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Philosophie · 12e SE

Leçon 6 sur 7

La logique

Je sais définir la logique, distinguer le concept, le jugement et le raisonnement, analyser un syllogisme et faire la différence entre un raisonnement valide et une conclusion vraie.

  • 1 h
  • 6 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la logique et situer son origine (Aristote)
  • Distinguer les trois opérations de l'esprit : concept (compréhension, extension), jugement (propositions A, E, I, O), raisonnement (déduction, induction, analogie)
  • Analyser un syllogisme et distinguer validité et vérité

Avant de commencer : La vérité formelle et la vérité matérielle (leçons sur la vérité)

1Je découvre

Pendant une discussion au grin, sous le manguier du quartier, Sékou lance : « Tous ceux qui ont réussi le BAC travaillent bien. Or Alpha travaille bien. Donc Alpha va réussir le BAC. » Tout le monde approuve. Mais Aïssatou, élève en 12e, fronce les sourcils : « Attends. Tu as dit que ceux qui réussissent travaillent bien. Tu n'as pas dit que tous ceux qui travaillent bien réussissent. Ton raisonnement ne tient pas, même si j'espère qu'Alpha réussira ! »

Un autre jour, Ousmane affirme : « Tous les oiseaux savent voler. L'autruche est un oiseau. Donc l'autruche sait voler. » Cette fois, le raisonnement est bien construit, mais la conclusion est fausse, car la première phrase est fausse : l'autruche est un oiseau qui ne vole pas.

Il y a donc deux choses différentes : la forme d'un raisonnement (est-il bien construit ?) et son contenu (ses phrases sont-elles vraies ?).

Qu'est-ce que la logique, et comment permet-elle de savoir si un raisonnement est correct ?

2Je comprends

1. Définition et origine

Le mot logique vient du grec logos, qui signifie à la fois « parole », « discours » et « raison ». La logique est la science des règles du raisonnement correct : elle étudie les conditions auxquelles la pensée doit obéir pour être cohérente et pour que ses conclusions découlent nécessairement de ses points de départ. On la définit aussi comme la science des conditions de la vérité formelle.

Son fondateur est le philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.). Ses traités de logique ont été réunis plus tard sous le nom d'Organon, qui signifie « instrument » : pour Aristote, la logique n'est pas une science parmi d'autres, c'est l'outil de toutes les sciences. Au XVIIIe siècle, Kant estimait que, depuis Aristote, la logique n'avait pas eu besoin de faire un pas en arrière, mais n'avait pas non plus pu faire un pas en avant (Critique de la raison pure, 1787). Au XIXe siècle, des mathématiciens comme George Boole et Gottlob Frege l'ont transformée en logique mathématique (ou symbolique), qui utilise des signes comme l'algèbre ; elle est aujourd'hui à la base de l'informatique.

On distingue :

  • la logique formelle : elle étudie la forme des raisonnements, indépendamment de leur contenu ; elle cherche l'accord de la pensée avec elle-même ;
  • la logique appliquée (ou matérielle, ou méthodologie) : elle étudie les méthodes des différentes sciences pour que la pensée s'accorde avec le réel (méthode expérimentale, méthode historique…).

2. Les trois opérations de l'esprit

La logique classique distingue trois opérations, de la plus simple à la plus complexe.

Opération de l'espritSon expression dans le langageExemple
Concevoir : former une idéele concept (exprimé par un terme)« fleuve », « Guinéen », « mortel »
Juger : affirmer ou nier un rapport entre deux idéesle jugement (exprimé par une proposition)« Le Niger est un fleuve. »
Raisonner : tirer un jugement nouveau d'autres jugementsle raisonnement (exprimé par un argument)« Tout fleuve se jette dans la mer ; le Niger est un fleuve ; donc le Niger se jette dans la mer. »

3. Le concept : compréhension et extension

Un concept est une idée générale qui représente ce qu'ont en commun plusieurs êtres ou objets. Il a deux aspects :

  • la compréhension : l'ensemble des caractères qui le définissent. Compréhension de « triangle » : figure plane, fermée, à trois côtés.
  • l'extension : l'ensemble des êtres ou objets auxquels il s'applique. Extension de « triangle » : tous les triangles (rectangles, isocèles, équilatéraux…).

