Leçon 7 sur 42
La faiblesse de l'industrie et de l'énergie
Je sais montrer que l'industrie et l'énergie des pays sous-développés sont faibles, en expliquer les causes et calculer une valeur ajoutée pour montrer l'intérêt de transformer les matières premières sur place.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire la structure industrielle des pays sous-développés (extraction, industries légères, enclaves)
- Expliquer les causes de la faiblesse industrielle
- Décrire la faiblesse de l'énergie (électricité insuffisante, bois-énergie, potentiel inexploité)
- Calculer une valeur ajoutée et comparer exportation brute et transformation
- Illustrer par l'exemple guinéen (bauxite, alumine, hydroélectricité)
Avant de commencer : Les leçons « Les caractéristiques du sous-développement » et « La faiblesse de l'agriculture et de l'élevage » ; la notion de valeur ajoutée vue en 11e.
1Je découvre
Kadiatou habite Kamsar, dans la région de Boké. Chaque jour, elle voit passer de longs trains chargés de bauxite rouge qui se dirigent vers le port, où d'immenses navires minéraliers attendent. Son père, mécanicien, lui explique : « Cette bauxite part en Chine, en Europe, en Amérique. Là-bas, on la transforme en alumine, puis en aluminium, puis en canettes, en fenêtres, en pièces d'avion. »
Le soir, pendant qu'elle révise à la lumière de sa lampe rechargeable parce que le courant a encore été coupé, Kadiatou réfléchit. Le pays possède les plus grandes réserves de bauxite du monde et des fleuves puissants qui pourraient produire beaucoup d'électricité. Pourquoi le minerai part-il brut ? Et pourquoi l'électricité manque-t-elle encore dans tant de foyers ?
Pourquoi l'industrie et l'énergie sont-elles faibles dans les pays sous-développés, et que perd un pays qui exporte ses matières premières sans les transformer ?
2Je comprends
1. Une industrie limitée et mal intégrée
Dans les pays sous-développés, l'industrie (secteur secondaire) occupe une faible part des actifs et du PIB, en dehors des mines. On y trouve surtout trois types d'activités.
a) Les industries extractives. Elles exploitent le sous-sol : bauxite, fer, or, diamant, pétrole. Elles sont souvent la principale source d'exportations. En Guinée, la bauxite domine les exportations, suivie de l'or. Ces industries ont plusieurs faiblesses :
- elles sont souvent contrôlées par des capitaux étrangers ;
- elles fonctionnent comme des enclaves : mine, voie ferrée et port forment un circuit fermé tourné vers l'exportation, avec peu de liens avec le reste de l'économie ;
- elles emploient relativement peu de personnes par rapport à la richesse produite, car elles utilisent beaucoup de machines ;
- elles exportent le minerai brut ou peu transformé, laissant l'essentiel de la valeur ajoutée aux pays qui le transforment.
b) Les industries légères. Elles produisent des biens de consommation courante pour le marché intérieur : eau et boissons, farine, huile, savon, peinture, tôles, matériaux de construction, plastiques. Elles ont souvent été créées pour remplacer des importations. Elles dépendent pourtant de machines, de pièces et parfois de matières premières importées.
c) L'artisanat et les petites unités informelles. Menuiserie, soudure, couture, teinture, forge, transformation artisanale des produits agricoles. Ils occupent beaucoup de monde mais avec des moyens limités.
En revanche, les industries lourdes (sidérurgie, chimie de base) et les industries de biens d'équipement (machines, moteurs) sont presque absentes : le pays doit importer ses équipements.
2. Les causes de la faiblesse industrielle
| Cause | Explication |
|---|---|
| Manque de capitaux | Épargne intérieure faible ; les banques prêtent peu et cher ; dépendance aux investisseurs étrangers |
| Marché intérieur étroit | Pouvoir d'achat faible de la majorité : les usines ne peuvent pas vendre de grandes quantités |
| Énergie insuffisante et chère | Coupures fréquentes, groupes électrogènes coûteux |
| Infrastructures insuffisantes | Routes, voies ferrées et ports limités ; transport cher |
| Main-d'œuvre peu qualifiée | Manque de techniciens, d'ingénieurs et de formation professionnelle |
| Dépendance technologique | Machines, brevets et pièces viennent de l'étranger |
| Concurrence des importations | Produits manufacturés importés souvent moins chers |
| Héritage colonial | La colonie devait fournir des matières premières et acheter les produits de la métropole |
| Environnement des affaires | Instabilité, lourdeurs administratives et corruption découragent l'investissement |
3. Exporter brut ou transformer : la question de la valeur ajoutée
La valeur ajoutée mesure la richesse réellement créée par une activité :
valeur ajoutée = valeur de la production - consommations intermédiaires
Les consommations intermédiaires sont les biens et services détruits ou transformés pendant la production (matières premières, énergie, transport…).
