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Philosophie · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 8 sur 12

La liberté

Je sais définir la liberté dans ses différents sens, discuter le problème du libre arbitre face aux déterminismes et expliquer le rapport entre liberté, loi et responsabilité.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Distinguer liberté physique, liberté morale (libre arbitre) et liberté politique
  • Discuter la liberté face aux déterminismes (Spinoza, Descartes, Sartre)
  • Montrer que la liberté n'est pas l'absence de règles mais l'autonomie et la responsabilité

Avant de commencer : La morale ; le droit

1Je découvre

Kadiatou vient d'obtenir son BEPC à Kindia. Elle rêve de faire des études de médecine, mais sa famille voudrait qu'elle reste près d'elle et aide au commerce. Son cousin Lansana lui dit : « Tu es libre, fais ce que tu veux ! » Son amie Hawa répond : « Libre ? Nous ne choisissons ni notre famille, ni notre pays, ni l'argent de nos parents. Tout est déjà écrit. »

Kadiatou réfléchit. Elle sait qu'elle ne peut pas tout faire : elle dépend de sa santé, des moyens de sa famille, des lois, de la société. Mais elle sent aussi qu'au moment de décider, c'est elle qui choisit, et qu'elle devra assumer ce choix.

Sommes-nous vraiment libres, ou nos choix sont-ils déterminés par des causes que nous ignorons ? Et être libre, est-ce faire tout ce que l'on veut ?

2Je comprends

1. Les différents sens du mot liberté

Au sens général, la liberté est l'absence de contrainte : est libre celui qui peut agir selon sa volonté. Mais ce mot a plusieurs sens qu'il faut distinguer :

  • la liberté physique (ou naturelle) : pouvoir se mouvoir, agir sans obstacle matériel (le prisonnier ou l'esclave en est privé) ;
  • la liberté psychologique ou métaphysique, appelée libre arbitre : le pouvoir de la volonté de choisir entre plusieurs possibles, de se déterminer soi-même ;
  • la liberté morale : la maîtrise de soi, l'autonomie (du grec autos, soi-même, et nomos, loi) : se donner à soi-même sa loi par la raison, au lieu d'obéir à ses passions ;
  • la liberté politique et civile : les droits reconnus aux citoyens par la loi (liberté d'expression, de conscience, de réunion, d'aller et venir, de vote).
Conception courante
  • Faire tout ce que je veux
  • Absence de toute règle
  • Céder à tous mes désirs
  • Liberté contre les autres
Conception philosophique
  • Me déterminer selon la raison
  • Obéissance à une loi que je me donne
  • Maîtriser mes désirs
  • Liberté avec les autres, garantie par la loi
La liberté n'est pas le caprice.

2. Le libre arbitre : sommes-nous vraiment libres ?

a) Le point de vue du libre arbitre. Pour René Descartes, la volonté humaine est si étendue qu'elle est ce qui nous rend le plus semblables à Dieu. Nous faisons l'expérience intérieure de notre liberté : au moment de choisir, nous sentons que nous pourrions faire autrement. Descartes distingue la liberté d'indifférence (choisir sans raison de préférer un côté plutôt que l'autre), qu'il considère comme le plus bas degré de la liberté, et la liberté éclairée, qui choisit le bien que la raison connaît clairement.

b) Les déterminismes. On appelle déterminisme l'idée que tout événement a des causes qui le produisent nécessairement. L'homme serait déterminé :

  • biologiquement : par son corps, ses gènes, ses besoins ;
  • psychologiquement : par son caractère, ses habitudes, et selon Freud par un inconscient qui agit en lui sans qu'il le sache ;
  • socialement : par son éducation, son milieu, sa langue, sa religion, la situation économique de sa famille.

Baruch Spinoza radicalise cette critique : les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions et de leurs désirs, mais ignorent les causes qui les déterminent. Il compare cette illusion à celle d'une pierre lancée qui, si elle pouvait penser, croirait continuer son mouvement par sa propre volonté.

Exemple

Analyse de l'illusion selon Spinoza.

Situation : Mamadou dit : « J'ai choisi librement de supporter telle équipe de football. »

Analyse déterministe : il supporte l'équipe de son père et de son quartier ; il a été entouré dès l'enfance de supporters ; ses amis partagent ce choix. Il a conscience de son désir, mais il ignore (ou oublie) les causes qui l'ont formé.

Conclusion de Spinoza : le sentiment d'être libre ne prouve pas la liberté ; il peut n'être que l'ignorance des causes.

