Leçon 16 sur 24
La décolonisation de la Guinée
Je sais expliquer comment la Guinée, colonie française, a conquis son indépendance le 2 octobre 1958 en votant « non » au référendum du 28 septembre 1958, et je sais en mesurer les causes, les acteurs et les conséquences.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter la Guinée coloniale et les conditions nouvelles après 1945
- Retracer l'action du PDG-RDA et du mouvement syndical, dont la grève de 1953
- Expliquer le référendum du 28 septembre 1958 et la proclamation du 2 octobre
- Analyser les conséquences et la portée de l'indépendance guinéenne
Avant de commencer : Les leçons sur les caractères de la colonisation et sur la décolonisation de la Gold Coast.
1Je découvre
Chaque 2 octobre, à Mamou comme à N'Zérékoré, Fatoumata voit défiler les élèves en uniforme, drapeaux rouge, jaune et vert à la main. Sa grand-mère Hawa, qui avait une vingtaine d'années en 1958, lui raconte : « Ce jour-là, nous avions voté "non". Tout le monde parlait du grand discours du 25 août, quand le général de Gaulle est venu à Conakry. Nous étions fiers, mais nous savions aussi que la France allait partir en emportant presque tout. »
Fatoumata se pose des questions : pourquoi la Guinée a-t-elle été le seul territoire d'Afrique française à refuser la proposition de la France en 1958 ? Qui a organisé ce choix ? Et qu'a coûté cette indépendance ?
Comment la Guinée a-t-elle conquis son indépendance en 1958, et quelles en ont été les conséquences ?
2Je comprends
1. La Guinée coloniale
La conquête française, commencée sur la côte des Rivières du Sud (colonie créée en 1882), se heurte à une forte résistance : Almamy Samori Touré, capturé le 29 septembre 1898, et Alpha Yaya Diallo, roi du Labé, déporté en 1905 puis de nouveau en 1911. La colonie prend le nom de Guinée française en 1891 et fait partie de l'Afrique-Occidentale française (AOF), dont la capitale est Dakar.
Le système colonial impose l'indigénat (punitions sans jugement), le travail forcé, l'impôt de capitation et les cultures obligatoires. Les chefs de canton, nommés par l'administration, sont chargés de faire appliquer ces contraintes.
2. Les changements après la Seconde Guerre mondiale
La France sort affaiblie de la guerre, pendant laquelle des milliers de Guinéens ont combattu. Elle doit faire des réformes :
- la conférence de Brazzaville (1944) promet des améliorations, sans parler d'indépendance ;
- en 1946, le travail forcé est aboli (loi Houphouët-Boigny) et l'indigénat supprimé ; la loi Lamine Guèye donne la citoyenneté aux habitants des colonies ;
- la Constitution de 1946 crée l'Union française : les territoires élisent des députés à Paris et des assemblées locales.
Ces réformes permettent l'apparition de partis politiques et de syndicats.
3. Les acteurs de la lutte
a) Le PDG-RDA. En octobre 1946, à Bamako, est fondé le Rassemblement démocratique africain (RDA), un mouvement présent dans toute l'Afrique française. Sa section guinéenne, le Parti démocratique de Guinée (PDG), naît le 14 mai 1947. D'abord faible, il se développe à partir de 1952 sous la direction d'Ahmed Sékou Touré. Le PDG veut dépasser les divisions ethniques et régionales et recrute dans tout le pays : paysans, ouvriers, femmes, jeunes, anciens combattants.
D'autres partis existent, comme le BAG (Bloc africain de Guinée) de Barry Diawadou ou la Démocratie socialiste de Guinée d'Ibrahima Barry dit Barry III.
b) Le mouvement syndical et la grève de 1953. Sékou Touré est d'abord un syndicaliste. En 1953, les travailleurs de Guinée lancent une grève générale de plus de deux mois (plus de 70 jours, de fin septembre à fin novembre) pour obtenir l'application du Code du travail d'outre-mer voté en 1952, en particulier une hausse de salaire. La grève réussit. Elle fait de Sékou Touré et du PDG les principaux porte-parole du peuple guinéen.
c) La conquête du pouvoir local. Sékou Touré devient maire de Conakry et député à l'Assemblée nationale française (élu en janvier 1956). La loi-cadre Defferre (23 juin 1956) crée dans chaque territoire un conseil de gouvernement élu et instaure le suffrage universel. Aux élections territoriales du 31 mars 1957, le PDG remporte une très large majorité. Sékou Touré devient vice-président du conseil de gouvernement (le président étant encore le gouverneur). À la fin de 1957, le gouvernement guinéen supprime la chefferie de canton, symbole de l'oppression coloniale.
4. Le référendum de 1958 : le « non » guinéen
En 1958, le général Charles de Gaulle revient au pouvoir en France. Il propose une nouvelle Constitution qui crée la Communauté française : les territoires africains auraient leur propre gouvernement mais la France garderait la défense, la diplomatie, la monnaie et l'économie. Un référendum est prévu le 28 septembre 1958 : voter « oui », c'est entrer dans la Communauté ; voter « non », c'est choisir l'indépendance immédiate, avec la fin de l'aide française.
