Aller au contenu
Géologie · Terminale SE Prépare le BAC

Leçon 3 sur 22

Méthodes utilisées pour déterminer la structure interne de la Terre

Je sais expliquer comment les géologues connaissent l'intérieur de la Terre alors que personne n'y est jamais allé, en distinguant les méthodes directes et indirectes.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Citer les méthodes directes d'observation et leurs limites
  • Expliquer comment la masse volumique moyenne, les météorites et le magnétisme renseignent sur le noyau
  • Expliquer le principe de la méthode sismique et l'existence de la zone d'ombre
  • Exploiter des données chiffrées pour tirer une conclusion sur la structure du globe

Avant de commencer : La leçon « Structure et activités du globe terrestre » (enveloppes, dimensions de la Terre) ; la notion d'onde (physique).

1Je découvre

Au marché de Kankan, Sékou regarde la vendeuse choisir ses pastèques. Elle ne les ouvre pas : elle les soupèse et les tapote du doigt. « Celle-ci sonne creux, elle est trop mûre ; celle-là est lourde pour sa taille, elle est pleine de jus. »

Le soir, en classe de Terminale SE, le professeur annonce le programme : « Nous allons décrire l'intérieur de la Terre : croûte, manteau, noyau liquide, graine solide. » Sékou lève la main : « Monsieur, le trou le plus profond jamais creusé ne descend même pas à 13 km, et le centre de la Terre est à plus de 6 000 km. Comment peut-on savoir ce qu'il y a dedans ? »

Le professeur sourit : « Exactement comme la vendeuse de pastèques. On pèse la Terre, et on l'écoute vibrer. »

Par quelles méthodes les scientifiques ont-ils réussi à connaître la structure interne d'une planète dont ils ne voient que la surface ?

2Je comprends

1. Les méthodes directes et leurs limites

Les méthodes directes consistent à observer et analyser des roches venues de l'intérieur.

  • Les mines et les carrières. Les mines les plus profondes du monde (mines d'or d'Afrique du Sud) descendent à environ 4 km. En Guinée, les mines de bauxite de Boké ou d'or de Siguiri sont beaucoup moins profondes.
  • Les forages. Le forage le plus profond jamais réalisé, dans la presqu'île de Kola (nord-ouest de la Russie), a atteint 12 262 m. Il a fallu l'arrêter à cause de la chaleur (environ 180 °C) et de la déformation des roches.
  • Les roches amenées par les volcans. Certains magmas arrachent, en remontant, des fragments des roches qu'ils traversent : ce sont des enclaves (ou nodules). On trouve ainsi dans des basaltes des nodules de péridotite, roche verte riche en olivine, venue du manteau supérieur.
  • Les roches remontées par la tectonique. Dans certaines chaînes de montagnes, des morceaux d'ancien fond océanique, avec la croûte océanique et le haut du manteau, ont été charriés sur les continents : ce sont les ophiolites.

Limite : 12 km représentent moins de 0,2 % du rayon terrestre (12,36 371 ≈ 0,0019). Les enclaves et les ophiolites ne dépassent pas le manteau supérieur. Plus de 99 % du globe est inaccessible : il faut des méthodes indirectes.

2. Première méthode indirecte : la masse volumique

Grâce aux lois de la gravitation (Newton, puis la mesure de Cavendish en 1798), on connaît la masse de la Terre (5,97 × 1024 kg) et son volume (1,08 × 1021 m³). On en déduit sa masse volumique moyenne : environ 5,5 g/cm³.

Or les roches de la croûte ont une masse volumique de 2,7 (granite) à 3 g/cm³ (basalte), et celles du manteau supérieur d'environ 3,3 g/cm³ (péridotite). Pour obtenir une moyenne de 5,5, il faut qu'une partie de l'intérieur soit beaucoup plus dense, vers 10 à 13 g/cm³ : c'est l'indice d'un noyau métallique (fer et nickel comprimés).

