Leçon 28 sur 38
Barycentre d'un système de points pondérés
Je sais définir, construire et calculer le barycentre d'un système de points pondérés, et l'utiliser pour réduire une somme de vecteurs ou trouver un ensemble de points.
- 1 h 30
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir le barycentre de deux, trois ou n points pondérés et savoir quand il existe
- Construire le barycentre et calculer ses coordonnées
- Utiliser l'homogénéité et l'associativité (barycentres partiels)
- Réduire une somme vectorielle et en déduire un ensemble de points
Avant de commencer : Calcul vectoriel (relation de Chasles, colinéarité), coordonnées d'un vecteur et d'un point dans un repère, milieu d'un segment et centre de gravité d'un triangle.
1Je découvre
Mamadou transporte deux charges sur un bâton posé sur son épaule, en revenant du marché de Labé : un sac de riz de 20 kg accroché à l'extrémité A et un sac de fonio de 30 kg accroché à l'extrémité B. Le bâton mesure 1,5 m. S'il pose le bâton au milieu, le côté le plus lourd bascule. Il doit donc le poser plus près du sac de fonio.
Son petit frère Sékou, élève de Terminale, se demande : « À quelle distance de A faut-il placer l'épaule pour que le bâton reste en équilibre ? » Il se souvient d'une règle de physique : l'équilibre est atteint quand les « poids multipliés par les distances » se compensent de part et d'autre du point d'appui.
En mathématiques, ce point d'équilibre porte un nom : c'est le barycentre des points A et B affectés des « poids » 20 et 30. Cette notion sert aussi à calculer des centres de gravité, à réduire des sommes de vecteurs et à trouver des ensembles de points, ce qui revient très souvent au BAC.
Comment définir, construire et calculer le point d'équilibre d'un système de points affectés de coefficients ?
2Je comprends
Dans les encadrés, on note vect(AB) le vecteur AB.
1. Points pondérés et fonction vectorielle de Leibniz
Un point pondéré est un couple (A, α) formé d'un point A et d'un nombre réel α appelé coefficient (ou poids). Un système de points pondérés est une liste {(A1, α1), (A2, α2), …, (An, αn)}.
À ce système, on associe, pour tout point M, le vecteur :
f(M) = α1 MA1 + α2 MA2 + … + αn MAn.
Avec la relation de Chasles, pour deux points M et O : MAi = MO + OAi, donc
f(M) = (α1 + … + αn) MO + f(O).
Tout dépend donc de la somme des coefficients Σ αi.
- Si Σ αi ≠ 0, il existe un unique point G tel que f(G) = 0.
- Si Σ αi = 0, le vecteur f(M) ne dépend pas de M : c'est un vecteur constant.
2. Définition du barycentre
Définition. Soit {(A1, α1), …, (An, αn)} un système de points pondérés tel que α1 + … + αn ≠ 0. On appelle barycentre de ce système l'unique point G tel que :
α1 GA1 + α2 GA2 + … + αn GAn = 0.
Propriété fondamentale (réduction). Si G est ce barycentre, alors pour tout point M :
α1 MA1 + … + αn MAn = (α1 + … + αn) MG.
En prenant M = O origine d'un repère, on obtient les coordonnées du barycentre :
xG = α1 x1 + … + αn xnα1 + … + αn, yG = α1 y1 + … + αn ynα1 + … + αn
(et de même pour zG dans l'espace).
3. Le barycentre de deux points
Si α + β ≠ 0, le barycentre G de (A, α) et (B, β) vérifie αGA + βGB = 0. En prenant M = A dans la propriété de réduction :
AG = βα + β AB.
Conséquences :
- G est sur la droite (AB) ;
- si α et β ont le même signe, G est sur le segment [AB], plus près du point de plus grand coefficient ;
- si α et β sont de signes contraires, G est hors du segment, du côté du point de plus grande valeur absolue ;
- si α = β, G est le milieu de [AB].
Retour au bâton de Mamadou : le point d'appui est le barycentre de (A, 20) et (B, 30), donc AG = 3050AB et AG = 0,6 × 1,5 = 0,9 m. L'épaule doit être à 0,9 m du sac de riz, donc à 0,6 m du sac de fonio.
4. Trois propriétés essentielles
Homogénéité. On ne change pas le barycentre en multipliant tous les coefficients par un même réel non nul k. Le barycentre de (A, 20), (B, 30) est aussi celui de (A, 2), (B, 3).
Isobarycentre. Quand tous les coefficients sont égaux, on parle d'isobarycentre. L'isobarycentre de deux points est le milieu ; celui de trois points non alignés A, B, C est le centre de gravité du triangle.