Le 25 août 1958, de Gaulle est à Conakry. Devant l'Assemblée territoriale, Sékou Touré prononce un discours célèbre dont on retient cette phrase : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. » De Gaulle répond que l'indépendance est à la disposition de la Guinée, qui peut la prendre en votant « non ».
Le 14 septembre 1958, la conférence territoriale du PDG décide d'appeler à voter « non ». Le 28 septembre 1958, les Guinéens votent « non » à environ 95 %. La Guinée est le seul territoire d'Afrique française à refuser la Communauté.
Le 2 octobre 1958, l'Assemblée territoriale se proclame Assemblée nationale et proclame l'indépendance de la République de Guinée. Sékou Touré devient chef du gouvernement, puis président. Une première Constitution est adoptée le 10 novembre 1958. La Guinée est admise à l'ONU le 12 décembre 1958.
- 1Octobre 1946 : création du RDA à Bamako ; 14 mai 1947 : naissance du PDG
- 21953 : grève générale de plus de deux mois, victoire des travailleurs
- 323 juin 1956 : loi-cadre Defferre, suffrage universel et conseils de gouvernement
- 431 mars 1957 : victoire du PDG, Sékou Touré vice-président du conseil de gouvernement
- 525 août 1958 : visite du général de Gaulle à Conakry
- 628 septembre 1958 : « non » à environ 95 % au référendum
- 72 octobre 1958 : proclamation de l'indépendance
- 812 décembre 1958 : admission de la Guinée à l'ONU
5. Les raisons du « non »
- Une organisation politique solide : le PDG était implanté dans tous les villages et les quartiers, avec des comités de base, de femmes et de jeunes.
- L'expérience des luttes : grève de 1953, suppression de la chefferie de canton.
- Le refus des humiliations coloniales (indigénat, travail forcé) et une forte aspiration à la dignité.
- L'unité des partis : en 1958, les principaux partis rejoignent la position du PDG.
- Les idées panafricanistes et l'exemple du Ghana (1957).
6. Les conséquences de l'indépendance
Pour la Guinée, un départ difficile. La France rompt brutalement : départ des fonctionnaires, des enseignants et des médecins français, arrêt de l'aide et des crédits, retrait d'archives et de matériel. La Guinée doit tout construire rapidement. Elle reçoit l'aide du Ghana (prêt, Union Ghana-Guinée de novembre 1958) et noue des relations avec d'autres pays, dont ceux du bloc de l'Est. En 1960, elle quitte la zone franc et crée sa propre monnaie.
Pour l'Afrique, un exemple. Le « non » guinéen montre que l'indépendance est possible. En 1960, la plupart des autres territoires d'Afrique française deviennent à leur tour indépendants, par négociation. La Guinée devient un soutien actif des mouvements de libération et du panafricanisme (groupe de Casablanca, fondation de l'OUA en 1963).
- Entrée dans la Communauté française
- Défense, monnaie, diplomatie restent à la France
- Aide française maintenue
- Indépendances négociées en 1960
- Indépendance immédiate le 2 octobre 1958
- Pleine souveraineté
- Rupture de l'aide française
- Exemple pour toute l'Afrique
Exemple
Question : « Montre que la grève de 1953 est une étape décisive de la décolonisation de la Guinée. »
Réponse rédigée : En 1953, les travailleurs guinéens, dirigés par le syndicaliste Ahmed Sékou Touré, déclenchent une grève générale de plus de deux mois pour obtenir l'application du Code du travail d'outre-mer de 1952 et une hausse des salaires. Malgré la pression, ils tiennent bon et obtiennent satisfaction. Cette victoire prouve que le peuple uni peut faire reculer l'administration coloniale. Elle fait connaître Sékou Touré dans tout le pays et renforce le PDG, qui deviendra le parti majoritaire en 1957 et conduira le pays au « non » de 1958. La grève de 1953 est donc une étape décisive.
Exemple
Question : « Explique le choix offert aux Guinéens le 28 septembre 1958. »
Réponse : Le général de Gaulle propose aux territoires d'outre-mer la Communauté française. Voter « oui », c'est rester associé à la France, avec une autonomie interne, mais sans contrôler la défense, la diplomatie ni la monnaie ; voter « non », c'est prendre l'indépendance immédiate en perdant l'aide française. La Guinée, mobilisée par le PDG, vote « non » à environ 95 % et proclame son indépendance le 2 octobre 1958.
Méthode
Pour commenter une citation historique :
- Je situe la citation : qui parle, quand, où, devant qui, dans quel contexte.
- J'explique le sens des mots importants.
- Je montre ce que la citation révèle de la situation et des intentions de l'auteur.
- J'indique les conséquences.
- Je conclus sur la portée de la citation.
3Je retiens
Je retiens
Guinée française : colonie en 1891, partie de l'AOF ; résistances de Samori Touré (capturé le 29 septembre 1898) et d'Alpha Yaya Diallo.
Après 1945 : conférence de Brazzaville (1944), abolition du travail forcé et de l'indigénat (1946), Union française.
