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Économie · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 36 sur 42

La mobilisation et la gestion rationnelle des ressources internes

Je sais identifier les ressources internes d'un pays, expliquer comment les mobiliser (épargne, impôts, rente minière) et comment les gérer de façon rationnelle pour financer le développement sans dépendre de l'extérieur.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Identifier les différentes ressources internes d'un pays
  • Expliquer les moyens de mobiliser l'épargne et les recettes fiscales
  • Calculer et interpréter un taux de pression fiscale et un taux d'épargne
  • Présenter les règles d'une gestion rationnelle des ressources publiques

Avant de commencer : Les leçons sur l'endettement, les conditions essentielles du développement (modèle de Harrod-Domar), la bonne gouvernance et la planification.

1Je découvre

Dans le quartier de Kaloum, Aïssatou et ses amies commerçantes cotisent chaque semaine dans une tontine. À tour de rôle, l'une d'elles reçoit la cagnotte et achète un congélateur, un stock de marchandises ou paie les frais d'école. Sans banque et sans aide extérieure, ces femmes financent elles-mêmes leurs projets.

Le même jour, à la radio, un économiste explique que la Guinée doit encore emprunter à l'étranger pour construire des routes et des hôpitaux, alors qu'une grande partie de l'activité échappe à l'impôt et que l'épargne des ménages reste souvent hors des banques. « Si chaque Guinéen faisait comme la tontine d'Aïssatou, et si l'argent collecté était bien utilisé, notre pays dépendrait moins des autres », conclut-il.

Aïssatou se demande : comment un pays peut-il, comme sa tontine, rassembler ses propres forces pour financer son développement ? Et comment éviter que l'argent réuni soit gaspillé ?

Comment un pays comme la Guinée peut-il mobiliser ses ressources internes et les gérer de façon rationnelle pour financer son développement ?

2Je comprends

1. Qu'appelle-t-on ressources internes ?

Les ressources internes sont les moyens de financement et de production qui proviennent du pays lui-même, par opposition aux ressources externes (emprunts à l'étranger, aide publique au développement, investissements étrangers).

On distingue :

  • l'épargne nationale : la part du revenu que les ménages, les entreprises et l'État ne consomment pas ;
  • les recettes publiques : impôts, taxes, droits de douane, redevances minières, bénéfices des entreprises publiques ;
  • les ressources naturelles : terres, eau, forêts, minerais (bauxite, fer, or, diamant) ;
  • les ressources humaines : la population active, ses compétences et sa créativité.

Pourquoi compter d'abord sur elles ? Parce que l'endettement extérieur coûte cher (intérêts) et impose des conditions, et que l'aide est incertaine. Un pays qui finance lui-même l'essentiel de ses investissements est plus autonome et plus stable. C'est aussi une question de souveraineté.

2. Mobiliser l'épargne

Le taux d'épargne mesure la part du revenu épargnée :

taux d'épargne = épargnerevenu × 100

Dans les pays en développement, l'épargne est souvent faible, car les revenus sont bas, et une partie importante reste hors du système bancaire (argent gardé à la maison, bétail, bijoux, tontines). Elle finance alors peu l'investissement productif.

Moyens de mobiliser l'épargne :

  • rapprocher les banques et les institutions de microfinance des populations, y compris rurales ;
  • développer les services financiers par téléphone mobile, qui permettent d'épargner et de payer sans se déplacer ;
  • rémunérer l'épargne par des taux d'intérêt attractifs et maintenir une inflation faible (sinon l'argent épargné perd sa valeur) ;
  • moderniser les tontines et les relier aux institutions de microfinance ;
  • créer des produits d'épargne adaptés (épargne logement, épargne scolaire, emprunts d'État ouverts aux particuliers) ;
  • attirer l'épargne de la diaspora vers des investissements dans le pays.

3. Mobiliser les recettes fiscales

L'impôt est un prélèvement obligatoire, sans contrepartie directe, effectué par l'État pour financer les dépenses publiques.

