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Français · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 8 sur 26

Les problèmes de l'Afrique contemporaine : le problème culturel

Je sais expliquer en quoi consiste le problème culturel de l'Afrique contemporaine, ses causes, ses manifestations et les solutions proposées, et je sais en faire une dissertation argumentée.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la culture et le problème culturel (aliénation, acculturation, uniformisation)
  • Analyser les manifestations du problème (langues, école, patrimoine, médias) et leurs causes
  • Proposer et discuter des solutions, avec des exemples africains et guinéens

Avant de commencer : Leçons « Tradition et modernité », « La Négritude » et « La Négritude en question »

1Je découvre

Un samedi à Kankan, Hawa assiste au baptême de sa petite cousine. Le griot chante la généalogie de la famille en maninka ; les anciens écoutent, émus. Mais dans un coin, les jeunes regardent leur téléphone et fredonnent des chansons étrangères. Quand le griot cite un ancêtre, l'un d'eux demande : « C'est qui, celui-là ? »

Le soir, Hawa discute avec son oncle Lansana, instituteur : « Tonton, est-ce que dans cinquante ans quelqu'un saura encore l'histoire de notre famille ? Moi-même, je lis mieux le français que le maninka. »

L'oncle soupire : « Voilà le vrai défi. On a obtenu l'indépendance politique. L'indépendance culturelle, elle, est encore à conquérir. »

En quoi consiste le problème culturel de l'Afrique contemporaine, d'où vient-il et comment peut-on le résoudre ?

2Je comprends

1. Qu'est-ce que la culture ?

Au sens large, la culture est l'ensemble des manières de vivre, de penser, de sentir et de créer d'un peuple : langues, croyances, valeurs, coutumes, arts, savoirs, techniques, façons de s'habiller, de manger, de s'organiser. Elle donne à un peuple son identité et le relie à son histoire.

Le problème culturel de l'Afrique contemporaine désigne la difficulté à préserver, développer et faire reconnaître les cultures africaines dans un monde marqué par l'héritage colonial et par la mondialisation.

2. Les causes

  1. La colonisation a dévalorisé les cultures africaines : école en langue étrangère, interdiction ou mépris des langues locales à l'école, pillage d'objets d'art envoyés dans les musées européens, idée d'une Afrique « sans histoire ».
  2. L'héritage de l'école coloniale : après les indépendances, la plupart des États ont gardé la langue de l'ancien colonisateur comme langue officielle et langue de l'école.
  3. La mondialisation : télévision, cinéma, musique, internet diffusent surtout des modèles venus d'ailleurs.
  4. L'exode rural et l'urbanisation : en ville, les liens avec les anciens et les rites se relâchent.
  5. La faiblesse des moyens : peu de maisons d'édition, de bibliothèques, de musées et de salles de spectacle.

3. Les manifestations du problème

a) L'aliénation culturelle. Certains Africains méprisent leur propre culture et imitent sans réfléchir des modèles étrangers dans la langue, l'habillement, les goûts. Ils deviennent, selon une expression souvent employée, des « Blancs à la peau noire ». Fanon en a analysé les mécanismes dans Peau noire, masques blancs (1952).

b) Le problème des langues. L'Afrique compte un très grand nombre de langues, mais l'école, l'administration et la presse fonctionnent souvent dans une langue étrangère. Un enfant peut ainsi apprendre à lire dans une langue qu'il ne parle pas à la maison. En Guinée, les langues nationales comme le soussou, le pular, le maninka, le kissi, le guerzé (kpelle) ou le toma sont vivantes dans la vie quotidienne, tandis que le français reste la principale langue de l'administration et de l'école. La Guinée a d'ailleurs expérimenté, pendant plusieurs années après 1968, un enseignement en langues nationales.

c) La menace sur la tradition orale. Contes, épopées, généalogies, savoirs médicinaux sont transmis oralement. Quand les anciens disparaissent sans transmission, ces savoirs se perdent.

d) Le patrimoine dispersé. De nombreux objets d'art africains se trouvent dans des musées étrangers. La question de leur restitution est aujourd'hui débattue ; la France a par exemple restitué au Bénin en 2021 des objets du trésor royal d'Abomey.

e) L'uniformisation. La mondialisation tend à imposer partout les mêmes produits culturels, au risque d'effacer la diversité.

