Leçon 21 sur 42
La difficile alternance au pouvoir
Je sais expliquer ce qu'est l'alternance démocratique, pourquoi elle est difficile dans de nombreux pays africains et en quoi cette difficulté freine le développement.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir l'alternance au pouvoir et ses conditions
- Identifier les obstacles à l'alternance pacifique
- Expliquer les liens entre alternance, stabilité, gouvernance et développement
- Citer des exemples africains d'alternances pacifiques et les textes régionaux qui les encouragent
Avant de commencer : Les leçons « L'instabilité politique » et « La mauvaise gouvernance ».
1Je découvre
Mariama et Ousmane préparent un exposé d'économie au lycée de Kindia. Leur professeur leur a demandé : « Quel rapport entre la façon dont un pays change de dirigeants et son développement économique ? »
Ousmane est d'abord surpris : « L'économie, c'est les prix, la production, les emplois. La politique, c'est autre chose. » Mariama n'est pas d'accord. Elle a lu qu'en Afrique, des crises graves ont souvent éclaté au moment des élections ou des fins de mandat : contestations des résultats, manifestations, violences, parfois coups d'État. Elle a aussi remarqué que certains pays voisins, où le pouvoir change régulièrement de mains par les urnes, attirent davantage d'investisseurs.
Ils décident de chercher la réponse ensemble : pourquoi le passage pacifique du pouvoir d'une équipe à une autre est-il si important, et pourquoi est-il parfois si difficile ?
Qu'est-ce que l'alternance au pouvoir, pourquoi est-elle difficile dans de nombreux pays sous-développés, et en quoi cette difficulté est-elle une cause du sous-développement ?
2Je comprends
1. Définitions
L'alternance au pouvoir est le changement, par des voies pacifiques et légales (principalement les élections), de l'équipe ou du parti qui dirige un pays. Elle suppose que le pouvoir sortant accepte sa défaite et que l'opposition puisse gagner.
On distingue :
- l'alternance démocratique : le pouvoir change de mains à la suite d'élections libres, transparentes et acceptées ;
- la succession sans alternance : un dirigeant est remplacé, mais par une personne du même camp, désignée d'avance ;
- le changement non constitutionnel : le pouvoir change de mains par la force (coup d'État) ou par la violence ; ce n'est pas une alternance au sens démocratique.
L'alternance n'est pas une fin en soi : un parti peut être réélu plusieurs fois de façon régulière. Ce qui compte, c'est que l'alternance soit possible, c'est-à-dire que les citoyens aient réellement le pouvoir de changer leurs dirigeants.
2. Les conditions d'une alternance pacifique
- Une Constitution respectée, avec des règles claires sur la durée et le nombre des mandats.
- Des élections libres et transparentes : liste électorale fiable, organe électoral indépendant, égalité d'accès aux médias, dépouillement public, observateurs.
- Une justice indépendante, en particulier la juridiction qui proclame les résultats définitifs et tranche les contestations.
- Une opposition libre de s'organiser et de faire campagne.
- Des forces de défense et de sécurité républicaines, neutres dans la compétition politique.
- Une culture démocratique : accepter la défaite, féliciter le vainqueur, contester par les voies légales.
- Un statut protecteur pour les anciens dirigeants, qui ne craignent pas de tout perdre en quittant le pouvoir.
3. Les obstacles à l'alternance
| Obstacle | Explication |
|---|---|
| Modification de la Constitution | changer les règles (durée ou nombre des mandats) pour permettre au dirigeant en place de rester |
| Élections contestées | listes électorales non fiables, fraudes réelles ou supposées, résultats rejetés par une partie de la population |
| Organes électoraux et justice peu indépendants | les arbitres ne sont pas perçus comme neutres |
| Confusion entre l'État et le parti au pouvoir | utilisation des moyens de l'État pour la campagne du camp au pouvoir |
| Peur de perdre le pouvoir | crainte de poursuites ou de perte d'avantages après le départ |
| Vote communautaire | partis organisés sur une base régionale ou ethnique : perdre une élection est vécu comme l'exclusion d'une communauté |
| Faiblesse de la culture démocratique | refus d'accepter la défaite, recours à la rue ou à la force |
| Interventions militaires | les coups d'État interrompent le processus électoral |
Ces obstacles font que, dans plusieurs pays, les périodes électorales deviennent des moments de forte tension au lieu d'être des moments ordinaires de la vie démocratique.
