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Histoire · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 9 sur 24

Les caractères de la colonisation

Je sais décrire les caractères politiques, économiques, sociaux et culturels de la colonisation en Afrique, en comparant les systèmes français et britannique et en prenant l'exemple de la Guinée.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 3 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Distinguer les différents statuts des territoires coloniaux
  • Comparer l'administration directe française et l'administration indirecte britannique
  • Expliquer l'économie de traite et l'exploitation des colonies (travail forcé, impôt, cultures de rente)
  • Décrire les caractères sociaux et culturels de la colonisation et en dresser un bilan nuancé

Avant de commencer : La leçon « Les causes de la colonisation ».

1Je découvre

À Kindia, Mamadou accompagne son oncle, cheminot à la retraite, le long de l'ancienne voie ferrée Conakry-Niger. Son oncle lui explique que ce chemin de fer, construit par les Français au début du XXe siècle, allait de Conakry jusqu'à Kankan. « Tu crois qu'il servait à transporter les voyageurs de village en village ? demande-t-il. Non, il servait surtout à apporter au port le caoutchouc, puis les bananes et les autres produits, pour les envoyer en France. Et ce sont des Guinéens, souvent réquisitionnés de force, qui l'ont construit. »

Mamadou comprend que la colonisation n'était pas seulement une occupation militaire : c'était toute une organisation, avec ses chefs, ses impôts, ses routes, ses écoles et ses règles.

Quels sont les caractères de la colonisation : comment les puissances coloniales ont-elles administré, exploité et transformé les sociétés africaines ?

2Je comprends

1. Les différents statuts des territoires

Tous les territoires dominés n'ont pas le même statut juridique :

StatutDéfinitionExemples
ColonieTerritoire directement administré par la métropoleGuinée française, Sénégal, Gold Coast
ProtectoratLe souverain local est maintenu, mais la puissance protectrice contrôle la politique étrangère, l'armée et l'économieTunisie, Maroc
DominionColonie de peuplement britannique largement autonomeCanada, Australie, Union sud-africaine
Mandat puis tutelleAncienne colonie allemande confiée par la SDN (1919), puis par l'ONU, à une puissance chargée de l'administrerTogo, Cameroun, Namibie

2. Les caractères politiques et administratifs

a) Le système français : l'administration directe. La France centralise tout. Les colonies d'Afrique de l'Ouest sont regroupées dans l'Afrique occidentale française (AOF), créée en 1895, dont le gouverneur général siège à Dakar à partir de 1902. La Guinée française est dirigée par un lieutenant-gouverneur installé à Conakry.

La hiérarchie descend jusqu'aux villages :

  1. 1Le ministère des Colonies, à Paris, décide de la politique coloniale
  2. 2Le gouverneur général de l'AOF, à Dakar, dirige la fédération
  3. 3Le lieutenant-gouverneur de la Guinée, à Conakry, dirige la colonie
  4. 4Le commandant de cercle, un administrateur européen, contrôle un cercle (Kindia, Labé, Kankan…)
  5. 5Le chef de canton, africain nommé par l'administration, fait appliquer les ordres
  6. 6Le chef de village collecte l'impôt et fournit les travailleurs
La chaîne de commandement de l'administration directe française en Guinée.

Les chefs africains ne sont que des auxiliaires : ils sont nommés, déplacés ou révoqués par l'administration, parfois choisis en dehors des familles régnantes traditionnelles. La politique française se réclame d'abord de l'assimilation (faire des colonisés des Français, par la langue et la culture), puis de l'association (respecter une partie des coutumes tout en dominant).

b) Le système britannique : l'administration indirecte (indirect rule). Théorisée par Frederick Lugard au nord du Nigeria, elle consiste à gouverner par l'intermédiaire des chefs traditionnels (émirs, rois), qui gardent leur autorité, leurs tribunaux coutumiers et une partie des impôts, sous le contrôle d'un résident britannique. Ce système coûte moins cher en personnel européen.