  1. 1Colonisation : école étrangère, mépris des langues et des cultures locales
  2. 2Indépendance : la langue de l'ancien colonisateur reste celle de l'école et de l'État
  3. 3Urbanisation et exode rural : la transmission par les anciens s'affaiblit
  4. 4Mondialisation : médias et internet diffusent des modèles venus d'ailleurs
  5. 5Résultat : aliénation, recul des langues et de la tradition orale
Comment le problème culturel s'est construit.

4. Ce qu'en disent les penseurs et écrivains

  • Cheikh Anta Diop (Sénégal), dans Nations nègres et culture (1954), a voulu démontrer l'ancienneté et la richesse des civilisations africaines et défendu l'usage des langues africaines dans l'enseignement et les sciences.
  • Frantz Fanon a montré que la domination culturelle fait intérioriser au colonisé le mépris de lui-même.
  • Cheikh Hamidou Kane, dans L'Aventure ambiguë (1961), montre le déchirement d'un jeune homme entre deux cultures.
  • Ngugi wa Thiong'o (Kenya) a décidé d'écrire dans sa langue maternelle pour « décoloniser l'esprit ».
  • Senghor proposait un équilibre : « enracinement et ouverture ».

5. Les solutions possibles

DomaineSolutions
LanguesEnseigner et écrire dans les langues nationales, au moins dans les premières années de l'école ; les utiliser dans les médias
Tradition oraleCollecter, enregistrer, transcrire contes, épopées et savoirs ; faire travailler griots et chercheurs ensemble
PatrimoineCréer et entretenir des musées ; obtenir la restitution des objets dispersés
CréationSoutenir la littérature, la musique, le cinéma, la danse, l'artisanat
ÉducationEnseigner l'histoire africaine et guinéenne ; former l'esprit critique face aux médias
OuvertureAccueillir les apports extérieurs utiles sans renier son identité

La Guinée dispose ici d'atouts réels : la richesse de l'épopée mandingue, recueillie par Djibril Tamsir Niane dans Soundjata ou l'épopée mandingue (1960) ; la réputation internationale de ses ensembles de musique et de danse, comme les Ballets africains ; la vitalité de ses langues nationales.

Connaître sacultureTransmettreCréerS'ouvrir auxautresEnrichir saculture
Une culture vivante se transmet, se renouvelle et s'enrichit au contact des autres.

Méthode

Pour traiter un sujet sur le problème culturel :

  1. Je définis la culture et je précise de quel problème parle le sujet (aliénation, langues, mondialisation…).
  2. Je présente les causes (colonisation, école, mondialisation) avec des exemples.
  3. J'analyse les conséquences (aliénation, recul des langues, perte de savoirs).
  4. Je propose des solutions réalistes, sans rejeter toute influence extérieure.
  5. J'appuie chaque idée sur un auteur, une œuvre ou un fait précis, africain et si possible guinéen.

Exemple

Sujet : « Le principal obstacle au développement de l'Afrique est d'ordre culturel. » Discutez.

I. La culture est bien un obstacle quand elle est aliénée : mépris de soi (Fanon), perte de confiance, école en langue étrangère qui freine les apprentissages, imitation de modèles qui ne conviennent pas.

II. Mais d'autres obstacles sont aussi importants : économiques (dépendance, pauvreté), politiques (instabilité, corruption, que dénoncent les romans des indépendances), sanitaires et éducatifs.

III. En réalité, la culture peut devenir un moteur du développement : langues nationales pour mieux apprendre, savoirs traditionnels, industries culturelles, confiance retrouvée.

