Leçon 61 sur 68
Grand-mère
Je sais lire et expliquer un texte de souvenir qui fait le portrait d'une grand-mère, et montrer comment l'auteur exprime sa tendresse et son admiration.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Comprendre le vocabulaire du portrait, de la tendresse et du souvenir
- Dégager l'idée générale et le plan d'un texte autobiographique
- Étudier le portrait physique et moral et les procédés qui expriment les sentiments
- Réfléchir au rôle des personnes âgées dans la famille guinéenne
Avant de commencer : Le portrait (leçon sur le cireur de chaussures) ; la comparaison et la métaphore ; l'imparfait
1Je découvre
Pendant les grandes vacances, Fatoumata part chez sa grand-mère à Pita. Chaque soir, après le repas, les petits-enfants s'assoient autour d'elle dans la cour. Elle raconte l'histoire du lièvre malin et de l'hyène gourmande, elle pose des devinettes, elle chante des chansons d'autrefois. Quand un enfant se dispute avec un autre, elle ne crie jamais : elle dit un proverbe, et tout le monde se tait.
De retour en ville, Fatoumata reçoit en classe un sujet de rédaction : « Faites le portrait d'une personne que vous aimez. » Elle pense aussitôt à sa grand-mère. Mais comment dire avec des mots la douceur de sa voix, ses mains ridées, son sourire, et tout ce qu'elle lui a appris ?
Comment un écrivain fait-il le portrait d'une personne aimée, et comment exprime-t-il ses sentiments ? Nous allons le découvrir en expliquant un texte.
2Je comprends
1. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> Grand-mère
>
> [1] Je revois ma grand-mère assise sur sa natte, à l'ombre du grand oranger de la concession. Elle était petite et maigre, si légère qu'un coup d'harmattan aurait pu l'emporter. Son visage était couvert de rides fines, pareilles aux sillons d'un champ labouré, mais ses yeux restaient vifs et malicieux comme ceux d'une jeune fille. Elle portait toujours le même pagne indigo, délavé par les années, et un foulard blanc noué sur la tête.
>
> [2] Ses mains étaient dures et noueuses. Elles avaient pilé le mil, porté l'eau, bercé ses enfants, puis les enfants de ses enfants. Pourtant, quand elles se posaient sur mon front brûlant de fièvre, elles devenaient plus douces que le coton.
>
> [3] Grand-mère se levait avant le premier chant du coq. On entendait le bruit régulier de son balai dans la cour, puis le crépitement du feu. Elle ne restait jamais inactive : elle égrenait l'arachide, filait le coton, surveillait la marmite, soignait une chèvre blessée. « Les mains qui dorment, disait-elle, ne remplissent pas le grenier. »
>
> [4] Mais c'est le soir que je l'aimais le plus. Quand la lune montait au-dessus des manguiers, nous nous serrions autour d'elle. Sa voix, un peu tremblante, faisait naître des lions qui parlaient, des lièvres rusés, des rois trop orgueilleux. Chaque conte se terminait par une leçon : ne pas mentir, partager, respecter les anciens. Sans le savoir, elle était notre première école.
>
> [5] Aujourd'hui, grand-mère n'est plus. La natte est rangée, l'oranger donne toujours ses fruits. Mais chaque fois que je raconte un conte à mon petit frère, c'est sa voix que j'entends, et je sais qu'elle ne nous a pas vraiment quittés.
2. Le vocabulaire
| Mot ou expression | Sens |
|---|---|
| la concession | ensemble des cases ou maisons d'une même famille, autour d'une cour |
| l'harmattan | vent sec et poussiéreux qui souffle du Sahara pendant la saison sèche |
| malicieux | qui aime taquiner, rusé mais sans méchanceté |
| délavé | dont la couleur a pâli à force d'être lavé |
| noueux | qui présente des bosses, des articulations saillantes (comme un vieux bois) |
| égrener | détacher les grains (de l'arachide, du maïs) |
| filer le coton | tordre les fibres de coton pour en faire du fil |
| n'être plus | être mort (expression délicate, un euphémisme) |
3. L'idée générale et le plan
Idée générale : le narrateur se souvient avec tendresse de sa grand-mère, femme travailleuse, douce et sage, qui racontait des contes le soir ; bien qu'elle soit morte, elle continue de vivre à travers les histoires qu'elle a transmises.