CatégorieExemples
Impôts directs (payés directement par celui qui les supporte)impôt sur le revenu des personnes, impôt sur les bénéfices des sociétés, impôt foncier
Impôts indirects (inclus dans le prix payé par le consommateur)taxe sur la valeur ajoutée (TVA), taxes sur les carburants, droits d'accise
Droits de douanetaxes sur les importations et parfois sur les exportations
Recettes minièresredevances, impôts et parts de production versés par les sociétés minières

Pour mesurer l'effort fiscal, on calcule le taux de pression fiscale :

taux de pression fiscale = recettes fiscalesPIB × 100

L'UEMOA, union voisine de la Guinée, fixe par exemple à ses membres un objectif d'au moins 20 %. Beaucoup de pays africains en sont loin, ce qui limite leurs moyens d'action.

Exemple

Situation (données imaginaires) : un pays a un PIB de 250 000 milliards de GNF et des recettes fiscales de 30 000 milliards de GNF. Quel est son taux de pression fiscale ? Quelles recettes supplémentaires obtiendrait-il à 16 % ?

Étape 1 : taux actuel = 30 000 / 250 000 × 100 = 12 %.

Étape 2 : recettes à 16 % = 250 000 × 0,16 = 40 000 milliards de GNF.

Étape 3 : recettes supplémentaires = 40 000 − 30 000 = 10 000 milliards de GNF.

Conclusion : sans nouvel emprunt, le pays gagnerait 10 000 milliards de GNF par an, soit un tiers de recettes en plus (10 000 / 30 000 ≈ 33 %), pour financer écoles, santé et routes.

Comment augmenter les recettes sans écraser les contribuables ?

  • Élargir l'assiette : faire payer ceux qui échappent à l'impôt (grandes entreprises qui fraudent, activités informelles importantes) plutôt que d'augmenter les taux sur ceux qui paient déjà ;
  • intégrer progressivement le secteur informel avec des régimes simplifiés (impôt synthétique) et des avantages (accès au crédit, aux marchés publics) ;
  • lutter contre la fraude et la corruption dans les impôts et les douanes (paiements électroniques, contrôles croisés) ;
  • limiter les exonérations accordées sans justification ;
  • bien négocier les contrats miniers et contrôler les quantités exportées et les prix déclarés.

4. Valoriser les ressources naturelles et humaines

La Guinée possède d'immenses ressources : bauxite, fer de Simandou, or, terres agricoles, fleuves. Pour qu'elles deviennent une ressource de développement :

  • percevoir une juste part de la rente minière et la gérer de façon transparente (ITIE) ;
  • transformer localement une partie des minerais et des produits agricoles ;
  • épargner une partie de la rente dans un fonds pour les générations futures et pour amortir les chocs de prix ;
  • investir dans les hommes : la formation technique et professionnelle transforme une population jeune en force productive ;
  • valoriser les compétences de la diaspora (retour, investissements, transferts de savoir-faire).

5. Gérer rationnellement les ressources

Mobiliser ne suffit pas : il faut bien dépenser. La gestion rationnelle consiste à utiliser chaque franc public de la façon la plus utile et la plus économe possible.

  1. 1Choisir les priorités : dépenses qui préparent l'avenir (école, santé, énergie, agriculture)
  2. 2Préparer un budget réaliste, relié au plan de développement
  3. 3Attribuer les marchés publics par appel d'offres ouvert et transparent
  4. 4Exécuter et entretenir : finir les chantiers, entretenir routes et bâtiments
  5. 5Contrôler : Assemblée, Cour des comptes, inspections, citoyens
  6. 6Évaluer les résultats et corriger pour l'année suivante
Les étapes d'une gestion rationnelle des ressources publiques.

Les règles de base :

  • distinguer dépenses de fonctionnement (salaires, fournitures) et dépenses d'investissement (routes, écoles) et protéger ces dernières ;
  • éviter les « éléphants blancs » : projets coûteux et inutiles, construits pour le prestige ;
  • entretenir ce qui existe : une route non entretenue doit être reconstruite, ce qui coûte beaucoup plus cher ;
  • réduire le train de vie de l'État (véhicules, missions, cérémonies) ;
  • maîtriser la dette : n'emprunter que pour des investissements rentables ;
  • rendre des comptes : publier le budget et son exécution.