Mais Spinoza ne supprime pas toute liberté : pour lui, la vraie liberté consiste à comprendre les causes qui nous déterminent et à agir selon la nécessité de notre propre nature, guidée par la raison.

c) La liberté comme choix et responsabilité : Sartre. Pour Jean-Paul Sartre, l'homme n'a pas de nature fixée d'avance : « l'existence précède l'essence ». L'homme existe d'abord, puis il se définit par ses actes. Il est donc radicalement libre ; il est même, selon sa formule, « condamné à être libre » : même ne pas choisir, c'est encore choisir. Les déterminismes existent (Sartre parle de situation), mais ils ne décident pas à notre place : c'est nous qui leur donnons un sens. Celui qui dit « je n'avais pas le choix » est, selon Sartre, de mauvaise foi : il fuit sa responsabilité.

Exemple

Application à la situation de Kadiatou.

Déterminismes : sa famille, ses moyens financiers, les places disponibles à l'université, le fait d'être une jeune fille dans une société qui attend certaines choses d'elle.

Liberté selon Sartre : ces faits sont sa situation, mais ils ne décident pas seuls. Elle peut chercher une bourse, discuter avec ses parents, travailler davantage, ou choisir une autre voie. Quelle que soit sa décision, elle en est responsable.

Synthèse : la liberté ne consiste pas à échapper à toute détermination, mais à agir dans une situation donnée en lui donnant un sens.

3. Liberté et loi

La liberté est-elle le contraire de la loi ? Non, selon de nombreux philosophes.

Rousseau distingue la liberté naturelle, limitée seulement par les forces de l'individu, et la liberté civile, limitée par la volonté générale. Il ajoute que l'impulsion du seul appétit est esclavage, tandis que « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Être libre, ce n'est pas faire n'importe quoi : c'est obéir à une loi que l'on s'est donnée.

Montesquieu, dans De l'esprit des lois, affirme que dans une société où il y a des lois, la liberté consiste à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et que la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. Sans loi, le plus fort écraserait le plus faible et plus personne ne serait libre.

  1. 1Liberté naturelle : je fais ce que ma force me permet, mais le plus fort peut m'en priver
  2. 2Contrat social : chacun accepte des lois communes
  3. 3Liberté civile : mes droits sont garantis par la loi et protégés contre les plus forts
  4. 4Autonomie : j'obéis à la loi que je reconnais comme juste, je ne suis plus esclave de mes désirs
De la liberté naturelle à la liberté civile et morale (d'après Rousseau).

Le Code de la route en est une bonne image : sans règles, la circulation à Conakry serait un chaos où personne ne pourrait avancer ; les règles limitent chacun pour que tous puissent circuler. De même, la liberté de chacun s'arrête là où commence celle des autres, et la loi fixe cette limite.

4. Liberté et responsabilité

Être libre, c'est aussi être responsable : répondre de ses actes, en assumer les conséquences. Si l'homme n'était pas libre, on ne pourrait ni le punir ni le récompenser, ni le féliciter ni le blâmer ; la morale et le droit n'auraient aucun sens. La responsabilité est donc la preuve pratique de la liberté : c'est parce que nous nous tenons pour libres que nous pouvons vivre ensemble selon des règles.

Méthode

Pour traiter un sujet sur la liberté :

  1. Distingue les sens : liberté physique, libre arbitre, liberté morale (autonomie), liberté politique.
  2. Repère le problème : liberté ou déterminisme ? liberté et loi ? liberté et responsabilité ?
  3. Mobilise les thèses : Descartes (libre arbitre), Spinoza (illusion de la liberté), Freud (inconscient), Sartre (condamné à être libre), Rousseau et Montesquieu (liberté et loi).
  4. Illustre par des choix concrets : orientation scolaire, mariage, vote, travail.
  5. Conclus : la liberté n'est pas donnée, elle se conquiert par la connaissance, la raison et la loi.

3Je retiens

Je retiens

Liberté : absence de contrainte ; plusieurs sens : physique, libre arbitre, morale (autonomie), politique.

Libre arbitre (Descartes) : pouvoir de la volonté de choisir ; la liberté d'indifférence en est le plus bas degré.

Déterminismes : biologiques, psychologiques (inconscient de Freud), sociaux.

Spinoza : les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent ; la vraie liberté est de comprendre la nécessité.

Sartre : « l'existence précède l'essence » ; l'homme est « condamné à être libre » et responsable ; la mauvaise foi fuit cette responsabilité.

Rousseau : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Montesquieu : la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent.

Liberté et responsabilité sont inséparables.

4Erreurs fréquentes

  • Définir la liberté comme « faire tout ce qu'on veut » sans la discuter : c'est le point de départ, pas la conclusion.
  • Opposer simplement liberté et loi : pour Rousseau et Montesquieu, la loi juste est la condition de la liberté.
  • Croire que les déterminismes suppriment toute liberté : ils limitent l'action, mais l'homme peut les connaître et agir en situation.
  • Confondre les sens du mot : un prisonnier est privé de liberté physique, mais il garde sa liberté de penser.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Question de cours) Définis la liberté et distingue la liberté physique, le libre arbitre et la liberté politique, avec un exemple pour chacune.