C'est un texte autobiographique (le narrateur raconte ses souvenirs à la première personne, « je ») et descriptif (il fait un portrait).
- 1§1 Le portrait physique : une petite femme ridée aux yeux vifs
- 2§2 Les mains : la dureté du travail et la douceur de l'amour
- 3§3 La travailleuse infatigable et sa sagesse
- 4§4 La conteuse du soir : la première école des enfants
- 5§5 Aujourd'hui : la mort de grand-mère et sa présence dans le souvenir
4. L'étude du texte
a) Le portrait physique (§1 et §2). Il est précis et affectueux :
| Élément | Expression du texte | Ce qu'elle suggère |
|---|---|---|
| la taille | « petite et maigre, si légère qu'un coup d'harmattan aurait pu l'emporter » | la fragilité (c'est une hyperbole) |
| le visage | « rides fines, pareilles aux sillons d'un champ labouré » | une longue vie de travail aux champs |
| les yeux | « vifs et malicieux comme ceux d'une jeune fille » | un esprit resté jeune et joyeux |
| les vêtements | « pagne indigo, délavé par les années », « foulard blanc » | la simplicité, la fidélité aux habitudes |
| les mains | « dures et noueuses » mais « plus douces que le coton » | le travail et la tendresse |
b) Le portrait moral (§3 et §4). On devine les qualités de grand-mère à travers ses actions :
- travailleuse : elle se lève « avant le premier chant du coq » ; l'énumération « elle égrenait l'arachide, filait le coton, surveillait la marmite, soignait une chèvre blessée » montre qu'elle ne s'arrête jamais ;
- sage : elle parle par proverbes : « Les mains qui dorment… ne remplissent pas le grenier » ;
- éducatrice : ses contes enseignent à « ne pas mentir, partager, respecter les anciens ». La phrase « elle était notre première école » est une métaphore.
c) L'antithèse des mains. Au §2, le connecteur « Pourtant » oppose les mains « dures » du travail et les mains « plus douces que le coton » de la tendresse. Cette antithèse montre que grand-mère est à la fois forte et tendre.
d) Les temps du texte.
- L'imparfait (« était », « portait », « se levait ») domine les §1 à §4 : c'est le temps du souvenir, de la description et des habitudes du passé.
- Le présent apparaît au début (« Je revois ») et au §5 (« Aujourd'hui… n'est plus ») : le narrateur parle depuis le moment où il écrit.
e) Les sentiments du narrateur. Tendresse (« c'est le soir que je l'aimais le plus »), admiration (sa force et sa sagesse), tristesse (« grand-mère n'est plus »), mais aussi consolation : « elle ne nous a pas vraiment quittés ». La fin montre la transmission : le narrateur raconte à son tour des contes à son petit frère.
5. Réflexion : les anciens dans la famille guinéenne
En Guinée comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, les personnes âgées occupent une place importante : elles gardent la mémoire de la famille, transmettent les contes, les proverbes, les valeurs et les savoir-faire, et donnent des conseils. On les respecte, on leur demande leur bénédiction. Le mot célèbre de l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, souvent cité sous cette forme, rappelle cette richesse : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. »
Méthode
Pour expliquer un texte de souvenir et de portrait :
- Je repère qui parle (« je ») et de qui il parle.
- Je distingue le portrait physique (apparence) et le portrait moral (qualités, révélées par les actions et les paroles).
- Je relève les comparaisons, métaphores, antithèses et hyperboles, et je dis ce qu'elles suggèrent.
- J'observe les temps : imparfait du souvenir, présent du moment où l'on écrit.