Associativité (barycentres partiels). Dans un système, on peut remplacer plusieurs points par leur barycentre partiel, affecté de la somme de leurs coefficients (si cette somme n'est pas nulle), sans changer le barycentre final.
Par exemple, si G est le barycentre de (A,1), (B,1), (C,2) et I le milieu de [AB] (barycentre de (A,1), (B,1)), alors G est le barycentre de (I, 2), (C, 2) : c'est le milieu de [IC].
Méthode
Pour construire le barycentre G d'un système :
- Je vérifie que la somme des coefficients n'est pas nulle (sinon, pas de barycentre).
- Deux points : j'écris vect(AG) = β/(α + β) × vect(AB) et je place G.
- Trois points ou plus : je regroupe deux points dont la somme des coefficients n'est pas nulle (barycentre partiel), puis je recommence.
- Avec un repère : j'applique les formules des coordonnées et je vérifie avec la définition.
Exemple
Dans un repère, A(1 ; 2) et B(4 ; −1). Déterminer le barycentre G de (A, 2) et (B, 1).
La somme des coefficients vaut 3, non nulle : G existe.
x_G = (2 × 1 + 1 × 4)/3 = 6/3 = 2 et y_G = (2 × 2 + 1 × (−1))/3 = 3/3 = 1. Donc G(2 ; 1).
Vérification : vect(AB) a pour coordonnées (3 ; −3) ; (1/3) vect(AB) = (1 ; −1) ; A + (1 ; −1) = (2 ; 1). On retrouve bien vect(AG) = (1/3) vect(AB).
Exemple
Construire le barycentre G de (A, 3) et (B, −1).
La somme vaut 3 + (−1) = 2, non nulle.
vect(AG) = (−1)/2 × vect(AB) = −(1/2) vect(AB).
G est sur la droite (AB), du côté opposé à B par rapport à A, avec AG = AB/2.
Contrôle : 3 vect(GA) − vect(GB) = 3 vect(GA) − (vect(GA) + vect(AB)) = 2 vect(GA) − vect(AB) = vect(AB) − vect(AB) = 0, car 2 vect(GA) = vect(AB).
Exemple
Dans un repère, A(0 ; 0), B(6 ; 0), C(0 ; 3). Coordonnées du barycentre G de (A, 1), (B, 2), (C, 3).
Somme : 1 + 2 + 3 = 6.
x_G = (1 × 0 + 2 × 6 + 3 × 0)/6 = 12/6 = 2 ; y_G = (1 × 0 + 2 × 0 + 3 × 3)/6 = 9/6 = 3/2.
G(2 ; 3/2).
5. Réduire une somme de vecteurs
La propriété de réduction transforme une somme compliquée en un seul vecteur.
- Si Σ αi ≠ 0 : Σ αi MAi = (Σ αi)MG.
- Si Σ αi = 0 : la somme est un vecteur constant, qu'on calcule en prenant pour M un des points Ai.
Exemple
A, B, C sont trois points. Réduire u(M) = 2 vect(MA) − vect(MB) − vect(MC).
Somme des coefficients : 2 − 1 − 1 = 0. Le vecteur est constant ; on prend M = A :
u(A) = 2 vect(AA) − vect(AB) − vect(AC) = −vect(AB) − vect(AC).
Pour tout point M : 2 vect(MA) − vect(MB) − vect(MC) = −(vect(AB) + vect(AC)).
6. Application : des ensembles de points
Une question classique : trouver l'ensemble des points M vérifiant une égalité de normes.
Exemple
A et B sont deux points avec AB = 3. Trouver l'ensemble des points M tels que ‖vect(MA) + 2 vect(MB)‖ = 6.
Soit G le barycentre de (A, 1), (B, 2) (somme 3, non nulle) : vect(AG) = (2/3) vect(AB), donc AG = 2.
Pour tout M : vect(MA) + 2 vect(MB) = 3 vect(MG).
L'égalité devient 3 MG = 6, soit MG = 2.
L'ensemble cherché est le cercle de centre G et de rayon 2 (il passe par A, puisque AG = 2).
3Je retiens
Je retiens
Si α₁ + … + αₙ ≠ 0, le barycentre G de (A₁, α₁), …, (Aₙ, αₙ) est l'unique point tel que α₁ vect(GA₁) + … + αₙ vect(GAₙ) = 0.
Pour tout point M : α₁ vect(MA₁) + … + αₙ vect(MAₙ) = (α₁ + … + αₙ) vect(MG).
Deux points : vect(AG) = β/(α + β) × vect(AB). Coefficients de même signe : G est sur [AB].
