Leçon 10 sur 24
Les rivalités coloniales : la conférence de Berlin
Je sais expliquer pourquoi les puissances européennes se sont réunies à Berlin en 1884-1885, ce qu'elles ont décidé, ce qu'elles n'ont pas décidé, et quelles conséquences cette conférence a eues pour l'Afrique et la Guinée.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer les rivalités coloniales à l'origine de la conférence (bassin du Congo, bouches du Niger)
- Présenter la conférence (dates, organisateur, participants, absence des Africains)
- Expliquer les grandes décisions de l'Acte général de Berlin
- Mesurer ses conséquences : course aux territoires, frontières tracées sans les Africains, cas de la Guinée
Avant de commencer : La leçon « L'impérialisme en Afrique » (causes et moyens de la colonisation).
1Je découvre
Au collège de Boffa, le professeur d'histoire accroche au tableau une carte de l'Afrique de l'Ouest. Il demande : « Regardez la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, ou entre la Guinée et la Guinée-Bissau. Qui l'a tracée, à votre avis ? »
Mariama répond : « Les chefs de nos villages ? » Sékou propose : « Les rois d'autrefois ? » Le professeur secoue la tête : « Non. Ces frontières ont été fixées par des Européens, dans des bureaux à Paris, à Londres ou à Lisbonne, souvent sans venir sur place, et jamais en demandant l'avis des Africains. Tout cela a commencé à la fin du XIXe siècle, avec une grande réunion à Berlin. »
Les élèves sont surpris. Ils ont souvent entendu dire que « l'Afrique a été partagée à Berlin ».
Pourquoi les puissances européennes se sont-elles réunies à Berlin en 1884-1885, qu'ont-elles décidé, et est-il vrai que l'Afrique y a été partagée ?
2Je comprends
1. Des rivalités de plus en plus vives
Vers 1880, les puissances européennes se lancent dans la course aux territoires africains. Les rivalités se multiplient.
Le bassin du Congo. C'est le point le plus chaud.
- Le roi des Belges, Léopold II, veut un empire personnel en Afrique. Il crée en 1876 une association dite « internationale » et fait explorer le bassin du Congo par Henry Morton Stanley, qui signe des centaines de traités avec des chefs locaux.
- Pour la France, l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza signe en 1880 un traité avec le roi Makoko, qui place la rive nord du fleuve Congo sous protection française.
- Le Portugal, présent depuis longtemps à l'embouchure du fleuve, revendique la région. En 1884, un traité anglo-portugais lui reconnaît ces droits, ce qui provoque la colère des autres puissances.
Les autres rivalités.
- La Grande-Bretagne a occupé l'Égypte en 1882, ce qui mécontente la France.
- Sur le fleuve Niger, commerçants britanniques et français se font concurrence.
- L'Allemagne, unifiée en 1871, entre à son tour dans la course : en 1884, elle proclame son protectorat sur le Togo, le Cameroun et le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie).
Pour éviter qu'une guerre éclate entre Européens à cause de l'Afrique, et pour fixer des règles, le chancelier allemand Otto von Bismarck propose une conférence internationale.
2. La conférence : qui, quand, où ?
La conférence de Berlin se tient du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, à Berlin, capitale de l'Empire allemand, sous la présidence de Bismarck.
Quatorze États y participent : l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège et l'Empire ottoman.
Aucun représentant africain n'est invité. Des Européens discutent du sort d'un continent entier sans consulter ses habitants.
3. Les décisions : l'Acte général de Berlin
La conférence se termine par la signature, le 26 février 1885, de l'Acte général de Berlin. Ses principales décisions :
| Décision | Contenu |
|---|---|
| Liberté du commerce | Dans le vaste bassin du Congo, toutes les nations peuvent commercer librement, sans droits de douane discriminatoires. |
| Liberté de navigation | La navigation est libre sur le Congo et sur le Niger pour les navires de toutes les nations. |
| Lutte contre la traite | Les puissances s'engagent à combattre la traite des esclaves. |
| Règles pour les nouvelles occupations | Toute puissance qui prend possession d'une côte africaine doit en informer (notifier) les autres signataires et y exercer une occupation effective, c'est-à-dire une autorité réelle, capable de faire respecter l'ordre et la liberté du commerce. |
Pendant la conférence, les puissances reconnaissent aussi, par des accords séparés, l'association de Léopold II. Quelques mois plus tard, en 1885, naît l'État indépendant du Congo, qui est en réalité la propriété personnelle du roi Léopold II. La population y subira une exploitation extrêmement brutale, notamment pour la récolte du caoutchouc ; ce territoire deviendra le Congo belge en 1908.
- 11876 : Léopold II crée une association pour explorer le bassin du Congo
- 21880 : traité entre Brazza et le roi Makoko sur la rive nord du Congo
- 31882 : la Grande-Bretagne occupe l'Égypte
- 41884 : l'Allemagne proclame ses protectorats (Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain)
- 515 novembre 1884 : ouverture de la conférence de Berlin, présidée par Bismarck
- 626 février 1885 : signature de l'Acte général de Berlin
4. A-t-on « partagé l'Afrique » à Berlin ?
C'est une idée très répandue, mais inexacte. La conférence n'a pas tracé de carte de l'Afrique et n'a pas attribué chaque territoire à une puissance. Elle a surtout fixé les règles du jeu pour les conquêtes à venir.