Chaque étape de transformation ajoute de la valeur. Pour l'aluminium, la chaîne est la suivante : il faut en ordre de grandeur 2 à 3 tonnes de bauxite pour obtenir 1 tonne d'alumine, et environ 2 tonnes d'alumine pour produire 1 tonne d'aluminium par électrolyse, une opération qui consomme énormément d'électricité.
- 1Extraction : la bauxite est extraite des mines (Boké, Kindia, Fria)
- 2Raffinage : la bauxite est transformée en alumine dans une usine
- 3Électrolyse : l'alumine devient de l'aluminium, avec beaucoup d'électricité
- 4Fabrication : l'aluminium devient tôles, câbles, canettes, pièces de véhicules
La Guinée transforme une petite partie de sa bauxite en alumine (usine de Fria, mise en service vers 1960, arrêtée de 2012 à 2018 puis relancée), mais l'essentiel est exporté brut.
Exemple
Énoncé (prix fictifs) : on suppose que 5 t de bauxite donnent 2 t d'alumine, qui donnent 1 t d'aluminium. La bauxite vaut 50 $ la tonne, l'alumine 400 $ la tonne, l'aluminium 2 500 $ la tonne.
a) Quelle est la valeur de 5 t de bauxite exportées brutes ?
b) Quelle est la valeur de l'alumine obtenue ? De l'aluminium obtenu ?
c) Combien de fois la valeur est-elle multipliée entre la bauxite et l'aluminium ?
Solution :
a) 5 × 50 = 250 $.
b) Alumine : 2 × 400 = 800 $. Aluminium : 1 × 2 500 = 2 500 $.
c) 2 500 / 250 = 10 : la valeur est multipliée par 10. En exportant la bauxite brute, le pays ne capte qu'une petite part de la valeur finale ; le reste (emplois, salaires, profits, impôts) revient aux pays qui transforment.
Exemple
Énoncé (données fictives) : une usine d'alumine produit pour 400 millions de dollars par an. Elle achète pour 150 millions de dollars de bauxite, 90 millions d'énergie et 40 millions d'autres produits et services. Calcule sa valeur ajoutée et la part de la valeur ajoutée dans la production.
Solution :
Consommations intermédiaires : 150 + 90 + 40 = 280 millions de dollars.
Valeur ajoutée : 400 − 280 = 120 millions de dollars.
Part : 120 / 400 × 100 = 30 %.
Remarque : l'énergie représente 90 / 280 × 100 ≈ 32 % des consommations intermédiaires ; une électricité chère ou irrégulière rend la transformation beaucoup moins rentable.
Méthode
Pour calculer et interpréter une valeur ajoutée :
- Je relève la valeur de la production (chiffre d'affaires).
- J'additionne toutes les consommations intermédiaires (matières, énergie, services achetés).
- Je fais la soustraction : VA = production − consommations intermédiaires.
- J'exprime si besoin la VA en pourcentage de la production.
- J'interprète : plus un pays transforme sur place, plus il garde de valeur ajoutée (salaires, profits, impôts).
4. La faiblesse de l'énergie
L'énergie est la base de toute industrie et de la vie moderne. Dans les pays sous-développés :
- La consommation d'énergie par habitant est faible, très inférieure à celle des pays industrialisés.
- Le bois et le charbon de bois restent la principale énergie des ménages pour la cuisine. Leur exploitation accélère la déforestation et la dégradation des sols.
- L'électricité est insuffisante : une grande partie de la population, surtout rurale, n'y a pas accès ; en ville, les délestages (coupures) sont fréquents ; les entreprises doivent acheter des groupes électrogènes et du carburant, ce qui augmente leurs coûts.
- Les réseaux sont vétustes : pertes sur les lignes, branchements illégaux, factures impayées fragilisent la société d'électricité.
