Leçon 34 sur 55
La vieillesse
Je sais expliquer un texte sur la vieillesse en montrant ses deux visages, la sagesse et la fragilité, et en analysant le point de vue du narrateur.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Employer le vocabulaire de la vieillesse
- Repérer le point de vue et les sentiments du narrateur
- Analyser les oppositions et les images d'un texte
- Rédiger un paragraphe argumenté sur la place des personnes âgées
Avant de commencer : La démarche de la lecture expliquée ; le champ lexical ; la comparaison et la métaphore
1Je découvre
Chaque après-midi, à Labé, la grand-mère de Kadiatou s'assoit devant la case, sur un petit tabouret. Elle ne voit plus très bien et ses genoux lui font mal quand elle se lève. Pourtant, toute la famille vient la consulter : pour le choix d'un nom, pour une dispute entre voisins, pour savoir quand semer. Elle connaît les proverbes, l'histoire de chaque famille du quartier et le nom de toutes les plantes qui soignent.
Un jour, Kadiatou la trouve pensive : « Grand-mère, es-tu triste ? — Non, ma fille. Mais mes amies d'enfance sont parties l'une après l'autre. Parfois, je me sens seule, même au milieu de vous. »
Kadiatou découvre que la vieillesse a deux visages : on y gagne la sagesse et le respect, mais on y perd la force, et parfois des êtres chers.
Comment un texte peut-il montrer à la fois la richesse et la fragilité de la vieillesse ?
2Je comprends
1. La vieillesse : définition et vocabulaire
La vieillesse est le dernier âge de la vie, qui suit l'âge adulte. Le corps s'affaiblit (vue, ouïe, articulations), mais la personne âgée possède une grande expérience.
| Mots | Sens |
|---|---|
| le vieillard, la personne âgée, l'aîné, l'ancien | la personne qui a atteint un grand âge |
| le troisième âge | l'âge de la retraite et de la vieillesse |
| la sagesse | la connaissance et le bon jugement qu'apporte l'expérience |
| la longévité | le fait de vivre longtemps |
| sénile, la sénilité | affaibli (dans son esprit) par l'âge |
| la décrépitude | l'état d'extrême affaiblissement dû à l'âge |
| vénérable | qui mérite le respect, en raison de son âge ou de sa dignité |
| le patriarche, la matriarche | l'ancien ou l'ancienne respecté(e), chef d'une grande famille |
Dans les sociétés guinéennes, l'ancien occupe une place d'honneur : on lui doit le salut en premier, on écoute ses conseils, il préside souvent les réunions de famille et règle les conflits. Une phrase célèbre, attribuée à l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, résume cette idée : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. » Elle signifie que l'ancien garde en mémoire un savoir transmis oralement (histoire, contes, proverbes, remèdes), qui disparaît s'il n'a pas été transmis.
- La force physique
- La vue, l'ouïe, l'agilité
- Des amis, des proches disparus
- Parfois l'autonomie
- L'expérience
- La sagesse et le recul
- Le respect et l'autorité
- La mémoire du groupe à transmettre
2. Le texte à expliquer
Texte (écrit pour Kharandi) : « Le fromager et le vieil homme »
> (1) Mon grand-père Mamadou avait l'âge du fromager qui ombrageait la place du village, disait-on. (2) Comme l'arbre, il était devenu immense par le savoir et fragile par le corps. (3) Ses mains, autrefois capables de fendre un tronc d'un seul coup de hache, tremblaient maintenant en portant le verre de thé à ses lèvres. (4) Ses yeux, voilés d'un brouillard blanc, ne reconnaissaient plus les visages qu'à la voix. (5) Et pourtant, quelle lumière dans sa parole ! (6) Lorsqu'il racontait la fondation du village, les enfants cessaient de jouer, les femmes posaient leurs pilons, les hommes éteignaient la radio. (7) Il connaissait le nom de chaque ancêtre, l'origine de chaque champ, la cause de chaque vieille querelle. (8) Parfois, pourtant, au milieu d'un récit, il s'arrêtait et fixait l'horizon. (9) « Tous ceux avec qui j'ai grandi sont partis, murmurait-il. (10) Je suis le dernier arbre d'une forêt disparue. » (11) Alors je m'asseyais près de lui, je prenais sa main tremblante, et je lui demandais de continuer. (12) Je savais que chaque histoire qu'il me donnait était une graine que je devrais un jour planter à mon tour.
3. Explication du texte
Situation. Texte narratif écrit à la première personne : le narrateur est le petit-fils. C'est donc un point de vue interne : on voit le grand-père à travers les yeux et les sentiments de l'enfant, qui l'admire et l'aime.
