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Économie · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 38 sur 42

L'intégration économique

Je sais définir l'intégration économique, en citer les cinq degrés avec des exemples, expliquer ses avantages et ses obstacles en Afrique, et situer la Guinée dans les organisations d'intégration.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'intégration économique régionale
  • Distinguer les cinq degrés d'intégration (de la zone de libre-échange à l'intégration totale)
  • Expliquer les avantages attendus et les notions de création et de détournement de commerce
  • Analyser les obstacles à l'intégration en Afrique et la place de la Guinée

Avant de commencer : La leçon sur la coopération économique internationale et les notions de droits de douane et d'échanges extérieurs.

1Je découvre

Fanta fait le commerce de tissus entre Conakry, Freetown et Dakar. À chaque frontière, elle perd du temps : formalités, contrôles, parfois des taxes qu'elle ne comprend pas. Ses clientes se plaignent que les pagnes venus des pays voisins coûtent cher, alors qu'ils sont fabriqués à quelques centaines de kilomètres.

Un jour, à la gare routière, elle entend un fonctionnaire expliquer que les pays d'Afrique de l'Ouest veulent supprimer les droits de douane entre eux, avoir les mêmes règles aux frontières et, un jour peut-être, une même monnaie. « Ce serait comme si toute l'Afrique de l'Ouest devenait un seul grand marché », dit-il.

Fanta se réjouit, mais son voisin Ousmane, petit fabricant de savon à Kindia, s'inquiète : « Si les savons des grandes usines des pays voisins entrent sans taxe, qui achètera encore les miens ? »

Qu'est-ce que l'intégration économique, par quelles étapes passe-t-elle, et quels en sont les avantages et les difficultés pour l'Afrique et pour la Guinée ?

2Je comprends

1. Définition

L'intégration économique est le processus par lequel plusieurs pays suppriment progressivement les obstacles aux échanges entre eux (droits de douane, quotas, formalités, restrictions à la circulation des personnes et des capitaux) et harmonisent leurs politiques économiques, afin de former un espace économique unique plus vaste.

Lorsqu'elle concerne des pays voisins, on parle d'intégration régionale. Elle est une forme poussée de coopération : les États acceptent de partager une partie de leur souveraineté (en matière de douane, de monnaie ou de règles commerciales).

2. Les cinq degrés de l'intégration

L'économiste hongrois-américain Béla Balassa a classé en 1961 les formes d'intégration en cinq degrés, du plus simple au plus poussé. Chaque degré reprend les caractéristiques du précédent et en ajoute une nouvelle.

DegréCe qui est ajoutéExemple
1. Zone de libre-échangeSuppression des droits de douane et des quotas entre les membres ; chacun garde ses propres tarifs face au reste du mondeZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine)
2. Union douanière+ un tarif extérieur commun (TEC) appliqué par tous aux produits venus de l'extérieurCEDEAO (TEC en vigueur depuis 2015)
3. Marché commun+ libre circulation des personnes, des services et des capitauxCommunauté économique européenne (traité de Rome, 1957)
4. Union économique (et monétaire)+ harmonisation des politiques économiques ; souvent une monnaie uniqueUEMOA (1994, franc CFA) ; zone euro (1999)
5. Intégration économique totale+ politiques économiques unifiées et autorité supranationaleAucun exemple complet ; l'Union européenne s'en approche dans certains domaines
  1. 1Zone de libre-échange : plus de droits de douane entre membres
  2. 2Union douanière : en plus, un tarif extérieur commun face au reste du monde
  3. 3Marché commun : en plus, libre circulation des personnes, services et capitaux
  4. 4Union économique et monétaire : en plus, politiques harmonisées et monnaie unique
  5. 5Intégration totale : en plus, politiques unifiées et autorité supranationale
Les cinq degrés de l'intégration selon Balassa (1961).

Pourquoi faut-il un tarif extérieur commun dans l'union douanière ? Dans une simple zone de libre-échange, si le pays A taxe peu les importations et le pays B beaucoup, les marchandises étrangères entrent par A puis passent en B sans taxe. Pour l'éviter, on impose des règles d'origine (seuls les produits réellement fabriqués dans la zone circulent librement) ; l'union douanière règle le problème en fixant les mêmes droits pour tous.