Exemple

Paragraphe rédigé : L'école joue un rôle central dans le problème culturel africain. Héritée de la colonisation, elle se fait le plus souvent dans une langue que l'enfant ne parle pas à la maison. L'élève doit donc apprendre à la fois une langue nouvelle et les savoirs qu'elle transmet, ce qui rend l'apprentissage plus difficile. De plus, il peut en venir à croire que sa langue maternelle n'est bonne que pour la vie familiale. C'est pourquoi des penseurs comme Cheikh Anta Diop ont défendu l'usage des langues africaines dans l'enseignement : pour eux, on apprend mieux et on se respecte davantage quand on étudie dans sa propre langue.

3Je retiens

Je retiens

Culture : ensemble des manières de vivre, de penser, de sentir et de créer d'un peuple ; elle fonde son identité.

Problème culturel : difficulté à préserver, développer et faire reconnaître les cultures africaines.

Causes : colonisation, école en langue étrangère, mondialisation, urbanisation, manque de moyens.

Manifestations : aliénation, recul des langues nationales, menace sur la tradition orale, patrimoine dispersé, uniformisation.

Penseurs : Cheikh Anta Diop (Nations nègres et culture, 1954), Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952), Ngugi wa Thiong'o.

Solutions : langues nationales, collecte de la tradition orale, musées et restitutions, soutien à la création, histoire africaine à l'école, ouverture maîtrisée (« enracinement et ouverture »).

4Erreurs fréquentes

  • Réduire la culture aux danses et aux costumes : elle comprend aussi les langues, les valeurs, les savoirs, les techniques.
  • Proposer de refuser toute influence étrangère : une culture vivante s'enrichit au contact des autres ; le danger est l'imitation aveugle.
  • Donner des chiffres inventés sur le nombre de langues ou de locuteurs : sans source sûre, parle de « très nombreuses langues ».
  • Oublier la Guinée : ses langues nationales, l'épopée mandingue, ses artistes sont d'excellents exemples.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis la culture.

b) Qu'est-ce que l'aliénation culturelle ? Donne un exemple.

c) Cite deux causes du problème culturel en Afrique.

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a) La culture est l'ensemble des manières de vivre, de penser, de sentir et de créer d'un peuple : langues, croyances, valeurs, coutumes, arts, savoirs et techniques. Elle fonde son identité.

b) L'aliénation culturelle est le fait de perdre ou de mépriser sa propre culture en imitant une culture étrangère. Exemple : un jeune qui a honte de parler sa langue maternelle en public et ne jure que par des modèles étrangers.

c) La colonisation (école en langue étrangère, mépris des cultures locales) et la mondialisation (médias qui diffusent surtout des modèles extérieurs). On accepte aussi l'urbanisation et le manque de moyens.

2Exercice 2

Pour chaque manifestation, propose une solution : a) les contes ne sont plus racontés aux enfants ; b) des objets d'art africains sont conservés à l'étranger ; c) l'enfant apprend à lire dans une langue qu'il ne parle pas chez lui ; d) les jeunes ne regardent que des films étrangers.

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a) Enregistrer et publier les contes, organiser des veillées à l'école et à la radio.

b) Demander leur restitution et construire des musées pour les accueillir.

c) Enseigner la lecture d'abord dans la langue nationale de l'enfant, puis en français.

d) Soutenir la production de films africains et guinéens et leur diffusion à la télévision et en ligne.

3Exercice 3

Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Mariama parlait trois langues : le pular de sa mère, le soussou de la rue, le français de l'école. Pourtant, quand elle écrivait un poème, c'était toujours en français ; elle croyait que les autres langues ne savaient pas faire de la poésie. Un jour, sa grand-mère lui chanta une berceuse peule. Mariama pleura, sans comprendre pourquoi. »

a) Quel aspect du problème culturel ce texte illustre-t-il ?

b) Quelle croyance de Mariama révèle une forme d'aliénation ?

c) Que représente la berceuse de la grand-mère ?