Idée générale. Le narrateur fait le portrait de son grand-père, affaibli par l'âge mais riche de sagesse, et montre la solitude du vieil homme ainsi que le devoir de transmission.
Les mouvements.
- 1Phrases 1 et 2 : l'image centrale, le vieil homme et le fromager
- 2Phrases 3 et 4 : la fragilité du corps
- 3Phrases 5 à 7 : la richesse de la parole et du savoir
- 4Phrases 8 à 10 : la solitude du dernier survivant
- 5Phrases 11 et 12 : le petit-fils, héritier du savoir
L'image centrale : le fromager. Dès la phrase 1, le grand-père est associé au fromager, grand arbre qui domine la place du village. La phrase 2 le dit clairement avec une comparaison (« Comme l'arbre ») et une antithèse : « immense par le savoir » / « fragile par le corps ». Toute l'explication peut s'organiser autour de cette opposition.
La fragilité du corps. Le narrateur oppose le passé et le présent : « Ses mains, autrefois capables de fendre un tronc », « tremblaient maintenant ». L'imparfait décrit un état qui dure. Les yeux « voilés d'un brouillard blanc » : cette métaphore évoque la cataracte, la vue qui baisse. Le champ lexical de la faiblesse : « fragile », « tremblaient », « voilés », « tremblante ».
La richesse de la parole. Le connecteur « Et pourtant » et la phrase exclamative « quelle lumière dans sa parole ! » marquent un retournement : l'admiration du narrateur éclate. La « lumière » s'oppose au « brouillard » des yeux : ce que le corps perd, l'esprit le garde. La phrase 6 est une énumération en trois temps (enfants, femmes, hommes) : tout le village se tait pour l'écouter, ce qui montre son autorité. La phrase 7 répète « chaque » (anaphore) : son savoir est complet, il est la mémoire du village.
La solitude. « Parfois, pourtant » introduit une nouvelle opposition : derrière la sagesse, il y a la tristesse. La métaphore « Je suis le dernier arbre d'une forêt disparue » reprend l'image de l'arbre : ses compagnons sont morts, il est seul. Cette image émouvante montre l'autre visage de la vieillesse.
La transmission. Les gestes du petit-fils (« je m'asseyais », « je prenais sa main ») montrent sa tendresse. La dernière phrase contient une métaphore : chaque histoire est « une graine ». Le savoir reçu devra être transmis (« planter à mon tour »). L'image de l'arbre se prolonge ainsi du début à la fin : c'est une métaphore filée (fromager, forêt, graine).
Exemple
Question : Montre que le texte présente deux visages de la vieillesse.
Réponse rédigée : Le texte présente d'abord la fragilité du corps : les mains du grand-père « tremblaient » et ses yeux sont « voilés d'un brouillard blanc ». Mais il montre aussi la richesse de son esprit : « quelle lumière dans sa parole ! ». Tout le village l'écoute, car il connaît « le nom de chaque ancêtre ». Ces deux visages sont résumés dès la phrase 2 par l'antithèse « immense par le savoir et fragile par le corps ».
Exemple
Question : Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il pour son grand-père ?
Réponse rédigée : Le narrateur éprouve de l'admiration pour son grand-père, comme le montre la phrase exclamative « quelle lumière dans sa parole ! ». Il ressent aussi de la tendresse et de la compassion : quand le vieil homme est triste, il s'assoit près de lui et prend « sa main tremblante ». Enfin, il se sent responsable : il sait qu'il devra transmettre à son tour ce qu'il a reçu.
Méthode
Pour étudier le point de vue et les sentiments d'un narrateur :
- Je repère la personne du récit : « je » (point de vue interne) ou « il » (souvent point de vue externe ou omniscient).
- Je relève les mots qui expriment un jugement ou une émotion (adjectifs, exclamations, adverbes).
- J'observe les gestes du narrateur envers les autres personnages.
- Je nomme les sentiments avec des noms précis : admiration, tendresse, pitié, respect, nostalgie.
- Je justifie chaque sentiment par une citation.
3Je retiens
Je retiens
La vieillesse est le dernier âge de la vie : le corps s'affaiblit, mais l'expérience et la sagesse grandissent.
En Guinée, l'ancien est respecté : il conseille, règle les conflits et garde la mémoire du groupe.
Le savoir des anciens se transmet oralement : il doit être recueilli et transmis.
Point de vue interne : on voit les faits à travers les yeux et les sentiments d'un personnage (souvent le « je »).
