Leçon 24 sur 30
Étude humaine de la Guinée
Je sais analyser la population guinéenne (croissance, structure, répartition, peuples, urbanisation, migrations) à partir de données chiffrées, et expliquer les défis qu'elle pose au développement.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Calculer et interpréter la croissance de la population entre deux recensements
- Expliquer la jeunesse de la population et l'inégale répartition du peuplement
- Présenter la diversité des peuples, des langues et des religions
- Analyser l'urbanisation, les migrations et les défis démographiques
Avant de commencer : La leçon « La Guinée : aspect physique » et la leçon de 10e « La Guinée : étude humaine » ; savoir calculer une densité et un pourcentage.
1Je découvre
Dans la cour de la famille Camara, à Kissidougou, grand-père Lansana raconte : « Quand j'étais jeune, notre village comptait une trentaine de cases. Aujourd'hui, il y en a plus de cent, et pourtant beaucoup de jeunes sont partis à Conakry, à Kankan ou même à l'étranger. »
Sa petite-fille Hawa, élève en Terminale, a appris en classe que la Guinée est passée de 7 156 406 habitants au recensement de 1996 à 10 523 261 au recensement de 2014, puis à 17 521 167 au recensement de 2025 (résultats préliminaires). Elle observe autour d'elle : les classes sont surchargées, les centres de santé sont pleins, et beaucoup de jeunes diplômés cherchent du travail.
Elle se demande : à quelle vitesse la population guinéenne augmente-t-elle vraiment ? Où vivent les Guinéens et pourquoi ? Pourquoi tant de jeunes quittent-ils les campagnes ? Et comment l'État peut-il répondre aux besoins d'une population si jeune ?
Quelles sont les caractéristiques de la population guinéenne, et quels défis pose-t-elle au développement du pays ?
2Je comprends
1. Connaître la population : les sources
La principale source est le recensement général de la population et de l'habitation (RGPH), organisé par l'Institut national de la statistique (INS). On y compte toutes les personnes, ménage par ménage, à une date donnée. Les deux recensements dont les résultats définitifs sont publiés datent de 1996 et de 2014. Le quatrième recensement (RGPH-4) a eu lieu en 2025 : ses résultats préliminaires, publiés par l'INS le 25 février 2026, donnent 17 521 167 habitants. Entre deux recensements, l'INS publie des projections (estimations calculées). Les données d'état civil (déclarations de naissances et de décès) et les enquêtes (santé, emploi) complètent ces informations.
2. Une croissance rapide
| Recensement | Population |
|---|---|
| RGPH 1996 | 7 156 406 habitants |
| RGPH 2014 | 10 523 261 habitants |
| RGPH-4 2025 (résultats préliminaires) | 17 521 167 habitants |
Entre 1996 et 2014, la population a augmenté de 10 523 261 - 7 156 406 = 3 366 855 habitants, soit une hausse de 3 366 8557 156 406 × 100 ≈ 47 % en 18 ans. Cela correspond à un taux de croissance annuel moyen d'environ 2,2 % (calcul : (10 523 2617 156 406)118 ≈ 1,0217). À ce rythme, une population double en un peu plus de 30 ans. Entre 2014 et 2025, d'après les résultats préliminaires du RGPH-4, la population a encore augmenté de 17 521 167 - 10 523 261 = 6 997 906 habitants, soit environ 66 % en 11 ans : ces chiffres provisoires seront confirmés par les résultats définitifs.
Les causes : c'est surtout l'accroissement naturel (naissances moins décès) qui explique cette croissance.
- La natalité reste élevée : mariages précoces, désir de familles nombreuses, rôle des enfants dans le travail agricole et comme soutien des parents âgés, faible utilisation de la contraception, surtout en milieu rural.
- La mortalité a baissé grâce aux vaccinations, à la lutte contre le paludisme et les maladies diarrhéiques, et à l'amélioration de l'accès aux soins, même si la mortalité infantile et maternelle reste élevée.
La Guinée se trouve donc dans la deuxième phase de la transition démographique : mortalité en baisse, natalité encore forte.
