Leçon 15 sur 42
Les causes internes du sous-développement
Je sais expliquer les principales causes internes du sous-développement et montrer comment elles s'entretiennent les unes les autres dans un cercle vicieux.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Distinguer causes internes et causes externes du sous-développement
- Expliquer le cercle vicieux de la pauvreté
- Analyser les causes démographiques, économiques, sociales et politiques internes
- Appliquer ces causes au cas de la Guinée avec des exemples précis
Avant de commencer : Les leçons sur la définition et les caractéristiques du sous-développement (faiblesse de l'agriculture, de l'industrie, du revenu national, problèmes démographiques).
1Je découvre
Mamadou cultive deux hectares de riz près de Kankan. Chaque année, sa récolte suffit tout juste à nourrir sa famille et à payer la scolarité de ses enfants. Il ne lui reste presque rien à mettre de côté. Il aimerait acheter une motopompe pour irriguer pendant la saison sèche et faire deux récoltes par an, mais il n'a pas l'argent, et la banque la plus proche lui demande une garantie qu'il ne peut pas fournir.
Son cousin Sékou, professeur d'économie au lycée, lui explique : « Ton problème, c'est celui de tout le pays à petite échelle. On gagne peu, donc on épargne peu, donc on investit peu, donc on produit peu… et on gagne toujours peu. » Mamadou répond : « Mais alors, c'est la faute des autres pays, ou c'est aussi à cause de nous ? »
Les économistes distinguent deux grandes familles d'explications du sous-développement : les causes externes, qui viennent des relations avec le reste du monde, et les causes internes, qui naissent à l'intérieur même du pays.
Quelles sont les causes internes du sous-développement, et pourquoi est-il si difficile d'en sortir ?
2Je comprends
1. Causes internes et causes externes : de quoi parle-t-on ?
Une cause interne du sous-développement est un facteur qui prend naissance à l'intérieur du pays : sa population, ses structures économiques, son organisation sociale, sa gestion publique, son milieu naturel. Une cause externe vient des relations avec l'extérieur : héritage colonial, échange inégal, endettement, dépendance technologique (ces causes feront l'objet des leçons suivantes).
Les deux familles sont liées. Par exemple, une économie coloniale tournée vers l'exportation (cause externe) a laissé une industrie très faible (cause interne). Mais il est important de ne pas tout expliquer par l'extérieur : de nombreux obstacles se trouvent à l'intérieur, et ce sont justement ceux sur lesquels un pays peut agir directement.
2. Le cercle vicieux de la pauvreté
L'économiste Ragnar Nurkse a résumé une idée centrale : « un pays est pauvre parce qu'il est pauvre ». Il décrit un cercle vicieux de la pauvreté, c'est-à-dire un enchaînement de causes qui se renforcent et ramènent toujours au point de départ.
- Le revenu par habitant est faible : les ménages consacrent presque tout à la consommation de base (nourriture, logement, santé).
- L'épargne (la part du revenu non consommée) est donc faible.
- Sans épargne nationale, l'investissement (achat de machines, d'outils, construction de routes, d'usines) reste faible.
- Sans investissement, la productivité du travail reste basse : on travaille avec la daba et la machette, pas avec le tracteur.
- La production est faible, donc le revenu reste faible… et le cercle recommence.
Il existe aussi un cercle du côté de la demande : les revenus sont faibles, donc le marché intérieur est étroit ; les entreprises n'ont pas intérêt à investir pour produire davantage, puisque les clients n'ont pas de quoi acheter.
Exemple
Situation : un ménage de Mamou gagne 2 000 000 GNF par mois et dépense 1 900 000 GNF pour se nourrir, se loger et se soigner.
Question : calcule son épargne mensuelle et son taux d'épargne.
Étape 1 : épargne = revenu − consommation = 2 000 000 − 1 900 000 = 100 000 GNF.
Étape 2 : taux d'épargne = épargne ÷ revenu × 100 = 100 000 ÷ 2 000 000 × 100 = 5 %.