Coordonnées : x_G = (Σ αᵢ xᵢ)/(Σ αᵢ), de même pour y_G (et z_G).
Homogénéité : on peut multiplier tous les coefficients par un même k ≠ 0.
Associativité : on peut remplacer des points par leur barycentre partiel affecté de la somme de leurs coefficients.
Si Σ αᵢ = 0, la somme Σ αᵢ vect(MAᵢ) est un vecteur constant (pas de barycentre).
4Erreurs fréquentes
- Oublier de vérifier que la somme des coefficients n'est pas nulle : sans cette vérification, on ne peut pas parler de barycentre, et la réduction en (Σ αᵢ) vect(MG) est fausse.
- Se tromper de coefficient dans vect(AG) = β/(α + β) vect(AB) : c'est le coefficient de B (l'autre point) qui est au numérateur. G est plus près du point le plus « lourd ».
- Diviser par le nombre de points au lieu de la somme des coefficients dans les formules des coordonnées.
- Regrouper dans l'associativité deux points dont la somme des coefficients est nulle : ce barycentre partiel n'existe pas.
5Je m’exerce
1Exercice 1
A et B sont deux points tels que AB = 5 cm. Construis le barycentre G de (A, 2) et (B, 3), puis le barycentre H de (A, 2) et (B, -3). Précise AG et AH.
Voir le corrigéCacher le corrigé
2 + 3 = 5 ≠ 0 : AG = 35AB, donc G est sur [AB] et AG = 35 × 5 = 3 cm.
2 + (-3) = -1 ≠ 0 : AH = -3-1AB = 3AB. H est sur la demi-droite [AB), au-delà de B, et AH = 15 cm.
2Exercice 2
Dans un repère, A(2 ; -1), B(-1 ; 5) et C(3 ; 2). Calcule les coordonnées du barycentre G de (A, 1), (B, 1), (C, -1).
Voir le corrigéCacher le corrigé
Somme des coefficients : 1 + 1 - 1 = 1 ≠ 0.
xG = 2 + (-1) - 31 = -2 ; yG = -1 + 5 - 21 = 2. Donc G(-2 ; 2).
3Exercice 3
ABC est un triangle. G est le barycentre de (A, 1), (B, 2), (C, 3) et I celui de (A, 1), (B, 2).
a) Exprime AI en fonction de AB.
b) Montre que G est le milieu de [IC].
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a) 1 + 2 = 3 ≠ 0 : AI = 23AB.
b) Par associativité, on remplace (A,1) et (B,2) par (I, 3). G est donc le barycentre de (I, 3) et (C, 3). Les coefficients sont égaux : G est le milieu de [IC].
4Exercice 4
A et B sont deux points tels que AB = 6. Détermine l'ensemble des points M tels que ‖3MA - MB‖ = 4.
Voir le corrigéCacher le corrigé
3 + (-1) = 2 ≠ 0. Soit G le barycentre de (A, 3), (B, -1) : AG = -12AB, donc AG = 3 et G est du côté opposé à B par rapport à A.
Pour tout M : 3MA - MB = 2MG. L'égalité devient 2MG = 4, soit MG = 2.
L'ensemble cherché est le cercle de centre G et de rayon 2.
5Exercice 5
(Type BAC) ABC est un triangle et G le barycentre de (A, 2), (B, -1), (C, 1).
a) Justifie l'existence de G.
b) Exprime AG en fonction de AB et AC, puis montre que AG = 12BC.
c) Montre que pour tout point M : 2MA - MB + MC = 2MG.
d) Détermine l'ensemble (Gamma) des points M tels que ‖2MA - MB + MC‖ = ‖MB - MC‖.
e) On se place dans un repère où A(0 ; 0), B(4 ; 0), C(0 ; 2). Calcule les coordonnées de G et le rayon de (Gamma).
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 2 - 1 + 1 = 2 ≠ 0, donc G existe.
b) Avec la réduction en M = A : 2AA - AB + AC = 2AG, donc AG = 12(AC - AB). Or AC - AB = AC + BA = BC. Donc AG = 12BC.
c) C'est la propriété de réduction : la somme des coefficients vaut 2, donc 2MA - MB + MC = 2MG pour tout M.
d) MB - MC = MB + CM = CB, vecteur constant. L'égalité devient 2MG = BC, soit MG = BC2. (Gamma) est le cercle de centre G et de rayon BC2.
e) xG = 2 × 0 - 4 + 02 = -2 et yG = 0 - 0 + 22 = 1 : G(-2 ; 1). Contrôle : BC(-4 ; 2) et 12BC(-2 ; 1) = AG.
BC = √16 + 4 = √20 = 2√5, donc le rayon vaut √5.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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