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Français · 12e SS

Leçon 49 sur 52

Le romantisme : textes

Je sais lire, expliquer et commenter un poème romantique en reliant ses procédés d'écriture aux grands thèmes du mouvement.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Analyser la versification d'un poème (vers, strophes, rimes)
  • Repérer et interpréter les procédés du lyrisme (apostrophe, exclamation, images, temps verbaux)
  • Expliquer deux textes majeurs : « Le Lac » de Lamartine et « Demain, dès l'aube… » de Hugo
  • Construire un plan de commentaire sur un texte romantique

Avant de commencer : Le romantisme (définition, thèmes, auteurs) ; l'explication de texte et le commentaire composé.

1Je découvre

En classe de 12e, au lycée de Boké, le professeur lit un poème à voix haute, sans dire son titre. Le poète annonce qu'il partira « demain, dès l'aube », qu'il traversera la forêt et la montagne pour rejoindre quelqu'un qui l'attend. Hawa chuchote : « C'est un rendez-vous d'amour. » Ousmane ajoute : « Il est pressé, il marche sans rien regarder. »

Puis arrive le dernier vers : le poète déposera un bouquet « sur ta tombe ». Silence dans la classe. Tout le poème change de sens d'un seul coup.

Hawa comprend alors qu'un poème ne se lit pas seulement pour son histoire : chaque mot, chaque rime, chaque temps de verbe prépare un effet. Pour expliquer un texte romantique, il faut savoir voir comment le poète exprime son émotion.

Comment lire et commenter un poème romantique, en reliant ce qu'il dit à la manière dont il le dit ?

2Je comprends

1. Les outils de la lecture poétique

Avant d'étudier les textes, rappelons les outils indispensables.

OutilDéfinitionExemple
Versligne d'un poème ; on compte ses syllabesl'alexandrin a 12 syllabes, l'hexasyllabe 6
E muetle « e » final se prononce devant une consonne, pas devant une voyelle ni en fin de vers« l'aub(e) à l'heure » : le e s'efface devant « à »
Strophegroupe de vers ; le quatrain a 4 versles strophes de « Demain, dès l'aube… »
Rimescroisées (ABAB), embrassées (ABBA), plates (AABB)campagne / m'attends / montagne / longtemps : ABAB
Enjambementla phrase déborde d'un vers sur le suivanteffet de continuité, d'élan

Les procédés du lyrisme

  • l'apostrophe : on s'adresse directement à quelqu'un ou à quelque chose (« Ô temps ! ») ;
  • la phrase exclamative et l'interjection (« Ô ») : elles traduisent l'émotion ;
  • la personnification : on prête à une chose des traits humains (le temps qui « vole ») ;
  • les temps verbaux : le présent de l'émotion, le passé du souvenir, le futur du projet ;
  • le champ lexical : l'ensemble des mots qui se rapportent à un même thème.

2. Texte 1 : Lamartine, « Le Lac » (1820)

Présentation. « Le Lac » appartient aux Méditations poétiques (1820). Le poète revient seul au bord du lac du Bourget, en Savoie, où, l'année précédente, il a connu le bonheur avec une femme aimée. Celle-ci, gravement malade, n'a pas pu revenir. Le poète médite sur la fuite du temps. Voici le début du poème et le passage où l'amante prend la parole (strophes 1, 6 et 7) :

> Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

> Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

> Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges

> Jeter l'ancre un seul jour ?

>

> […]

>

> « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !

> Suspendez votre cours :

> Laissez-nous savourer les rapides délices

> Des plus beaux de nos jours !

>

> « Assez de malheureux ici-bas vous implorent,

> Coulez, coulez pour eux ;

> Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;

> Oubliez les heureux. »

Analyse.

  1. Une question angoissée. La première strophe est une longue question rhétorique. L'homme y est comparé à un navire emporté sans pouvoir s'arrêter : la métaphore filée de la navigation (« rivages », « océan des âges », « jeter l'ancre ») montre que la vie est un voyage sans escale vers la mort (« la nuit éternelle »). Le pronom « nous » donne au texte une portée universelle : ce n'est pas seulement le poète, c'est tout homme qui est concerné.
  2. Une supplication au temps. Dans la strophe 6, le temps est personnifié : il a un « vol », on lui parle comme à une personne grâce à l'apostrophe « Ô temps ! ». Les impératifs (« suspends », « Suspendez », « Laissez-nous ») traduisent une prière pressante. Le mot « rapides » rappelle que le bonheur est bref.
  3. Une forme qui imite le sens. La première strophe aligne trois alexandrins (12 syllabes) puis se termine par un hexasyllabe (6 syllabes) ; les strophes 6 et 7 font alterner alexandrins et hexasyllabes. Le vers court donne l'impression d'un souffle coupé, d'un élan brisé, comme le bonheur interrompu. La répétition « Coulez, coulez » imite l'écoulement du temps.
  4. Un paradoxe. L'amante demande au temps de passer vite pour les malheureux et d'« oublier » les heureux : idée touchante et impossible, qui montre la puissance du désir de retenir le bonheur.