Exemple

Situation (données imaginaires) : l'État dispose de 1 200 milliards de GNF d'investissement. Il hésite entre un centre de conférences de prestige (1 200 milliards) et un programme comprenant 2 000 forages d'eau à 150 millions chacun et 1 500 salles de classe à 400 millions chacune. Le programme tient-il dans l'enveloppe ?

Forages : 2 000 × 150 millions = 300 000 millions = 300 milliards de GNF.

Salles de classe : 1 500 × 400 millions = 600 000 millions = 600 milliards de GNF.

Total : 300 + 600 = 900 milliards de GNF, il reste 1 200 − 900 = 300 milliards pour l'entretien des routes rurales.

Conclusion : pour le même montant, le second choix touche directement des centaines de milliers de personnes (eau, école) : c'est un choix rationnel.

Méthode

Pour répondre à une question sur les ressources internes :

  1. Je définis les ressources internes et je les oppose aux ressources externes.
  2. Je présente les moyens de MOBILISER (épargne, impôts, rente naturelle, ressources humaines).
  3. Je présente les règles de GESTION rationnelle (priorités, transparence, contrôle, entretien).
  4. J'utilise un indicateur si possible (taux d'épargne, taux de pression fiscale).
  5. Je conclus sur l'autonomie et la souveraineté que procure un financement interne.

3Je retiens

Je retiens

Ressources internes : épargne nationale, recettes publiques (impôts, douanes, redevances minières), ressources naturelles, ressources humaines.

Taux d'épargne = épargne / revenu × 100. Taux de pression fiscale = recettes fiscales / PIB × 100 (objectif de 20 % dans l'UEMOA).

Mobiliser l'épargne : banques et microfinance de proximité, services financiers mobiles, faible inflation, tontines modernisées, diaspora.

Mobiliser l'impôt : élargir l'assiette, intégrer l'informel, lutter contre la fraude, limiter les exonérations, bien négocier les contrats miniers.

Gérer rationnellement : priorités d'investissement, budget réaliste, appels d'offres, entretien, contrôle (Assemblée, Cour des comptes), pas d'éléphants blancs.

Compter d'abord sur ses ressources internes renforce l'autonomie et réduit la dépendance à la dette et à l'aide.

4Erreurs fréquentes

  • Classer l'aide extérieure ou les emprunts à l'étranger parmi les ressources internes : ce sont des ressources externes.
  • Croire qu'augmenter les recettes signifie forcément augmenter les taux d'impôt : on peut surtout élargir l'assiette et lutter contre la fraude.
  • Oublier la gestion : une ressource mobilisée puis gaspillée n'apporte rien au développement.
  • Se tromper d'unités dans les calculs : 300 000 millions font 300 milliards.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis les ressources internes et cite-en quatre catégories.

b) Qu'est-ce qu'un impôt indirect ? Donne un exemple.

c) Que signifie « élargir l'assiette fiscale » ?

d) Qu'est-ce qu'un « éléphant blanc » ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les ressources internes sont les moyens de financement et de production qui proviennent du pays lui-même. Catégories : épargne nationale ; recettes publiques (impôts, taxes, douanes, redevances) ; ressources naturelles ; ressources humaines.

b) C'est un impôt inclus dans le prix d'un bien ou d'un service, payé par le consommateur final mais versé à l'État par l'entreprise. Exemple : la TVA, ou une taxe sur les carburants.

c) C'est augmenter le nombre de personnes et d'activités qui paient l'impôt (intégrer l'informel, lutter contre la fraude), plutôt que d'augmenter les taux.

d) C'est un projet coûteux et peu utile, souvent construit pour le prestige, dont l'entretien pèse ensuite sur le budget.

2Exercice 2

(Calcul) Un pays a un PIB de 180 000 milliards de GNF. Ses recettes fiscales s'élèvent à 21 600 milliards de GNF.

a) Calcule son taux de pression fiscale.

b) Combien de recettes fiscales lui faudrait-il pour atteindre 20 % ?

c) Quel supplément de recettes cela représente-t-il ?

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a) 21 600 / 180 000 × 100 = 12 %.

b) 180 000 × 0,20 = 36 000 milliards de GNF.

c) 36 000 − 21 600 = 14 400 milliards de GNF de recettes supplémentaires.

