Leçon 20 sur 23
La féodalité (suite)
Je sais décrire la seigneurie, la vie et les charges des paysans, et la division de la société féodale en trois ordres.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire la seigneurie et ses deux parties (réserve et tenures)
- Distinguer serfs et vilains et énumérer leurs charges
- Présenter la société des trois ordres
- Expliquer les progrès agricoles des XIe-XIIIe siècles
Avant de commencer : La leçon « La féodalité » (origines, seigneur, vassal, fief, château fort).
1Je découvre
Aïssatou vit à Mamou. Chaque samedi, sa mère moud le maïs au moulin du quartier ; elle paie le meunier avec quelques billets de francs guinéens. « Au Moyen Âge, en Europe, lui dit son oncle Sékou, professeur d'histoire, les paysans n'avaient souvent pas le droit de moudre leur grain ailleurs qu'au moulin du seigneur. Et ils devaient lui laisser une partie de la farine ! Ils lui devaient aussi des journées de travail gratuit, une partie de leurs récoltes, et encore un dixième pour l'Église. »
Aïssatou fait les comptes dans sa tête : que restait-il au paysan pour nourrir sa famille ? Et qui décidait de tout cela ?
Dans la leçon précédente, tu as étudié les liens entre seigneurs et vassaux, c'est-à-dire entre guerriers. Mais la très grande majorité de la population médiévale était composée de paysans.
Comment vivaient les paysans dans la seigneurie, et comment la société féodale était-elle organisée ?
2Je comprends
1. La seigneurie, cadre de vie des paysans
La seigneurie est l'ensemble des terres et des hommes sur lesquels un seigneur exerce son pouvoir. Elle comprend en général un château, un ou plusieurs villages, une église, des champs, des prés, des bois et des rivières.
Les terres de la seigneurie sont divisées en deux parties :
- la réserve : les terres que le seigneur garde pour lui. Elles sont cultivées par les paysans, qui y font des journées de travail gratuit ;
- les tenures (ou manses) : les parcelles que le seigneur confie aux familles paysannes. En échange, les paysans lui versent des redevances.
Les bois, les prés et les étangs sont souvent d'usage commun : les paysans peuvent y faire paître leurs animaux ou ramasser du bois, avec l'autorisation du seigneur.
Le seigneur possède aussi le droit de ban : c'est le pouvoir de commander, de juger, de punir et de lever des taxes sur tous les habitants de la seigneurie. On parle de seigneurie banale.
2. Deux catégories de paysans
Au Moyen Âge, environ neuf personnes sur dix sont des paysans. Ils ne sont pas tous dans la même situation :
- Sont libres de leur personne
- Peuvent quitter la seigneurie
- Paient les redevances et les banalités
- Peuvent se marier librement
- Sont attachés à la terre du seigneur
- Ne peuvent pas la quitter sans autorisation
- Paient en plus des taxes propres au servage
- Doivent payer pour épouser quelqu'un d'une autre seigneurie
Les serfs paient des charges particulières qui marquent leur dépendance :
- le chevage : une petite taxe annuelle par tête ;
- le formariage : une taxe pour se marier en dehors de la seigneurie ;
- la mainmorte : à la mort du serf, ses héritiers doivent payer une taxe au seigneur pour recevoir ses biens.
Attention : le serf n'est pas un esclave. Il ne peut pas être vendu seul, il a une famille, une maison, une tenure qu'il transmet à ses enfants. Mais il n'est pas libre.
3. Les charges des paysans
Tous les paysans, serfs et vilains, doivent de lourdes charges :
| Charge | Au profit de | En quoi elle consiste |
|---|---|---|
| La corvée | Le seigneur | Journées de travail gratuit : labourer la réserve, faire les récoltes, entretenir les chemins et le château |
| Le cens | Le seigneur | Redevance annuelle en argent pour la tenure |
| Le champart | Le seigneur | Une part de la récolte, en nature |
| La taille | Le seigneur | Impôt levé selon les besoins du seigneur, souvent arbitraire |
| Les banalités | Le seigneur | Obligation d'utiliser, en payant, le moulin, le four et le pressoir du seigneur |
| La dîme | L'Église | Environ un dixième des récoltes, pour entretenir le clergé |
Exemple
Question : « Un paysan récolte 60 sacs de grain. Il doit la dîme (un dixième de la récolte) et un champart de 6 sacs. Combien de sacs lui reste-t-il, sans compter les semences et les autres charges ? »
Réponse : La dîme représente un dixième de 60 sacs, soit 60 ÷ 10 = 6 sacs. Avec le champart, il donne 6 + 6 = 12 sacs. Il lui reste 60 − 12 = 48 sacs. Mais il doit encore garder des semences pour l'année suivante, payer le moulin pour moudre son grain, et parfois la taille. Ce petit calcul montre que les charges pesaient lourd sur la vie des paysans.