Conclusion : avec 100 000 GNF par mois, il faudrait 24 mois pour réunir 2 400 000 GNF. Le ménage ne peut presque pas investir : c'est le cercle vicieux vu à l'échelle d'une famille.
3. Les causes démographiques
Dans la plupart des pays sous-développés, la population augmente vite, parce que la natalité reste élevée alors que la mortalité a baissé. Cette croissance rapide pose plusieurs problèmes :
- La croissance économique est « mangée » par la croissance de la population. Si la production augmente de 4 % par an et la population de 3 %, le revenu par habitant ne progresse que d'environ 1 %.
- Le poids des jeunes est très lourd : une grande part de la population a moins de 15 ans. Il faut construire des écoles, des centres de santé, créer des emplois pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Une grande partie de l'investissement sert à maintenir le niveau de vie au lieu de l'améliorer.
- L'exode rural gonfle les villes plus vite que les emplois et les équipements (eau, électricité, logement).
Exemple
Situation : dans un pays, le PIB augmente de 4 % en un an et la population de 3 %.
Question : de combien varie le PIB par habitant ?
Étape 1 : on écrit les coefficients multiplicateurs : PIB × 1,04 ; population × 1,03.
Étape 2 : le PIB par habitant est multiplié par 1,041,03 ≈ 1,0097.
Étape 3 : la hausse est donc d'environ 0,97 %, soit à peu près 1 %.
Conclusion : les habitants ne voient presque pas la croissance. Pour doubler le niveau de vie à ce rythme, il faudrait plusieurs dizaines d'années.
Méthode
Pour calculer l'évolution d'une grandeur « par habitant » :
- Transformer chaque taux en coefficient multiplicateur (+4 % donne 1,04 ; +3 % donne 1,03).
- Diviser le coefficient de la grandeur totale par celui de la population.
- Retirer 1 et multiplier par 100 pour retrouver un pourcentage.
- Retenir l'approximation rapide : taux par habitant ≈ taux de la grandeur − taux de la population.
4. Les causes économiques et techniques
- Le faible niveau d'accumulation du capital : peu d'usines, peu de machines, des infrastructures insuffisantes (routes dégradées, électricité irrégulière). Or le capital est un facteur essentiel de la productivité.
- Une agriculture peu productive : outils traditionnels, faible usage d'engrais et de semences améliorées, dépendance aux pluies, pertes après récolte faute de stockage. Beaucoup d'actifs travaillent la terre, mais ils produisent peu par personne.
- Le dualisme économique : un secteur moderne (mines, quelques grandes entreprises, banques) coexiste avec un vaste secteur traditionnel et informel, sans relations fortes entre les deux. En Guinée, les grandes exploitations de bauxite de la région de Boké emploient des techniques modernes, mais elles achètent peu aux producteurs locaux et transforment peu le minerai sur place.
- Un système financier peu développé : peu de banques en zone rurale, crédit rare et cher, exigence de garanties que les paysans ne possèdent pas. L'épargne existante circule dans des tontines ou se garde en bétail, en bijoux, rarement dans des investissements productifs.
5. Les causes sociales et culturelles
- La faiblesse du capital humain : quand beaucoup d'adultes ne savent ni lire ni écrire et quand l'enseignement technique est rare, il est difficile d'adopter de nouvelles techniques. Les problèmes de santé (paludisme, malnutrition) réduisent aussi la capacité de travail.
- Certaines pesanteurs sociales : dépenses cérémonielles très lourdes (mariages, funérailles) qui absorbent l'épargne, pression familiale sur celui qui réussit, place encore limitée des femmes dans l'accès à la terre et au crédit alors qu'elles produisent une grande partie de la nourriture.
- Les inégalités : lorsque la richesse est concentrée dans les mains d'une minorité, celle-ci consomme souvent des produits importés ou place son argent à l'étranger au lieu d'investir dans le pays.
Il faut être prudent : les traditions ne sont pas « la cause » du sous-développement. La solidarité familiale, par exemple, protège aussi les plus faibles quand l'État ne le fait pas. Ce qui pose problème, c'est l'usage improductif de ressources rares.