Le véritable partage se fait après la conférence, pendant une vingtaine d'années, par :
- la conquête militaire sur le terrain, pour prouver « l'occupation effective » ;
- des traités bilatéraux (entre deux puissances) qui fixent les frontières, souvent en suivant des lignes droites, des méridiens, des parallèles ou des cours d'eau.
- Fixer des règles pour les futures conquêtes
- Liberté de commerce dans le bassin du Congo
- Liberté de navigation sur le Congo et le Niger
- Reconnaître l'État de Léopold II
- Tracer toutes les frontières africaines
- Consulter les Africains
- Attribuer chaque territoire à une puissance
- Mettre fin aux rivalités européennes
5. Les conséquences de la conférence
La course aux territoires. Pour prouver l'occupation effective, chaque puissance se dépêche d'envoyer des soldats, des administrateurs et des explorateurs vers l'intérieur. C'est ce qu'on appelle la course au clocher (en anglais, scramble for Africa). En 1914, presque toute l'Afrique sera colonisée.
Des frontières artificielles. Les frontières sont fixées par les Européens en fonction de leurs intérêts. Elles coupent parfois un même peuple entre plusieurs colonies ou regroupent des peuples très différents dans une même colonie. Ces frontières, héritées de la colonisation, sont aujourd'hui encore celles des États africains.
La négation des Africains. Les Africains sont traités comme des objets et non comme des acteurs de leur histoire. Mais ils ne se laisseront pas faire : la conquête provoquera de nombreuses résistances.
6. L'exemple de la Guinée
La Guinée française est entourée de colonies d'autres puissances : la Guinée portugaise (actuelle Guinée-Bissau) au nord-ouest, la Sierra Leone britannique au sud-ouest, et le Liberia indépendant au sud. Ses frontières sont fixées après Berlin, par des accords bilatéraux :
- en 1886, une convention franco-portugaise fixe la limite avec la Guinée portugaise ; le Portugal y reconnaît l'influence française sur le Fouta-Djallon ;
- en 1889, un accord franco-britannique fixe les grandes lignes de la frontière avec la Sierra Leone ;
- des accords avec le Liberia suivent pour la frontière de la Guinée forestière.
Aucun de ces accords n'a été discuté avec l'almamy du Fouta-Djallon, avec Samory ou avec les chefs de la côte et de la forêt. Des peuples comme les Kissi ou les Peuls se retrouvent ainsi répartis de part et d'autre de frontières tracées par d'autres.
Exemple
Question : « Pourquoi la conférence de Berlin a-t-elle été organisée ? »
Réponse rédigée : La conférence de Berlin a été organisée pour régler les rivalités coloniales entre puissances européennes. Dans le bassin du Congo, les ambitions du roi des Belges Léopold II, de la France (traité de Brazza avec Makoko en 1880) et du Portugal s'opposaient. La Grande-Bretagne avait occupé l'Égypte en 1882, et l'Allemagne venait de proclamer ses premiers protectorats en 1884. Pour éviter une guerre entre Européens et fixer des règles communes, le chancelier allemand Bismarck a réuni quatorze États à Berlin, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885.
Exemple
Question : « Explique le principe d'occupation effective et ses conséquences. »
Réponse : D'après l'Acte général de Berlin (1885), une puissance qui s'empare d'une côte africaine doit informer les autres puissances et y exercer une autorité réelle : c'est l'occupation effective. Il ne suffit plus de planter un drapeau ou de signer un traité. Conséquence : chaque puissance se précipite pour envoyer des troupes et des administrateurs vers l'intérieur. C'est la « course au clocher », qui aboutit en une trentaine d'années à la colonisation de presque toute l'Afrique et provoque de nombreuses guerres de conquête contre les Africains.
Méthode
Pour présenter un événement historique (conférence, traité, bataille) :
- Le contexte : quelle situation l'a rendu nécessaire ?
- Les faits : quand, où, qui, comment ?
- Les décisions ou le déroulement.
- Les conséquences, à court terme et à long terme.
- Si possible, un exemple guinéen.
3Je retiens
Je retiens
Causes : rivalités coloniales, surtout dans le bassin du Congo (Léopold II et Stanley, Brazza et le traité avec Makoko en 1880, Portugal) ; occupation de l'Égypte par la Grande-Bretagne (1882) ; protectorats allemands (1884).
Conférence de Berlin : 15 novembre 1884 - 26 février 1885, présidée par Bismarck, 14 États participants, aucun Africain.
Acte général de Berlin (26 février 1885) : liberté du commerce dans le bassin du Congo, liberté de navigation sur le Congo et le Niger, lutte contre la traite, notification et occupation effective pour les nouvelles possessions côtières.
Naissance de l'État indépendant du Congo, propriété de Léopold II (1885).
