Leçon 27 sur 42
Le chômage en Afrique : des solutions possibles
Je sais proposer, justifier et évaluer des solutions au chômage et au sous-emploi en Afrique, en les reliant aux causes étudiées.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Relier chaque solution à une cause du chômage
- Présenter les solutions économiques : agriculture, transformation locale, PME, travaux à haute intensité de main-d'œuvre
- Présenter les solutions liées à la formation, à l'entrepreneuriat et au financement
- Évaluer une solution par le calcul (coût par emploi, remboursement d'un microcrédit) et en montrer les limites
Avant de commencer : Les leçons « Le chômage en Afrique », « Le chômage en Afrique : les causes » et « Le chômage en Afrique : les conséquences ».
1Je découvre
À Kindia, Mariama, diplômée en biologie, n'a pas trouvé d'emploi après ses études. Avec trois amies, elle a suivi une formation en transformation des fruits. Grâce à un petit crédit d'une institution de microfinance, elles ont acheté un séchoir et un matériel d'emballage. Aujourd'hui, elles transforment les mangues et les ananas de la région, qui pourrissaient souvent faute d'acheteurs, en fruits séchés et en jus vendus dans les supermarchés et les marchés de la capitale. Elles emploient six personnes et achètent la production de nombreux planteurs.
Son cousin Sékou, lui, a suivi une formation professionnelle d'électricien après un échec au baccalauréat. Il a été recruté par un sous-traitant d'une société minière.
Mariama se demande : si des solutions existent à petite échelle, comment les multiplier pour qu'elles concernent des millions de jeunes ?
Quelles solutions peut-on apporter au chômage et au sous-emploi en Afrique, et quelles en sont les conditions et les limites ?
2Je comprends
1. Principe : chaque solution répond à une cause
Le chômage en Afrique vient d'un déséquilibre : l'offre de travail augmente plus vite que la demande de travail, et les qualifications ne correspondent pas aux besoins. Les solutions doivent donc :
- augmenter la demande de travail (créer plus d'emplois) ;
- améliorer la rencontre entre les demandeurs d'emploi et les emplois (formation, information) ;
- maîtriser à long terme la croissance de l'offre de travail ;
- améliorer la qualité des emplois existants (sortir du sous-emploi et de la précarité).
| Cause | Solution correspondante |
|---|---|
| Agriculture peu productive, exode rural | moderniser l'agriculture, développer les activités rurales non agricoles |
| Exportation de matières premières brutes | transformer sur place, contenu local |
| Secteur privé étroit, PME freinées | faciliter le crédit, l'énergie, les démarches administratives |
| Technologies capitalistiques | travaux à haute intensité de main-d'œuvre, technologies appropriées |
| Formations inadaptées | enseignement technique et professionnel, apprentissage, stages |
| Informations insuffisantes | services publics de l'emploi, orientation |
| Croissance démographique rapide | éducation des filles, santé de la reproduction, planification familiale |
| Précarité de l'informel | formalisation progressive, protection sociale |
2. Créer davantage d'emplois
a) Moderniser l'agriculture et développer le monde rural. L'agriculture occupe la majorité des actifs. Irrigation (pour produire aussi en saison sèche), semences améliorées, petite mécanisation, pistes rurales, magasins de stockage, organisation des producteurs en coopératives : ces mesures augmentent les revenus et rendent l'activité agricole attractive pour les jeunes. Elles freinent l'exode rural. Les activités non agricoles en zone rurale (réparation de matériel, transport, transformation) créent aussi des emplois.
b) Transformer sur place les matières premières. Transformer la bauxite en alumine, l'anacarde, le karité, les fruits, le lait, le poisson localement crée beaucoup plus d'emplois que l'exportation brute. La politique de contenu local oblige ou incite les grandes entreprises, notamment minières, à acheter aux entreprises locales et à employer et former des nationaux.
c) Soutenir les petites et moyennes entreprises (PME). Les PME sont les principales créatrices d'emplois. Il faut faciliter leur accès au crédit (garanties publiques, microfinance), leur fournir une électricité fiable et moins chère, simplifier la création d'entreprise et la fiscalité, et leur réserver une part des marchés publics.