- 1Phase 1 : natalité et mortalité fortes, croissance lente
- 2Phase 2 : la mortalité baisse, la natalité reste forte, croissance rapide (Guinée aujourd'hui)
- 3Phase 3 : la natalité baisse à son tour, la croissance ralentit
- 4Phase 4 : natalité et mortalité faibles, croissance faible
3. Une population très jeune
La pyramide des âges de la Guinée a une base très large et un sommet étroit : les moins de 15 ans représentent environ 43 % de la population (RGPH-4 de 2025, résultats préliminaires), tandis que les personnes âgées de 60 ans et plus sont peu nombreuses. Les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes (51,8 % de la population en 2025).
Conséquences
- une forte charge pour les adultes actifs, qui doivent nourrir, soigner et scolariser de nombreux enfants ;
- des besoins énormes en écoles, en enseignants, en centres de santé ;
- chaque année, des dizaines de milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail : le chômage et le sous-emploi des jeunes, même diplômés, sont un grand défi ;
- mais aussi un atout : une main-d'œuvre abondante et dynamique pour l'avenir, à condition qu'elle soit formée (on parle de dividende démographique).
4. Une répartition inégale
La densité moyenne était d'environ 10 523 261 ÷ 245 857 ≈ 43 hab./km² en 2014 ; en 2025, elle atteint environ 17 521 167 ÷ 245 857 ≈ 71 hab./km². Mais la répartition est très inégale :
- Conakry : environ 1,7 million d'habitants en 2014, soit près d'un Guinéen sur six (1 700 000 ÷ 10 523 261 ≈ 16 %), sur un territoire très petit ; c'est de loin la zone la plus dense ;
- la Basse-Guinée et les plateaux du Fouta-Djallon ont des densités assez fortes (terres cultivables, villes, mines, ports) ;
- la Guinée forestière est assez peuplée dans les zones de collines fertiles (Guéckédou, Nzérékoré) ;
- la Haute-Guinée, la plus vaste région naturelle, a de grands espaces faiblement peuplés, sauf le long des vallées et autour des zones d'orpaillage (Siguiri).
Facteurs : l'eau, la fertilité des sols, le climat, mais aussi les routes, les villes, les emplois (ports, mines) et l'histoire du peuplement.
5. Une mosaïque de peuples, de langues et de religions
| Région naturelle | Principaux peuples |
|---|---|
| Basse-Guinée | Soussou (majoritaires), Baga, Nalou, Landouma, Mikhiforé |
| Moyenne-Guinée | Peuls (majoritaires), Diakhanké, Djallonké ; Koniagui et Bassari vers Koundara |
| Haute-Guinée | Malinké (majoritaires), Ouassoulounké |
| Guinée forestière | Kissi, Toma (Loma), Kpèlè (Guerzé), Manon, Konianké |
Selon l'article 5 de la Constitution de 2025, les langues nationales et le français sont les langues officielles, et le français est la langue de travail. Les langues nationales les plus parlées sont le soussou, le pular et le maninka, ainsi que le kissi, le kpèlè et le toma. La population est très majoritairement musulmane ; il existe des chrétiens, surtout en Guinée forestière et dans les villes, et des adeptes des religions traditionnelles.
Cette diversité est une richesse culturelle. Les brassages (mariages, commerce, vie en ville) et des pratiques comme la parenté à plaisanterie renforcent l'unité nationale.
6. Une urbanisation rapide et mal maîtrisée
En 2014, environ un Guinéen sur trois vivait en ville. L'urbanisation progresse vite, surtout par l'exode rural : les jeunes quittent les campagnes pour chercher du travail, des études et des services. Conakry domine très largement le réseau urbain : c'est une macrocéphalie (une ville capitale démesurée par rapport aux autres). Suivent des villes régionales : Kankan, Nzérékoré, Kindia, Labé, Boké, Kamsar, Siguiri, Mamou.
