Leçon 18 sur 42
Le transfert de technologie et la dépendance technique
Je sais expliquer comment les techniques circulent des pays industrialisés vers les pays sous-développés, pourquoi ce transfert crée souvent une dépendance, et comment la réduire.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la technologie, le transfert de technologie et la dépendance technique
- Décrire les formes du transfert : brevets et licences, clés en main, produit en main, assistance technique, IDE
- Expliquer les causes et les coûts de la dépendance technique
- Proposer des moyens d'une véritable maîtrise technologique
Avant de commencer : Les leçons « L'échange inégal dans le commerce international » et « L'exploitation financière ».
1Je découvre
À Boké, Lansana est mécanicien dans une entreprise de transport de minerai. Un camion benne vient de tomber en panne. Le moteur est commandé par un boîtier électronique que personne dans l'atelier ne sait réparer. Il faut commander la pièce à l'étranger, attendre plusieurs semaines, et faire venir un technicien du fabricant, payé en devises. Pendant ce temps, le camion ne travaille pas.
Lansana soupire : « On sait conduire ces machines, on sait les entretenir un peu, mais on ne sait ni les fabriquer ni réparer ce qui est compliqué. Chaque fois, il faut payer quelqu'un d'ailleurs. »
Son collègue Ousmane ajoute : « Pourtant, l'entreprise a acheté ces camions avec un contrat de "transfert de technologie". Où est-il, ce transfert ? »
Qu'est-ce que le transfert de technologie, pourquoi aboutit-il souvent à une dépendance technique, et comment un pays peut-il en sortir ?
2Je comprends
1. Les notions de base
La technique est un ensemble de procédés utilisés pour produire (un outil, une machine, un savoir-faire). La technologie est l'ensemble des connaissances scientifiques et techniques, des équipements et des méthodes d'organisation qui permettent de produire des biens et des services.
Le transfert de technologie est le passage de ces connaissances, équipements et savoir-faire d'un pays (ou d'une entreprise) qui les maîtrise vers un autre pays qui ne les maîtrise pas encore. Un vrai transfert suppose que le pays receveur soit capable, à la fin, d'utiliser, d'entretenir, d'adapter et même d'améliorer la technologie reçue.
La dépendance technique (ou technologique) est la situation d'un pays qui ne peut pas produire, entretenir ou renouveler ses équipements sans faire appel à l'étranger : machines, pièces détachées, ingénieurs, brevets.
2. Les formes du transfert de technologie
| Forme | En quoi elle consiste | Ce que le pays apprend vraiment |
|---|---|---|
| Achat d'équipements | importer des machines, des véhicules, des ordinateurs | à les utiliser, rarement à les fabriquer |
| Brevets et licences | payer le droit d'utiliser une invention protégée (redevances) | à produire selon un procédé, sans le modifier librement |
| Usine « clés en main » | le fournisseur construit toute l'usine et la livre prête à fonctionner | peu : l'usine reste une « boîte noire » |
| Usine « produit en main » | le fournisseur livre l'usine et reste jusqu'à ce que les travailleurs locaux produisent seuls | davantage : formation du personnel incluse |
| Assistance technique | envoi d'experts et de techniciens étrangers | selon la qualité de la formation des homologues locaux |
| Investissements directs étrangers | une firme étrangère s'installe et produit sur place | dépend des emplois qualifiés confiés aux nationaux |
| Formation et coopération scientifique | bourses d'études, partenariats entre universités | beaucoup, si les diplômés reviennent travailler au pays |
Exemple
Situation : un pays veut une usine de transformation de fruits. Deux offres lui sont faites : une usine « clés en main » à 10 milliards GNF, ou une usine « produit en main » à 12 milliards GNF, avec deux ans de formation des ouvriers et des techniciens guinéens.
Question : laquelle favorise un vrai transfert de technologie ?
Étape 1 : l'offre « clés en main » est moins chère, mais l'usine est livrée sans formation : à chaque panne, il faudra rappeler le fournisseur.
Étape 2 : l'offre « produit en main » coûte 2 milliards GNF de plus, soit 2 ÷ 10 × 100 = 20 % de plus, mais le personnel local apprend à faire fonctionner l'usine seul.
Conclusion : la seconde offre favorise un véritable transfert ; son surcoût peut être compensé par les économies d'assistance technique étrangère sur la durée.
3. Pourquoi le transfert aboutit-il souvent à la dépendance ?
Du côté des fournisseurs
- Les entreprises des pays industrialisés protègent leur avance technologique : elles vendent les produits de la technologie (machines, logiciels) plus volontiers que la connaissance qui permet de les fabriquer.
- Les brevets donnent un monopole temporaire sur une invention ; les contrats de licence interdisent souvent de modifier le procédé, de le revendre ou d'exporter les produits vers certains marchés.
- Les contrats obligent parfois à acheter les pièces détachées et les matières intermédiaires chez le fournisseur.