d) Lancer des travaux à haute intensité de main-d'œuvre (HIMO). Pour construire des pistes, des caniveaux, des aménagements agricoles, on peut utiliser beaucoup de travailleurs et moins de machines. Ces chantiers créent rapidement des emplois pour les jeunes peu qualifiés, tout en améliorant les infrastructures.
e) Développer les secteurs porteurs : tourisme (paysages du Fouta-Djallon, chutes, patrimoine), bâtiment, services numériques, énergie solaire, entretien et réparation, économie verte.
f) Favoriser l'intégration régionale. Un marché plus large (CEDEAO, Zone de libre-échange continentale africaine) permet aux entreprises de vendre davantage et donc d'embaucher.
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : l'État dispose de 90 milliards GNF pour construire des pistes rurales. Avec une méthode mécanisée, le budget crée 600 emplois temporaires. Avec la méthode HIMO, il crée 3 000 emplois temporaires, pour la même longueur de pistes.
Étape 1 : coût par emploi, méthode mécanisée = 90 000 000 000 ÷ 600 = 150 000 000 GNF.
Étape 2 : coût par emploi, méthode HIMO = 90 000 000 000 ÷ 3 000 = 30 000 000 GNF.
Étape 3 : rapport = 3 000 ÷ 600 = 5.
Conclusion : la méthode HIMO crée 5 fois plus d'emplois pour le même budget et distribue des revenus dans les villages. Limite : ces emplois sont souvent temporaires ; il faut les combiner avec une formation pour que les travailleurs trouvent ensuite un emploi durable.
3. Mieux former et mieux orienter
a) Développer l'enseignement technique et la formation professionnelle : électricité, mécanique, froid et climatisation, maçonnerie moderne, agriculture, santé, informatique, hôtellerie. Ces métiers correspondent aux besoins des entreprises et permettent aussi de s'installer à son compte.
b) Rapprocher l'école et l'entreprise : apprentissage en alternance, stages obligatoires, participation des entreprises à la conception des programmes. L'apprentissage traditionnel chez un artisan peut être amélioré et reconnu par un diplôme.
c) Orienter et informer : des services publics de l'emploi, comme l'Agence guinéenne pour la promotion de l'emploi (AGUIPE), recensent les offres, accompagnent les demandeurs et organisent des programmes d'insertion. L'orientation scolaire doit tenir compte des métiers qui recrutent.
d) Changer le regard sur les métiers manuels et agricoles, et encourager l'esprit d'entreprise dès l'école.
4. Encourager l'auto-emploi et l'entrepreneuriat
Tous les jeunes ne pourront pas être salariés. Beaucoup peuvent créer leur propre activité, à condition d'être accompagnés :
- formation à la gestion (tenir une comptabilité simple, fixer ses prix, trouver des clients) ;
- financement : microcrédit, fonds de garantie, épargne en groupe, subventions de démarrage ;
- incubateurs qui hébergent et conseillent les jeunes entreprises ;
- coopératives qui permettent de mettre en commun le matériel et de vendre en gros.
Exemple
Situation (chiffres fictifs) : Mariama et ses amies empruntent 20 000 000 GNF à une institution de microfinance, au taux de 2 % par mois, remboursable en 12 mensualités de capital égales ; les intérêts sont calculés chaque mois sur le capital restant dû.
Étape 1 : remboursement de capital par mois = 20 000 000 ÷ 12 ≈ 1 666 667 GNF.
Étape 2 : intérêts du 1er mois = 20 000 000 × 2 % = 400 000 GNF ; première mensualité ≈ 1 666 667 + 400 000 = 2 066 667 GNF.
Étape 3 : le séchoir permet de dégager un bénéfice supplémentaire de 3 000 000 GNF par mois.
Étape 4 : bénéfice − première mensualité ≈ 3 000 000 − 2 066 667 = 933 333 GNF.
Conclusion : l'activité peut rembourser le crédit et dégager un surplus, qui diminuera même au fil des mois car les intérêts baissent. Un crédit est utile s'il finance une activité dont le bénéfice couvre les remboursements.
Méthode
Pour évaluer une solution au chômage dans une rédaction :
- Nommer la solution et la cause à laquelle elle répond.