Problèmes urbains : quartiers spontanés et précaires, manque d'eau potable et d'électricité, embouteillages sur la presqu'île, gestion des ordures, inondations en saison des pluies, chômage et secteur informel.
7. Les migrations
- Migrations internes : exode rural vers Conakry et les villes régionales ; migrations vers les zones minières (bauxite de Boké, or de Siguiri) ; migrations saisonnières agricoles.
- Émigration : de nombreux Guinéens vivent à l'étranger, en Afrique de l'Ouest (Sénégal, Côte d'Ivoire, Mali, Sierra Leone) et hors d'Afrique ; leurs transferts d'argent font vivre beaucoup de familles. Une partie des jeunes tente une migration irrégulière très dangereuse (désert, Méditerranée).
- Immigration et accueil : dans les années 1990, la Guinée a accueilli un très grand nombre de réfugiés fuyant les guerres du Liberia et de la Sierra Leone, surtout en Guinée forestière.
8. Les défis et les politiques de population
Pour répondre à ces défis, l'État et ses partenaires agissent : politique nationale de population, scolarisation des filles (qui fait baisser la fécondité), santé maternelle et infantile, planification familiale, formation professionnelle et création d'emplois pour les jeunes, aménagement du territoire pour développer les villes régionales et limiter la concentration à Conakry.
Exemple
Question : « Calcule le taux d'accroissement de la population guinéenne entre 1996 et 2014 et commente. »
Calcul :
- Augmentation : 10 523 261 − 7 156 406 = 3 366 855 habitants.
- Taux : 3 366 8557 156 406 × 100 ≈ 47,0 %.
Commentaire : en 18 ans, la population a augmenté de près de moitié, soit environ 2,2 % par an. Cette croissance rapide s'explique par une natalité encore forte et une mortalité en baisse. Elle crée de grands besoins en écoles, santé, logements et emplois.
Exemple
Question : « Explique pourquoi Conakry attire autant de population. »
Réponse rédigée : Conakry attire la population parce qu'elle concentre l'essentiel des emplois modernes du pays : administration, port autonome, industries, commerce, banques. Elle regroupe aussi les principales universités, les hôpitaux les mieux équipés et les services (eau, électricité, transports), même s'ils restent insuffisants. Enfin, les jeunes des campagnes y voient une chance d'échapper à la pauvreté rurale et au travail agricole pénible. Cette attraction explique l'exode rural et la croissance très rapide de la capitale.
Méthode
Pour commenter des données démographiques :
- Je présente la source et la date (RGPH 1996, RGPH 2014).
- Je calcule : augmentation (différence), taux (augmentation ÷ valeur de départ × 100), densité.
- Je décris la tendance avec des mots précis (forte hausse, concentration, jeunesse).
- J'explique par des causes (natalité, mortalité, migrations, milieu, emplois).
- Je donne les conséquences et les solutions.
3Je retiens
Je retiens
Sources : RGPH (INS) ; 7 156 406 habitants en 1996, 10 523 261 en 2014 (+ 47 % en 18 ans, environ 2,2 % par an), 17 521 167 en 2025 (RGPH-4, résultats préliminaires).
Croissance due à l'accroissement naturel : natalité forte, mortalité en baisse (2e phase de la transition démographique).
Population très jeune : environ 43 % de moins de 15 ans (2025) ; défis de l'école, de la santé et de l'emploi.
Densité moyenne d'environ 43 hab./km² en 2014, environ 71 hab./km² en 2025 ; fortes inégalités : Conakry (environ 1,7 million d'habitants) très dense, Haute-Guinée faiblement peuplée.
Peuples : Soussou (Basse-Guinée), Peuls (Moyenne-Guinée), Malinké (Haute-Guinée), Kissi, Toma, Kpèlè, Manon (Guinée forestière) ; islam majoritaire.
Urbanisation rapide (environ un tiers de citadins en 2014) par exode rural ; macrocéphalie de Conakry ; émigration et transferts d'argent.
4Erreurs fréquentes
- Calculer un taux d'accroissement en divisant par la population finale : on divise toujours par la valeur de départ (celle de 1996).