- Les produits pétroliers sont importés dans beaucoup de pays, ce qui pèse sur la balance commerciale.
Pourtant, le potentiel est souvent immense. La Guinée, « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », dispose d'un très grand potentiel hydroélectrique dont une faible part est exploitée. Des barrages ont été construits sur le Konkouré, notamment Kaléta (240 MW, mis en service en 2015) et Souapiti (450 MW), qui ont augmenté la production. Mais la production dépend des pluies (elle baisse en saison sèche) et le réseau de transport de l'électricité reste à étendre. Le solaire offre aussi de grandes possibilités, notamment pour les villages éloignés du réseau.
- Électricité pour presque tous
- Réseau fiable, peu de coupures
- Énergies fossiles, nucléaire, renouvelables
- Forte consommation par habitant
- Électricité pour une partie de la population
- Délestages fréquents
- Bois et charbon de bois dominants chez les ménages
- Faible consommation par habitant
5. Industrie et énergie : un lien étroit
Sans électricité abondante et bon marché, on ne peut pas transformer la bauxite en aluminium, développer des usines ou conserver les produits agricoles. Et sans industrie, la demande d'électricité reste faible et les investissements énergétiques sont moins rentables. Développer ensemble l'énergie et l'industrie est donc une condition du développement.
3Je retiens
Je retiens
Industrie des pays sous-développés : industries extractives (souvent étrangères, enclaves, exportation brute), industries légères de substitution aux importations, artisanat ; industries lourdes et d'équipement presque absentes.
Causes : manque de capitaux, marché intérieur étroit, énergie insuffisante et chère, infrastructures limitées, main-d'œuvre peu qualifiée, dépendance technologique, concurrence des importations, héritage colonial, climat des affaires.
Valeur ajoutée = production − consommations intermédiaires ; transformer sur place, c'est garder la valeur ajoutée.
Chaîne de l'aluminium : bauxite, alumine (raffinage), aluminium (électrolyse, très gourmande en électricité), produits finis.
Énergie : faible consommation par habitant, bois-énergie dominant, électricité insuffisante et coupures, réseaux vétustes, potentiel hydroélectrique et solaire sous-exploité.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'un pays minier est un pays industrialisé : extraire et exporter un minerai brut n'est pas transformer.
- Confondre chiffre d'affaires (valeur de la production) et valeur ajoutée : il faut retirer les consommations intermédiaires.
- Oublier le lien énergie-industrie : l'électrolyse de l'aluminium est impossible sans électricité abondante et bon marché.
- Dire que la Guinée « n'a pas d'énergie » : elle a un grand potentiel ; le problème est son exploitation et son transport.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Pourquoi dit-on que les industries minières fonctionnent souvent comme des enclaves ?
b) Cite quatre causes de la faiblesse industrielle des pays sous-développés.
c) Cite trois signes de la faiblesse de l'énergie.
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a) Parce que la mine, la voie ferrée et le port forment un circuit fermé tourné vers l'exportation : l'activité a peu de liens avec l'économie locale (peu d'achats aux entreprises du pays, pas de transformation sur place), et elle est souvent dirigée par des capitaux et des cadres étrangers.
b) Manque de capitaux, marché intérieur étroit, énergie insuffisante et chère, main-d'œuvre peu qualifiée, dépendance technologique, concurrence des produits importés (au choix, quatre).
c) Faible consommation d'énergie par habitant ; domination du bois et du charbon de bois ; accès limité à l'électricité et délestages fréquents ; réseaux vétustes (au choix, trois).
2Exercice 2
(Calcul, données fictives) Une savonnerie produit pour 2 400 millions de GNF par an. Elle achète pour 1 100 millions de GNF d'huile et de soude, 300 millions de GNF d'électricité et de carburant et 200 millions de GNF d'emballages.
a) Calcule sa valeur ajoutée.
b) Calcule la part de la valeur ajoutée dans la production.
c) Les coupures d'électricité l'obligent à utiliser davantage le groupe électrogène : sa facture d'énergie double. Calcule la nouvelle valeur ajoutée.
