Leçon 12 sur 16
La dissertation philosophique : méthode
Je sais analyser un sujet de philosophie, construire une problématique et un plan, et rédiger une dissertation complète (introduction, développement, conclusion) le jour du BAC.
- 1 h 15
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Analyser un sujet et en dégager le problème
- Choisir et construire un plan (dialectique, analytique, progressif)
- Rédiger une introduction, des paragraphes argumentés, des transitions et une conclusion
Avant de commencer : Les leçons de philosophie de Terminale (science et technique, morale et droit, philosophie politique)
1Je découvre
La veille de l'épreuve de philosophie du BAC, Ibrahima, élève de Terminale SE à Labé, relit ses cours. Il connaît bien Kant, Rousseau et Descartes. Pourtant, lors du dernier devoir, il a obtenu une note faible. Sur sa copie, le professeur a écrit : « Récitation du cours. Où est le problème ? Où est votre réflexion ? Pas de plan clair. »
Sa camarade Kadiatou, qui connaît moins d'auteurs, a eu une bien meilleure note. Son secret : « Au brouillon, je cherche la question cachée derrière la question, puis je construis un plan où chaque partie y répond. Les auteurs, je ne les utilise que s'ils servent mon idée. »
Comment réussir une dissertation philosophique : quelles étapes suivre, du brouillon à la copie finale ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'une dissertation philosophique ?
La dissertation philosophique est une réflexion argumentée, organisée et personnelle sur une question posée, qui cherche à résoudre un problème. Elle ne consiste pas à réciter le cours, ni à donner son opinion sans preuve, mais à examiner plusieurs réponses possibles, à les justifier, à les critiquer, et à aboutir à une conclusion claire.
Les sujets se présentent sous trois formes principales :
- une question : « La liberté est-elle l'absence de contrainte ? » ;
- une citation à discuter : « "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." Commentez et discutez. » ;
- une notion ou une comparaison : « Droit et morale », « La technique libère-t-elle l'homme ? ».
2. Les étapes du travail au brouillon
- 1Lire le sujet plusieurs fois et souligner les mots clés
- 2Définir chaque terme et repérer les présupposés du sujet
- 3Formuler le problème (la problématique) sous forme de question
- 4Rechercher les idées, arguments, exemples et auteurs
- 5Construire le plan détaillé (parties, sous-parties, exemples)
- 6Rédiger au brouillon l'introduction et la conclusion
- 7Rédiger la copie au propre et se relire
Consacre environ un tiers du temps au brouillon et le reste à la rédaction et à la relecture. Ne rédige jamais tout le devoir au brouillon : tu n'aurais pas le temps de le recopier.
3. Analyser le sujet
C'est l'étape décisive : la plupart des mauvaises notes viennent d'un sujet mal compris ou hors sujet.
- Souligne les mots clés : notions (liberté, État, vérité…), mais aussi les petits mots qui changent tout : « seulement », « toujours », « nécessairement », « peut-on », « doit-on ».
- Définis chaque terme, avec plusieurs sens possibles. Exemple : « libre » peut vouloir dire sans contrainte physique, capable de choisir, ou autonome.
- Repère le présupposé : ce que le sujet considère comme évident. « L'État est-il l'ennemi de la liberté ? » présuppose que l'État contraint.
- Reformule le sujet avec tes mots, pour vérifier que tu l'as compris.
4. Construire la problématique
La problématique est la question précise et profonde que pose le sujet. Elle naît d'une tension entre deux réponses possibles, également défendables. On la formule souvent ainsi : « D'un côté… ; mais de l'autre… Dès lors, … ? »
Exemple
Sujet : « Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »
Mots clés : « être libre » (état de liberté), « faire » (agir), « ce que l'on veut » (ses désirs, sa volonté), « est-ce » (définition).
Présupposé : la liberté serait l'absence de toute limite à nos désirs.
Tension : d'un côté, être libre semble bien pouvoir agir selon sa volonté, sans contrainte ; de l'autre, celui qui suit tous ses désirs peut en devenir esclave, et une société sans règles laisse les plus forts dominer.
Problématique : la liberté consiste-t-elle à satisfaire tous ses désirs, ou suppose-t-elle au contraire la maîtrise de soi et l'obéissance à une loi ?
5. Choisir un plan
Le plan organise la réflexion en deux ou trois parties qui avancent vers une réponse. Trois types de plans sont les plus utiles :
| Type de plan | Structure | Pour quels sujets ? |
|---|---|---|
| Dialectique | I. Thèse (oui) ; II. Antithèse (mais non) ; III. Synthèse ou dépassement | les questions fermées (« est-ce que… ? », « peut-on… ? ») |
| Analytique | I. Constat ou nature du problème ; II. Causes ; III. Conséquences ou solutions | les sujets sur un phénomène (« la corruption », « les dangers de la technique ») |
| Progressif (notionnel) | I. Premier sens de la notion ; II. Sens plus profond ; III. Sens le plus riche | les sujets de définition (« Qu'est-ce que la liberté ? ») |
Attention : la synthèse n'est pas un mélange (« un peu oui, un peu non ») ni une répétition. Elle dépasse l'opposition en changeant de point de vue, en distinguant des sens, ou en posant une condition (« oui, à condition que… »).