- Expliquer le mécanisme : comment crée-t-elle des emplois ou améliore-t-elle leur qualité ?
- Donner un exemple concret (guinéen de préférence) ou un calcul (coût par emploi, rentabilité).
- Indiquer les conditions de réussite (financement, formation, bonne gouvernance).
- Indiquer les limites (emplois temporaires, coût, délai, risque d'échec).
5. Agir sur le long terme et sur la qualité des emplois
- Maîtriser la croissance démographique : la scolarisation des filles, l'amélioration de la santé maternelle et infantile et l'accès à la planification familiale font baisser progressivement la natalité, ce qui ralentit à long terme la hausse de la population active.
- Formaliser progressivement le secteur informel : procédures d'enregistrement simples et peu coûteuses, fiscalité adaptée, accès à une protection sociale (santé, retraite) pour les travailleurs indépendants.
- Assurer la bonne gouvernance et la stabilité : recrutements transparents dans la fonction publique, climat des affaires sain, paix : ce sont des conditions pour attirer l'investissement.
- Retenir et mobiliser la diaspora : encourager l'investissement des émigrés et le retour des compétences.
- 1Diagnostiquer : qui est au chômage, où, avec quelles qualifications ?
- 2Créer des emplois : agriculture modernisée, transformation locale, PME, travaux HIMO
- 3Former : enseignement technique, apprentissage, stages
- 4Financer : microcrédit, fonds de garantie, coopératives
- 5Accompagner : services de l'emploi, incubateurs, orientation
- 6Consolider : formalisation, protection sociale, bonne gouvernance
6. Les limites
Aucune solution ne suffit seule. Les emplois HIMO sont souvent temporaires ; le microcrédit peut surendetter si l'activité n'est pas rentable ; la formation professionnelle ne crée pas d'emplois s'il n'y a pas d'entreprises pour embaucher ; les effets de la baisse de la natalité ne se font sentir qu'après une génération. La lutte contre le chômage demande donc une stratégie globale, durable et cohérente, associant l'État, les entreprises, les collectivités, les partenaires et les jeunes eux-mêmes.
3Je retiens
Je retiens
- Les solutions doivent augmenter la demande de travail, améliorer la rencontre entre offre et demande, maîtriser à long terme l'offre de travail et améliorer la qualité des emplois.
- Créer des emplois : moderniser l'agriculture, transformer sur place (contenu local), soutenir les PME (crédit, énergie, simplification), travaux à haute intensité de main-d'œuvre (HIMO), secteurs porteurs, intégration régionale.
- Former : enseignement technique et professionnel, apprentissage, stages, orientation, services publics de l'emploi.
- Entreprendre : formation à la gestion, microcrédit, incubateurs, coopératives.
- Long terme : maîtrise démographique, formalisation de l'informel, protection sociale, bonne gouvernance et stabilité.
- Aucune solution ne suffit seule : il faut une stratégie globale.
4Erreurs fréquentes
- Proposer des solutions sans les relier aux causes : chaque solution doit répondre à un problème identifié.
- Tout attendre de l'État employeur : depuis l'ajustement structurel, la fonction publique ne peut pas absorber tous les diplômés ; le secteur privé et l'auto-emploi sont indispensables.
- Présenter le microcrédit comme une solution miracle : il n'est utile que si l'activité financée est rentable, sinon il endette.
- Oublier les limites et les conditions : l'examinateur valorise une réflexion nuancée.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'est-ce qu'un chantier à haute intensité de main-d'œuvre (HIMO) ?
b) Qu'appelle-t-on la politique de contenu local ?
c) Cite trois mesures pour soutenir les PME.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Un chantier HIMO est un chantier (pistes, caniveaux, aménagements agricoles) réalisé en utilisant beaucoup de travailleurs et peu de machines, afin de créer un grand nombre d'emplois pour un budget donné.
b) La politique de contenu local oblige ou incite les grandes entreprises, notamment minières, à acheter des biens et services aux entreprises nationales et à employer et former des travailleurs nationaux.
c) Faciliter l'accès au crédit (garanties, microfinance) ; fournir une électricité fiable et moins chère ; simplifier la création d'entreprise et la fiscalité ; réserver une part des marchés publics aux PME.
