Leçon 10 sur 26
Les Soleils des indépendances (Ahmadou Kourouma)
Je connais l'auteur, l'histoire, les personnages, les thèmes et l'écriture des Soleils des indépendances, et je sais les utiliser dans un commentaire ou une dissertation.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter Ahmadou Kourouma et le contexte du roman
- Résumer l'intrigue en trois parties et analyser les personnages principaux
- Expliquer les thèmes (désenchantement, fin d'un monde, condition de la femme) et l'originalité de la langue
Avant de commencer : Leçons sur les littératures des indépendances et sur tradition et modernité
1Je découvre
À Faranah, Ousmane a commencé Les Soleils des indépendances pour son BAC. Dès la première page, il bute sur des phrases étranges. Il demande à sa voisine Hawa, étudiante en lettres : « Pourquoi l'auteur écrit-il "les soleils" au lieu de "les années" ? On dirait qu'il parle maninka en français ! »
Hawa éclate de rire : « C'est exactement ça. Kourouma était malinké. Il a pensé son livre dans sa langue et l'a écrit en français. Tu vas voir, c'est un livre qui fait rire et pleurer en même temps. Fama, le héros, est un prince… qui mendie aux funérailles. »
Ousmane est intrigué : un prince mendiant, une langue française qui parle maninka, un pays imaginaire qui ressemble à tant d'autres.
Que raconte ce roman, pourquoi est-il devenu un classique, et comment en parler à l'examen ?
2Je comprends
1. L'auteur et l'œuvre
Ahmadou Kourouma (1927-2003) est un écrivain ivoirien d'origine malinké. Ancien tirailleur, il a ensuite fait des études d'actuariat (calcul des assurances) en France et a travaillé dans plusieurs pays africains. Il a connu les difficultés politiques de la jeune Côte d'Ivoire indépendante.
Les Soleils des indépendances est son premier roman. Refusé d'abord par des éditeurs français qui trouvaient sa langue trop « incorrecte », il paraît en 1968 au Canada, puis en France en 1970. Il devient l'un des romans africains les plus étudiés. Kourouma publiera ensuite Monnè, outrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) et Allah n'est pas obligé (2000, prix Renaudot).
Le titre signifie « l'ère des indépendances » : en malinké, le « soleil » désigne le jour et, par extension, l'époque. Le pluriel et le ton du livre font entendre une ironie amère.
2. Le cadre
L'action se déroule dans un pays imaginaire, la Côte des Ébènes, et dans une république voisine, dont dépend le Horodougou, terre natale de Fama. Deux lieux s'opposent :
- la capitale, ville du parti unique, des bureaux, de la misère des quartiers pauvres ;
- Togobala, village natal de Fama, autrefois capitale d'une chefferie prestigieuse, aujourd'hui pauvre et en ruine.
3. Résumé en trois parties
Première partie : Fama dans la capitale. Fama Doumbouya, dernier descendant légitime des princes du Horodougou, a lutté contre les colons. Mais l'indépendance l'a oublié : il n'a reçu ni poste ni commerce, seulement la carte d'identité et la carte du parti unique. Il vit des cadeaux distribués aux funérailles, parmi d'autres Malinkés ruinés. Sa femme, Salimata, fait vivre le couple en vendant de la nourriture au marché. Elle souffre de ne pas avoir d'enfant ; le roman revient sur son passé douloureux (excision, violences) et sur ses visites aux marabouts.
Deuxième partie : le retour à Togobala. À la mort de son cousin, Fama retourne dans son village pour les funérailles. Il y retrouve le griot et le vieux féticheur, derniers témoins de la grandeur passée. Il devient chef d'une chefferie qui n'a plus de pouvoir réel, car le parti et le comité du village décident. Selon la coutume, il hérite aussi d'une veuve de son cousin, la jeune Mariam, qu'il ramène en ville : la cohabitation avec Salimata est difficile.
Troisième partie : la chute. De retour dans la capitale, Fama est arrêté dans une affaire de complot politique et jeté dans un camp de détention. Libéré lors d'une amnistie, il n'a plus qu'un désir : retourner au Horodougou pour y mourir. À la frontière, empêché de passer, il se jette dans le fleuve ; il y est attaqué par un caïman sacré et meurt. Sa mort est présentée comme la fin d'une dynastie et d'un monde.
- 1Capitale : Fama, prince déchu, vit des funérailles ; Salimata le fait vivre
- 2Togobala : funérailles du cousin, chefferie sans pouvoir, héritage de Mariam
- 3Retour en ville : tensions entre les deux épouses
- 4Arrestation : complot, camp de détention
- 5Amnistie : Fama veut rentrer mourir au Horodougou
- 6Frontière : attaque du caïman sacré, mort de Fama et fin d'une dynastie
4. Les personnages
| Personnage | Portrait | Ce qu'il représente |
|---|---|---|
| Fama Doumbouya | prince malinké, fier, colérique, stérile, ruiné | la tradition aristocratique en déclin ; l'anti-héros des indépendances |
| Salimata | épouse de Fama, courageuse, pieuse, blessée | la femme victime des coutumes et de la violence, mais aussi la force qui fait vivre le foyer |
| Mariam | jeune veuve héritée par Fama | la coutume du lévirat, la jeunesse, la rivalité entre coépouses |
| Le griot | vieux djéli de Togobala | la mémoire de la dynastie, la parole traditionnelle |
| Le féticheur | vieux chasseur et féticheur | les croyances anciennes, la résistance du monde ancien |
Fama est un personnage ambigu : le narrateur se moque de sa vanité et de sa colère, mais montre aussi sa dignité blessée. Il ne comprend pas le monde nouveau, où l'argent et le parti remplacent la naissance et l'honneur. Sa stérilité a une valeur symbolique : la dynastie n'aura pas de descendance ; le monde qu'il représente est condamné.
