Leçon 2 sur 16
Le problème de la vérité scientifique
Je sais expliquer comment la science établit ses vérités, pourquoi elles sont solides mais provisoires, et discuter ce problème dans une dissertation.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la vérité et distinguer vérité, certitude et opinion
- Expliquer la méthode expérimentale et le critère de réfutabilité
- Montrer que la vérité scientifique est à la fois rigoureuse et révisable
Avant de commencer : Rapports entre science et technique (leçon précédente)
1Je découvre
Pendant l'épidémie de maladie à virus Ebola qui a frappé la Guinée à partir de 2014, beaucoup de rumeurs circulaient dans les villages de Guinée forestière : certains disaient que la maladie était une malédiction, d'autres qu'elle venait des équipes de soins elles-mêmes. Les médecins, eux, affirmaient qu'il s'agissait d'un virus transmis par contact avec les liquides du corps d'un malade.
Fatoumata, élève en Terminale à Nzérékoré, entend ces deux discours à la maison. Elle se demande : pourquoi faudrait-il croire les médecins plutôt que les rumeurs ? La science a pourtant déjà changé d'avis dans l'histoire : on a longtemps cru que le Soleil tournait autour de la Terre. Si la science se trompe parfois, est-elle vraiment plus sûre que l'opinion ?
Qu'est-ce qui fait la valeur de la vérité scientifique : est-elle une vérité absolue et définitive, ou une vérité provisoire toujours susceptible d'être corrigée ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce que la vérité ?
La vérité est la qualité d'un jugement (d'une affirmation) qui est conforme à la réalité. « Il pleut à Conakry » est vrai s'il pleut effectivement à Conakry. C'est la définition classique de la vérité comme correspondance entre la pensée et le réel.
Il ne faut pas confondre :
- la vérité, qui dépend de la réalité ;
- la certitude, qui est un état d'esprit : je suis certain, mais je peux me tromper ;
- l'opinion, qui est un jugement non vérifié, reçu de la tradition, de la rumeur ou des habitudes ;
- la croyance, qui est une adhésion sans preuve (elle peut être religieuse, et relève alors de la foi, non de la science).
La science se distingue de l'opinion parce qu'elle prouve ce qu'elle avance. Le philosophe Gaston Bachelard écrivait que l'opinion « pense mal », et même qu'elle « ne pense pas » : elle traduit des besoins en connaissances. La science doit donc d'abord rompre avec l'opinion.
2. Comment la science établit-elle ses vérités ?
Dans les sciences de la nature, la méthode de référence est la méthode expérimentale, décrite par le médecin français Claude Bernard au XIXe siècle. Elle comprend trois moments : l'observation d'un fait, la formulation d'une hypothèse qui l'explique, la vérification de l'hypothèse par une expérience que d'autres peuvent refaire.
- 1Observation : un fait surprenant est constaté
- 2Hypothèse : une explication possible est proposée
- 3Expérience : on teste l'hypothèse dans des conditions contrôlées
- 4Résultat : l'hypothèse est confirmée ou rejetée
- 5Loi ou théorie : l'explication confirmée est généralisée et publiée
Dans les mathématiques, la vérité s'établit autrement : par la démonstration, c'est-à-dire un enchaînement logique à partir d'axiomes et de définitions. Une vérité mathématique n'a pas besoin d'expérience ; elle doit être cohérente (sans contradiction).
La vérité scientifique a donc des caractères précis : elle est démontrée ou vérifiée, objective (elle ne dépend pas de l'avis personnel du savant), universelle (valable partout où les conditions sont les mêmes) et communicable (tout le monde peut la contrôler).
Exemple
Situation : un paysan de Kindia remarque que ses plants de manioc jaunissent dans une parcelle et pas dans l'autre.
Opinion : « la parcelle est maudite » ou « c'est le mauvais œil ». Aucune vérification n'est possible.
Démarche scientifique : observation (jaunissement localisé) ; hypothèse (manque d'un élément nutritif, ou maladie) ; expérience (analyser le sol des deux parcelles, traiter une moitié de la parcelle malade et comparer) ; résultat vérifiable par tout agronome.
Conclusion : la vérité scientifique se distingue de l'opinion non parce qu'elle est affirmée avec force, mais parce qu'elle est mise à l'épreuve.