3Exercice 3

(Calcul) Un ménage de Kindia gagne 3 000 000 GNF par mois et en épargne 450 000.

a) Calcule son taux d'épargne.

b) S'il place cette épargne mensuelle pendant un an dans une institution de microfinance, sans intérêts, quelle somme aura-t-il accumulée ?

c) Explique pourquoi une inflation forte décourage l'épargne.

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a) 450 000 / 3 000 000 × 100 = 15 %.

b) 450 000 × 12 = 5 400 000 GNF.

c) Quand les prix augmentent fortement, la même somme permet d'acheter moins de biens : l'argent épargné perd de sa valeur. Les ménages préfèrent alors dépenser tout de suite ou acheter des biens (bétail, terrain) plutôt que de placer leur argent, ce qui prive les banques de fonds à prêter pour l'investissement.

4Exercice 4

(Analyse de document) « Dans un pays, plus de la moitié des commerçants n'est enregistrée nulle part. Les grandes entreprises bénéficient de nombreuses exonérations, et les routes construites il y a dix ans sont devenues impraticables faute d'entretien. » (texte rédigé pour l'exercice)

a) Relève deux problèmes de mobilisation et un problème de gestion des ressources.

b) Propose une solution pour chacun.

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a) Problèmes de mobilisation : un large secteur informel qui ne paie pas d'impôt ; des exonérations nombreuses accordées aux grandes entreprises. Problème de gestion : le manque d'entretien des routes.

b) Informel : enregistrement simplifié et impôt synthétique, avec des avantages (crédit, marchés publics). Exonérations : les réexaminer et ne garder que celles qui créent réellement des emplois ou des investissements. Entretien : prévoir chaque année une ligne budgétaire protégée pour l'entretien routier.

5Exercice 5

(Sujet type BAC) « Montrez que la mobilisation et la gestion rationnelle des ressources internes sont une condition essentielle du développement de la Guinée. » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. Pour financer ses écoles, ses hôpitaux et ses routes, la Guinée a longtemps compté sur l'emprunt et l'aide extérieure, au prix d'un fort endettement. Or le pays dispose de ressources internes importantes. Pourquoi leur mobilisation et leur bonne gestion sont-elles une condition essentielle du développement ?

I. Mobiliser les ressources internes. a) L'épargne des ménages, aujourd'hui en partie hors des banques : microfinance, services mobiles, tontines. b) Les recettes fiscales : élargir l'assiette, intégrer l'informel, lutter contre la fraude, limiter les exonérations. c) La rente minière (bauxite, fer, or) : contrats équilibrés, transparence, transformation locale. d) Les ressources humaines : formation, diaspora.

II. Les gérer rationnellement. a) Choisir les priorités et relier le budget au plan. b) Dépenser de façon transparente (appels d'offres) et entretenir les équipements. c) Contrôler (Assemblée, Cour des comptes, citoyens) et éviter les éléphants blancs. d) Maîtriser la dette.

Conclusion. Un pays qui mobilise et gère bien ses propres ressources gagne en autonomie et en crédibilité ; l'aide et les emprunts extérieurs viennent alors compléter son effort, au lieu de le remplacer. C'est ce que montre, à petite échelle, la tontine des commerçantes de Kaloum.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Laquelle de ces ressources est une ressource interne ?
Voir la réponse

Réponse C : la TVA collectée par l'État. La TVA est un impôt prélevé dans le pays : c'est une recette publique interne.

2Le taux de pression fiscale se calcule ainsi :
Voir la réponse

Réponse B : recettes fiscales / PIB × 100. Il mesure la part de la production nationale prélevée par l'impôt.

3Un pays dont le PIB est de 100 000 milliards et les recettes fiscales de 14 000 milliards a une pression fiscale de :
Voir la réponse

Réponse B : 14 %. 14 000 / 100 000 × 100 = 14 %.

4« Élargir l'assiette fiscale » signifie :
Voir la réponse

Réponse A : faire payer l'impôt à davantage de contribuables et d'activités. On intègre l'informel et on lutte contre la fraude, sans alourdir la charge des contribuables honnêtes.

5Lequel de ces comportements relève d'une gestion rationnelle des ressources publiques ?
Voir la réponse

Réponse C : prévoir chaque année un budget pour l'entretien des routes. Entretenir coûte bien moins cher que reconstruire.

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