4. La vie quotidienne des paysans
Le paysan vit dans une maison modeste de bois et de torchis (mélange de terre et de paille), au toit de chaume, souvent partagée avec les animaux. Il se nourrit surtout de pain, de bouillies de céréales, de légumes et rarement de viande. Son travail suit le rythme des saisons et des fêtes religieuses.
Les dangers sont nombreux : mauvaises récoltes et famines, épidémies, guerres entre seigneurs qui brûlent les récoltes. C'est pourquoi la protection du château et le recours à la prière tiennent une grande place dans sa vie.
5. Les progrès agricoles (XIe-XIIIe siècle)
À partir du XIe siècle, les invasions ont cessé et l'agriculture progresse :
- la charrue à soc de fer et à versoir, qui retourne la terre en profondeur, remplace peu à peu l'araire ;
- le collier d'épaule permet au cheval de tirer plus fort sans s'étouffer, et l'on ferre les chevaux ;
- l'assolement triennal : on divise les terres en trois parties (céréales d'hiver, céréales de printemps, jachère), ce qui laisse en repos un tiers des terres au lieu de la moitié ;
- les défrichements : les paysans abattent les forêts et assèchent les marais pour créer de nouveaux champs et de nouveaux villages ;
- les moulins à eau et, plus tard, à vent se multiplient.
Résultat : les récoltes augmentent, les famines reculent et la population augmente.
6. Une société de trois ordres
Au XIe siècle, des hommes d'Église décrivent la société comme divisée en trois ordres, chacun ayant une fonction voulue par Dieu. Vers 1030, l'évêque Adalbéron de Laon l'exprime ainsi : certains prient, d'autres combattent, d'autres encore travaillent.
| Ordre | Fonction | Qui ? |
|---|---|---|
| Ceux qui prient (le clergé) | Prier pour le salut de tous, enseigner, soigner | Évêques, prêtres, moines |
| Ceux qui combattent (la noblesse) | Protéger la société par les armes | Seigneurs et chevaliers |
| Ceux qui travaillent (les paysans) | Nourrir les deux autres ordres par leur travail | Serfs et vilains |
Selon cette idée, les trois ordres sont complémentaires et chacun a besoin des autres. Mais dans la réalité, les deux premiers ordres sont privilégiés : ils ne travaillent pas la terre et vivent du travail des paysans, qui supportent l'essentiel des charges.
Exemple
Question : « Montre que la société des trois ordres est à la fois complémentaire et inégale. »
Réponse rédigée : En théorie, la société féodale est complémentaire : le clergé prie pour le salut de tous, la noblesse protège par les armes, et les paysans nourrissent tout le monde par leur travail. Chaque ordre a besoin des deux autres. Mais cette société est aussi très inégale : les paysans, qui forment l'immense majorité de la population, doivent la corvée, le cens, le champart, la taille, les banalités au seigneur et la dîme à l'Église. Le clergé et la noblesse sont privilégiés et vivent du travail des paysans.
Méthode
Pour étudier un tableau des charges ou un document sur la société :
- Je repère qui paie et qui reçoit.
- Je classe les charges : en travail, en nature (récoltes), en argent.
- Je distingue les charges de tous les paysans et celles des seuls serfs.
- Je conclus sur les conditions de vie et sur les inégalités.
3Je retiens
Je retiens
La seigneurie est le domaine où le seigneur exerce son pouvoir : la réserve (terres du seigneur) et les tenures (terres confiées aux paysans).
Le seigneur a le droit de ban : commander, juger, punir, taxer.
Paysans : les vilains sont libres ; les serfs sont attachés à la terre et paient le chevage, le formariage et la mainmorte.
Charges : corvée, cens, champart, taille, banalités (moulin, four, pressoir) pour le seigneur ; dîme (environ un dixième) pour l'Église.
Progrès agricoles (XIe-XIIIe siècle) : charrue, collier d'épaule, assolement triennal, défrichements, moulins.