2Exercice 2
Associe chaque cause à la solution la plus adaptée :
Causes : a) trop de diplômés en filières générales ; b) mangues qui pourrissent faute de débouchés ; c) jeunes sans capital pour créer leur activité ; d) exode rural lié à l'inactivité en saison sèche.
Solutions : 1) microcrédit et fonds de garantie ; 2) irrigation et cultures de contre-saison ; 3) enseignement technique et professionnel ; 4) unités de transformation des fruits.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) → 3 ; b) → 4 ; c) → 1 ; d) → 2.
3Exercice 3
(Calcul, chiffres fictifs) Un programme dispose de 45 milliards GNF. Il peut financer soit une méthode mécanisée créant 300 emplois, soit une méthode HIMO créant 1 800 emplois.
a) Calcule le coût par emploi dans chaque cas.
b) Combien de fois plus d'emplois la méthode HIMO crée-t-elle ?
c) Donne une limite de la méthode HIMO et une mesure pour la corriger.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Méthode mécanisée : 45 000 000 000 ÷ 300 = 150 000 000 GNF par emploi. Méthode HIMO : 45 000 000 000 ÷ 1 800 = 25 000 000 GNF par emploi.
b) 1 800 ÷ 300 = 6 fois plus d'emplois.
c) Limite : les emplois HIMO sont souvent temporaires et peu qualifiés. Correction : associer au chantier une formation (maçonnerie, entretien des routes) et organiser les travailleurs en petites entreprises d'entretien qui pourront obtenir des contrats durables.
4Exercice 4
(Calcul, chiffres fictifs) Un jeune emprunte 6 000 000 GNF à 1,5 % par mois, remboursables en 6 mensualités de capital égales ; les intérêts sont calculés sur le capital restant dû.
a) Calcule le remboursement mensuel de capital.
b) Calcule les intérêts et la mensualité du 1er et du 2e mois.
c) Son activité lui rapporte 1 500 000 GNF de bénéfice par mois. Peut-il rembourser ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 6 000 000 ÷ 6 = 1 000 000 GNF de capital par mois.
b) 1er mois : intérêts = 6 000 000 × 1,5 % = 90 000 GNF ; mensualité = 1 090 000 GNF. 2e mois : capital restant dû = 5 000 000 ; intérêts = 5 000 000 × 1,5 % = 75 000 GNF ; mensualité = 1 075 000 GNF.
c) Oui : son bénéfice de 1 500 000 GNF dépasse la mensualité la plus élevée (1 090 000 GNF). Il lui reste au moins 410 000 GNF par mois pour vivre et réinvestir.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « Quelles solutions peut-on envisager pour réduire le chômage des jeunes en Guinée ? » Rédige l'introduction, le plan détaillé et la conclusion.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Introduction : en Guinée, comme dans la plupart des pays africains, de nombreux jeunes, diplômés ou non, sont au chômage ou en sous-emploi, alors que le pays dispose de terres fertiles, d'eau abondante et de grandes richesses minières. Comment transformer ces atouts en emplois pour les jeunes ? Nous verrons qu'il faut à la fois créer davantage d'emplois, mieux préparer les jeunes à les occuper, et agir sur le long terme.
I. Créer davantage d'emplois.
- Moderniser l'agriculture (irrigation, contre-saison, coopératives) pour freiner l'exode rural.
- Transformer sur place bauxite, fruits, anacarde ; appliquer le contenu local dans les mines.
- Soutenir les PME et lancer des travaux HIMO.
II. Préparer et accompagner les jeunes.
- Développer l'enseignement technique, l'apprentissage et les stages.
- Encourager l'entrepreneuriat : formation à la gestion, microcrédit, incubateurs.
- Renforcer les services publics de l'emploi, comme l'AGUIPE, et l'orientation.
III. Agir sur le long terme.
- Maîtriser la croissance démographique par l'éducation des filles et la santé.
- Formaliser l'informel et étendre la protection sociale.
- Assurer bonne gouvernance et stabilité pour attirer l'investissement.
Conclusion : le chômage des jeunes n'est pas une fatalité ; il appelle une stratégie globale, qui combine création d'emplois, formation et gouvernance. La jeunesse guinéenne peut alors devenir le principal moteur du développement du pays.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.