3. Deuxième méthode indirecte : les météorites

Les météorites sont des fragments de roches venus de l'espace, restes des matériaux qui ont formé les planètes du système solaire il y a environ 4,5 milliards d'années. On en distingue deux grands types :

  • les météorites pierreuses (chondrites), formées de silicates proches de la péridotite du manteau, avec des grains de métal ;
  • les météorites métalliques (sidérites), formées d'un alliage de fer et de nickel.

On pense qu'elles proviennent de petits corps célestes qui se sont différenciés comme la Terre, puis ont été brisés. Les sidérites nous donnent donc une idée de la composition du noyau terrestre, et les pierreuses de celle du manteau.

4. Troisième méthode indirecte : le magnétisme et la chaleur

  • Le champ magnétique terrestre oriente l'aiguille de la boussole. Pour l'expliquer, il faut dans la Terre une grande masse de métal liquide en mouvement, conducteur d'électricité, qui fonctionne comme une dynamo : c'est un argument pour un noyau externe liquide riche en fer.
  • La chaleur interne (gradient géothermique, flux de chaleur) renseigne sur les températures profondes et sur les mouvements de matière dans le manteau.
  • La gravimétrie : l'intensité de la pesanteur varie légèrement d'un lieu à l'autre selon la densité des roches du sous-sol ; elle permet de repérer, par exemple, des corps minéralisés denses.

5. La méthode la plus puissante : la sismologie

Lors d'un séisme, des ondes sismiques partent du foyer et traversent tout le globe. Des appareils, les sismographes, les enregistrent dans des stations réparties sur toute la Terre. Deux types d'ondes traversent l'intérieur du globe :

  • les ondes P (premières), des ondes de compression, qui traversent les solides et les liquides ;
  • les ondes S (secondes), des ondes de cisaillement, qui ne traversent pas les liquides.

Le principe est le suivant :

  • la vitesse des ondes dépend du matériau traversé (sa rigidité et sa densité) : une variation brusque de vitesse à une certaine profondeur signale un changement de matériau, c'est-à-dire une discontinuité ;
  • quand une onde franchit une discontinuité, elle est en partie réfléchie (elle rebondit) et en partie réfractée (elle change de direction), comme la lumière qui passe de l'air à l'eau ;
  • en mesurant les temps d'arrivée des ondes dans de nombreuses stations, on reconstitue leur trajet et la profondeur des discontinuités.

La zone d'ombre. On observe qu'entre environ 105° et 142° de distance angulaire de l'épicentre (mesurée depuis le centre de la Terre), aucune onde P directe n'est enregistrée. Les ondes qui atteignent le noyau sont fortement déviées (réfractées) vers le centre, car leur vitesse chute brutalement : elles réapparaissent plus loin, au-delà de 142°. En 1914, Beno Gutenberg en a déduit l'existence d'un noyau dont la limite se trouve vers 2 900 km de profondeur. De plus, les ondes S ne sont plus enregistrées au-delà d'environ 105° : elles ne traversent pas le noyau, qui est donc liquide (au moins dans sa partie externe).

OEABÉpicentreZone d'ombreNoyau
Coupe du globe : entre 105° (A) et 142° (B) de l'épicentre E, les stations n'enregistrent pas d'ondes P directes. Le noyau dévie les ondes et crée cette zone d'
Méthodes directes
  • Mines (environ 4 km)
  • Forages (12 km au maximum)
  • Enclaves de péridotite
  • Ophiolites
Méthodes indirectes
  • Masse volumique moyenne
  • Étude des météorites
  • Champ magnétique, chaleur
  • Sismologie (ondes P et S)
Les méthodes directes n'atteignent que la surface ; les méthodes indirectes renseignent sur tout le globe.

Méthode

Pour exploiter des données sismiques et en tirer une conclusion sur l'intérieur du globe :

  1. Je repère dans les données une variation brusque de vitesse, ou la disparition d'un type d'onde.
  2. Je situe la profondeur (ou la distance angulaire) où elle se produit.
  3. J'interprète : variation brusque de vitesse = changement de matériau = discontinuité ; disparition des ondes S = milieu liquide.
  4. Je rédige la conclusion en une phrase qui cite l'observation et la déduction.