Il existe une loi inverse : plus la compréhension d'un concept est riche, plus son extension est petite, et inversement. « Animal » s'applique à beaucoup d'êtres ; « mammifère » ajoute un caractère et s'applique à moins d'êtres ; « chimpanzé » encore moins.

  1. 1Être vivant : peu de caractères, extension très grande
  2. 2Animal : un caractère de plus, extension plus petite
  3. 3Mammifère : encore un caractère, extension plus petite
  4. 4Chimpanzé : beaucoup de caractères, extension réduite à une espèce
Loi inverse : quand la compréhension augmente, l'extension diminue.

4. Le jugement : les quatre types de propositions

Une proposition relie un sujet et un prédicat (ce qu'on dit du sujet). Elle est vraie ou fausse. On la classe selon deux critères :

  • la qualité : affirmative ou négative ;
  • la quantité : universelle (elle porte sur tous) ou particulière (elle porte sur quelques-uns).

On obtient quatre types, désignés par des lettres depuis le Moyen Âge :

LettreTypeFormeExemple
Auniverselle affirmativeTout S est PTout Guinéen est Africain.
Euniverselle négativeAucun S n'est PAucun poisson n'est un mammifère.
Iparticulière affirmativeQuelque S est PQuelques élèves sont des filles.
Oparticulière négativeQuelque S n'est pas PQuelques fruits ne sont pas sucrés.

5. Le raisonnement : déduction, induction, analogie

  • La déduction va du général au particulier (ou du principe à la conséquence). Si les prémisses sont vraies et le raisonnement correct, la conclusion est nécessairement vraie. Exemple type : le syllogisme.
  • L'induction va du particulier au général : à partir de cas observés, on formule une loi. « Le fer, le cuivre, l'aluminium conduisent l'électricité ; donc les métaux conduisent l'électricité. » La conclusion est seulement probable : un seul contre-exemple suffirait à la réfuter.
  • L'analogie va du particulier au particulier : on conclut d'une ressemblance à une autre. « Ce sol ressemble à celui de mon champ, où le maïs pousse bien ; donc le maïs y poussera bien. » La conclusion est incertaine.

6. Le syllogisme

Le syllogisme est un raisonnement déductif composé de trois propositions : deux prémisses et une conclusion. Il contient trois termes :

  • le grand terme : le prédicat de la conclusion ;
  • le petit terme : le sujet de la conclusion ;
  • le moyen terme : il apparaît dans les deux prémisses et disparaît dans la conclusion ; c'est lui qui relie les deux autres.

La majeure est la prémisse qui contient le grand terme ; la mineure est celle qui contient le petit terme.

Exemple

Syllogisme : « Tous les Guinéens sont Africains. Or Fanta est Guinéenne. Donc Fanta est Africaine. »

Majeure : « Tous les Guinéens sont Africains » (contient le grand terme « Africains »).

Mineure : « Fanta est Guinéenne » (contient le petit terme « Fanta »).

Conclusion : « Fanta est Africaine ».

Grand terme : Africains. Petit terme : Fanta. Moyen terme : Guinéens (présent dans les deux prémisses, absent de la conclusion).

Le raisonnement est valide : si les prémisses sont vraies, la conclusion l'est nécessairement.

OGFAfricainsGuinéensFanta
Le cercle des Guinéens est tout entier dans celui des Africains ; Fanta, dans le petit cercle, est donc aussi dans le grand.

7. Validité et vérité : une distinction essentielle

Un raisonnement est valide (ou correct) quand la conclusion découle nécessairement des prémisses, quel que soit leur contenu. Une proposition est vraie quand elle correspond au réel. Ce sont deux choses différentes :

  • un raisonnement peut être valide avec des prémisses fausses : « Tous les oiseaux volent ; l'autruche est un oiseau ; donc l'autruche vole » (forme correcte, mais la majeure est fausse : l'autruche ne vole pas) ;
  • un raisonnement peut être non valide avec des propositions vraies : « Tous les Guinéens sont Africains ; Kofi est Africain ; donc Kofi est Guinéen » (Kofi peut être Ghanéen : le moyen terme « Africains » n'est jamais pris dans toute son extension).

Pour qu'une conclusion soit certaine, il faut les deux : un raisonnement valide et des prémisses vraies.

