Aller au contenu
Français · Terminale SE Prépare le BAC

Leçon 1 sur 26

Introduction aux littératures des indépendances

Je sais situer les littératures des indépendances dans l'histoire de l'Afrique et expliquer pourquoi les écrivains passent de la lutte contre le colon à la critique des nouveaux pouvoirs africains.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer les indépendances africaines dans le temps et définir l'expression « littératures des indépendances »
  • Distinguer la littérature anticoloniale et la littérature du désenchantement
  • Présenter les premiers romans et auteurs du désenchantement, dont les écrivains guinéens

Avant de commencer : Notions de 11e et de 12e sur la littérature africaine coloniale (Camara Laye, Ferdinand Oyono, Mongo Beti) ; vocabulaire du roman (narrateur, personnage, thème)

1Je découvre

Au lycée de Kankan, le professeur de français de Terminale écrit deux dates au tableau : 2 octobre 1958 et 1968. Fatoumata reconnaît aussitôt la première : c'est le jour de l'indépendance de la Guinée, fêté chaque année. La seconde l'intrigue.

« En 1968, explique le professeur, paraît un roman d'un écrivain ivoirien, Ahmadou Kourouma : Les Soleils des indépendances. Son héros, Fama, est un prince malinké ruiné. Il avait lutté contre les colons, il attendait tout de l'indépendance, et l'indépendance ne lui a rien donné. »

Ibrahima lève la main : « Mais, monsieur, l'indépendance, c'était la liberté ! Pourquoi un écrivain africain se plaindrait-il, dix ans plus tard ? »

Le professeur sourit : « C'est justement la question de notre chapitre. Avant les indépendances, les écrivains africains accusaient le colonisateur. Après, beaucoup d'entre eux se retournent vers les nouveaux dirigeants africains. »

Comment et pourquoi la littérature africaine change-t-elle de cible au moment des indépendances, et que veut dire l'expression « littératures des indépendances » ?

2Je comprends

1. Le contexte historique : l'Afrique devient indépendante

Après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), les peuples colonisés réclament de plus en plus fort leur liberté. En Afrique subsaharienne, le mouvement s'accélère à la fin des années 1950 :

  • 1957 : le Ghana (ancienne Gold Coast britannique) devient indépendant ;
  • 2 octobre 1958 : la Guinée proclame son indépendance après avoir voté « non » au référendum du 28 septembre 1958 ; elle est la première colonie française d'Afrique noire à devenir indépendante ;
  • 1960 : on parle de « l'année de l'Afrique », car une grande partie des colonies françaises et d'autres territoires (Congo belge, Nigeria…) accèdent à l'indépendance.

Les indépendances désignent donc ce moment où les anciennes colonies deviennent des États souverains, avec leur drapeau, leur hymne, leur gouvernement. Elles ont suscité un immense espoir : fin de l'humiliation, du travail forcé, de l'indigénat ; promesse de développement et de dignité.

  1. 1Avant 1945 : colonisation, travail forcé, indigénat ; premiers écrits africains
  2. 21930-1950 : naissance de la Négritude (Césaire, Senghor, Damas)
  3. 31950-1960 : romans anticoloniaux (Oyono, Mongo Beti, Sembène Ousmane)
  4. 41957-1960 : vague des indépendances (Ghana 1957, Guinée 1958, « année de l'Afrique » 1960)
  5. 51968 : Les Soleils des indépendances, premier grand roman du désenchantement
  6. 6Années 1970-1980 : romans de la dictature et de la désillusion (Fantouré, Mongo Beti, Monénembo)
Les grandes étapes qui mènent aux littératures des indépendances.

2. Que signifie « littératures des indépendances » ?

On appelle littératures des indépendances l'ensemble des œuvres africaines (romans surtout, mais aussi théâtre, poésie, essais) écrites après les indépendances et qui prennent pour sujet la vie des nouveaux États africains. Le pluriel « littératures » rappelle qu'elles sont diverses : francophones, anglophones, lusophones ; romans, pièces de théâtre, poèmes ; réalistes, satiriques ou tragiques.

Leur point commun est un changement de regard. Avant 1960, l'ennemi était extérieur : le colon, l'administrateur, le missionnaire. Après 1960, l'écrivain constate que l'oppression continue, mais qu'elle vient désormais de l'intérieur : le parti unique, le chef d'État tout-puissant, la corruption, la police politique, l'enrichissement d'une petite élite.

C'est pourquoi on parle souvent de littérature du désenchantement (ou de la désillusion) : l'espoir né des indépendances se transforme en déception.