Administration directe (France)
  • Pouvoir centralisé (Paris, Dakar, Conakry)
  • Chefs nommés, simples auxiliaires
  • Assimilation : langue et culture françaises
  • Exemple : Guinée française
Administration indirecte (Royaume-Uni)
  • Pouvoir délégué aux chefs traditionnels
  • Chefs traditionnels conservés
  • Respect relatif des coutumes locales
  • Exemple : nord du Nigeria
Deux façons d'administrer les colonies.

c) L'absence de droits politiques. Les colonisés sont des sujets, pas des citoyens. Dans l'empire français, seuls les habitants des « quatre communes » du Sénégal (Saint-Louis, Gorée, Rufisque, Dakar) disposent de droits de citoyens. Les autres sont soumis au code de l'indigénat : l'administrateur peut infliger amendes et prison sans jugement.

3. Les caractères économiques : l'économie de traite

L'économie coloniale est organisée au profit de la métropole. C'est l'économie de traite : la colonie exporte des produits bruts (agricoles ou miniers) et importe des produits manufacturés.

  • Les cultures de rente (ou cultures d'exportation) sont imposées ou encouragées : arachide au Sénégal, cacao en Gold Coast et en Côte d'Ivoire, café. En Guinée, le caoutchouc sauvage domine jusqu'à l'effondrement de son prix vers 1913 ; puis viennent les bananes de Basse-Guinée (région de Kindia) dans l'entre-deux-guerres.
  • Les grandes maisons de commerce achètent les produits à bas prix et vendent cher les marchandises importées ; elles contrôlent le commerce avec l'aide d'intermédiaires.
  • Les infrastructures sont construites pour évacuer les produits vers les ports : routes, ports, chemins de fer. Le chemin de fer Conakry-Niger, commencé vers 1900, atteint Kankan en 1913 et y est ouvert à la circulation en 1914. Le port de Conakry est aménagé.
  • L'impôt de capitation (impôt par tête), payable en argent, oblige les paysans à produire pour l'exportation ou à travailler pour les Européens.
  • Le travail forcé : les populations doivent fournir des journées de travail gratuites (les « prestations ») pour construire routes et voies ferrées, porter des charges, travailler dans les plantations. Il ne sera aboli qu'en 1946.
  • Le pacte colonial : les colonies ne doivent pas faire concurrence à l'industrie de la métropole ; on y développe très peu d'usines.
Impôt enargentCultures derenteVente auxcomptoirsExport versl'EuropeProduitsimportés
L'économie de traite : l'impôt oblige à produire pour l'exportation, les produits partent vers l'Europe et reviennent sous forme de marchandises importées.

4. Les caractères sociaux et culturels

a) Une société inégalitaire et hiérarchisée. Au sommet, les Européens (administrateurs, commerçants, militaires, missionnaires) ; au milieu, une petite élite africaine instruite (interprètes, commis, instituteurs, infirmiers) ; en bas, la masse des paysans soumis à l'impôt et au travail forcé. La ségrégation existe dans les villes coloniales, où Européens et Africains vivent souvent dans des quartiers séparés.

b) L'école. Elle reste très limitée : peu d'enfants sont scolarisés. Elle forme surtout les auxiliaires dont l'administration a besoin. Dans les colonies françaises, l'enseignement se fait en français et valorise la culture de la métropole. L'École normale William-Ponty, au Sénégal, forme les instituteurs et une partie de l'élite de toute l'AOF.

c) La santé. Des campagnes de lutte contre les grandes endémies (maladie du sommeil, paludisme, fièvre jaune) sont menées, et des hôpitaux et dispensaires sont ouverts, surtout dans les villes. Mais les moyens restent faibles.

d) La religion et la culture. Les missions chrétiennes se développent ; l'islam continue lui aussi de progresser. Les cultures africaines sont souvent méprisées : c'est une forme d'acculturation (perte ou transformation de sa culture sous l'influence d'une autre culture dominante).

e) Les bouleversements. Exode vers les villes, développement de villes côtières comme Conakry, migrations de travail, affaiblissement des autorités traditionnelles.

5. Un bilan nuancé

La colonisation a laissé des routes, des ports, des voies ferrées, des écoles et des hôpitaux, mais ils ont été conçus d'abord pour les besoins de la métropole. Elle a surtout imposé la domination, l'exploitation, le travail forcé, le mépris des cultures et des frontières tracées sans les peuples. Ces caractères expliquent la naissance des mouvements nationalistes.