6. Les causes politiques et administratives
- La mauvaise gouvernance : corruption, détournement des fonds publics, gaspillage, choix d'investissements de prestige plutôt que productifs.
- L'instabilité politique : coups d'État, conflits, crises post-électorales qui font fuir les investisseurs et détruisent les équipements.
- Une administration lourde : lenteurs, procédures compliquées pour créer une entreprise, faible collecte des impôts qui prive l'État de moyens.
Ces causes seront étudiées en détail dans les leçons consacrées à l'instabilité politique, à la mauvaise gouvernance et à la difficile alternance au pouvoir.
7. Les causes naturelles : un facteur à nuancer
Le climat (longue saison sèche, pluies irrégulières), les sols fragiles, les maladies tropicales ou l'enclavement de certains pays sont parfois cités. Ils rendent le développement plus difficile, mais ils ne le rendent pas impossible : des pays au climat difficile se sont développés. La Guinée, surnommée « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », dispose au contraire de fleuves, de terres fertiles et d'un sous-sol très riche (bauxite, fer, or, diamant). Le problème n'est donc pas le manque de ressources, mais leur faible mise en valeur.
| Famille de causes | Exemples | Effet sur le développement |
|---|---|---|
| Démographiques | natalité forte, jeunesse de la population, exode rural | croissance « mangée », besoins énormes |
| Économiques | faible capital, agriculture peu productive, dualisme | faible productivité, peu d'emplois modernes |
| Sociales | analphabétisme, santé fragile, inégalités | capital humain faible, épargne mal utilisée |
| Politiques | mauvaise gouvernance, instabilité | investissements découragés, fonds détournés |
| Naturelles | aléas climatiques, enclavement | obstacles réels mais surmontables |
3Je retiens
Je retiens
- Les causes internes du sous-développement naissent à l'intérieur du pays ; elles se combinent avec les causes externes.
- Cercle vicieux de la pauvreté (Nurkse) : faible revenu → faible épargne → faible investissement → faible productivité → faible production → faible revenu.
- Causes démographiques : croissance rapide de la population, poids des jeunes, exode rural. Taux par habitant ≈ taux de croissance du PIB − taux de croissance de la population.
- Causes économiques : faible accumulation du capital, agriculture peu productive, dualisme, système financier insuffisant.
- Causes sociales : faible capital humain, dépenses improductives, inégalités.
- Causes politiques : mauvaise gouvernance, instabilité, administration lourde.
- Les causes naturelles existent mais ne sont pas une fatalité.
4Erreurs fréquentes
- Tout expliquer par l'extérieur (colonisation, pays riches) : les causes internes existent aussi, et ce sont celles sur lesquelles le pays peut agir directement.
- Confondre caractéristique et cause : « le revenu national est faible » est une caractéristique ; « l'épargne est trop faible pour investir » est une cause qui l'explique.
- Présenter le climat ou les traditions comme une fatalité : ce sont des obstacles, pas des condamnations. Nuance toujours ton propos.
- Additionner les taux au lieu de raisonner par coefficients : +4 % de PIB et +3 % de population ne donnent pas +7 %, mais environ +1 % par habitant.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis une cause interne du sous-développement et donne-en deux exemples.
b) Qui a formulé l'idée du cercle vicieux de la pauvreté ? Résume-la en une phrase.
c) Qu'appelle-t-on le dualisme économique ?
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a) Une cause interne du sous-développement est un facteur qui prend naissance à l'intérieur du pays et freine son développement. Exemples : la croissance démographique rapide ; la faiblesse de l'épargne et de l'investissement ; la mauvaise gouvernance ; l'analphabétisme.
b) Ragnar Nurkse. Un pays est pauvre parce qu'il est pauvre : le faible revenu entraîne une faible épargne, donc un faible investissement, une faible productivité et une faible production, ce qui maintient le revenu à un niveau bas.
c) Le dualisme économique est la coexistence, dans un même pays, d'un secteur moderne (mines, grandes entreprises) et d'un secteur traditionnel ou informel, qui ont peu de liens entre eux.