- Je nomme les sentiments du narrateur en citant les mots qui les expriment.
- Je conclus sur le message du texte.
Exemple
Question : Expliquez la comparaison « pareilles aux sillons d'un champ labouré ».
Réponse rédigée : Les rides de la grand-mère sont comparées, grâce à l'outil « pareilles à », aux sillons que la houe trace dans un champ. Cette image montre que ses rides sont nombreuses et régulières ; elle rappelle aussi toute une vie de travail de la terre. Le narrateur ne trouve pas ces rides laides : il les voit comme la trace honorable d'une longue vie.
Exemple
Question : Pourquoi le narrateur dit-il que sa grand-mère « était notre première école » ?
Réponse rédigée : C'est une métaphore. Avant d'aller à l'école, les enfants apprenaient déjà auprès de leur grand-mère : chaque soir, ses contes se terminaient par « une leçon : ne pas mentir, partager, respecter les anciens ». Elle leur enseignait donc les valeurs de la vie, comme un maître enseigne les leçons en classe.
3Je retiens
Je retiens
Idée du texte : le narrateur se souvient avec tendresse de sa grand-mère, travailleuse, douce et sage, conteuse du soir, qui vit encore dans les histoires transmises.
Texte autobiographique (« je ») et descriptif : portrait physique (petite, ridée, yeux vifs, mains noueuses) et portrait moral (travailleuse, sage, éducatrice, tendre).
Procédés : comparaisons (« pareilles aux sillons », « plus douces que le coton »), hyperbole, antithèse des mains, métaphore (« notre première école »), énumération.
Temps : imparfait du souvenir et des habitudes ; présent du moment de l'écriture.
Sentiments : tendresse, admiration, tristesse, consolation. Thème : la transmission entre générations.
4Erreurs fréquentes
- Oublier le portrait moral : décrire les rides ne suffit pas, il faut dire quelles qualités révèlent les actions de grand-mère.
- Confondre comparaison et métaphore : « plus douces que le coton » est une comparaison ; « notre première école » est une métaphore.
- Ne pas voir l'euphémisme : « grand-mère n'est plus » signifie qu'elle est morte, dit avec délicatesse.
- Croire que le texte est seulement triste : la fin exprime surtout la consolation et la transmission.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Vocabulaire)
a) Explique : concession, malicieux, noueux, égrener.
b) « Grand-mère n'est plus. » Trouve deux autres façons délicates de dire qu'une personne est morte.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Concession : ensemble des maisons d'une même famille autour d'une cour. Malicieux : qui aime taquiner, rusé sans méchanceté. Noueux : qui présente des bosses, des articulations saillantes. Égrener : détacher les grains.
b) « Elle nous a quittés » ; « elle s'est éteinte » (on accepte aussi : « elle est partie », « elle a rejoint ses ancêtres »).
2Exercice 2
(Compréhension) Réponds par des phrases complètes.
a) Où le narrateur revoit-il sa grand-mère ?
b) Quels travaux faisait-elle ? Cite-en trois.
c) Que se passait-il le soir ?
d) Comment le narrateur montre-t-il que sa grand-mère « ne nous a pas vraiment quittés » ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Il la revoit « assise sur sa natte, à l'ombre du grand oranger de la concession ».
b) Elle « égrenait l'arachide, filait le coton, surveillait la marmite, soignait une chèvre blessée » ; elle balayait aussi la cour et allumait le feu.
c) Le soir, les enfants se serraient autour d'elle et elle racontait des contes qui se terminaient par une leçon.
d) Quand il raconte un conte à son petit frère, il entend la voix de sa grand-mère : elle continue de vivre à travers les histoires qu'elle a transmises.