Du côté des pays receveurs
- Le manque de personnel qualifié : peu d'ingénieurs, de techniciens et d'ouvriers spécialisés pour absorber la technologie. L'enseignement technique et professionnel est souvent insuffisant.
- La faiblesse de la recherche : très peu de laboratoires, de moyens et de chercheurs. Le pays ne produit pas ses propres innovations.
- Le tissu industriel incomplet : pas d'entreprises locales capables de fabriquer les pièces, de faire la maintenance, de sous-traiter.
- La fuite des cerveaux : une partie des diplômés formés à l'étranger ou au pays part travailler dans les pays riches, où les salaires et les conditions de recherche sont meilleurs.
- Les choix d'achat : des équipements achetés sans plan d'entretien, parfois de marques et d'origines très différentes, ce qui empêche de constituer un savoir-faire de maintenance.
4. Les technologies inadaptées
Les technologies des pays industrialisés ont été conçues pour des pays où la main-d'œuvre est chère et le capital abondant. Elles sont donc souvent capitalistiques : elles utilisent beaucoup de machines et peu de travailleurs. Dans un pays où le travail est abondant et le capital rare, ces technologies créent peu d'emplois, coûtent cher en devises et en énergie, et exigent une maintenance sophistiquée.
Les économistes ont proposé l'idée de technologies appropriées (ou intermédiaires) : des techniques plus simples, moins chères, qui utilisent davantage de main-d'œuvre et des ressources locales, et que les artisans peuvent fabriquer et réparer. Par exemple, une décortiqueuse de riz fabriquée par des soudeurs de Kankan, ou des séchoirs solaires pour les mangues du Fouta-Djallon.
5. Les coûts de la dépendance technique
- Coût financier : achat des équipements, redevances sur les brevets et licences, salaires des experts étrangers, pièces détachées importées ; tout cela se paie en devises et pèse sur la balance des paiements.
- Coût économique : immobilisation des machines en attente de pièces ou de techniciens, perte de production.
- Coût stratégique : le pays ne décide pas vraiment de ses choix productifs ; il subit les prix et les conditions du fournisseur.
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : une entreprise guinéenne produit sous licence et paie une redevance de 5 % de son chiffre d'affaires. Son chiffre d'affaires annuel est de 8 milliards GNF. Elle paie en plus 3 experts étrangers, chacun 600 millions GNF par an.
Étape 1 : redevance = 8 000 000 000 × 5 ÷ 100 = 400 000 000 GNF.
Étape 2 : coût des experts = 3 × 600 000 000 = 1 800 000 000 GNF.
Étape 3 : coût total annuel de la dépendance = 400 000 000 + 1 800 000 000 = 2 200 000 000 GNF.
Étape 4 : part du chiffre d'affaires = 2,2 ÷ 8 × 100 = 27,5 %.
Conclusion : plus du quart du chiffre d'affaires sert à payer la technologie étrangère. Former des techniciens guinéens pour remplacer les experts réduirait fortement ce coût.
6. Comment passer du transfert à la maîtrise ?
Méthode
Pour proposer une politique de maîtrise technologique (question de rédaction) :
- Partir du besoin : quelle technologie, pour quel secteur (agriculture, mines, énergie) ?
- Exiger la formation dans les contrats (préférer « produit en main » à « clés en main »).
- Former sur place : enseignement technique, écoles d'ingénieurs, formation professionnelle.
- Soutenir la recherche nationale et régionale, et adapter les techniques aux réalités locales.
- Développer les entreprises locales de maintenance et de sous-traitance (contenu local).
- Retenir et faire revenir les diplômés (conditions de travail, projets attractifs).
- Coopérer entre pays africains pour partager les coûts de la recherche et de la formation.
L'expérience de plusieurs pays d'Asie montre qu'une stratégie volontaire est possible : ils ont d'abord importé et copié des techniques, puis formé massivement ingénieurs et techniciens, avant de devenir eux-mêmes innovateurs. La clé est la formation des hommes : une technologie ne se transfère vraiment que si des personnes du pays la comprennent.
3Je retiens
Je retiens
- Transfert de technologie : passage de connaissances, d'équipements et de savoir-faire d'un pays qui les maîtrise vers un pays qui ne les maîtrise pas.
- Dépendance technique : impossibilité de produire, entretenir ou renouveler ses équipements sans l'étranger.
- Formes : achat d'équipements, brevets et licences (redevances), clés en main, produit en main, assistance technique, IDE, formation.
- Causes de la dépendance : protection des savoirs par les fournisseurs, manque de personnel qualifié, faiblesse de la recherche, tissu industriel incomplet, fuite des cerveaux.
- Technologies souvent capitalistiques et inadaptées ; alternative : technologies appropriées.
- Solution clé : former les hommes, exiger la formation dans les contrats, soutenir la recherche et les entreprises locales.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'acheter une machine, c'est acquérir la technologie : on acquiert l'objet, pas forcément le savoir pour le fabriquer ou le réparer.
- Confondre « clés en main » et « produit en main » : seule la seconde formule inclut la formation jusqu'à l'autonomie du personnel local.