4. Pourtant, l'alternance pacifique existe en Afrique
L'Afrique de l'Ouest offre des exemples d'alternances pacifiques par les urnes :
- au Bénin, en 1991, le président sortant Mathieu Kérékou a été battu par Nicéphore Soglo et a accepté sa défaite, après une conférence nationale ;
- au Sénégal, en 2000, Abdoulaye Wade a remporté l'élection face au président sortant Abdou Diouf, qui l'a reconnu ; le pays a connu d'autres alternances depuis ;
- au Ghana, le pouvoir est passé à plusieurs reprises d'un grand parti à l'autre depuis 2000.
En Guinée, la première élection présidentielle pluraliste a eu lieu en 1993, après l'adoption du multipartisme. Ces exemples montrent que l'alternance ne dépend pas d'une « culture africaine » incompatible avec la démocratie, mais de la solidité des institutions et du comportement des acteurs.
5. Pourquoi la difficile alternance est-elle une cause du sous-développement ?
a) Elle crée l'instabilité politique. Quand l'alternance par les urnes paraît impossible, la contestation passe par la rue, et parfois par la force. Les crises pré et post-électorales, les coups d'État et les transitions entraînent les conséquences vues dans la leçon sur l'instabilité : fuite des investisseurs, suspension de l'aide, dépenses de sécurité, destructions.
b) Elle favorise la mauvaise gouvernance. Un dirigeant qui ne craint pas d'être remplacé a moins de raisons de rendre des comptes. L'absence de sanction électorale encourage la corruption, le clientélisme et l'impunité.
c) Elle bloque le renouvellement des idées et des compétences. L'alternance permet de corriger les politiques qui échouent et d'intégrer de nouvelles générations. Son absence fige les choix économiques.
d) Elle décourage les investisseurs. Un investisseur cherche un environnement prévisible. Un pays où chaque élection fait craindre une crise inquiète ceux qui engagent de l'argent à long terme. À l'inverse, un pays où les alternances se passent calmement montre que les règles restent stables quel que soit le vainqueur.
e) Elle nourrit les frustrations et les divisions. Les groupes qui se sentent durablement exclus du pouvoir peuvent se radicaliser, ce qui fragilise l'unité nationale indispensable au développement.
- Élections acceptées par tous
- Dirigeants qui rendent des comptes
- Règles stables pour les investisseurs
- Politiques corrigées si elles échouent
- Unité nationale renforcée
- Élections contestées, tensions
- Impunité, mauvaise gouvernance
- Incertitude, investissements reportés
- Politiques figées
- Frustrations et divisions
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : un pays compte 6 000 000 d'électeurs inscrits. Lors d'une élection, 3 900 000 votent et il y a 100 000 bulletins nuls.
Question : calcule le taux de participation et le nombre de suffrages exprimés. Que dire d'un candidat qui obtient 1 950 000 voix ?
Étape 1 : taux de participation = votants ÷ inscrits × 100 = 3 900 000 ÷ 6 000 000 × 100 = 65 %.
Étape 2 : suffrages exprimés = votants − bulletins nuls = 3 900 000 − 100 000 = 3 800 000.
Étape 3 : score du candidat = 1 950 000 ÷ 3 800 000 × 100 ≈ 51,3 % des suffrages exprimés.
Conclusion : avec plus de la moitié des suffrages exprimés, il est élu au premier tour dans un système à la majorité absolue. La transparence de chacun de ces chiffres (inscrits, votants, nuls, exprimés) est ce qui rend un résultat acceptable par tous.