Exemple

Des ondes P se propagent à 6 km/s dans la croûte et à 8 km/s juste en dessous. Qu'en conclure ?

Observation : la vitesse augmente brusquement de 6 à 8 km/s à une certaine profondeur.

Interprétation : les ondes passent dans un matériau plus rigide et différent : il y a une discontinuité entre deux couches.

C'est ainsi que le Croate Andrija Mohorovičić a découvert en 1909 la limite entre la croûte et le manteau (le Moho).

Exemple

Une onde P met 12 min pour parcourir, à travers le globe, un trajet de 7 200 km. Calculer sa vitesse moyenne.

Temps : 12 min = 12 × 60 = 720 s.

Vitesse : v = d ÷ t = 7 200 ÷ 720 = 10 km/s.

Cette vitesse, bien supérieure à celle mesurée dans la croûte (environ 6 km/s), montre que les ondes ont traversé des couches profondes plus rigides.

3Je retiens

Je retiens

Méthodes directes : mines (environ 4 km), forages (12 262 m à Kola), enclaves de péridotite dans les laves, ophiolites. Elles n'atteignent que la croûte et le haut du manteau.

Masse volumique moyenne de la Terre : 5,5 g/cm³, supérieure à celle des roches de surface (2,7 à 3,3) : il existe un noyau très dense.

Les météorites métalliques (fer-nickel) donnent une idée de la composition du noyau ; les pierreuses, de celle du manteau.

Le champ magnétique suppose un noyau externe de métal liquide en mouvement.

Sismologie : une variation brusque de la vitesse des ondes indique une discontinuité ; les ondes S ne traversent pas les liquides.

Zone d'ombre (environ 105° à 142° de l'épicentre) : preuve du noyau, découvert par Gutenberg (1914) vers 2 900 km.

4Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un forage ou une mine a atteint le manteau : aucun forage n'a traversé la croûte continentale.
  • Dire que la zone d'ombre est due à l'absorption des ondes par le noyau : les ondes P traversent le noyau ; elles sont déviées (réfractées) et arrivent ailleurs.
  • Confondre ondes P et S : les P traversent solides et liquides ; les S ne traversent que les solides.
  • Penser que les météorites viennent de l'intérieur de la Terre : elles viennent de l'espace ; on les utilise par comparaison.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite deux méthodes directes d'étude de l'intérieur de la Terre et leur limite.

b) Qu'est-ce qu'une enclave de péridotite et que nous apprend-elle ?

c) Quelle propriété des ondes S permet d'affirmer que le noyau externe est liquide ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les forages (le plus profond atteint 12 262 m) et les mines (environ 4 km au maximum) ; ils n'explorent qu'une infime partie de la croûte, moins de 0,2 % du rayon.

b) C'est un fragment de roche du manteau (péridotite) arraché en profondeur par un magma et remonté à la surface dans une lave. Elle montre que le manteau supérieur est formé de péridotite.

c) Les ondes S ne se propagent pas dans les liquides. Comme elles ne traversent pas le noyau externe, celui-ci est liquide.

2Exercice 2

On considère une Terre simplifiée formée de deux parties : une enveloppe de roches de masse volumique 4,5 g/cm³ qui occupe 84 % du volume, et un noyau qui occupe 16 % du volume. La masse volumique moyenne est de 5,5 g/cm³. Calcule la masse volumique du noyau. Commente.

Voir le corrigéCacher le corrigé

La moyenne pondérée par les volumes s'écrit : 0,84 × 4,5 + 0,16 × ρ = 5,5.

0,84 × 4,5 = 3,78 ; donc 0,16 × ρ = 5,5 − 3,78 = 1,72 ; ρ = 1,72 ÷ 0,16 = 10,75 g/cm³.