3. Les avantages attendus

  • Un marché plus vaste : les entreprises vendent à des centaines de millions de consommateurs au lieu de quelques millions ; elles peuvent produire en grande quantité et réduire leurs coûts (économies d'échelle).
  • Plus de concurrence : baisse des prix, amélioration de la qualité.
  • Attraction des investissements : un investisseur préfère s'installer dans un grand marché unifié.
  • Spécialisation et complémentarité : chaque pays se concentre sur ce qu'il produit le mieux.
  • Grands projets communs : routes, chemins de fer, barrages, réseaux électriques partagés.
  • Poids accru dans les négociations internationales.
  • Paix et solidarité entre voisins.

4. Création et détournement de commerce

L'économiste Jacob Viner a montré que l'intégration peut avoir deux effets opposés :

  • la création de commerce : on remplace une production nationale coûteuse par des importations moins chères venues d'un pays partenaire ; c'est un gain ;
  • le détournement de commerce : on remplace des importations venues d'un pays extérieur plus efficace par des importations d'un partenaire moins efficace, simplement parce que ce dernier ne paie plus de droits ; c'est une perte pour l'économie mondiale et parfois pour le pays.

Exemple

Situation (prix imaginaires, en GNF) : la Guinée importe un produit. Un pays hors de la zone le vend 100 000 GNF ; un pays partenaire de la zone le vend 110 000 GNF. Les droits de douane sont de 20 %.

Avant l'intégration (20 % pour tous) :

Produit extérieur : 100 000 × 1,20 = 120 000 GNF.

Produit du partenaire : 110 000 × 1,20 = 132 000 GNF.

Le consommateur achète le produit extérieur (120 000 GNF) ; l'État perçoit 20 000 GNF de droits.

Après la zone de libre-échange (0 % pour le partenaire, 20 % maintenus pour l'extérieur) :

Produit du partenaire : 110 000 GNF ; produit extérieur : toujours 120 000 GNF.

Le consommateur achète chez le partenaire et paie 10 000 GNF de moins.

Mais l'État perd 20 000 GNF de droits, et le pays achète 110 000 GNF un produit qui coûte 100 000 GNF à produire ailleurs : pour l'ensemble du pays, la perte est de 20 000 − 10 000 = 10 000 GNF par unité. C'est un détournement de commerce.

Exemple

Situation : un savon fabriqué en Guinée coûte 5 000 GNF à produire. Le même savon, produit dans un pays partenaire, coûte 4 500 GNF, mais il paie 20 % de droits à l'entrée en Guinée. Que se passe-t-il avec la zone de libre-échange ?

Avant : savon importé à 4 500 × 1,20 = 5 400 GNF, plus cher que le savon guinéen (5 000 GNF). Le consommateur achète guinéen.

Après : savon importé à 4 500 GNF sans droits, moins cher que le savon guinéen. Le consommateur achète le savon du partenaire et économise 500 GNF.

Conclusion : c'est une création de commerce, car on remplace une production nationale plus coûteuse par une production partenaire plus efficace. Le consommateur y gagne, mais le fabricant local doit améliorer sa productivité ou se reconvertir. C'est la crainte exprimée par Ousmane : l'intégration crée des gagnants et des perdants, d'où la nécessité de périodes de transition et d'aides à l'adaptation.

5. Les obstacles à l'intégration en Afrique

Les projets d'intégration sont nombreux en Afrique, mais la part du commerce entre pays africains reste faible, bien inférieure à celle observée en Europe ou en Asie. Pourquoi ?

  • Des productions semblables : beaucoup de pays exportent les mêmes matières premières (minerais, cacao, café) et importent les mêmes produits manufacturés : ils ont peu à se vendre mutuellement.
  • Le manque d'infrastructures : routes transfrontalières en mauvais état, peu de liaisons ferroviaires entre pays, coupures d'électricité.
  • Les tracasseries aux frontières : barrages routiers, contrôles multiples, paiements illicites.
  • La diversité des monnaies : le franc guinéen, le franc CFA, le naira, le cedi… obligent à changer de monnaie.
  • Le chevauchement des organisations : un même pays appartient à plusieurs groupements aux règles différentes.
  • La peur de perdre des recettes douanières et de la souveraineté.
  • L'instabilité politique de certains membres.