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a) Le texte illustre le problème des langues et de l'aliénation culturelle : la langue de l'école est jugée supérieure.

b) Mariama croit que seul le français peut « faire de la poésie », et que ses langues maternelles n'en sont pas capables. Elle a intériorisé une hiérarchie des langues.

c) La berceuse représente la tradition orale et la beauté de la langue maternelle. En pleurant, Mariama découvre une émotion profonde que sa croyance lui cachait : sa culture est aussi capable de poésie.

4Exercice 4

Rédige un paragraphe argumenté sur l'idée : « L'ouverture aux autres cultures n'est pas un danger si l'on connaît bien la sienne. »

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Paragraphe modèle : S'ouvrir aux autres cultures n'est pas dangereux pour celui qui connaît bien la sienne. Au contraire, celui qui sait d'où il vient peut choisir dans les apports extérieurs ce qui l'enrichit, sans s'y perdre. Senghor résumait cet équilibre par la formule « enracinement et ouverture » : l'arbre bien enraciné peut étendre ses branches sans être renversé par le vent. Ainsi, un jeune Guinéen qui connaît son histoire, ses langues et l'épopée de Soundjata peut étudier les sciences ou la littérature étrangères sans devenir un étranger à lui-même. Le danger ne vient pas de l'ouverture, mais de l'ignorance de soi.

5Exercice 5

(Type BAC, dissertation)

Sujet : « L'Afrique a conquis son indépendance politique ; il lui reste à conquérir son indépendance culturelle. » Expliquez et discutez cette affirmation.

Rédige l'introduction et le plan détaillé.

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Introduction : Depuis la vague des indépendances, entre 1957 et le début des années 1960, les États africains sont politiquement souverains. Pourtant, certains affirment que « l'Afrique a conquis son indépendance politique ; il lui reste à conquérir son indépendance culturelle ». Cette formule suggère que la domination coloniale continue dans les esprits, à travers les langues, l'école et les modèles culturels. Dans quelle mesure l'Afrique reste-t-elle culturellement dépendante, et comment peut-elle s'affranchir sans se refermer ? Nous montrerons d'abord la réalité de cette dépendance, puis ses limites, avant de proposer les voies d'une indépendance culturelle ouverte.

I. Une dépendance culturelle réelle : langue de l'école et de l'État héritée de la colonisation ; aliénation analysée par Fanon ; domination des médias étrangers ; patrimoine dispersé.

II. Des signes de vitalité culturelle : littérature africaine reconnue (Kourouma, Monénembo) ; musiques et danses (Ballets africains) ; langues nationales vivantes ; épopée mandingue recueillie par Djibril Tamsir Niane.

III. Conquérir une indépendance culturelle ouverte : enseigner dans les langues nationales ; collecter la tradition orale ; soutenir la création ; « enracinement et ouverture ».

Conclusion : l'indépendance culturelle ne signifie pas le repli, mais la capacité de choisir et de créer à partir de soi-même.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui a écrit Nations nègres et culture (1954) ?
Voir la réponse

Réponse B : Cheikh Anta Diop. Cheikh Anta Diop y défend l'ancienneté des civilisations africaines et l'usage des langues africaines.

2Qu'est-ce que l'aliénation culturelle ?
Voir la réponse

Réponse B : la perte ou le mépris de sa propre culture au profit d'une autre. L'aliéné culturel devient étranger à sa propre culture.

3Laquelle de ces langues est une langue nationale de Guinée ?
Voir la réponse

Réponse B : le pular. Le pular, parlé notamment au Fouta-Djallon, est l'une des langues nationales guinéennes.

4Quelle attitude la plupart des écrivains recommandent-ils face aux autres cultures ?
Voir la réponse

Réponse C : l'ouverture en restant enraciné dans sa culture. C'est l'idée de Senghor : « enracinement et ouverture ».

5Quelle œuvre a fait connaître l'épopée de Soundjata en 1960 ?
Voir la réponse

Réponse A : Soundjata ou l'épopée mandingue, de Djibril Tamsir Niane. Djibril Tamsir Niane a transcrit le récit du griot et l'a publié en 1960.

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