Le noyau aurait une masse volumique d'environ 10,8 g/cm³, supérieure à celle du fer à la surface (7,9 g/cm³). Cela s'explique par un noyau métallique (fer-nickel) fortement comprimé par l'énorme pression qui règne en profondeur.

3Exercice 3

Une onde P parcourt 1 500 km en 3 min 20 s. Calcule sa vitesse en km/s. Cette onde s'est-elle propagée uniquement dans la croûte (vitesse voisine de 6 km/s) ? Justifie.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Temps : 3 min 20 s = 3 × 60 + 20 = 200 s. Vitesse : v = 1 500 ÷ 200 = 7,5 km/s.

Cette vitesse est supérieure à 6 km/s : l'onde a traversé, sur une partie de son trajet, un milieu plus rigide que la croûte, c'est-à-dire le manteau.

4Exercice 4

Explique en quelques lignes pourquoi le champ magnétique terrestre et l'étude des météorites métalliques conduisent à la même idée sur la nature du noyau.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Le champ magnétique exige une grande masse de métal conducteur et liquide en mouvement à l'intérieur de la Terre. Les météorites métalliques, considérées comme des fragments du noyau de petits corps célestes différenciés, sont formées de fer et de nickel. Les deux indices conduisent à un noyau riche en fer et en nickel, liquide au moins en partie.

5Exercice 5

(Type BAC) Après un séisme, on relève dans différentes stations la présence (+) ou l'absence (−) des ondes P directes et des ondes S. La distance est la distance angulaire à l'épicentre.

Distance angulaire30°80°100°120°135°150°170°
Ondes P+++−−++
Ondes S+++−−−−

a) Délimite la zone d'ombre des ondes P.

b) Explique pourquoi les ondes P réapparaissent au-delà de 142°.

c) Explique pourquoi les ondes S ne réapparaissent pas.

d) Rédige une conclusion sur la structure interne du globe.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les ondes P directes sont absentes à 120° et 135° : la zone d'ombre se situe entre environ 105° et 142° de l'épicentre.

b) Les ondes P qui atteignent le noyau ont une vitesse qui chute brutalement ; elles sont fortement réfractées (déviées) vers le centre, traversent le noyau et ressortent de l'autre côté, au-delà de 142°.

c) Les ondes S ne se propagent pas dans les liquides : arrivées au noyau externe liquide, elles sont arrêtées. Aucune station située au-delà d'environ 105° ne les reçoit.

d) Le globe contient un noyau central, séparé du manteau par une discontinuité (discontinuité de Gutenberg, vers 2 900 km), qui dévie les ondes P et arrête les ondes S : ce noyau est donc liquide, au moins dans sa partie externe.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle est la profondeur atteinte par le forage le plus profond du monde ?
Voir la réponse

Réponse B : environ 12 km. Le forage de Kola a atteint 12 262 m, sans jamais traverser la croûte continentale.

2Quelle observation permet d'affirmer que le noyau externe est liquide ?
Voir la réponse

Réponse B : les ondes S ne le traversent pas. Les ondes S, ondes de cisaillement, ne se propagent pas dans les liquides.

3Qu'est-ce qu'une discontinuité sismique ?
Voir la réponse

Réponse A : une surface où la vitesse des ondes varie brusquement. Le changement brusque de vitesse traduit un changement de matériau entre deux couches.

4Pourquoi la masse volumique moyenne de la Terre (5,5 g/cm³) est-elle un indice de l'existence du noyau ?
Voir la réponse

Réponse B : parce qu'elle est plus forte que celle de toutes les roches de surface. Les roches de surface ne dépassent pas 3,3 g/cm³ : il faut une partie profonde très dense.

5Les enclaves de péridotite renseignent sur :
Voir la réponse

Réponse C : le manteau supérieur. Ce sont des fragments du manteau supérieur arrachés par un magma lors de sa remontée.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Géologie · Terminale SE

Demander à Karamö