Antithèse : rapprocher deux idées opposées (« immense par le savoir et fragile par le corps »).
Phrase exclamative : elle traduit une émotion forte (admiration, surprise, indignation).
4Erreurs fréquentes
- Ne voir qu'un seul aspect : un texte sur la vieillesse montre souvent à la fois la faiblesse et la richesse ; il faut étudier les deux.
- Confondre le narrateur et l'auteur : ici, le « je » est le petit-fils narrateur, personnage du récit.
- Écrire « vieillard » avec une faute : on écrit « vieillard », « vieillesse », « vieillir » avec « ill ».
- Oublier de nommer le sentiment : « il l'aime bien » est trop vague ; dis « admiration », « tendresse », « compassion ».
5Je m’exerce
1Exercice 1
Trouve le mot défini.
a) Le fait de vivre très longtemps.
b) La personne qui garde, dans une famille, le plus d'autorité parce qu'elle est la plus âgée.
c) Qui mérite le respect en raison de son âge.
d) Le bon jugement qui vient de l'expérience.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) la longévité ; b) le patriarche (ou la matriarche, l'aîné) ; c) vénérable ; d) la sagesse.
2Exercice 2
Relève dans le texte :
a) trois mots du champ lexical de la faiblesse ;
b) une phrase exclamative ;
c) deux mots qui reprennent l'image de l'arbre.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) « fragile », « tremblaient », « voilés », « tremblante » (trois au choix).
b) « Et pourtant, quelle lumière dans sa parole ! »
c) « fromager », « arbre », « forêt », « graine », « planter » (deux au choix).
3Exercice 3
Dans chaque phrase, relève l'antithèse.
a) « Il était immense par le savoir et fragile par le corps. »
b) « Ses yeux ne voyaient plus, mais sa mémoire voyait tout. »
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) « immense par le savoir » s'oppose à « fragile par le corps ».
b) « Ses yeux ne voyaient plus » s'oppose à « sa mémoire voyait tout ».
4Exercice 4
Explique en quatre ou cinq lignes la phrase attribuée à Amadou Hampâté Bâ : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. »
Voir le corrigéCacher le corrigé
Cette phrase est une métaphore : le vieillard est comparé à une bibliothèque. Comme une bibliothèque contient des livres, l'ancien contient dans sa mémoire l'histoire, les contes, les proverbes et les savoirs du groupe. En Afrique, ce savoir se transmet surtout oralement. Si l'ancien meurt sans l'avoir transmis, ce savoir disparaît pour toujours, comme des livres détruits par le feu. La phrase appelle donc à écouter les anciens et à recueillir leur savoir.
5Exercice 5
(Type BEPC) Questions sur le texte.
a) Qui est le narrateur ? Quel est le point de vue adopté ?
b) Relève l'opposition entre le passé et le présent dans la phrase 3.
c) Explique la métaphore « Je suis le dernier arbre d'une forêt disparue ».
d) Que signifie la dernière phrase ?
e) Expression écrite : en huit à dix lignes, dis ce que les jeunes peuvent apprendre des personnes âgées. Donne deux exemples.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Le narrateur est le petit-fils du vieil homme ; il dit « je » (« Mon grand-père Mamadou », « je m'asseyais »). Le point de vue est interne : nous voyons le grand-père à travers ses yeux et ses sentiments.
b) « Ses mains, autrefois capables de fendre un tronc d'un seul coup de hache, tremblaient maintenant » : « autrefois » renvoie à la force passée, « maintenant » à la faiblesse présente.
c) Le grand-père se compare à un arbre qui reste seul là où il y avait une forêt. La « forêt disparue », ce sont ses amis et les gens de sa génération, qui sont tous morts. La métaphore exprime sa solitude et sa tristesse.
d) La dernière phrase signifie que chaque histoire racontée par le grand-père est un savoir que le petit-fils devra transmettre plus tard. Comme une graine donne un nouvel arbre, le savoir reçu donnera naissance à de nouveaux savoirs. Le narrateur se sent responsable de la transmission.
e) Exemple de réponse : « Les jeunes peuvent beaucoup apprendre des personnes âgées. D'abord, elles connaissent l'histoire de la famille et du pays : ma grand-mère m'a appris l'origine de notre nom et l'histoire de notre village, que je n'aurais trouvées dans aucun livre. Ensuite, elles ont une expérience qui nous évite des erreurs : quand mon oncle a voulu semer trop tôt, c'est un ancien qui l'a averti que les pluies n'étaient pas encore installées. Écouter les anciens, c'est donc gagner du temps et garder vivante la mémoire du groupe. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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