Chaque partie contient deux ou trois sous-parties, et chaque sous-partie est un paragraphe argumentatif.
6. Rédiger un paragraphe argumentatif
Chaque paragraphe suit le même schéma, que l'on peut retenir par les lettres I-E-E-C :
- Idée : une phrase qui annonce l'argument ;
- Explication : tu développes l'argument, tu définis, tu raisonnes ;
- Exemple : un cas précis (vie guinéenne, histoire, science, littérature) et/ou une référence d'auteur expliquée ;
- Conclusion partielle : une phrase qui relie l'argument au problème.
Exemple
Paragraphe rédigé (partie II du sujet sur la liberté).
Idée : Faire tout ce que l'on veut peut faire de nous les esclaves de nos désirs.
Explication : nos désirs ne viennent pas toujours de notre volonté réfléchie ; ils nous poussent souvent malgré nous, et celui qui leur obéit sans examen n'est pas maître de lui-même. Rousseau l'exprime clairement : l'impulsion du seul appétit est esclavage, tandis que l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté.
Exemple : un jeune qui passe ses nuits à jouer sur son téléphone parce qu'il « en a envie » finit par ne plus pouvoir s'arrêter, rate ses cours et compromet l'avenir qu'il désire vraiment.
Conclusion partielle : faire ce que l'on veut dans l'instant peut donc s'opposer à notre liberté véritable.
7. L'introduction et la conclusion
L'introduction comporte quatre moments, en un seul paragraphe :
- l'amorce : une situation concrète, un fait, une opinion courante qui fait entrer dans le sujet (évite les phrases vides comme « Depuis la nuit des temps, l'homme… ») ;
- la présentation et définition du sujet : on cite le sujet et on définit ses termes ;
- la problématique : la tension, puis la question centrale ;
- l'annonce du plan : les grandes étapes, sans les développer.
La conclusion comporte deux moments :
- le bilan : on résume le chemin parcouru et on répond clairement à la problématique ;
- l'ouverture (facultative) : une nouvelle question liée au sujet, pertinente et non artificielle.
Les transitions entre les parties sont indispensables : une ou deux phrases qui résument ce qui vient d'être montré et annoncent la limite qui conduit à la partie suivante.
8. Auteurs, exemples et présentation
- Un auteur n'est pas une preuve : il appuie ton argument. Présente sa thèse avec tes mots et montre en quoi elle répond au sujet. Ne cite que ce dont tu es sûr.
- Varie les exemples : vie quotidienne en Guinée, histoire, sciences, littérature ; reste neutre sur la politique actuelle et respectueux des croyances.
- Dans la copie, saute une ligne entre les grandes parties, fais un alinéa à chaque paragraphe, n'écris pas « I », « thèse », « antithèse » : le plan apparaît par les transitions. Garde du temps pour te relire.
Méthode
Méthode en résumé :
- Analyse le sujet et pose la problématique.
- Cherche arguments, exemples et auteurs ; choisis et détaille le plan.
- Rédige au brouillon l'introduction et la conclusion.
- Rédige la copie (paragraphes I-E-E-C, transitions), puis relis-toi.
3Je retiens
Je retiens
La dissertation est une réflexion argumentée, organisée et personnelle qui résout un problème, pas une récitation.
Analyser le sujet : mots clés, définitions, présupposés, reformulation.
Problématique : la tension entre deux réponses possibles, formulée en question centrale.
Plans : dialectique (thèse, antithèse, synthèse), analytique (constat, causes, solutions), progressif (du sens simple au sens profond).
Paragraphe : Idée, Explication, Exemple, Conclusion partielle (I-E-E-C).
Introduction : amorce, définitions, problématique, annonce du plan. Conclusion : bilan qui répond à la question, ouverture.
Transitions entre les parties, présentation soignée, relecture.
4Erreurs fréquentes
- Le hors-sujet : traiter la notion en général (« la liberté ») au lieu de la question posée (« être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »).
- La récitation : aligner des auteurs et des définitions sans problème ni argumentation.
- La fausse synthèse : « la réponse est entre les deux » sans dépasser vraiment l'opposition.
- L'introduction vide et la conclusion sans réponse : amorce banale, pas de problématique, plan non annoncé, question laissée sans réponse.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Analyse le sujet suivant : « Peut-on être libre sans obéir aux lois ? » Souligne les mots clés, définis-les et repère le présupposé.
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Mots clés : « peut-on » (est-il possible, et est-il légitime), « être libre », « sans », « obéir », « lois ».
Définitions : être libre, c'est ne pas subir de contrainte, pouvoir choisir, ou se gouverner soi-même (autonomie) ; obéir, c'est se soumettre à une règle ou à une autorité ; les lois sont des règles générales et obligatoires établies par une autorité.