Exemple

Compter les syllabes d'un vers du « Lac ».

« Ô / temps / sus / pends / ton / vol, / et / vous, / heu / res / pro / pi / ces ! »

Le e de « heures » se prononce, car il est suivi d'une consonne (« propices ») : heu-res.

Le e final de « propices » ne compte pas (fin de vers).

Total : 12 syllabes. C'est un alexandrin. La coupe après « vol » (6e syllabe) partage le vers en deux hémistiches de 6 syllabes.

« Sus / pen / dez / vo / tre / cours » : 6 syllabes, un hexasyllabe.

3. Texte 2 : Hugo, « Demain, dès l'aube… » (Les Contemplations, 1856)

Présentation. Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noie dans la Seine à Villequier, peu après son mariage. Hugo en reste bouleversé. Ce poème, daté par Hugo du 3 septembre 1847, veille du quatrième anniversaire de sa mort, figure dans Les Contemplations.

> Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

> Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

> J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

> Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

>

> Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

> Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

> Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

> Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

>

> Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

> Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

> Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

> Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Forme. Trois quatrains d'alexandrins, aux rimes croisées (ABAB). Le poème suit une progression : le départ (strophe 1), la marche (strophe 2), l'arrivée (strophe 3), du matin (« l'aube ») au soir (« l'or du soir »).

Analyse.

  1. Un faux rendez-vous d'amour. Le poète tutoie la personne qu'il va rejoindre (« Vois-tu », « tu m'attends », « loin de toi ») comme si elle était vivante. Le lecteur croit à une rencontre amoureuse. Le dernier vers révèle la vérité : « ta tombe ». Cet effet de chute rend la douleur plus saisissante.
  2. La détermination du père. Le futur (« je partirai », « j'irai », « je marcherai ») exprime une décision ferme. La répétition « j'irai par la forêt, j'irai par la montagne » montre qu'aucun obstacle ne l'arrêtera.
  3. Un homme coupé du monde. Dans la strophe 2, l'énumération « Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, / Triste » peint un homme accablé. L'antithèse « le jour pour moi sera comme la nuit » montre que le deuil a éteint toute lumière. Dans la strophe 3, le poète refuse la beauté du paysage (« Je ne regarderai ni l'or du soir […] ni les voiles ») : contrairement à d'autres poèmes romantiques, la nature ne console pas.
  4. Un geste de fidélité. Le bouquet final associe le houx vert, qui reste vert toute l'année, et la bruyère en fleur : on peut y voir le symbole d'un amour paternel qui ne meurt pas et d'un souvenir toujours vivant.
  1. 1Strophe 1 (l'aube) : la décision de partir ; le poète parle à sa fille comme à une vivante.
  2. 2Strophe 2 (la marche) : un homme seul, coupé du monde, plongé dans ses pensées.
  3. 3Strophe 3 (le soir) : le refus du paysage, puis l'arrivée et la révélation de la tombe.
La progression de « Demain, dès l'aube… », du matin au soir.

4. Comparer les deux textes

« Le Lac » (Lamartine)
  • Méditation sur la fuite du temps
  • La nature, témoin et confidente
  • Apostrophes et impératifs : une prière
  • Alexandrins et vers courts de 6 syllabes
  • Le « nous » universel
« Demain, dès l'aube… » (Hugo)
  • Deuil d'un père
  • La nature refusée, ignorée
  • Futurs : une décision, un voyage
  • Trois quatrains d'alexandrins
  • Le « je » et le « tu » intimes
Deux grands poèmes lyriques, deux manières d'exprimer la douleur.

Méthode

Pour expliquer ou commenter un poème romantique :

  1. Je situe le texte : auteur, recueil, date, circonstances.
  2. Je dégage le thème et le mouvement du texte (strophe par strophe).
  3. J'observe la forme : type de vers, strophes, rimes, rythme.
  4. Je relève les procédés du lyrisme : pronoms, apostrophes, exclamations, images, temps verbaux, champs lexicaux.
  5. Pour chaque procédé : je cite, je nomme, j'explique l'effet et je relie au thème romantique.
  6. Je regroupe mes remarques en deux ou trois axes pour le commentaire.

3Je retiens

Je retiens

Alexandrin : 12 syllabes ; hexasyllabe : 6 ; le e muet compte devant une consonne, pas devant une voyelle ni en fin de vers.

Procédés du lyrisme : pronoms « je / tu / nous », apostrophe, exclamation, personnification, images, champs lexicaux, temps verbaux.

« Le Lac » (Lamartine, 1820) : prière au temps pour qu'il suspende son vol ; métaphore de la navigation ; alexandrins et vers de 6 syllabes.

« Demain, dès l'aube… » (Hugo, Les Contemplations, 1856) : trois quatrains d'alexandrins ; faux rendez-vous ; chute finale sur la tombe de Léopoldine.

Toujours : citer, nommer le procédé, expliquer l'effet, relier au thème.