Exemple

Analysons le raisonnement de Sékou : « Tous ceux qui ont réussi le BAC travaillent bien. Or Alpha travaille bien. Donc Alpha va réussir le BAC. »

Termes : « réussir le BAC » (A), « travailler bien » (B), « Alpha ».

Majeure : tout A est B. Mineure : Alpha est B. Conclusion : Alpha est A.

Problème : la majeure dit que les A sont parmi les B, mais pas que tous les B sont des A. Il peut y avoir des gens qui travaillent bien et qui n'ont pas (encore) réussi.

Le moyen terme « travailler bien » n'est pris universellement dans aucune prémisse.

Conclusion : le raisonnement n'est pas valide, même si Alpha peut très bien réussir.

Un raisonnement non valide qui a l'air correct s'appelle un paralogisme quand on se trompe de bonne foi, et un sophisme quand on l'utilise volontairement pour tromper.

8. À quoi sert la logique ?

La logique apprend à penser avec rigueur, à repérer les faux raisonnements (dans les discours, les publicités, les rumeurs), à argumenter clairement dans une dissertation, et elle sert de fondement aux mathématiques et à l'informatique. Mais elle a une limite : elle garantit la cohérence d'un raisonnement, pas la vérité de ses points de départ. Pour cela, il faut revenir au réel.

Méthode

Pour analyser un syllogisme :

  1. Je repère la conclusion (souvent après « donc »).
  2. Je repère le petit terme (sujet de la conclusion) et le grand terme (prédicat de la conclusion).
  3. Je trouve le moyen terme : il est dans les deux prémisses, pas dans la conclusion.
  4. Je nomme la majeure (avec le grand terme) et la mineure (avec le petit terme).
  5. Je vérifie la validité : le moyen terme est-il pris au moins une fois universellement ? Un schéma en cercles aide.
  6. Je vérifie séparément la vérité des prémisses.

3Je retiens

Je retiens

La logique (du grec logos) est la science des règles du raisonnement correct. Fondateur : Aristote (Organon).

Logique formelle : accord de la pensée avec elle-même. Logique appliquée : méthodes pour s'accorder avec le réel.

Trois opérations : concevoir (concept), juger (proposition), raisonner (argument).

Concept : compréhension (caractères) et extension (êtres concernés) ; loi inverse.

Propositions : A (universelle affirmative), E (universelle négative), I (particulière affirmative), O (particulière négative).

Déduction : du général au particulier, conclusion nécessaire. Induction : du particulier au général, conclusion probable. Analogie : du particulier au particulier.

Syllogisme : majeure, mineure, conclusion ; grand, petit et moyen terme.

Validité (forme correcte) n'est pas vérité (accord avec le réel).

4Erreurs fréquentes

  • Confondre validité et vérité : un raisonnement peut être bien construit avec des prémisses fausses, et mal construit avec des phrases vraies.
  • Inverser une universelle affirmative : « tous les Guinéens sont Africains » ne veut pas dire « tous les Africains sont Guinéens ».
  • Confondre compréhension et extension : la compréhension, ce sont les caractères ; l'extension, ce sont les êtres concernés.
  • Croire que l'induction donne une certitude : elle ne donne qu'une probabilité.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne l'étymologie et la définition de la logique.

b) Qui est le fondateur de la logique ? Que signifie « Organon » ?

c) Distingue déduction, induction et analogie.

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a) Le mot vient du grec logos : parole, discours, raison. La logique est la science des règles du raisonnement correct, c'est-à-dire des conditions de la vérité formelle.

b) Le fondateur est Aristote (IVe siècle avant J.-C.). « Organon » signifie « instrument » : la logique est l'outil de toutes les sciences.

c) La déduction va du général au particulier et donne une conclusion nécessaire ; l'induction va du particulier au général et donne une conclusion probable ; l'analogie va du particulier au particulier, en s'appuyant sur une ressemblance, et donne une conclusion incertaine.

2Exercice 2

Donne la compréhension (deux ou trois caractères) et l'extension (trois exemples) de chacun de ces concepts : a) fleuve ; b) céréale.