Présupposé : la loi et la liberté semblent s'opposer, puisque la loi contraint.
2Exercice 2
Formule une problématique pour chacun des sujets suivants :
a) « La science peut-elle tout expliquer ? »
b) « Le droit n'est-il que la loi du plus fort ? »
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a) La science semble capable d'expliquer un nombre croissant de phénomènes par des lois ; mais certaines réalités (le sens de la vie, la valeur morale d'une action, l'expérience intérieure) paraissent lui échapper. Le savoir scientifique a-t-il des limites de principe, ou seulement des limites provisoires ?
b) Le droit a besoin de la force pour s'appliquer, et les lois sont parfois faites par les plus puissants ; mais le droit prétend protéger le faible contre le fort et ne tire sa valeur que de sa légitimité. Le droit n'est-il qu'un habillage de la force, ou s'oppose-t-il à elle ?
3Exercice 3
Indique quel type de plan (dialectique, analytique ou progressif) convient le mieux à chacun de ces sujets, et justifie :
a) « La corruption » ;
b) « La démocratie est-elle le meilleur des régimes ? »
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a) Plan analytique : le sujet porte sur un phénomène ; on peut en montrer la nature, les causes, puis les conséquences et les remèdes.
b) Plan dialectique : c'est une question fermée qui appelle un examen du oui, puis du non, puis un dépassement.
4Exercice 4
Voici une introduction d'élève : « Depuis la nuit des temps, l'homme a toujours voulu être libre. Nous allons voir ce que disent Descartes, Spinoza et Sartre sur la liberté. » Relève trois défauts et réécris-la correctement pour le sujet : « Sommes-nous libres de nos choix ? »
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Défauts : 1) amorce banale et vague (« Depuis la nuit des temps ») ; 2) aucun terme n'est défini et aucune problématique n'est posée ; 3) l'annonce du plan est une liste d'auteurs, pas une progression d'idées.
Introduction corrigée : En choisissant sa série au lycée, un élève croit décider seul ; pourtant, ses notes et sa famille pèsent sur ce choix. Être libre de ses choix, c'est pouvoir se déterminer soi-même entre plusieurs possibles, sans y être contraint. Or l'homme est soumis à de nombreux déterminismes, biologiques, psychologiques et sociaux. Dès lors, nos choix viennent-ils vraiment de nous, ou ne sont-ils que l'effet de causes que nous ignorons ? Nous verrons d'abord que nous faisons l'expérience de notre liberté, puis que cette expérience peut être une illusion, avant de montrer que la liberté se conquiert en connaissant ce qui nous détermine et en assumant nos choix.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « L'État est-il nécessaire au bonheur des hommes ? » Rédige l'introduction complète, le plan détaillé et la conclusion.
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Introduction : Quand un quartier manque d'eau potable, de routes ou de sécurité, ses habitants se tournent vers l'État pour réclamer ce qui leur manque. Cela suggère que l'État, c'est-à-dire le pouvoir politique organisé qui fait les lois et les fait respecter sur un territoire, est indispensable au bonheur, cet état de satisfaction durable de l'ensemble de nos aspirations. Pourtant, le bonheur semble une affaire personnelle, que nul ne peut définir à notre place, et l'histoire montre des États qui ont fait le malheur de leurs peuples. Le problème est donc le suivant : l'État est-il une condition du bonheur des hommes, ou le bonheur relève-t-il d'une sphère où l'État n'a pas sa place ? Nous verrons que l'État apparaît nécessaire aux conditions du bonheur, puis qu'il ne peut ni ne doit faire le bonheur des hommes à leur place, enfin qu'il en garantit les conditions sans en fixer le contenu.
Plan détaillé :
I. L'État semble nécessaire au bonheur : Hobbes (sans État, la peur et la guerre de chacun contre chacun) ; Aristote (la cité permet de bien vivre) ; services publics (santé, éducation, sécurité).
II. Mais l'État ne peut pas faire le bonheur des hommes : le bonheur est personnel et variable ; un État qui impose sa conception du bonheur devient tyrannique (totalitarismes) ; Marx et Nietzsche critiquent l'État comme domination ; le bonheur dépend aussi de la sagesse personnelle (Épicure).
III. L'État garantit les conditions du bonheur sans en fixer le contenu : Locke (protéger la vie, la liberté, la propriété) ; Rousseau (liberté civile) ; l'État de droit et la bonne gouvernance au service du bien commun ; exemple de l'école publique qui ouvre des possibilités sans imposer un modèle de vie.
Conclusion : l'État n'est pas la source du bonheur, qui reste l'affaire de chacun, mais il en est une condition nécessaire lorsqu'il assure la sécurité, la justice et les services qui permettent à chacun de chercher librement son bonheur. Ouverture possible : la solidarité familiale et communautaire n'est-elle pas l'autre condition du bonheur ?
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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Leçon ajoutée par Kharandi pour compléter le programme de la classe.