2Exercice 2
Classe chacun des éléments suivants dans la bonne famille de causes internes (démographique, économique, sociale, politique) : exode rural ; corruption ; faible usage d'engrais ; analphabétisme ; natalité élevée ; crédit bancaire rare ; dépenses cérémonielles excessives ; coups d'État répétés.
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- Démographique : exode rural ; natalité élevée.
- Économique : faible usage d'engrais ; crédit bancaire rare.
- Sociale : analphabétisme ; dépenses cérémonielles excessives.
- Politique : corruption ; coups d'État répétés.
3Exercice 3
(Calcul) Dans un pays, le PIB augmente de 5 % en un an et la population de 2,5 %.
a) Calcule de façon exacte la variation du PIB par habitant.
b) Vérifie avec la formule approchée.
c) Que se passe-t-il si la population augmente de 5 % et le PIB de 3 % ?
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a) Coefficient du PIB par habitant : 1,051,025 ≈ 1,0244. Le PIB par habitant augmente d'environ 2,44 %.
b) Formule approchée : 5 − 2,5 = 2,5 %. Le résultat est proche de la valeur exacte (2,44 %).
c) 1,031,05 ≈ 0,981 : le PIB par habitant baisse d'environ 1,9 %. Même si l'économie progresse, chaque habitant s'appauvrit en moyenne, car la population augmente plus vite que la production.
4Exercice 4
(Calcul) Une coopérative de femmes à Labé réalise un revenu annuel de 60 000 000 GNF et consomme 57 000 000 GNF. Elle veut acheter une machine à décortiquer le fonio qui coûte 12 000 000 GNF.
a) Calcule l'épargne annuelle et le taux d'épargne.
b) En combien d'années pourra-t-elle acheter la machine avec sa seule épargne ?
c) Explique en quoi cette situation illustre le cercle vicieux de la pauvreté et propose une solution.
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a) Épargne = 60 000 000 − 57 000 000 = 3 000 000 GNF. Taux d'épargne = 3 000 000 ÷ 60 000 000 × 100 = 5 %.
b) 12 000 000 ÷ 3 000 000 = 4 ans.
c) Le revenu est faible et presque entièrement consommé ; l'épargne est donc faible et l'investissement (la machine) est retardé de quatre ans. Pendant ce temps, la productivité reste basse et le revenu ne progresse pas : c'est le cercle vicieux. Solution possible : un crédit de microfinance remboursé grâce au gain de productivité, ou un achat groupé avec d'autres coopératives.
5Exercice 5
(Dissertation guidée, type BAC) Sujet : « Le sous-développement s'explique d'abord par des causes internes. » Discute cette affirmation.
Consigne : rédige une introduction complète (amorce, problématique, annonce du plan) et donne les idées principales de chaque partie.
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Proposition d'introduction :
Près de sept décennies après les indépendances africaines, la plupart des pays du continent restent classés parmi les pays sous-développés. Pour expliquer cette situation, certains insistent sur la domination extérieure, d'autres sur les faiblesses propres à chaque pays. Le sous-développement s'explique-t-il d'abord par des causes internes ? Nous montrerons d'abord que les causes internes jouent un rôle décisif, puis que ces causes sont inséparables des causes externes.
Idées de la première partie : cercle vicieux de la pauvreté (faible épargne, faible investissement) ; croissance démographique qui « mange » la croissance ; faible capital humain ; mauvaise gouvernance et instabilité, exemples tirés de la Guinée (richesses minières peu transformées sur place).
Idées de la deuxième partie : héritage colonial d'une économie tournée vers l'exportation de produits bruts ; échange inégal ; endettement ; dépendance technologique ; les causes internes sont souvent la conséquence de causes externes et inversement.
Conclusion : les causes internes sont importantes et ce sont celles sur lesquelles un pays peut agir le plus directement, mais seule une approche qui combine réformes intérieures et meilleures relations extérieures permet de sortir du sous-développement.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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