : l'extension des plantations de cacao, de café ou de palmiers à huile a fait reculer la forêt tropicale ;
  • l'épuisement des sols : la monoculture de l'arachide, répétée sans jachère ni engrais suffisant, a appauvri les sols du bassin arachidier sénégalais ;
  • la pollution par les engrais chimiques et les pesticides.
  1. 1Le pays se spécialise dans une culture d'exportation (café, cacao, coton)
  2. 2Les meilleures terres et le travail vont à cette culture
  3. 3Les cultures vivrières reculent, il faut importer du riz et du blé
  4. 4Le prix mondial du produit baisse, les recettes diminuent
  5. 5Le pays et les paysans s'appauvrissent et s'endettent
L'enchaînement des risques d'une trop forte dépendance à une culture de rente.

Exemple

Question : « Explique la détérioration des termes de l'échange à l'aide d'un exemple. »

Réponse : Les termes de l'échange comparent les prix des exportations d'un pays aux prix de ses importations. Prenons des chiffres imaginaires : une année, un pays vend 1 tonne de café 20 000 000 GNF et achète un tracteur 400 000 000 GNF ; il lui faut 400 000 000 ÷ 20 000 000 = 20 tonnes de café pour un tracteur. Quelques années plus tard, le café ne vaut plus que 16 000 000 GNF la tonne et le tracteur coûte 440 000 000 GNF : il faut maintenant 440 000 000 ÷ 16 000 000 = 27,5 tonnes. Le pays doit donc produire plus pour acheter la même chose : les termes de l'échange se sont détériorés.

5. Les solutions possibles

  • Diversifier les productions pour ne pas dépendre d'un seul produit.
  • Transformer sur place (huileries, décortiqueries de noix de cajou, torréfaction du café, fabrication de jus de fruits) pour garder la valeur ajoutée et créer des emplois.
  • Organiser les producteurs en coopératives pour mieux négocier les prix, acheter ensemble les intrants et stocker.
  • Stabiliser les revenus : caisses de stabilisation, prix garantis, ou mécanismes internationaux comme le STABEX, créé en 1975 par la première convention de Lomé entre la Communauté économique européenne et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
  • Équilibrer vivrier et rente : aider les paysans à produire aussi leur nourriture (riz, maïs, fonio) pour réduire les importations.
  • Protéger l'environnement : replanter des arbres, pratiquer l'agroforesterie (cacao et café sous ombrage), limiter les pesticides.

Exemple

Question : « Quelles solutions proposerais-tu pour les caféiculteurs de Guinée forestière ? »

Réponse : D'abord, les regrouper en coopératives pour qu'ils vendent ensemble et obtiennent un meilleur prix. Ensuite, développer la transformation locale (tri, torréfaction, conditionnement) pour vendre un produit de meilleure qualité, plus cher. Puis les encourager à garder des champs de riz et de manioc pour nourrir la famille. Enfin, pratiquer la culture du café sous ombrage pour protéger la forêt et les sols.

Méthode

Pour dresser le bilan d'une activité économique (plan en trois parties) :

  1. J'annonce l'activité et sa définition en une phrase.
  2. Première partie : les avantages (pour les producteurs, pour l'État, pour le territoire).
  3. Deuxième partie : les inconvénients (économiques, sociaux, environnementaux).
  4. Troisième partie : les solutions, reliées aux problèmes cités.
  5. Conclusion : mon avis nuancé en une ou deux phrases.

3Je retiens

Je retiens

Deux formes : la grande plantation (société, capitaux, salariés, monoculture, usine sur place) et la petite exploitation paysanne (famille, quelques hectares, rente associée au vivrier).

Avantages : revenus en argent pour les paysans, devises et taxes pour l'État, emplois, routes, ports et usines.

Inconvénients économiques : dépendance, fluctuation des cours, détérioration des termes de l'échange, faible transformation locale.

Inconvénients sociaux : recul des cultures vivrières, importations de nourriture, inégalités, conflits fonciers.

Inconvénients environnementaux : déforestation, épuisement des sols, pollution.

Solutions : diversifier, transformer sur place, coopératives, stabilisation des prix (STABEX, 1975), équilibre vivrier-rente, agroforesterie.

4Erreurs fréquentes

  • Penser que toute l'agriculture spéculative africaine se fait dans de grandes plantations : l'essentiel du cacao, du café, du coton et de l'arachide est produit par de petits paysans.
  • Présenter un bilan uniquement négatif : l'examen attend aussi les avantages (revenus, devises, emplois, infrastructures).
  • Confondre termes de l'échange et balance commerciale : les termes de l'échange comparent des prix, la balance commerciale compare des valeurs totales d'exportations et d'importations.
  • Proposer des solutions sans lien avec les problèmes : chaque solution doit répondre à un problème précis.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qu'est-ce qu'une plantation ?

b) Donne trois caractéristiques de la petite exploitation paysanne spéculative.

c) Qu'est-ce que la détérioration des termes de l'échange ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Une plantation est une grande exploitation agricole, appartenant généralement à une société, spécialisée dans une culture d'exportation, qui emploie des ouvriers salariés et utilise des techniques modernes.

b) Elle couvre quelques hectares ; elle utilise la main-d'œuvre familiale et des outils simples ; elle associe souvent la culture de rente à des cultures vivrières (on peut aussi citer : rendements plus faibles, vente à des acheteurs ou à des coopératives).

c) C'est la situation dans laquelle les prix des produits exportés par un pays (souvent des produits bruts) évoluent moins favorablement que les prix des produits qu'il importe (produits manufacturés) : le pays doit exporter davantage pour importer la même quantité.