La conférence ne partage pas l'Afrique sur une carte : elle fixe des règles ; le partage se fait ensuite par la conquête et des traités bilatéraux.
Conséquences : course au clocher, frontières artificielles. Guinée : accords avec le Portugal (1886) et la Grande-Bretagne (1889).
4Erreurs fréquentes
- Écrire que l'Afrique a été partagée à Berlin sur une carte : la conférence a fixé des règles ; le partage s'est fait ensuite.
- Croire que des Africains ont participé à la conférence : aucun représentant africain n'était présent.
- Se tromper de dates : la conférence commence en novembre 1884 et s'achève en février 1885 ; on écrit donc « 1884-1885 ».
- Confondre l'État indépendant du Congo (propriété de Léopold II en 1885) et le Congo belge (colonie de l'État belge à partir de 1908).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qui a organisé la conférence de Berlin ? Quelles sont ses dates ?
b) Combien d'États y ont participé ? Cite-en cinq.
c) Qu'est-ce que le principe d'occupation effective ?
d) Qu'est-ce que la « course au clocher » ?
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a) Le chancelier allemand Otto von Bismarck. Elle se tient du 15 novembre 1884 au 26 février 1885.
b) Quatorze États, par exemple : l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, le Portugal, la Belgique (et aussi l'Autriche-Hongrie, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, l'Italie, les Pays-Bas, la Russie, la Suède-Norvège, l'Empire ottoman).
c) C'est l'obligation, pour une puissance qui prend possession d'une côte africaine, d'y exercer une autorité réelle, et pas seulement de signer des traités ou de planter un drapeau ; elle doit aussi en informer les autres puissances.
d) C'est la course entre puissances européennes pour occuper le plus vite possible les territoires africains après la conférence de Berlin.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, corrige les phrases fausses)
a) Des rois africains ont participé à la conférence de Berlin.
b) L'Acte général de Berlin établit la liberté de navigation sur le Congo et le Niger.
c) La conférence a tracé toutes les frontières de l'Afrique.
d) L'État indépendant du Congo était la propriété personnelle de Léopold II.
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a) Faux : aucun Africain n'a été invité.
b) Vrai.
c) Faux : la conférence a fixé des règles ; les frontières ont été tracées ensuite par des traités bilatéraux.
d) Vrai.
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre et date : ouverture de la conférence de Berlin ; traité de Brazza avec Makoko ; occupation de l'Égypte par les Britanniques ; signature de l'Acte général ; convention franco-portugaise sur la frontière guinéenne.
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Traité de Brazza avec Makoko (1880) ; occupation de l'Égypte (1882) ; ouverture de la conférence (15 novembre 1884) ; signature de l'Acte général (26 février 1885) ; convention franco-portugaise (1886).
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Voici le sens de l'article 35 de l'Acte général de Berlin (1885), résumé : les puissances signataires reconnaissent l'obligation d'assurer, dans les territoires qu'elles occupent sur les côtes du continent africain, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis et, le cas échéant, la liberté du commerce.
a) Présente le document (nature, date, auteurs).
b) Quel principe cet article établit-il ?
c) Quelles conséquences ce principe a-t-il eues sur le terrain ?
d) Quel est le grand absent de ce texte ? Justifie.
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a) C'est un extrait (résumé) d'un traité international, l'Acte général de Berlin, signé le 26 février 1885 par les quatorze États participant à la conférence de Berlin.
b) Le principe d'occupation effective : pour être reconnue, une possession doit être réellement contrôlée par une autorité.
c) Chaque puissance s'est précipitée pour envoyer des soldats et des administrateurs et occuper réellement les territoires : c'est la course au clocher, accompagnée de guerres de conquête contre les Africains.
d) Les Africains : le texte parle de leurs territoires sans jamais leur donner la parole ni reconnaître leurs droits ; ils n'ont pas participé à la conférence.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente la conférence de Berlin et ses conséquences pour l'Afrique et la Guinée. Plan conseillé : introduction ; 1. les causes ; 2. la conférence et ses décisions ; 3. les conséquences ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
À la fin du XIXe siècle, les rivalités entre puissances européennes en Afrique menacent de provoquer une guerre.
Dans le bassin du Congo, Léopold II, la France et le Portugal s'opposent ; la Grande-Bretagne occupe l'Égypte en 1882 et l'Allemagne proclame ses premiers protectorats en 1884. Bismarck réunit alors quatorze États à Berlin, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, sans aucun Africain.
L'Acte général de Berlin établit la liberté du commerce dans le bassin du Congo, la liberté de navigation sur le Congo et le Niger, et impose la notification et l'occupation effective des nouvelles côtes. L'État indépendant du Congo de Léopold II est reconnu.
La conférence ne partage pas l'Afrique sur une carte, mais elle lance la course au clocher : les puissances conquièrent l'intérieur et fixent les frontières par des traités, comme ceux de 1886 avec le Portugal et de 1889 avec la Grande-Bretagne pour la Guinée.
Ainsi, la conférence de Berlin a ouvert la voie au partage de l'Afrique, décidé sans les Africains.
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6Je vérifie
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