3. Une vérité définitive ? Les limites de la vérité scientifique
Au XIXe siècle, le philosophe Auguste Comte pensait que la science « positive » atteindrait des lois certaines et définitives. Pourtant, l'histoire des sciences montre de nombreux changements :
- pendant des siècles, on a cru que la Terre était immobile au centre de l'univers (géocentrisme) ; en 1543, Copernic propose que la Terre tourne autour du Soleil (héliocentrisme) ;
- la physique de Newton, tenue pour parfaite, a été dépassée au XXe siècle par la relativité d'Einstein pour les très grandes vitesses et les très grandes masses.
Le philosophe Karl Popper en tire une idée décisive : une théorie scientifique n'est jamais définitivement prouvée, car aucun nombre d'expériences réussies ne garantit que la prochaine réussira aussi. En revanche, une seule expérience contraire suffit à la réfuter. D'où son critère : une théorie est scientifique si elle est réfutable (ou falsifiable), c'est-à-dire si l'on peut imaginer une expérience qui la contredirait. Une affirmation qui explique tout et ne peut jamais être prise en défaut n'est pas scientifique.
Exemple
Exemple de Popper adapté : « Tous les cygnes sont blancs. »
Mille cygnes blancs observés ne prouvent pas définitivement cette loi ; un seul cygne noir suffit à la réfuter (et il en existe).
Application : « Ebola se transmet par contact avec les liquides corporels d'un malade » est une affirmation réfutable : si l'on observait des contaminations sans aucun contact, il faudrait la corriger. Elle est scientifique parce qu'elle prend ce risque et qu'elle a résisté aux tests.
À l'inverse, « la maladie frappe ceux que le mauvais sort a choisis » ne peut être contredite par aucun fait : ce n'est pas une affirmation scientifique.
Bachelard parle d'obstacles épistémologiques : habitudes de pensée, images trompeuses, premières impressions qui empêchent la science d'avancer. La science progresse en rectifiant ses erreurs. Pour lui, la vérité scientifique est une « erreur rectifiée ». Le philosophe américain Thomas Kuhn ajoute que l'histoire des sciences connaît des révolutions : un modèle d'explication dominant (un paradigme) est remplacé par un autre lorsqu'il ne parvient plus à expliquer trop de faits.
4. Provisoire, mais pas arbitraire
Faut-il en conclure que la science ne vaut pas mieux que l'opinion ? Non. Trois raisons :
- Le progrès est cumulatif en grande partie : la théorie de Newton reste vraie dans son domaine ; on calcule toujours avec elle la trajectoire d'un ballon ou la résistance d'un pont. La nouvelle théorie englobe l'ancienne et en fixe les limites.
- La correction vient de la science elle-même : ce sont des savants, par de nouvelles expériences, qui corrigent les anciens savants. L'opinion, elle, ne se corrige pas par sa propre méthode.
- Le caractère provisoire est une force : une connaissance qui accepte d'être contrôlée et corrigée est plus fiable qu'une affirmation qui refuse toute vérification.
- Reçue sans examen
- Ne se laisse pas contredire
- Dépend des personnes
- Se croit définitive
- Ne progresse pas
- Construite par une méthode
- Accepte la réfutation
- Objective et universelle
- Se sait révisable
- Progresse en corrigeant ses erreurs
La vérité scientifique est donc une vérité approchée, relative à l'état des connaissances, mais rigoureusement établie. Pour Fatoumata, la réponse est claire : il est raisonnable de suivre les médecins, non parce qu'ils ne se trompent jamais, mais parce que leurs affirmations ont été vérifiées et restent ouvertes au contrôle.
Méthode
Pour traiter un sujet sur la vérité scientifique :
- Définis vérité, science, et distingue vérité, certitude et opinion.
- Pose le problème : la science atteint-elle une vérité absolue ou seulement provisoire ? Est-elle, pour cette raison, moins fiable ?
- Partie 1 : la science produit des vérités solides (méthode expérimentale, démonstration, objectivité, universalité).
- Partie 2 : mais ces vérités sont révisables (histoire des sciences, réfutabilité de Popper, erreur rectifiée de Bachelard, révolutions de Kuhn).
- Partie 3 : ce caractère provisoire n'est pas une faiblesse mais la marque de l'esprit scientifique.
- Illustre chaque partie par un exemple précis.
3Je retiens
Je retiens
La vérité est la conformité du jugement avec la réalité ; elle se distingue de la certitude (état d'esprit) et de l'opinion (jugement non vérifié).
La science établit ses vérités par la méthode expérimentale (observation, hypothèse, expérience : Claude Bernard) ou par la démonstration (mathématiques).