Société des trois ordres (Adalbéron de Laon, vers 1030) : ceux qui prient (clergé), ceux qui combattent (noblesse), ceux qui travaillent (paysans).
4Erreurs fréquentes
- Confondre le serf et l'esclave : le serf n'est pas libre, mais il a une famille, une maison et une tenure qu'il transmet ; il ne peut pas être vendu seul.
- Confondre la dîme et la taille : la dîme va à l'Église, la taille va au seigneur.
- Croire que tous les paysans étaient serfs : il y avait aussi des paysans libres, les vilains.
- Penser que la société des trois ordres était égalitaire : les clercs et les nobles étaient privilégiés, les paysans portaient l'essentiel des charges.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'est-ce que la réserve ?
b) Qu'est-ce qu'une tenure ?
c) Cite trois banalités.
d) Quels sont les trois ordres de la société féodale ?
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a) La réserve est la partie de la seigneurie que le seigneur garde pour lui ; elle est cultivée par les paysans grâce aux corvées.
b) Une tenure est une parcelle de terre confiée par le seigneur à une famille paysanne, en échange de redevances.
c) Le moulin, le four et le pressoir du seigneur, que les paysans doivent utiliser en payant.
d) Ceux qui prient (le clergé), ceux qui combattent (la noblesse) et ceux qui travaillent (les paysans).
2Exercice 2
(Définitions) Définis : seigneurie ; corvée ; dîme ; mainmorte ; assolement triennal.
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- Seigneurie : ensemble des terres et des hommes sur lesquels un seigneur exerce son pouvoir.
- Corvée : journées de travail gratuit dues par les paysans au seigneur.
- Dîme : part des récoltes (environ un dixième) versée à l'Église.
- Mainmorte : taxe payée au seigneur par les héritiers d'un serf pour recevoir ses biens.
- Assolement triennal : division des terres en trois parties qui changent de culture chaque année, une partie restant en jachère.
3Exercice 3
(Vrai ou faux ; corrige les phrases fausses)
a) Le vilain est un paysan non libre.
b) La dîme est versée à l'Église.
c) Le serf peut être vendu comme un esclave.
d) L'assolement triennal laisse en repos un tiers des terres chaque année.
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a) Faux : le vilain est un paysan libre ; c'est le serf qui n'est pas libre.
b) Vrai.
c) Faux : le serf est attaché à la terre, mais il n'est pas un esclave ; il ne peut pas être vendu seul.
d) Vrai.
4Exercice 4
(Calcul et analyse) Un paysan récolte 50 sacs de grain. Il doit la dîme (un dixième), un champart de 5 sacs, et il garde 10 sacs pour les semences.
a) Combien de sacs donne-t-il pour la dîme ?
b) Combien lui reste-t-il pour nourrir sa famille ?
c) Quelle part de sa récolte cela représente-t-il ? Que peux-tu en conclure ?
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a) Un dixième de 50 sacs : 50 ÷ 10 = 5 sacs.
b) Il donne 5 + 5 = 10 sacs et garde 10 sacs de semences : 50 − 10 − 10 = 30 sacs pour nourrir sa famille.
c) 30 sacs sur 50, soit 3050 = 35 de la récolte. Il perd donc 2 sacs sur 5 avant même de payer le moulin, le cens ou la taille. Les charges pèsent lourd, et une mauvaise récolte peut entraîner la famine.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une dizaine de lignes, décris la condition des paysans dans la seigneurie. Plan conseillé : la seigneurie ; les deux catégories de paysans ; les charges ; la vie quotidienne ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Au Moyen Âge, les paysans, qui forment environ neuf personnes sur dix, vivent dans la seigneurie. Celle-ci comprend la réserve, cultivée pour le seigneur, et les tenures, confiées aux familles paysannes.
Il existe deux catégories de paysans : les vilains, libres, et les serfs, attachés à la terre, qui paient en plus le chevage, le formariage et la mainmorte.
Tous doivent de lourdes charges : la corvée, le cens, le champart, la taille et les banalités pour le seigneur, et la dîme pour l'Église.
Ils vivent dans des maisons modestes de bois et de torchis, se nourrissent surtout de pain et de bouillies, et craignent les famines, les épidémies et les guerres.
Ainsi, les paysans nourrissent toute la société, mais leur condition est dure et dépendante du seigneur.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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