- Penser que la technologie la plus moderne est toujours la meilleure : dans un pays où le capital est rare et le travail abondant, une technologie appropriée peut être plus utile.
- Oublier les coûts cachés : redevances, pièces détachées, experts étrangers, temps d'immobilisation.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis le transfert de technologie et la dépendance technique.
b) Qu'est-ce qu'une redevance ?
c) Qu'appelle-t-on une technologie appropriée ? Donne un exemple guinéen.
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a) Le transfert de technologie est le passage de connaissances, d'équipements et de savoir-faire d'un pays qui les maîtrise vers un pays qui ne les maîtrise pas encore. La dépendance technique est la situation d'un pays qui ne peut pas produire, entretenir ou renouveler ses équipements sans recourir à l'étranger.
b) Une redevance est une somme versée régulièrement au propriétaire d'un brevet ou d'une licence pour avoir le droit d'utiliser son invention ou son procédé.
c) Une technologie appropriée est une technique simple, peu coûteuse, qui utilise beaucoup de main-d'œuvre et des ressources locales, et que les artisans du pays peuvent fabriquer et réparer. Exemple : une décortiqueuse de riz ou de fonio fabriquée par des soudeurs locaux ; un séchoir solaire pour les mangues.
2Exercice 2
Pour chaque situation, indique la forme de transfert de technologie :
a) Une université guinéenne envoie dix étudiants se former à l'étranger en géologie minière.
b) Une entreprise paie chaque année pour utiliser un procédé breveté.
c) Un fournisseur construit une centrale électrique et la remet prête à fonctionner, sans former le personnel.
d) Une entreprise étrangère installe une usine en Guinée et y emploie des ingénieurs guinéens.
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a) formation et coopération scientifique ; b) brevet et licence ; c) usine clés en main ; d) investissement direct étranger.
3Exercice 3
(Calcul, chiffres fictifs) Une usine produit sous licence et verse une redevance de 4 % de son chiffre d'affaires, qui s'élève à 15 milliards GNF. Elle emploie 2 experts étrangers payés chacun 900 millions GNF par an.
a) Calcule le coût annuel total de la dépendance technique.
b) Quelle part du chiffre d'affaires représente-t-il ?
c) L'usine forme deux techniciens guinéens qui remplacent les experts, pour un coût total de 400 millions GNF par an. Calcule l'économie réalisée.
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a) Redevance = 15 000 000 000 × 4 ÷ 100 = 600 000 000 GNF. Experts = 2 × 900 000 000 = 1 800 000 000 GNF. Coût total = 2 400 000 000 GNF, soit 2,4 milliards GNF.
b) 2,4 ÷ 15 × 100 = 16 % du chiffre d'affaires.
c) Nouveau coût des techniciens : 400 millions GNF au lieu de 1 800 millions. Économie = 1 800 000 000 − 400 000 000 = 1 400 000 000 GNF par an, soit 1,4 milliard GNF.
4Exercice 4
Explique pourquoi les technologies importées des pays industrialisés créent souvent peu d'emplois dans les pays sous-développés.
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Ces technologies ont été conçues pour des pays où la main-d'œuvre est chère et le capital abondant. Elles remplacent le travail humain par des machines : elles sont capitalistiques. Dans un pays sous-développé où le travail est abondant et le capital rare, elles créent donc peu d'emplois, coûtent cher en devises et exigent une maintenance que les travailleurs locaux ne maîtrisent pas toujours.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « Le transfert de technologie peut-il permettre aux pays africains de sortir du sous-développement ? » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.
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Introduction : depuis les indépendances, les pays africains achètent à l'étranger machines, usines et savoir-faire dans l'espoir de rattraper leur retard. Pourtant, beaucoup restent dépendants des fournisseurs étrangers. Le transfert de technologie peut-il vraiment permettre de sortir du sous-développement ? Nous verrons qu'il est indispensable mais souvent incomplet, puis à quelles conditions il peut devenir une véritable maîtrise.
I. Un transfert indispensable mais qui crée souvent la dépendance.
- Il permet d'accéder rapidement à des techniques modernes (mines, énergie, télécommunications).
- Mais les fournisseurs vendent l'objet plus que le savoir : brevets, clés en main, pièces détachées.
- Coûts élevés en devises, technologies capitalistiques qui créent peu d'emplois, fuite des cerveaux.
II. Les conditions d'un transfert réussi.
- Former les hommes : enseignement technique, écoles d'ingénieurs, formation incluse dans les contrats (produit en main).
- Adapter les technologies (technologies appropriées) et développer la recherche locale et régionale.
- Développer les entreprises locales de maintenance et de sous-traitance (contenu local), retenir les diplômés.
Conclusion : le transfert de technologie n'est pas en lui-même une solution ; il le devient s'il s'accompagne d'une politique de formation et de recherche qui permet au pays de passer du statut d'acheteur à celui de producteur de techniques.
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6Je vérifie
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