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a) Fleuve. Compréhension : cours d'eau important, alimenté par des affluents, qui se jette dans la mer ou l'océan. Extension : le Niger, le Sénégal, la Gambie (qui prennent leur source en Guinée), le Nil, le Congo…

b) Céréale. Compréhension : plante cultivée, de la famille des graminées, dont on consomme les grains. Extension : le riz, le fonio, le maïs, le mil, le sorgho…

3Exercice 3

Indique le type (A, E, I ou O) de chaque proposition.

a) Aucun élève de la classe n'est absent.

b) Quelques fleuves de Guinée coulent vers l'Atlantique.

c) Tout métal conduit la chaleur.

d) Quelques élèves n'ont pas fait leur devoir.

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a) E (universelle négative).

b) I (particulière affirmative).

c) A (universelle affirmative).

d) O (particulière négative).

4Exercice 4

Analyse le syllogisme suivant : « Aucun poisson n'est un mammifère. Or le capitaine est un poisson. Donc le capitaine n'est pas un mammifère. » (Le capitaine est un poisson très apprécié en Guinée.)

a) Nomme la majeure, la mineure et la conclusion.

b) Nomme le grand terme, le petit terme et le moyen terme.

c) Ce raisonnement est-il valide ? Ses prémisses sont-elles vraies ?

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a) Majeure : « Aucun poisson n'est un mammifère. » Mineure : « Le capitaine est un poisson. » Conclusion : « Le capitaine n'est pas un mammifère. »

b) Grand terme : mammifère (prédicat de la conclusion). Petit terme : le capitaine (sujet de la conclusion). Moyen terme : poisson (dans les deux prémisses, absent de la conclusion).

c) Le raisonnement est valide : le moyen terme « poisson » est pris universellement dans la majeure (« aucun poisson »), et la conclusion est négative comme la majeure. Les prémisses sont vraies. La conclusion est donc certainement vraie.

5Exercice 5

(Esprit critique) Dis si chaque raisonnement est valide, et explique.

a) « Tous les chats sont des mammifères. Or mon chien est un mammifère. Donc mon chien est un chat. »

b) « Tous les poissons volent. Or le capitaine est un poisson. Donc le capitaine vole. »

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a) Non valide. La majeure dit que les chats sont parmi les mammifères, pas que tous les mammifères sont des chats. Le moyen terme « mammifère » n'est pris universellement dans aucune prémisse : le chien peut être un mammifère sans être un chat.

b) Valide, mais la majeure est fausse. La forme est correcte (si tous les poissons volaient, le capitaine volerait), mais comme « tous les poissons volent » est faux, la conclusion n'est pas établie.

6Exercice 6

(Rédaction courte) En 10 à 12 lignes, explique pourquoi « un raisonnement valide ne suffit pas à garantir la vérité de sa conclusion ».

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Exemple de réponse :

Un raisonnement est valide lorsque sa conclusion découle nécessairement de ses prémisses. Mais la logique formelle ne s'occupe que de la forme : elle vérifie que la pensée s'accorde avec elle-même, pas avec le réel. Si l'une des prémisses est fausse, un raisonnement parfaitement construit peut aboutir à une conclusion fausse. Ainsi, « tous les poissons volent ; le capitaine est un poisson ; donc le capitaine vole » est valide, mais sa conclusion est fausse parce que la majeure l'est. La validité garantit seulement ceci : si les prémisses sont vraies, alors la conclusion l'est aussi. Pour être certain d'une conclusion, il faut donc deux conditions : un raisonnement valide, et des prémisses dont on a vérifié la vérité, par l'observation ou par la démonstration.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le mot « logique » vient du grec logos, qui signifie :
Voir la réponse

Réponse B : parole, discours, raison. Logos désigne à la fois la parole, le discours et la raison.

2Dans un syllogisme, le moyen terme :
Voir la réponse

Réponse B : apparaît dans les deux prémisses et pas dans la conclusion. Le moyen terme relie le grand et le petit terme, puis disparaît de la conclusion.

3« Quelques élèves ne sont pas présents » est une proposition de type :
Voir la réponse

Réponse C : O. C'est une particulière (quelques) négative (ne sont pas) : type O.

4L'induction va :
Voir la réponse

Réponse B : du particulier au général. L'induction tire une loi générale de cas observés ; sa conclusion est seulement probable.

5Un raisonnement valide dont une prémisse est fausse :
Voir la réponse

Réponse B : peut avoir une conclusion fausse. La validité concerne la forme ; elle ne garantit la vérité de la conclusion que si les prémisses sont vraies.

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