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a) Consommations intermédiaires : 1 100 + 300 + 200 = 1 600 millions de GNF. Valeur ajoutée : 2 400 − 1 600 = 800 millions de GNF.
b) 800 / 2 400 × 100 ≈ 33,3 %.
c) Énergie : 300 × 2 = 600 millions. Consommations intermédiaires : 1 100 + 600 + 200 = 1 900 millions. Valeur ajoutée : 2 400 − 1 900 = 500 millions de GNF, soit une baisse de 300 millions (37,5 %).
3Exercice 3
(Calcul, données fictives) Un pays exporte 60 millions de tonnes de bauxite brute à 50 $ la tonne. On suppose que 5 t de bauxite donnent 2 t d'alumine, vendue 400 $ la tonne.
a) Calcule la valeur des exportations de bauxite brute.
b) S'il transformait 10 % de cette bauxite en alumine, quelle quantité d'alumine obtiendrait-il et pour quelle valeur ?
c) Calcule la nouvelle valeur totale des exportations (bauxite restante + alumine) et le gain par rapport à la situation de départ.
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a) 60 000 000 × 50 = 3 000 000 000 $, soit 3 milliards de dollars.
b) Bauxite transformée : 10 % de 60 millions = 6 millions de tonnes. Alumine : 6 × 2 / 5 = 2,4 millions de tonnes. Valeur : 2 400 000 × 400 = 960 000 000 $.
c) Bauxite restante : 54 millions de tonnes × 50 = 2 700 millions de dollars. Total : 2 700 + 960 = 3 660 millions de dollars. Gain : 3 660 − 3 000 = 660 millions de dollars (+ 22 %). Il faudrait toutefois retirer le coût de l'énergie et des autres consommations de l'usine pour connaître la valeur ajoutée réelle.
4Exercice 4
(Analyse de document, type BAC) Texte écrit pour l'exercice :
« Dans la capitale, les ateliers de soudure et les petites unités de transformation de jus fonctionnent au rythme des délestages. Quand le courant coupe, les artisans allument leurs groupes électrogènes, mais le carburant est cher. Plusieurs ont réduit leurs horaires. Dans les villages, les femmes parcourent de longues distances pour ramasser le bois de chauffe. »
a) Relève les manifestations de la faiblesse énergétique.
b) Explique les conséquences de cette faiblesse sur l'industrie et sur l'environnement.
c) Propose deux solutions adaptées à la Guinée.
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a) Délestages dans la capitale ; recours coûteux aux groupes électrogènes ; carburant cher ; bois de chauffe comme énergie principale dans les villages.
b) Sur l'industrie : hausse des coûts de production, baisse du temps de travail (horaires réduits), perte de compétitivité face aux produits importés, découragement de l'investissement. Sur l'environnement : le ramassage du bois accélère la déforestation et l'érosion des sols ; les groupes électrogènes polluent.
c) Par exemple : étendre le réseau électrique et exploiter davantage le potentiel hydroélectrique ; installer des mini-réseaux solaires dans les zones rurales ; diffuser des foyers améliorés et le gaz butane pour réduire la consommation de bois.
5Exercice 5
(Rédaction, type BAC) Sujet : « Les pays sous-développés ont-ils intérêt à transformer leurs matières premières sur place ? » Appuie-toi sur l'exemple de la bauxite guinéenne. Rédige une introduction, deux parties (avantages ; obstacles et conditions) et une conclusion.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Plan détaillé attendu :
Introduction : la Guinée possède les plus grandes réserves de bauxite du monde mais exporte l'essentiel brut ; seule une petite partie est transformée en alumine (Fria). Faut-il transformer sur place ?
I. Les avantages : la valeur est multipliée à chaque étape (bauxite, alumine, aluminium, produits finis) ; création d'emplois qualifiés, de salaires, de recettes fiscales ; développement d'entreprises sous-traitantes ; moindre dépendance aux prix du minerai brut ; transfert de compétences.
II. Les obstacles et les conditions : il faut d'énormes capitaux, une électricité abondante et bon marché (électrolyse), des infrastructures, une main-d'œuvre qualifiée, un marché ou des débouchés ; les usines peuvent polluer (boues rouges du raffinage). Conditions : développer l'hydroélectricité, former des techniciens, négocier avec les sociétés minières des engagements de transformation, assurer la stabilité et la bonne gestion.
Conclusion : transformer sur place est dans l'intérêt du pays, mais cela exige de lever les obstacles énergétiques, financiers et humains, étape par étape (alumine d'abord, puis aluminium).
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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