Littérature anticoloniale (avant 1960)Littératures des indépendances (après 1960)
Ennemi : le colonisateur blancEnnemi : le pouvoir africain oppresseur, la corruption, le néocolonialisme
Espoir tourné vers la libérationDéception : « les soleils des indépendances » ne tiennent pas leurs promesses
Héros souvent naïf qui découvre l'injustice coloniale (le boy Toundi chez Oyono)Héros souvent déchu, écrasé, emprisonné (Fama chez Kourouma)
Récit linéaire, français classiqueÉcriture plus libre : satire, ironie, langue française « africanisée »

3. Les œuvres fondatrices du désenchantement

L'année 1968 est souvent présentée comme un tournant, avec deux romans :

  • *Les Soleils des indépendances* de l'Ivoirien Ahmadou Kourouma : Fama Doumbouya, dernier descendant des princes du Horodougou, se retrouve mendiant de funérailles dans la capitale. Le roman dénonce le parti unique, la misère et la fin d'un monde. Il bouscule aussi la langue française en la pliant aux images et aux tournures du malinké.
  • *Le Devoir de violence* du Malien Yambo Ouologuem (prix Renaudot 1968), qui remet en cause l'image d'une Afrique précoloniale idéalisée.

Dans les années 1970, de nombreux romans prolongent cette critique. Tu étudieras cette année plusieurs d'entre eux :

  • *Le Cercle des Tropiques* (1972) du Guinéen Alioum Fantouré : l'ascension d'un dictateur dans un pays imaginaire, les Marigots du Sud ;
  • *Perpétue et l'habitude du malheur* (1974) du Camerounais Mongo Beti : l'enquête d'un ancien prisonnier politique sur la mort de sa sœur ;
  • *Les Crapauds-brousse* (1979) du Guinéen Tierno Monénembo : un jeune cadre broyé par un régime de terreur.

Le théâtre participe aussi à ce mouvement : dans *Une saison au Congo* (1966), le Martiniquais Aimé Césaire met en scène Patrice Lumumba et les déchirements du Congo indépendant.

4. La place de la Guinée

La Guinée occupe une place importante dans cette histoire littéraire. Avant les indépendances, Camara Laye publie L'Enfant noir (1953), récit d'enfance à Kouroussa. En 1960, Djibril Tamsir Niane fait connaître l'épopée de Soundjata. Après l'indépendance, plusieurs écrivains guinéens, souvent en exil, écrivent des romans du désenchantement : Camara Laye avec Dramouss (1966), Alioum Fantouré, Williams Sassine, Tierno Monénembo. Leurs pays imaginaires ne portent jamais le nom de la Guinée, mais le lecteur y reconnaît les réalités de nombreux États africains de l'époque.

5. Pourquoi ce changement ? Les causes de la désillusion

  1. Le parti unique : dans beaucoup de pays, un seul parti gouverne ; l'opposition est interdite.
  2. La confiscation du pouvoir : un chef se maintient indéfiniment, parfois après un coup d'État.
  3. La répression : arrestations, camps, tortures, exils.
  4. La corruption et les inégalités : une minorité s'enrichit, le peuple reste pauvre.
  5. Le néocolonialisme : l'ancienne puissance coloniale garde une influence économique et politique.
  6. La crise des valeurs : la tradition recule, la modernité mal maîtrisée désoriente.

L'écrivain se sent alors un devoir de témoigner : il devient le porte-parole de ceux qui ne peuvent pas parler.

Méthode

Pour présenter une œuvre des indépendances dans une copie :

  1. Je donne le titre (souligné à la main, en italique à l'écran), l'auteur, sa nationalité et la date.
  2. Je la situe : avant ou après les indépendances, quel mouvement.
  3. Je résume l'intrigue en deux ou trois phrases, au présent.
  4. Je dégage la cible de la critique (colon, dictateur, corruption, tradition figée…).
  5. Je signale un trait d'écriture (ironie, satire, langue africanisée, pays imaginaire).

Exemple

Question : Présente Les Soleils des indépendances en quelques lignes.

Réponse rédigée : Les Soleils des indépendances est un roman de l'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, paru en 1968. C'est l'une des premières grandes œuvres du désenchantement. Fama Doumbouya, prince malinké déchu, a lutté contre la colonisation, mais l'indépendance ne lui apporte que la pauvreté, la carte d'identité et la carte du parti unique. Kourouma y dénonce l'échec des nouveaux régimes et la disparition du monde traditionnel, dans un français original, nourri des images du malinké.