Exemple

Question : « Compare l'administration directe française et l'indirect rule britannique. »

Réponse rédigée : La France pratique l'administration directe : le pouvoir part de Paris et descend, par le gouverneur général de l'AOF à Dakar et le lieutenant-gouverneur de chaque colonie, jusqu'au commandant de cercle. Les chefs africains sont nommés et ne sont que des auxiliaires ; la France cherche à assimiler les colonisés. Le Royaume-Uni pratique l'indirect rule, théorisée par Lugard au Nigeria : il gouverne par l'intermédiaire des chefs traditionnels, qui gardent une partie de leur pouvoir sous le contrôle d'un résident. Dans les deux cas, cependant, la décision finale appartient à la puissance coloniale.

Exemple

Question : « Montre que le chemin de fer Conakry-Niger illustre l'économie de traite. »

Réponse rédigée : Le chemin de fer Conakry-Niger, commencé vers 1900 et ouvert jusqu'à Kankan en 1914, relie l'intérieur de la Guinée au port de Conakry. Il sert surtout à évacuer vers la mer les produits destinés à l'exportation, comme le caoutchouc, puis les bananes, et à faire pénétrer les marchandises importées. Construit en grande partie grâce au travail forcé, il répond aux besoins de la métropole plus qu'à ceux des Guinéens : c'est un exemple typique de l'économie de traite.

Méthode

Pour décrire les « caractères » d'un phénomène historique :

  1. Je classe les caractères par domaines : politique, économique, social, culturel.
  2. Pour chaque domaine, j'énonce le caractère en une phrase (par exemple : « une administration centralisée »).
  3. Je l'illustre par un exemple précis et daté, de préférence guinéen.
  4. Je compare si possible deux systèmes (français et britannique).
  5. Je conclus par un bilan nuancé.

3Je retiens

Je retiens

Statuts : colonie, protectorat, dominion, mandat puis tutelle.

Administration directe française (AOF créée en 1895, gouverneur général à Dakar, lieutenant-gouverneur à Conakry, commandants de cercle, chefs de canton auxiliaires) ; assimilation puis association.

Administration indirecte britannique (indirect rule, Lugard) : pouvoir exercé par les chefs traditionnels.

Colonisés = sujets : code de l'indigénat, pas de droits politiques (sauf les quatre communes du Sénégal).

Économie de traite : cultures de rente, maisons de commerce, impôt de capitation, travail forcé (aboli en 1946), pacte colonial, infrastructures tournées vers les ports (Conakry-Niger, ouvert jusqu'à Kankan en 1914).

Société inégalitaire, école et santé limitées, acculturation ; bilan : quelques équipements, mais domination et exploitation.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre protectorat et colonie : dans un protectorat, le souverain local reste en place, même s'il perd le pouvoir réel.
  • Croire que les chefs de canton de Guinée gardaient un vrai pouvoir : ils étaient nommés et contrôlés par l'administration française.
  • Présenter les routes et chemins de fer comme des cadeaux aux Africains : ils ont été construits pour exporter les produits, souvent par le travail forcé.
  • Oublier que l'indigénat et le travail forcé n'ont été supprimés qu'en 1945-1946.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qu'est-ce qu'un protectorat ? Donne un exemple.

b) Qui dirige la Guinée française dans l'AOF ?

c) Qu'est-ce que l'économie de traite ?

d) Cite deux formes d'exploitation imposées aux populations colonisées.

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a) C'est un territoire où le souverain local est maintenu, mais où la puissance « protectrice » contrôle la politique étrangère, l'armée et l'économie. Exemple : la Tunisie ou le Maroc sous protectorat français.

b) Un lieutenant-gouverneur installé à Conakry, placé sous l'autorité du gouverneur général de l'AOF à Dakar.

c) C'est une économie coloniale dans laquelle la colonie exporte des produits bruts (agricoles ou miniers) vers la métropole et importe des produits manufacturés, au profit des maisons de commerce et de la métropole.

d) Par exemple : le travail forcé et l'impôt de capitation (on peut aussi citer les cultures obligatoires).

2Exercice 2

(Vocabulaire) Définis : indirect rule, assimilation, impôt de capitation, pacte colonial, acculturation.