6. La Guinée et l'intégration

La Guinée participe à plusieurs organisations d'intégration :

  • la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), dont elle est membre fondateur (1975), étudiée dans la leçon suivante ;
  • l'Union africaine et la ZLECAf, qui vise un marché unique à l'échelle du continent ;
  • des organisations de bassins fluviaux, car la Guinée est le « château d'eau » de l'Afrique de l'Ouest : l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG, créée en 1978), l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS, que la Guinée a rejointe en 2006), l'Autorité du bassin du Niger ;
  • l'Union du fleuve Mano, avec la Sierra Leone, le Liberia et la Côte d'Ivoire (la Guinée l'a rejointe en 1980).

La Guinée n'est pas membre de l'UEMOA : elle garde sa propre monnaie, le franc guinéen (GNF).

Pour tirer profit de l'intégration, la Guinée doit produire davantage de biens à vendre à ses voisins (produits agricoles, énergie hydroélectrique, produits transformés), améliorer ses routes transfrontalières et simplifier les formalités aux frontières.

Méthode

Pour identifier le degré d'intégration d'une organisation :

  1. Les droits de douane entre membres sont-ils supprimés ? Si oui : au moins une zone de libre-échange.
  2. Existe-t-il un tarif extérieur commun ? Si oui : au moins une union douanière.
  3. Les personnes, services et capitaux circulent-ils librement ? Si oui : au moins un marché commun.
  4. Y a-t-il une monnaie unique ou des politiques économiques harmonisées ? Si oui : union économique et monétaire.
  5. Je donne le degré le plus élevé réellement atteint, pas celui qui est seulement prévu.

3Je retiens

Je retiens

Intégration économique : suppression progressive des obstacles aux échanges entre pays et harmonisation de leurs politiques pour former un espace économique unique.

Cinq degrés (Balassa, 1961) : zone de libre-échange, union douanière (tarif extérieur commun), marché commun (libre circulation des facteurs), union économique et monétaire, intégration totale.

Avantages : marché plus vaste, économies d'échelle, concurrence, investissements, grands projets communs, poids diplomatique, paix.

Création de commerce (gain) et détournement de commerce (perte) : Viner.

Obstacles en Afrique : productions semblables, infrastructures insuffisantes, tracasseries aux frontières, monnaies multiples, chevauchement des organisations, instabilité.

Guinée : CEDEAO (membre fondateur, 1975), UA et ZLECAf, OMVG, OMVS, Autorité du bassin du Niger, Union du fleuve Mano ; pas membre de l'UEMOA (franc guinéen).

4Erreurs fréquentes

  • Confondre zone de libre-échange et union douanière : seule l'union douanière a un tarif extérieur commun.
  • Croire que l'intégration ne fait que des gagnants : certaines entreprises locales peu compétitives peuvent souffrir.
  • Placer la Guinée dans l'UEMOA : elle n'en est pas membre et garde le franc guinéen.
  • Donner le degré prévu par les textes au lieu du degré réellement atteint.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis l'intégration économique.

b) Cite dans l'ordre les cinq degrés d'intégration de Balassa.

c) Qu'est-ce qu'un tarif extérieur commun ?

d) Cite trois organisations d'intégration dont la Guinée est membre.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) C'est le processus par lequel plusieurs pays suppriment progressivement les obstacles aux échanges entre eux et harmonisent leurs politiques économiques pour former un espace économique unique.

b) Zone de libre-échange ; union douanière ; marché commun ; union économique et monétaire ; intégration économique totale.

c) C'est un même tarif de droits de douane appliqué par tous les membres d'une union douanière aux produits venant de pays extérieurs.

d) Par exemple : la CEDEAO, l'Union africaine (ZLECAf), l'OMVG, l'OMVS, l'Union du fleuve Mano, l'Autorité du bassin du Niger.

2Exercice 2

(Identifier) Donne le degré d'intégration correspondant à chaque situation :

a) des pays suppriment les droits de douane entre eux mais gardent chacun leurs tarifs face au reste du monde ;

b) des pays utilisent la même monnaie et coordonnent leurs budgets ;

c) des pays ont un tarif extérieur commun, mais leurs travailleurs ne peuvent pas s'installer librement chez les partenaires.

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a) zone de libre-échange ; b) union économique et monétaire ; c) union douanière (sans libre circulation des travailleurs, ce n'est pas encore un marché commun).