Exemple

Question : Explique en quoi le roman africain change de cible après 1960.

Réponse rédigée : Avant 1960, les romanciers africains, comme Ferdinand Oyono dans Une vie de boy (1956), dénonçaient la violence et l'hypocrisie du colonisateur. Après les indépendances, les écrivains constatent que l'injustice n'a pas disparu : elle est désormais le fait de dirigeants africains qui confisquent le pouvoir, imposent le parti unique et s'enrichissent. Ainsi, dans Le Cercle des Tropiques (1972), Alioum Fantouré montre comment un homme politique, porté par l'espoir populaire, devient un dictateur. La littérature passe donc de la critique du colon à la critique des nouveaux maîtres.

3Je retiens

Je retiens

Indépendances : Ghana 1957 ; Guinée 2 octobre 1958 (après le « non » du 28 septembre) ; 1960, « année de l'Afrique ».

Littératures des indépendances : œuvres écrites après les indépendances sur la vie des nouveaux États africains.

Elles expriment surtout le désenchantement : l'espoir de liberté est déçu.

Changement de cible : on accusait le colon ; on accuse désormais le pouvoir africain oppresseur et le néocolonialisme.

Œuvre fondatrice : Les Soleils des indépendances, Ahmadou Kourouma (1968).

Guinéens à connaître : Camara Laye (Dramouss), Alioum Fantouré (Le Cercle des Tropiques), Tierno Monénembo (Les Crapauds-brousse), Williams Sassine.

Causes : parti unique, dictature, répression, corruption, néocolonialisme, crise des valeurs.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre littérature anticoloniale et littérature des indépendances : Une vie de boy (1956) dénonce le colon, ce n'est pas un roman du désenchantement.
  • Croire que ces écrivains rejettent l'indépendance : ils ne regrettent pas la colonisation, ils dénoncent la trahison des espoirs de l'indépendance.
  • Chercher le nom d'un pays réel dans ces romans : les auteurs inventent souvent des pays imaginaires (les Marigots du Sud, la Côte des Ébènes) pour viser tous les régimes semblables.
  • Écrire des dates approximatives : 1958 pour la Guinée, 1960 pour la majorité des colonies françaises, 1968 pour le roman de Kourouma.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne la date de l'indépendance de la Guinée et explique pourquoi elle est particulière parmi les colonies françaises d'Afrique noire.

b) Que signifie le mot « désenchantement » appliqué à la littérature ?

c) Cite trois romans des indépendances avec leur auteur et leur date.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La Guinée est devenue indépendante le 2 octobre 1958. Elle est la première colonie française d'Afrique noire à accéder à l'indépendance, après avoir voté « non » au référendum du 28 septembre 1958, alors que les autres territoires ont voté « oui » et ne sont devenus indépendants que vers 1960.

b) Le désenchantement est la perte d'une illusion. Appliqué à la littérature, il désigne la déception exprimée par les écrivains devant l'échec des promesses de l'indépendance : dictature, corruption, misère.

c) Les Soleils des indépendances, Ahmadou Kourouma (1968) ; Le Cercle des Tropiques, Alioum Fantouré (1972) ; Les Crapauds-brousse, Tierno Monénembo (1979). On accepte aussi Perpétue et l'habitude du malheur, Mongo Beti (1974).

2Exercice 2

Classe les œuvres suivantes en deux colonnes, « littérature anticoloniale » et « littérature des indépendances » : Une vie de boy (1956) ; Le Cercle des Tropiques (1972) ; Le Pauvre Christ de Bomba (1956) ; Les Crapauds-brousse (1979) ; Les Soleils des indépendances (1968).

Voir le corrigéCacher le corrigé
Littérature anticolonialeLittérature des indépendances
Une vie de boy (1956)Les Soleils des indépendances (1968)
Le Pauvre Christ de Bomba (1956)Le Cercle des Tropiques (1972)
Les Crapauds-brousse (1979)

3Exercice 3

Lis ce court texte écrit pour la leçon, puis réponds.

« Le jour de l'indépendance, Lansana avait dansé jusqu'à l'aube sur la place du village. On lui avait promis une école, un dispensaire, une route. Dix ans plus tard, la piste était toujours coupée à chaque saison des pluies, et le seul bâtiment neuf du village était la permanence du parti, où l'on venait vérifier sa carte. »

a) Quelle opposition structure ce passage ?

b) Relève un détail qui montre la critique du parti unique.

c) En quoi ce texte illustre-t-il la littérature du désenchantement ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le passage oppose le passé et le présent : l'espoir et la fête du jour de l'indépendance d'un côté, la déception « dix ans plus tard » de l'autre.

b) « le seul bâtiment neuf du village était la permanence du parti, où l'on venait vérifier sa carte » : le parti s'occupe de contrôler les habitants au lieu de construire l'école et le dispensaire promis.

c) Le texte illustre le désenchantement car il montre des promesses trahies : la route, l'école et le dispensaire n'existent pas, tandis que le pouvoir se contente de surveiller. L'ironie de la dernière phrase transforme la joie initiale en amertume.