5. Les grands thèmes
- Le désenchantement : l'indépendance, espérée comme une libération, n'apporte à Fama que misère, humiliation et prison. Le parti unique, les ministres, les complots sont décrits avec ironie.
- La fin d'un monde : la chefferie traditionnelle, déjà affaiblie par la colonisation, est achevée par l'État moderne. Fama est le dernier.
- La condition de la femme : à travers Salimata, Kourouma dénonce l'excision, les violences, la pression sur la femme sans enfant.
- La critique de la tradition elle-même : le roman n'idéalise pas le passé ; il montre aussi l'orgueil, la violence et les superstitions de la société malinké.
- Le destin et le sacré : présages, sacrifices, caïman sacré : le récit donne à la mort de Fama la grandeur d'une fin annoncée.
6. Une langue nouvelle
L'originalité majeure du roman est sa langue. Kourouma « malinkise » le français :
- il traduit littéralement des expressions malinké : « les soleils » pour les époques ;
- il crée des images et des comparaisons tirées de la vie africaine (animaux, brousse, marché) ;
- il emploie des insultes et jurons expressifs : on retient « bâtard de bâtardise » ;
- le narrateur ressemble à un griot : il commente, interpelle le lecteur, fait des digressions, se moque des personnages ;
- il mêle humour et tragique.
Kourouma a expliqué qu'il voulait faire entendre la manière de penser malinké à travers le français.
- Les époques, les années
- Narrateur neutre et discret
- Images de la tradition littéraire française
- Registre unique
- Les soleils
- Narrateur-griot qui commente et plaisante
- Images tirées de la brousse, des animaux, du marché
- Mélange de comique, de satire et de tragique
Méthode
Pour commenter un extrait des Soleils des indépendances :
- Je situe l'extrait dans l'une des trois parties (capitale, Togobala, chute).
- Je repère la voix du narrateur-griot : commentaires, ironie, adresses au lecteur.
- Je relève les « malinkismes » (images, expressions traduites) et j'explique leur effet.
- Je relie l'extrait à un thème : désenchantement, fin d'un monde, femme, sacré.
- Je montre le mélange des registres (comique et tragique).
Exemple
Question : Pourquoi peut-on dire que Fama est un anti-héros ?
Réponse rédigée : Fama possède tous les titres d'un héros : il est prince, héritier d'une dynastie glorieuse, et il a combattu la colonisation. Pourtant, Kourouma le montre ruiné, réduit à vivre des cadeaux des funérailles, incapable de s'adapter au monde nouveau, colérique et vaniteux. Il n'accomplit aucun exploit ; il subit, jusqu'à la prison et à la mort. Ce décalage entre sa naissance et sa vie fait de lui un anti-héros, symbole d'une aristocratie que l'histoire a vaincue.
Exemple
Question : Quelle est la signification de la mort de Fama ?
Réponse rédigée : La mort de Fama, attaqué par un caïman sacré en voulant rejoindre le Horodougou, a une valeur symbolique. Fama meurt sur la frontière, c'est-à-dire entre deux mondes : l'État moderne qui le rejette et la terre de ses ancêtres qu'il ne peut plus atteindre. Le caïman, animal sacré, semble accomplir un destin annoncé. Comme Fama n'a pas d'enfant, sa mort marque la fin de la dynastie Doumbouya et, plus largement, la disparition d'un ordre traditionnel que les indépendances ont achevé.
3Je retiens
Je retiens
Auteur : Ahmadou Kourouma (1927-2003), Ivoirien d'origine malinké. Roman paru en 1968 (Canada), puis 1970 (France).
Titre : « soleils » = époques en malinké ; « les soleils des indépendances » = l'ère des indépendances, jugée avec amertume.
Cadre : la Côte des Ébènes (pays imaginaire), la capitale et Togobala au Horodougou.
Intrigue : Fama, prince déchu, vit des funérailles ; retour à Togobala ; arrestation ; amnistie ; mort à la frontière (caïman sacré).
Personnages : Fama (anti-héros stérile), Salimata (femme blessée et courageuse), Mariam (épouse héritée).
Thèmes : désenchantement, fin d'un monde, condition de la femme, critique de la tradition, destin.
Écriture : français malinkisé, narrateur-griot, ironie, mélange du comique et du tragique.
4Erreurs fréquentes
- Écrire que Kourouma est guinéen ou malien : il est ivoirien, d'origine malinké.