3Exercice 3
(Étude de la langue)
a) Relève deux comparaisons et indique l'outil de comparaison.
b) « si légère qu'un coup d'harmattan aurait pu l'emporter » : quelle figure de style reconnais-tu ?
c) Pourquoi la plus grande partie du texte est-elle à l'imparfait ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) « pareilles aux sillons d'un champ labouré » (outil : pareilles à) ; « vifs et malicieux comme ceux d'une jeune fille » (outil : comme) ; « plus douces que le coton » (outil : plus… que). Deux suffisent.
b) C'est une hyperbole : l'exagération souligne la maigreur et la fragilité de la grand-mère.
c) L'imparfait est le temps de la description et des habitudes dans le passé : le narrateur décrit sa grand-mère et raconte ce qu'elle faisait tous les jours, tel qu'il s'en souvient.
4Exercice 4
(Analyse) Fais le portrait de la grand-mère dans un tableau : portrait physique / portrait moral, avec une citation pour chaque élément (au moins trois lignes).
Voir le corrigéCacher le corrigé
| Portrait physique | Portrait moral |
|---|---|
| « petite et maigre » | travailleuse : « se levait avant le premier chant du coq » |
| « rides fines, pareilles aux sillons d'un champ labouré » | sage : « Les mains qui dorment… ne remplissent pas le grenier » |
| « yeux… vifs et malicieux » ; « pagne indigo », « foulard blanc » | tendre : mains « plus douces que le coton » ; éducatrice : « notre première école » |
5Exercice 5
(Type BEPC)
a) Donne l'idée générale du texte.
b) Propose un plan en trois parties avec un titre pour chacune.
c) Explique l'antithèse du paragraphe 2.
d) Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il pour sa grand-mère ? Justifie avec deux citations.
e) Selon toi, que peuvent apprendre les jeunes auprès des personnes âgées ? Réponds en six lignes avec un exemple.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Le narrateur se souvient avec tendresse de sa grand-mère, femme travailleuse, douce et sage, qui racontait des contes le soir ; malgré sa mort, elle vit encore dans les histoires qu'il transmet.
b) §1 et §2 : Le portrait de grand-mère. §3 et §4 : La travailleuse et la conteuse. §5 : Un souvenir toujours vivant.
c) Le §2 oppose les mains « dures et noueuses », usées par le travail (piler, porter l'eau, bercer), et ces mêmes mains « plus douces que le coton » quand elles soignent l'enfant malade. Le connecteur « Pourtant » marque l'opposition. Cette antithèse montre que grand-mère est à la fois forte et tendre.
d) Le narrateur éprouve de la tendresse : « c'est le soir que je l'aimais le plus » ; de l'admiration : « elle était notre première école » ; de la tristesse mêlée de consolation : « grand-mère n'est plus », mais « elle ne nous a pas vraiment quittés ».
e) Exemple : « Les jeunes peuvent beaucoup apprendre auprès des personnes âgées. D'abord, elles connaissent l'histoire de la famille et du village, que l'on ne trouve dans aucun livre. Ensuite, elles transmettent des valeurs par les contes et les proverbes : le respect, le partage, le travail. Par exemple, mon grand-père m'a appris à reconnaître les plantes qui soignent. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle : il faut écouter nos anciens tant qu'ils sont là. »
6Exercice 6
(Expression écrite) Fais en dix à douze lignes le portrait d'une personne âgée de ta famille ou de ton quartier. Décris-la physiquement, montre une de ses qualités par une action, cite une de ses paroles, et dis ce que tu ressens pour elle. Emploie l'imparfait ou le présent de façon cohérente.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de réponse :
« Mon grand-père Alpha habite à Mamou, dans une maison entourée d'orangers. C'est un homme grand, un peu voûté, avec une barbe blanche et des lunettes rondes. Il porte toujours un grand boubou et s'appuie sur une canne sculptée. Chaque matin, il écoute les nouvelles à la radio, puis il reçoit les voisins qui viennent lui demander conseil : il sait écouter sans interrompre, et il trouve toujours les mots pour réconcilier ceux qui se disputent. Quand je lui montre mon bulletin, il me dit : « Le savoir est une richesse que personne ne peut te voler. » Je l'admire et je l'aime profondément. Auprès de lui, je me sens en sécurité. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.