2Exercice 2

(Classer) Classe chaque conséquence dans la bonne catégorie (économique, sociale, environnementale) : déforestation ; baisse du prix mondial du cacao ; importation de riz ; épuisement des sols ; conflits fonciers ; dépendance à un seul produit.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Économique : baisse du prix mondial du cacao ; dépendance à un seul produit. Sociale : importation de riz (insécurité alimentaire) ; conflits fonciers. Environnementale : déforestation ; épuisement des sols.

3Exercice 3

(Calcul) Chiffres imaginaires : en 2010, un pays vend le coton 15 000 000 GNF la tonne et achète une pompe d'irrigation 90 000 000 GNF. En 2020, le coton se vend 12 000 000 GNF la tonne et la pompe coûte 108 000 000 GNF.

a) Combien de tonnes de coton faut-il vendre pour acheter une pompe en 2010 ? en 2020 ?

b) Que peut-on conclure ?

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a) En 2010 : 90 000 000 ÷ 15 000 000 = 6 tonnes. En 2020 : 108 000 000 ÷ 12 000 000 = 9 tonnes.

b) Il faut vendre 3 tonnes de coton de plus (soit 50 % de plus) pour acheter la même pompe : les termes de l'échange se sont détériorés pour ce pays.

4Exercice 4

(Analyse de document) Lis ce texte, écrit pour la leçon :

« Dans la région, les planteurs ont remplacé une grande partie de la forêt par des cacaoyers. Les familles gagnent de l'argent à la récolte, mais le riz qu'elles mangent vient désormais de l'étranger. Quand le prix du cacao a baissé, beaucoup n'ont plus pu payer l'école de leurs enfants. »

a) Relève un avantage et trois inconvénients de la culture du cacao.

b) Propose deux solutions.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Avantage : les familles gagnent de l'argent à la récolte. Inconvénients : la déforestation (la forêt remplacée par les cacaoyers) ; la dépendance alimentaire (le riz vient de l'étranger) ; la dépendance aux prix mondiaux (la baisse du prix empêche de payer l'école).

b) Par exemple : diversifier les cultures en gardant des champs de riz et de manioc ; se regrouper en coopératives et transformer une partie du cacao sur place pour mieux vendre. On peut aussi proposer l'agroforesterie pour protéger la forêt.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, présente le bilan de l'agriculture spéculative dans les pays sous-développés. Suis la méthode en trois parties (avantages, inconvénients, solutions).

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

L'agriculture spéculative produit pour la vente, surtout à l'exportation. Héritée de la colonisation, elle tient encore une grande place dans les pays sous-développés. Quel en est le bilan ?

Elle présente d'abord des avantages. Elle apporte aux paysans un revenu en argent. Elle fournit à l'État des devises et des taxes. Elle crée des emplois et entraîne la construction de routes, de ports et d'usines.

Mais elle a aussi de lourds inconvénients. Sur le plan économique, les pays dépendent d'un ou deux produits dont les prix varient fortement, et les termes de l'échange se détériorent. Sur le plan social, les cultures vivrières reculent : il faut importer de la nourriture. Sur le plan environnemental, les plantations détruisent la forêt et la monoculture épuise les sols.

Des solutions existent : diversifier les productions, transformer sur place, organiser les paysans en coopératives, stabiliser les prix et encourager l'agroforesterie.

En conclusion, l'agriculture spéculative peut être un moteur du développement si elle est mieux maîtrisée et équilibrée avec les cultures vivrières.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui produit l'essentiel du cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana ?
Voir la réponse

Réponse B : de petits planteurs familiaux. Contrairement à une idée reçue, le cacao ouest-africain vient surtout de petites exploitations familiales.

2Quelle est une caractéristique de la grande plantation ?
Voir la réponse

Réponse A : elle emploie des ouvriers salariés et utilise des capitaux importants. La plantation est une entreprise capitaliste spécialisée dans une culture d'exportation.

3Pourquoi l'agriculture spéculative peut-elle aggraver l'insécurité alimentaire ?
Voir la réponse

Réponse B : parce qu'elle prend les meilleures terres et le travail au détriment des cultures vivrières. Moins de cultures vivrières signifie plus d'importations de nourriture.

4Qu'est-ce que le STABEX, créé en 1975 ?
Voir la réponse

Réponse C : un mécanisme de stabilisation des recettes d'exportation des pays ACP. Il compensait en partie les pertes de recettes lorsque les prix des produits agricoles baissaient.

5Quelle solution permet de garder sur place la valeur ajoutée d'un produit agricole ?
Voir la réponse

Réponse B : transformer le produit dans le pays. Transformer le cacao, le café ou l'anacarde sur place crée des emplois et rapporte davantage.

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