- Croire que le roman idéalise la tradition : Kourouma critique aussi l'orgueil de Fama et les violences faites aux femmes.
- Considérer la langue du roman comme des « fautes » : c'est un choix d'écriture conscient.
- Raconter l'intrigue sans l'analyser : chaque épisode doit servir à prouver une idée.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Présente l'auteur en trois lignes.
b) Explique le sens du titre.
c) Quelles sont les trois grandes parties du roman ?
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a) Ahmadou Kourouma (1927-2003) est un écrivain ivoirien d'origine malinké. Après avoir été tirailleur puis actuaire, il publie en 1968 Les Soleils des indépendances, puis d'autres romans dont Allah n'est pas obligé (2000, prix Renaudot).
b) En malinké, le « soleil » désigne le jour et l'époque. « Les soleils des indépendances » signifie donc « l'ère des indépendances », avec une nuance d'ironie amère, puisque cette époque n'apporte à Fama que le malheur.
c) La vie de Fama dans la capitale ; le retour à Togobala pour les funérailles de son cousin ; la chute (arrestation, détention, amnistie, mort à la frontière).
2Exercice 2
Associe chaque personnage à ce qu'il symbolise : Fama ; Salimata ; Mariam ; le griot de Togobala.
a) la mémoire de la dynastie ; b) l'aristocratie traditionnelle en déclin ; c) la coutume de l'héritage des veuves ; d) la femme blessée qui fait vivre le foyer.
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Fama : b. Salimata : d. Mariam : c. Le griot : a.
3Exercice 3
Lis ce passage écrit pour la leçon, à la manière de Kourouma.
« Fama avait vu passer des soleils et des soleils depuis les indépendances, et aucun ne s'était levé pour lui. Les soleils des indépendances, ça se levait pour les fils d'esclaves devenus ministres, ça brillait pour les commerçants à grosse panse, ça chauffait les bureaux du parti ; pour le fils des Doumbouya, ça ne donnait que de l'ombre et de la poussière. »
a) Relève les procédés qui rappellent l'écriture de Kourouma.
b) Quelle critique sociale est exprimée ?
c) Montre que ce passage révèle aussi l'orgueil de Fama.
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a) L'image des « soleils » pour les époques ; la répétition « des soleils et des soleils » ; l'anaphore familière « ça se levait… ça brillait… ça chauffait », proche de l'oral ; l'expression imagée « commerçants à grosse panse ».
b) Le passage dénonce l'injustice des indépendances : elles profitent aux ministres, aux commerçants enrichis et au parti, tandis que les autres restent dans « l'ombre et la poussière ».
c) Fama méprise les nouveaux puissants en les appelant « fils d'esclaves » : il juge les hommes selon leur naissance. Ce mépris montre son orgueil aristocratique et son incapacité à accepter le monde nouveau.
4Exercice 4
Rédige un paragraphe argumenté montrant que Les Soleils des indépendances est un roman du désenchantement.
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Paragraphe modèle : Les Soleils des indépendances est un roman du désenchantement, car il montre qu'un homme qui avait tout espéré de l'indépendance n'en reçoit que des malheurs. Fama Doumbouya a combattu les colons ; pourtant, l'État nouveau ne lui offre ni poste ni commerce, seulement la carte d'identité et celle du parti unique. Réduit à vivre des funérailles, il finit arrêté dans une affaire de complot et enfermé dans un camp. Kourouma décrit ce parcours avec une ironie amère qui dénonce le parti unique et la confiscation des richesses. Le titre même, « les soleils des indépendances », sonne comme une promesse trahie.
5Exercice 5
(Type BAC, dissertation)
Sujet : « Dans Les Soleils des indépendances, Kourouma pleure la disparition d'un monde tout en montrant qu'il devait disparaître. » Expliquez et discutez cette affirmation.
Rédige l'introduction et le plan détaillé.
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Introduction : Paru en 1968, Les Soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma raconte la chute de Fama Doumbouya, dernier prince du Horodougou, dans une Afrique devenue indépendante. On a pu dire que Kourouma « pleure la disparition d'un monde tout en montrant qu'il devait disparaître ». Cette formule souligne l'ambiguïté du regard de l'auteur sur la tradition. Comment le romancier exprime-t-il à la fois la nostalgie et la critique ? Nous verrons d'abord que le roman est une plainte pour un monde qui meurt, puis qu'il montre les faiblesses de ce monde.
I. Un chant funèbre pour un monde qui disparaît : la grandeur passée de Togobala et de la dynastie ; le griot et le féticheur, derniers témoins ; la mort de Fama au caïman sacré, fin tragique d'une lignée.
II. Un monde qui portait sa propre fin : l'orgueil et la vanité de Fama, incapable de s'adapter ; la stérilité, symbole d'un monde sans avenir ; les violences de la tradition envers les femmes (Salimata).
III. Une critique qui vise aussi le présent : le monde nouveau ne vaut pas mieux (parti unique, complots, camps) ; Kourouma refuse l'idéalisation du passé comme celle du présent.
Conclusion : le roman n'est ni nostalgique ni moderniste ; il montre une Afrique entre deux mondes, et c'est dans cette lucidité que réside sa force.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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