4Exercice 4

Explique en cinq à huit lignes pourquoi de nombreux écrivains guinéens des années 1970 ont écrit en exil et situé leurs romans dans des pays imaginaires.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Réponse attendue : Dans les années 1970, la liberté d'expression était très limitée dans de nombreux États africains, dont la Guinée. Un écrivain qui critiquait le pouvoir risquait la prison ou pire ; beaucoup ont donc vécu et publié à l'étranger, comme Alioum Fantouré, Williams Sassine ou Tierno Monénembo. En inventant des pays imaginaires, ils se protégeaient un peu de la censure, mais surtout ils donnaient à leur critique une portée générale : chaque lecteur africain pouvait reconnaître le fonctionnement de la dictature de son propre pays. Le pays imaginaire transforme le témoignage en leçon universelle.

5Exercice 5

(Type BAC, dissertation : introduction et plan)

Sujet : « Avec les indépendances, la littérature africaine a changé d'adversaire mais pas de combat. » Expliquez et discutez cette affirmation en vous appuyant sur les œuvres étudiées.

Rédige l'introduction complète et le plan détaillé (deux parties, deux ou trois arguments chacune, avec exemples).

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : L'accession des pays africains à l'indépendance, de la Guinée en 1958 à la plupart des colonies françaises en 1960, a profondément marqué la littérature. On a pu dire qu'« avec les indépendances, la littérature africaine a changé d'adversaire mais pas de combat ». Cette affirmation signifie que les écrivains, qui dénonçaient hier le colonisateur, dénoncent désormais les nouveaux pouvoirs africains, tout en restant fidèles à la même lutte pour la liberté et la dignité. Faut-il pour autant considérer que rien n'a changé dans ce combat ? Nous verrons d'abord que l'adversaire a bien changé, puis que le combat pour la dignité demeure, tout en se transformant.

Plan détaillé :

I. Un changement d'adversaire.

  1. Avant 1960, le colon est la cible : Une vie de boy d'Oyono montre la brutalité de l'administration coloniale.
  2. Après 1960, la cible devient le dictateur africain : Baré Koulé dans Le Cercle des Tropiques, le parti unique dans Les Soleils des indépendances.
  3. Le néocolonialisme relie les deux adversaires : l'ancienne puissance reste présente derrière les nouveaux maîtres.

II. Un même combat, mais renouvelé.

  1. La lutte pour la liberté et la dignité humaine continue : prisonniers politiques chez Mongo Beti et Monénembo.
  2. Le combat s'élargit : condition de la femme (Perpétue), crise des valeurs, place de la tradition.
  3. L'écriture elle-même se transforme : ironie, satire, français africanisé chez Kourouma ; l'écrivain devient témoin et conscience de son peuple.

Conclusion : bilan (nouvel adversaire, combat constant pour la liberté, formes nouvelles) et ouverture sur le rôle actuel de l'écrivain africain.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1En quelle année la Guinée est-elle devenue indépendante ?
Voir la réponse

Réponse B : 1958. La Guinée est indépendante depuis le 2 octobre 1958, après son « non » au référendum du 28 septembre 1958.

2Qui est l'auteur des Soleils des indépendances ?
Voir la réponse

Réponse B : Ahmadou Kourouma. Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien, a publié ce roman en 1968.

3Quelle est la principale cible des romans des indépendances ?
Voir la réponse

Réponse B : les nouveaux pouvoirs africains oppresseurs et corrompus. Après 1960, les écrivains dénoncent surtout le parti unique, la dictature et la corruption.

4Quel mot résume le sentiment dominant de ces œuvres ?
Voir la réponse

Réponse C : le désenchantement. Le désenchantement est la déception devant les promesses non tenues de l'indépendance.

5Lequel de ces romans est l'œuvre d'un écrivain guinéen ?
Voir la réponse

Réponse B : Le Cercle des Tropiques. Le Cercle des Tropiques (1972) est d'Alioum Fantouré, écrivain guinéen.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Français · Terminale SE

Demander à Karamö