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La liberté est, au sens général, l'absence de contrainte : pouvoir agir selon sa volonté.

Liberté physique : pouvoir se déplacer sans obstacle ; exemple : un détenu en est privé.

Libre arbitre : pouvoir de la volonté de choisir entre plusieurs possibles ; exemple : choisir sa série au lycée.

Liberté politique : droits reconnus par la loi aux citoyens ; exemple : le droit de voter ou de s'exprimer.

2Exercice 2

Explique l'idée de Spinoza selon laquelle la liberté est une illusion. Donne un exemple personnel ou tiré de la vie guinéenne.

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Pour Spinoza, les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs désirs et de leurs actions, mais ils ignorent les causes qui les déterminent. Le sentiment de liberté ne prouve donc rien. Exemple : un jeune qui « choisit » de devenir commerçant comme son père croit décider seul, mais son choix a été préparé par son éducation, son entourage et les possibilités de sa famille.

3Exercice 3

Que veut dire Sartre lorsqu'il affirme que l'homme est « condamné à être libre » ? Qu'est-ce que la mauvaise foi ?

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Sartre veut dire que l'homme ne peut pas échapper à la liberté : il n'a pas de nature fixée d'avance, il doit sans cesse choisir ce qu'il fait et ce qu'il devient ; même refuser de choisir est encore un choix. La liberté est une « condamnation » car elle entraîne une responsabilité totale. La mauvaise foi est l'attitude de celui qui se ment à lui-même en prétendant qu'il n'avait pas le choix, pour échapper à sa responsabilité (« ce n'est pas ma faute, c'est mon caractère, c'est la société »).

4Exercice 4

Explique la phrase de Rousseau : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». En quoi s'oppose-t-elle à la conception courante de la liberté ?

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Pour Rousseau, celui qui suit seulement ses désirs est esclave de ses passions ; il est libre au contraire lorsqu'il obéit à une loi que sa raison reconnaît comme juste et qu'il s'est donnée lui-même (autonomie). Cela s'oppose à la conception courante, qui voit dans la liberté l'absence de toute règle et la satisfaction de tous les désirs. Pour Rousseau, loi et liberté ne s'opposent pas : la bonne loi est la condition de la liberté.

5Exercice 5

(Type BAC) Sujet : « Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? » Rédige l'introduction complète et le plan détaillé.

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Introduction : Pour beaucoup de jeunes, être libre, c'est enfin pouvoir faire ce que l'on veut, sans parents ni maîtres pour interdire. La liberté est ici comprise comme l'absence de contrainte et la satisfaction de ses désirs. Mais celui qui suit tous ses désirs n'en devient-il pas l'esclave ? Et une société où chacun ferait ce qu'il veut ne serait-elle pas dominée par les plus forts ? Le problème est donc de savoir si la liberté consiste à suivre sa volonté sans limite, ou si elle suppose la maîtrise de soi et le respect de lois. Nous verrons que la liberté semble d'abord être le pouvoir de faire ce que l'on veut, puis que cette conception conduit à l'esclavage, enfin que la vraie liberté est l'autonomie garantie par la loi.

Plan détaillé :

I. Être libre semble être faire ce que l'on veut : absence de contrainte, expérience du libre arbitre (Descartes) ; exemple du jeune qui quitte la maison familiale.

II. Mais faire ce que l'on veut n'est pas être libre : esclavage des désirs (Rousseau) ; illusion de la liberté et ignorance des causes (Spinoza, Freud) ; sans loi, le plus fort domine.

III. La vraie liberté est l'autonomie et la responsabilité : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » ; la liberté est le droit de faire ce que les lois permettent (Montesquieu) ; Sartre : l'homme se fait par ses choix et en répond.

Conclusion : être libre, ce n'est pas faire tout ce que l'on veut, c'est vouloir ce que la raison approuve et agir de manière responsable avec les autres.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'appelle-t-on le libre arbitre ?
Voir la réponse

Réponse B : le pouvoir de la volonté de choisir entre plusieurs possibles. Le libre arbitre est la liberté de la volonté, indépendamment des obstacles physiques.

2Selon Spinoza, pourquoi les hommes se croient-ils libres ?
Voir la réponse

Réponse B : parce qu'ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent. Pour Spinoza, le sentiment de liberté vient de l'ignorance des causes.

3Quelle formule est de Sartre ?
Voir la réponse

Réponse C : « l'homme est condamné à être libre ». Pour Sartre, l'homme ne peut pas échapper à la liberté ni à la responsabilité de ses choix.

4Qu'est-ce que l'autonomie ?
Voir la réponse

Réponse B : se donner à soi-même sa loi par la raison. Autonomie vient de « autos » (soi-même) et « nomos » (loi).

5Pour Montesquieu, la liberté est :
Voir la réponse

Réponse B : le droit de faire tout ce que les lois permettent. Sans loi, les plus forts priveraient les autres de leur liberté.

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