RDA fondé à Bamako en octobre 1946 ; PDG, section guinéenne, le 14 mai 1947, dirigé par Ahmed Sékou Touré.
Grève générale de 1953 (plus de deux mois) ; loi-cadre Defferre (23 juin 1956) ; élections du 31 mars 1957 ; suppression de la chefferie de canton (fin 1957).
25 août 1958 : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. »
28 septembre 1958 : « non » à environ 95 % ; 2 octobre 1958 : indépendance ; 12 décembre 1958 : admission à l'ONU.
Conséquences : rupture avec la France, aide du Ghana, exemple pour les indépendances africaines de 1960.
4Erreurs fréquentes
- Confondre les dates : le référendum a lieu le 28 septembre 1958, l'indépendance est proclamée le 2 octobre 1958, le discours devant de Gaulle date du 25 août 1958.
- Croire que l'indépendance est un cadeau de la France : elle résulte d'un long combat politique et syndical (1946-1958) et d'un vote populaire.
- Attribuer la phrase sur « la pauvreté dans la liberté » au général de Gaulle : elle est d'Ahmed Sékou Touré.
- Oublier le rôle des femmes, des jeunes et des syndicats, qui ont été des forces essentielles du PDG.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Que signifient les sigles RDA, PDG et AOF ?
b) Quelle est la cause de la grève de 1953 ?
c) Qu'apporte la loi-cadre Defferre de 1956 ?
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a) RDA : Rassemblement démocratique africain (créé à Bamako en 1946). PDG : Parti démocratique de Guinée, section guinéenne du RDA (1947). AOF : Afrique-Occidentale française, fédération des colonies françaises d'Afrique de l'Ouest, capitale Dakar.
b) Les travailleurs réclament l'application du Code du travail d'outre-mer voté en 1952, notamment une hausse des salaires.
c) Elle instaure le suffrage universel et crée dans chaque territoire un conseil de gouvernement élu, ce qui donne aux Africains une part du pouvoir local.
2Exercice 2
(Chronologie) Date et range : proclamation de l'indépendance ; création du PDG ; visite de De Gaulle à Conakry ; référendum ; admission à l'ONU ; loi-cadre Defferre ; capture de Samori Touré.
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Capture de Samori Touré (29 septembre 1898) ; création du PDG (14 mai 1947) ; loi-cadre Defferre (23 juin 1956) ; visite de De Gaulle à Conakry (25 août 1958) ; référendum (28 septembre 1958) ; proclamation de l'indépendance (2 octobre 1958) ; admission à l'ONU (12 décembre 1958).
3Exercice 3
(Justifier) Donne quatre raisons qui expliquent le « non » massif des Guinéens en 1958.
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Un parti très organisé et implanté partout (le PDG) ; l'expérience victorieuse de la grève de 1953 et la suppression de la chefferie de canton ; le rejet des humiliations coloniales (indigénat, travail forcé) ; l'unité politique réalisée en 1958 autour du « non » et l'influence du panafricanisme et de l'exemple ghanéen.
4Exercice 4
(Commentaire de document, type BAC) Document : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. » (Ahmed Sékou Touré, discours du 25 août 1958 devant l'Assemblée territoriale, en présence du général de Gaulle.)
a) Présente le document et son contexte. b) Explique l'opposition entre « liberté » et « esclavage ». c) Quelle décision cette phrase annonce-t-elle ? d) Quelles en sont les conséquences pour la Guinée ?
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a) C'est un extrait du discours prononcé par Ahmed Sékou Touré, vice-président du conseil de gouvernement, le 25 août 1958 à Conakry, devant le général de Gaulle venu présenter son projet de Communauté française avant le référendum du 28 septembre.
b) La « liberté » désigne l'indépendance et la dignité ; l'« esclavage » désigne la domination coloniale, même accompagnée d'aide matérielle (la « richesse »). Sékou Touré affirme que la dignité passe avant l'intérêt matériel.
c) Elle annonce le refus de la Communauté : le PDG appelle à voter « non » et le peuple le suit à environ 95 % le 28 septembre 1958.
d) La Guinée proclame son indépendance le 2 octobre 1958 ; la France retire ses cadres et son aide ; la Guinée reçoit l'appui du Ghana et devient un symbole pour l'Afrique.
5Exercice 5
(Sujet de type BAC) Composition : « La marche de la Guinée vers l'indépendance (1946-1958). »
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Plan conseillé :
Introduction : la Guinée française dans l'AOF ; problématique : comment la Guinée est-elle passée du statut de colonie à celui d'État indépendant ?
I. Un contexte nouveau après 1945 : Brazzaville, abolition du travail forcé et de l'indigénat, Union française, naissance du RDA et du PDG.
II. La montée du PDG et de Sékou Touré : grève de 1953, élections de 1956 et 1957, loi-cadre, suppression de la chefferie de canton.
III. Le choix de 1958 : projet de Communauté, discours du 25 août, « non » du 28 septembre, indépendance du 2 octobre, admission à l'ONU.
Conclusion : une indépendance conquise, difficile au départ, mais qui ouvre la voie aux indépendances africaines de 1960.
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6Je vérifie
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