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : les investissements directs étrangers d'un pays s'élevaient à 800 millions de dollars l'année précédant une élection. L'année de l'élection, marquée par de fortes tensions, ils baissent de 35 %. L'année suivante, après une passation pacifique, ils remontent de 50 % par rapport à l'année électorale.
Étape 1 : IDE de l'année électorale = 800 × (1 − 0,35) = 800 × 0,65 = 520 millions de dollars.
Étape 2 : IDE de l'année suivante = 520 × 1,5 = 780 millions de dollars.
Étape 3 : perte cumulée par rapport à un niveau stable de 800 = (800 − 520) + (800 − 780) = 280 + 20 = 300 millions de dollars.
Conclusion : même quand la crise se termine bien, l'incertitude électorale coûte cher ; une baisse de 35 % n'est pas compensée par une hausse de 35 %, il faut ici une hausse de 50 % pour presque revenir au point de départ.
Méthode
Pour rédiger une réponse sur l'alternance et le développement :
- Définir l'alternance et la distinguer du simple changement de dirigeants et du coup d'État.
- Présenter les conditions d'une alternance pacifique (institutions, élections, justice, culture démocratique).
- Expliquer les obstacles à l'aide d'exemples généraux, sans jugement partisan.
- Montrer le lien économique : instabilité, mauvaise gouvernance, incertitude pour les investisseurs.
- Citer des exemples africains réussis et les textes régionaux (CEDEAO, Union africaine).
6. Les réponses institutionnelles
- La CEDEAO, par son Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001), affirme que l'accession au pouvoir doit se faire par des élections libres, honnêtes et transparentes, et rejette tout changement anticonstitutionnel.
- L'Union africaine, par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (2007), condamne notamment le refus de céder le pouvoir au vainqueur d'élections libres.
- Au niveau national : organes électoraux indépendants, fichier électoral fiable, cours constitutionnelles crédibles, statut de l'opposition, éducation civique des citoyens.
3Je retiens
Je retiens
- Alternance au pouvoir : changement pacifique et légal, par les élections, de l'équipe qui dirige un pays ; l'important est qu'elle soit possible.
- Conditions : Constitution respectée, élections libres et transparentes, justice et organe électoral indépendants, opposition libre, armée républicaine, culture démocratique.
- Obstacles : modification des Constitutions, élections contestées, confusion État-parti, peur de perdre le pouvoir, vote communautaire, coups d'État.
- Lien avec le sous-développement : instabilité, mauvaise gouvernance, politiques figées, investisseurs découragés, divisions.
- Exemples d'alternances pacifiques : Bénin (1991), Sénégal (2000), Ghana (plusieurs fois depuis 2000).
- Textes : Protocole CEDEAO de 2001 ; Charte africaine de 2007.
4Erreurs fréquentes
- Confondre alternance et coup d'État : un coup d'État change les dirigeants, mais c'est une rupture de l'ordre constitutionnel, pas une alternance démocratique.
- Croire que l'alternance oblige à changer de parti à chaque élection : un parti peut être réélu régulièrement ; l'essentiel est que l'opposition puisse gagner.
- Traiter le sujet comme une question purement politique : en économie, il faut montrer les effets sur l'investissement, la gouvernance et la croissance.
- Porter des jugements sur des dirigeants actuels : analyse des mécanismes, pas de prise de parti.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis l'alternance au pouvoir.
b) Cite quatre conditions d'une alternance pacifique.
c) Cite deux textes africains qui encouragent l'alternance démocratique, avec leur date.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) L'alternance au pouvoir est le changement, par des voies pacifiques et légales, principalement les élections, de l'équipe ou du parti qui dirige un pays.
b) Une Constitution respectée ; des élections libres et transparentes ; une justice et un organe électoral indépendants ; une opposition libre ; des forces de défense républicaines ; une culture démocratique (accepter la défaite).
c) Le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001) ; la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de l'Union africaine (2007).