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Indirect rule : système britannique d'administration indirecte qui gouverne par l'intermédiaire des chefs traditionnels.

Assimilation : politique française qui cherche à transformer les colonisés en Français par la langue, l'école et la culture.

Impôt de capitation : impôt par tête, payable en argent, imposé à chaque adulte.

Pacte colonial : règle selon laquelle la colonie fournit des matières premières et achète les produits de la métropole, sans développer d'industries concurrentes.

Acculturation : transformation ou perte de la culture d'un peuple sous l'influence d'une culture dominante.

3Exercice 3

(Organigramme) Reconstitue dans l'ordre, du plus haut au plus bas, la chaîne de l'administration coloniale française en Guinée : chef de village ; gouverneur général de l'AOF ; commandant de cercle ; ministère des Colonies ; chef de canton ; lieutenant-gouverneur.

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Ministère des Colonies (Paris) ; gouverneur général de l'AOF (Dakar) ; lieutenant-gouverneur (Conakry) ; commandant de cercle ; chef de canton ; chef de village.

4Exercice 4

(Analyse) En t'appuyant sur le cycle de l'économie de traite (partie 3), explique pourquoi les paysans guinéens étaient obligés de produire pour l'exportation.

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L'administration coloniale impose un impôt de capitation payable en argent. Pour obtenir cet argent, les paysans doivent vendre des produits recherchés par les maisons de commerce : caoutchouc, puis bananes, palmistes ou arachides, qui partent vers l'Europe. Ils abandonnent donc une partie des cultures vivrières pour des cultures d'exportation. L'argent gagné repart ensuite vers les comptoirs quand ils achètent des produits importés. L'impôt est ainsi le moteur qui force les paysans à entrer dans l'économie de traite.

5Exercice 5

(Type BAC : dissertation) Sujet : « Les caractères de la colonisation en Afrique noire. » Rédige l'introduction, le plan détaillé et la conclusion.

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Introduction : À la fin du XIXe siècle, presque toute l'Afrique noire passe sous domination européenne. La Guinée devient une colonie française intégrée à l'AOF. Une fois la conquête achevée, les puissances coloniales organisent leur domination. Quels sont les caractères de cette colonisation ? Nous étudierons ses caractères politiques et administratifs, puis économiques, enfin sociaux et culturels.

Plan détaillé :

I. Une domination politique. 1. Des statuts variés (colonie, protectorat, mandat). 2. L'administration directe française (AOF, cercles, chefs de canton). 3. L'indirect rule britannique. 4. Des sujets sans droits (indigénat).

II. Une exploitation économique. 1. L'économie de traite et les cultures de rente. 2. L'impôt de capitation et le travail forcé. 3. Des infrastructures au service de l'exportation (Conakry-Niger).

III. Des transformations sociales et culturelles. 1. Une société inégalitaire. 2. Une école et une santé limitées. 3. L'acculturation et les bouleversements des sociétés africaines.

Conclusion : La colonisation est donc un système de domination politique et d'exploitation économique, qui a transformé en profondeur les sociétés africaines. Ses injustices expliquent la naissance des mouvements nationalistes qui conduiront à la décolonisation, comme en Guinée en 1958.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel système d'administration la France applique-t-elle en Guinée ?
Voir la réponse

Réponse A : l'administration directe. Le pouvoir est centralisé et les chefs africains ne sont que des auxiliaires.

2Qui a théorisé l'indirect rule ?
Voir la réponse

Réponse B : Frederick Lugard. Lugard l'a appliquée au nord du Nigeria.

3Où siège le gouverneur général de l'AOF à partir de 1902 ?
Voir la réponse

Réponse C : à Dakar. Dakar devient la capitale de la fédération de l'AOF.

4Qu'est-ce que le code de l'indigénat ?
Voir la réponse

Réponse B : un régime permettant de punir les sujets africains sans jugement. L'administrateur pouvait infliger amendes et prison sans passer par un tribunal.

5À quoi servait surtout le chemin de fer Conakry-Niger ?
Voir la réponse

Réponse B : à évacuer les produits de l'intérieur vers le port de Conakry. Il illustre l'économie de traite, tournée vers l'exportation.

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