- Confondre accroissement naturel (naissances moins décès) et croissance totale (qui inclut aussi les migrations).
- Présenter la jeunesse de la population uniquement comme un problème : c'est aussi un atout si les jeunes sont formés et employés.
- Associer un peuple à une seule région de façon figée : chaque région a un peuple majoritaire, mais tous les peuples vivent partout, surtout en ville.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Que signifie RGPH ? Quel organisme le réalise ?
b) Qu'est-ce que l'accroissement naturel ?
c) Qu'appelle-t-on macrocéphalie urbaine ? Donne l'exemple guinéen.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Recensement général de la population et de l'habitation ; il est réalisé par l'Institut national de la statistique (INS).
b) C'est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès dans une population pendant une période donnée.
c) C'est la situation où une ville, souvent la capitale, est démesurément plus grande que toutes les autres villes du pays et concentre l'essentiel des activités. En Guinée, Conakry (environ 1,7 million d'habitants en 2014) domine très largement Kankan, Nzérékoré, Kindia ou Labé.
2Exercice 2
(Calculs) À partir des RGPH de 1996 et 2014 :
a) Calcule l'augmentation de la population en nombre d'habitants.
b) Calcule le taux d'augmentation en pourcentage.
c) Calcule la densité en 1996 (superficie : 245 857 km²).
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a) 10 523 261 - 7 156 406 = 3 366 855 habitants.
b) 3 366 8557 156 406 × 100 ≈ 47,0 %.
c) 7 156 406 ÷ 245 857 ≈ 29,1 hab./km², soit environ 29 hab./km² (contre environ 43 en 2014).
3Exercice 3
(Tableau) Pour chaque région naturelle, cite le peuple majoritaire et une langue nationale largement parlée.
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Basse-Guinée : Soussou, langue soussou. Moyenne-Guinée : Peuls, langue pular. Haute-Guinée : Malinké, langue maninka. Guinée forestière : Kissi, Toma, Kpèlè, Manon, langues kissi, toma et kpèlè.
4Exercice 4
(Analyse) Donne trois causes de l'exode rural en Guinée et trois conséquences pour les villes.
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Causes : pauvreté et travail agricole pénible dans les campagnes ; recherche d'emplois et de revenus en ville ; attrait des études, des soins et des services urbains. Conséquences : croissance de quartiers précaires ; manque d'eau, d'électricité et de transports ; chômage et développement du secteur informel (on peut aussi citer les embouteillages et les problèmes d'ordures).
5Exercice 5
(Sujet de type BAC) Présente les caractéristiques de la population guinéenne et les problèmes qu'elle pose au développement.
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Exemple de rédaction :
Introduction. Selon les résultats préliminaires du RGPH-4 de 2025, la Guinée compte 17 521 167 habitants, contre 10 523 261 en 2014. Cette population présente des caractères typiques des pays en développement et pose de grands défis.
1. Les caractéristiques. La population croît vite : + 47 % entre 1996 et 2014, soit environ 2,2 % par an, en raison d'une natalité forte et d'une mortalité en baisse. Elle est très jeune (environ 43 % de moins de 15 ans en 2025). Elle est inégalement répartie : Conakry concentre environ 1,7 million d'habitants, tandis que la Haute-Guinée est peu peuplée. Elle est diverse : Soussou, Peuls, Malinké, peuples forestiers, avec une majorité musulmane. Elle s'urbanise rapidement par l'exode rural, et de nombreux Guinéens émigrent.
2. Les problèmes. La jeunesse de la population exige beaucoup d'écoles, de centres de santé et d'emplois ; le chômage des jeunes est important. La croissance de Conakry crée des quartiers précaires et des difficultés d'eau, d'électricité et de transport. Les campagnes se vident de leurs jeunes. La migration irrégulière met des vies en danger.
Conclusion. La population guinéenne est une force pour l'avenir, à condition d'investir dans l'éducation, la santé, l'emploi des jeunes et l'aménagement du territoire.
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6Je vérifie
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