4Erreurs fréquentes

  • Paraphraser le poème (le raconter avec d'autres mots) au lieu d'analyser les procédés et leurs effets.
  • Relever un procédé sans le citer, ou citer sans rien expliquer : il faut toujours les trois temps, citation, procédé, effet.
  • Mal compter les syllabes en oubliant l'élision du e muet devant une voyelle, ou en comptant le e final du vers.
  • Affirmer que la nature console toujours chez les romantiques : dans « Demain, dès l'aube… », le poète refuse de regarder le paysage.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Compte les syllabes de ces vers et nomme leur mètre.

a) « Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. »

b) « Coulez, coulez pour eux ; »

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a) Je / par / ti / rai. / Vois / -tu, / je / sais / que / tu / m'at / tends : 12 syllabes, un alexandrin.

b) Cou / lez, / cou / lez / pour / eux : 6 syllabes, un hexasyllabe.

2Exercice 2

Donne la disposition des rimes de la deuxième strophe de « Demain, dès l'aube… » et nomme-la.

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pensées (A) / bruit (B) / croisées (A) / nuit (B) : disposition ABAB, ce sont des rimes croisées.

3Exercice 3

Dans « Demain, dès l'aube… », relève deux verbes au futur et explique la valeur de ce temps dans le poème.

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Futurs : « je partirai », « j'irai », « je marcherai », « je regarderai », « j'arriverai », « je mettrai ». Le futur exprime un projet certain et une détermination : le poète a déjà pris sa décision, rien ne l'arrêtera. Il montre aussi que ce voyage est un rituel, un pèlerinage fidèle vers la tombe de sa fille.

4Exercice 4

Voici deux vers d'Alfred de Musset (« La Nuit de mai ») :

« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,

Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. »

a) Quelle idée du poète et de la poésie ces vers expriment-ils ?

b) En quoi cette idée est-elle romantique ?

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a) Pour Musset, les poèmes les plus beaux naissent de la plus grande souffrance : la douleur du poète, exprimée sincèrement, devient source de beauté et d'immortalité (« purs sanglots »).

b) Cette idée est romantique parce qu'elle place au centre de la poésie le moi souffrant du poète et l'expression sincère de ses sentiments : c'est la définition même du lyrisme. Le superlatif « les plus désespérés », « les plus beaux » et le vocabulaire de la douleur (« sanglots ») montrent l'intensité de l'émotion.

5Exercice 5

(Type examen, commentaire) Propose un plan de commentaire composé en deux axes pour « Demain, dès l'aube… », avec deux sous-parties par axe et, pour chaque sous-partie, une citation et un procédé. Rédige ensuite l'introduction.

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Plan possible :

I. Un voyage qui ressemble à un rendez-vous d'amour

  1. Une adresse intime à une personne vivante : « Vois-tu, je sais que tu m'attends » (tutoiement, apostrophe).
  2. Une détermination sans faille : « J'irai par la forêt, j'irai par la montagne » (futur, répétition, parallélisme).

II. Un pèlerinage de deuil

  1. Un homme accablé et coupé du monde : « Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées » (énumération) ; « le jour pour moi sera comme la nuit » (antithèse).
  2. La révélation finale et la fidélité : « je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur » (effet de chute, symbole du houx toujours vert).

Introduction : « Victor Hugo, chef de file du romantisme, a été brisé par la mort de sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine en 1843. Dans Les Contemplations (1856), il consacre plusieurs poèmes à ce deuil, dont « Demain, dès l'aube… », daté du 3 septembre 1847. En trois quatrains d'alexandrins, le poète annonce son départ, sa marche et son arrivée auprès d'une personne aimée. Comment Hugo transforme-t-il ce qui ressemble à un rendez-vous d'amour en un bouleversant pèlerinage de deuil ? Nous étudierons d'abord ce voyage qui ressemble à une rencontre amoureuse, puis nous verrons qu'il s'agit en réalité d'un pèlerinage de deuil. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Combien de syllabes compte un alexandrin ?
Voir la réponse

Réponse C : 12. L'alexandrin est le vers de 12 syllabes, très utilisé par les romantiques.

2Dans « Ô temps ! suspends ton vol », quel procédé reconnaît-on ?
Voir la réponse

Réponse B : une apostrophe et une personnification. Le poète s'adresse au temps (apostrophe) et lui prête un « vol » (personnification).

3À qui s'adresse le poète dans « Demain, dès l'aube… » ?
Voir la réponse

Réponse B : à sa fille Léopoldine, morte en 1843. Le dernier vers révèle qu'il se rend sur la tombe de sa fille.

4Dans « le jour pour moi sera comme la nuit », quel procédé domine ?
Voir la réponse

Réponse A : une antithèse (jour / nuit). L'opposition jour / nuit montre que le deuil a éteint toute lumière pour le poète.

5Dans « Le Lac », quelle métaphore filée ouvre le poème ?
Voir la réponse

Réponse B : celle de la navigation (rivages, océan, ancre). La vie humaine est comparée à un voyage en mer sans escale : on ne peut « jeter l'ancre un seul jour ».

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