3Exercice 3

(Calcul) Un produit coûte 50 000 GNF dans un pays extérieur et 55 000 GNF dans un pays partenaire. Les droits de douane sont de 30 %.

a) Calcule le prix de chaque produit en Guinée avant l'intégration. Lequel est acheté ?

b) Même question après une zone de libre-échange avec le partenaire (30 % maintenus pour l'extérieur).

c) S'agit-il d'une création ou d'un détournement de commerce ? Justifie.

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a) Extérieur : 50 000 × 1,30 = 65 000 GNF. Partenaire : 55 000 × 1,30 = 71 500 GNF. Le produit extérieur (65 000 GNF) est acheté.

b) Extérieur : toujours 65 000 GNF. Partenaire : 55 000 GNF sans droits. Le produit du partenaire est acheté.

c) C'est un détournement de commerce : la Guinée achète désormais au partenaire, dont le coût (55 000 GNF) est plus élevé que celui du producteur extérieur (50 000 GNF). Le consommateur gagne 10 000 GNF par unité, mais l'État perd 15 000 GNF de droits (50 000 × 0,30) ; pour le pays, la perte est de 15 000 − 10 000 = 5 000 GNF par unité.

4Exercice 4

(Analyse de document) « Le commerce entre pays africains reste faible. Les camions mettent parfois plusieurs jours à franchir les frontières, et beaucoup de pays vendent les mêmes produits bruts. » (texte rédigé pour l'exercice)

a) Relève deux obstacles à l'intégration.

b) Propose une solution pour chacun.

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a) Les lenteurs et les contrôles aux frontières ; des productions semblables (produits bruts), donc peu complémentaires.

b) Frontières : postes de contrôle juxtaposés, documents harmonisés, lutte contre les barrages illégaux. Productions : transformer localement les matières premières et se spécialiser selon les atouts de chaque pays, pour avoir des produits différents à échanger.

5Exercice 5

(Sujet type BAC) « L'intégration économique régionale est-elle une solution au sous-développement en Afrique ? » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. Les pays africains, souvent petits par leur marché, se sont regroupés dans de nombreuses organisations d'intégration : CEDEAO, UEMOA, ZLECAf. L'intégration consiste à supprimer les obstacles aux échanges et à harmoniser les politiques. Peut-elle être une solution au sous-développement ?

I. Une solution prometteuse. a) Un marché élargi, des économies d'échelle et une meilleure attraction des investissements. b) Des projets communs d'infrastructures (barrages de l'OMVG et de l'OMVS, routes, interconnexions électriques). c) Une plus grande force dans les négociations. d) La paix et la libre circulation des personnes.

II. Une solution encore limitée. a) Des économies peu complémentaires et un commerce intra-africain faible. b) Des infrastructures insuffisantes et des tracasseries aux frontières. c) Des monnaies multiples et un chevauchement des organisations. d) Des gagnants et des perdants, et une instabilité politique qui freine les projets.

Conclusion. L'intégration n'est pas une solution miracle, mais elle est une condition importante du développement africain, à condition d'être accompagnée d'infrastructures, d'industrialisation et de bonne gouvernance. La CEDEAO, étudiée dans la leçon suivante, en est un exemple concret.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel degré d'intégration ajoute un tarif extérieur commun ?
Voir la réponse

Réponse B : l'union douanière. L'union douanière est une zone de libre-échange dotée d'un tarif extérieur commun.

2Le marché commun ajoute à l'union douanière :
Voir la réponse

Réponse A : la libre circulation des personnes, des services et des capitaux. Les facteurs de production circulent librement.

3Qui a proposé la classification des cinq degrés d'intégration ?
Voir la réponse

Réponse B : Béla Balassa. Béla Balassa, en 1961 ; Viner a étudié la création et le détournement de commerce.

4La Guinée est membre de :
Voir la réponse

Réponse B : la CEDEAO. La Guinée est membre fondateur de la CEDEAO et garde sa propre monnaie, le franc guinéen.

5Le détournement de commerce se produit quand :
Voir la réponse

Réponse B : un pays remplace des importations d'un pays extérieur plus efficace par celles d'un partenaire moins efficace. C'est l'absence de droits de douane, et non l'efficacité, qui oriente alors les achats vers le partenaire.

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