2Exercice 2
Dis si chaque situation est une alternance démocratique (A), une succession sans alternance (S) ou un changement non constitutionnel (N) :
a) Des militaires suspendent la Constitution et prennent le pouvoir.
b) Le candidat de l'opposition gagne l'élection et le président sortant le félicite.
c) Le président désigne son successeur au sein de son camp, sans élection ouverte.
d) Le parti au pouvoir est réélu lors d'élections libres, puis perd l'élection suivante et reconnaît sa défaite.
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a) N ; b) A ; c) S ; d) A (la réélection était régulière, et la défaite reconnue ensuite est une alternance).
3Exercice 3
(Calcul, chiffres fictifs) Dans un pays, 5 000 000 d'électeurs sont inscrits ; 3 250 000 votent ; 50 000 bulletins sont nuls. Le candidat A obtient 1 520 000 voix, le candidat B le reste des suffrages exprimés.
a) Calcule le taux de participation.
b) Calcule les suffrages exprimés et le score de chaque candidat (en %).
c) Un candidat est-il élu au premier tour si la majorité absolue des suffrages exprimés est exigée ?
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a) Taux de participation = 3 250 000 ÷ 5 000 000 × 100 = 65 %.
b) Suffrages exprimés = 3 250 000 − 50 000 = 3 200 000. Candidat B = 3 200 000 − 1 520 000 = 1 680 000 voix. Scores : A = 1 520 000 ÷ 3 200 000 × 100 = 47,5 % ; B = 1 680 000 ÷ 3 200 000 × 100 = 52,5 %.
c) Oui : le candidat B obtient 52,5 %, plus de la moitié des suffrages exprimés ; il est élu au premier tour.
4Exercice 4
(Calcul, chiffres fictifs) Les IDE d'un pays s'élèvent à 600 millions de dollars. Une crise électorale les fait baisser de 40 %.
a) Calcule les IDE pendant la crise.
b) De quel pourcentage doivent-ils augmenter ensuite pour retrouver 600 millions ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 600 × (1 − 0,40) = 600 × 0,60 = 360 millions de dollars.
b) Il faut passer de 360 à 600 : 600 ÷ 360 ≈ 1,667, soit une hausse d'environ 66,7 %. Une baisse de 40 % ne se compense pas par une hausse de 40 %.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « La difficile alternance au pouvoir est-elle une cause du sous-développement en Afrique ? » Rédige l'introduction et le plan détaillé.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Introduction : depuis le retour du multipartisme au début des années 1990, les élections sont devenues régulières dans la plupart des pays africains. Pourtant, les fins de mandat et les scrutins restent souvent des moments de crise. La difficulté de changer pacifiquement de dirigeants est-elle une cause du sous-développement ? Nous montrerons qu'elle freine le développement par plusieurs mécanismes, puis qu'elle n'est pas une fatalité et qu'elle n'explique pas tout.
I. Une cause réelle du sous-développement.
- Elle provoque l'instabilité : crises électorales, coups d'État, sanctions, fuite des investisseurs.
- Elle favorise la mauvaise gouvernance : absence de sanction électorale, impunité, clientélisme.
- Elle fige les politiques économiques et nourrit les divisions.
II. Une cause parmi d'autres, et un obstacle surmontable.
- D'autres causes pèsent : échange inégal, endettement, dépendance technique, faiblesse du capital humain.
- Des alternances pacifiques ont eu lieu : Bénin (1991), Sénégal (2000), Ghana.
- Des réponses existent : institutions indépendantes, textes de la CEDEAO (2001) et de l'Union africaine (2007), éducation civique.
Conclusion : la difficile alternance est une cause importante du sous-développement, parce qu'elle entretient l'instabilité et la mauvaise gouvernance ; la consolidation des institutions démocratiques est donc aussi un investissement économique.
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6Je vérifie
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