La vérité scientifique est objective, universelle, vérifiable et communicable.
Popper : une théorie est scientifique si elle est réfutable ; elle n'est jamais définitivement prouvée.
Bachelard : la science rompt avec l'opinion et progresse en rectifiant ses erreurs (obstacles épistémologiques).
Kuhn : la science connaît des révolutions (changements de paradigme).
La vérité scientifique est provisoire mais non arbitraire : sa révisabilité fait sa force.
4Erreurs fréquentes
- Conclure que « la science se trompe, donc elle ne vaut rien » : c'est confondre une vérité révisable avec une opinion arbitraire.
- Présenter la vérité scientifique comme un dogme définitif : l'histoire des sciences (géocentrisme, Newton et Einstein) montre qu'elle évolue.
- Confondre vérité et certitude : on peut être sûr de soi et se tromper ; la vérité dépend de la réalité, non de notre conviction.
- Mélanger science et foi religieuse : elles n'ont pas le même objet ni la même méthode ; un devoir de philosophie les distingue sans les mépriser.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis la vérité, puis explique la différence entre vérité et opinion à l'aide d'un exemple.
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La vérité est la conformité d'un jugement avec la réalité. L'opinion est un jugement reçu sans vérification (tradition, rumeur, habitude). Exemple : dire « la fièvre vient toujours du soleil » est une opinion ; dire « cette fièvre est due au paludisme » après un test de dépistage positif est une vérité vérifiée. La différence tient à la preuve.
2Exercice 2
Remets dans l'ordre les étapes de la méthode expérimentale : expérience ; hypothèse ; observation ; loi ; interprétation du résultat.
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Observation, hypothèse, expérience, interprétation du résultat, loi.
3Exercice 3
Selon le critère de Popper, dis si chaque affirmation est scientifique (réfutable) ou non, et justifie.
a) « L'eau pure bout à 100 °C sous la pression atmosphérique normale. »
b) « Tout ce qui arrive est voulu par le destin. »
c) « Les moustiques anophèles transmettent le paludisme. »
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a) Scientifique : on peut faire l'expérience ; si l'eau pure bouillait à une autre température dans ces conditions, l'affirmation serait réfutée.
b) Non scientifique : aucun fait ne peut la contredire, puisque tout événement, quel qu'il soit, est déclaré voulu par le destin.
c) Scientifique : on peut la tester (examiner les moustiques, étudier la transmission) ; elle a résisté aux tests et reste réfutable en principe.
4Exercice 4
Explique la formule de Bachelard : la vérité scientifique est une « erreur rectifiée ». Donne un exemple tiré de l'histoire des sciences.
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Pour Bachelard, la science n'avance pas en ajoutant des vérités à partir de rien, mais en corrigeant les erreurs antérieures ; chaque vérité est une erreur dépassée. Exemple : le géocentrisme (la Terre immobile au centre) a été corrigé par l'héliocentrisme de Copernic (1543) ; plus tard, la physique de Newton a été complétée par la relativité d'Einstein. La vérité actuelle est le résultat de ces rectifications.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « La vérité scientifique est-elle définitive ? » Rédige une problématique et un plan détaillé en trois parties avec au moins un auteur et un exemple par partie.
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Problématique : si la science se fonde sur des preuves, ses vérités devraient être définitives ; pourtant l'histoire montre que les théories changent. La vérité scientifique est-elle alors absolue, ou seulement provisoire, et dans ce cas garde-t-elle sa valeur ?
I. La vérité scientifique semble définitive : elle est prouvée (méthode expérimentale de Claude Bernard, démonstration mathématique), objective et universelle. Exemple : le théorème de Pythagore ou la loi de l'ébullition de l'eau. Auguste Comte croyait à des lois positives définitives.
II. Pourtant elle est révisable : géocentrisme puis héliocentrisme ; Newton puis Einstein. Popper : une théorie n'est jamais vérifiée définitivement, mais peut être réfutée. Kuhn : révolutions scientifiques.
III. Ce caractère provisoire fait sa force : Bachelard, l'« erreur rectifiée » ; la science se corrige par sa propre méthode ; l'ancienne théorie reste valable dans son domaine. Exemple : la recherche sur Ebola a amélioré les traitements au fil des connaissances.
Conclusion : la vérité scientifique n'est pas définitive, mais elle est la plus fiable des vérités sur la nature, car elle accepte d'être contrôlée.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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