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Histoire · 10e Prépare le BEPC

Leçon 12 sur 24

Les conquêtes et les résistances en Guinée

Je sais raconter les grandes étapes de la conquête française de la Guinée, région par région, présenter les principales résistances et leurs chefs, et expliquer pourquoi, malgré leur courage, les résistants ont été vaincus.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir conquête coloniale et résistance (active, passive)
  • Présenter la conquête et les résistances dans les quatre régions naturelles de la Guinée
  • Connaître les grandes figures de la résistance guinéenne (Samory Touré, Bocar Biro, Alpha Yaya Diallo)
  • Expliquer les causes de l'échec des résistances et leur place dans la mémoire nationale

Avant de commencer : Les leçons « L'Afrique à la veille de la poussée impérialiste », « L'impérialisme en Afrique » et « Le partage colonial de l'Afrique à la fin du XIXe siècle ».

1Je découvre

Ousmane habite près du camp militaire Alpha Yaya Diallo, à Conakry. Un jour, il demande à son père : « Qui était Alpha Yaya Diallo, pour qu'on donne son nom à un camp militaire ? » Son père lui répond : « C'était le chef de la province de Labé, au Fouta-Djallon. Les Français l'ont arrêté et exilé loin de la Guinée, parce qu'il refusait de se soumettre. Il est mort en exil. »

Ousmane pense alors à l'autre grand camp de la capitale, le camp Samory Touré, et au lycée qui porte aussi ce nom dans beaucoup de villes. « Alors, les Guinéens ne se sont pas laissé coloniser sans rien faire ? » Son père sourit : « Pas du tout. Il a fallu aux Français près de trente ans pour soumettre tout le pays, de la côte jusqu'à la forêt. »

Comment la France a-t-elle conquis la Guinée, comment les Guinéens ont-ils résisté, et pourquoi ont-ils été finalement vaincus ?

2Je comprends

1. Les mots pour comprendre

  • La conquête coloniale est la prise de contrôle d'un territoire par une puissance étrangère, par les traités, la pression ou la force militaire.
  • La résistance est l'ensemble des actions menées par un peuple pour s'opposer à cette domination.
  • La résistance active (ou armée) : les guerres, les batailles, les sièges.
  • La résistance passive : refus de payer l'impôt, refus du travail forcé, fuite vers la brousse ou vers une autre colonie, refus de l'école coloniale.
  • La pénétration coloniale est l'avancée progressive des Européens de la côte vers l'intérieur.

En Guinée, la conquête a suivi la géographie : les Français sont arrivés par la mer, se sont installés sur la côte, puis ont avancé vers la Haute-Guinée, le Fouta-Djallon et enfin la forêt.

2. La Basse-Guinée : une conquête par les traités

Sur la côte des Rivières du Sud, la France signe dès le milieu du XIXe siècle des traités avec les rois et chefs soussou, baga, nalou et landouma. Elle y installe des postes (Boké en 1866) et des maisons de commerce.

Les chefs côtiers pensent d'abord faire des affaires avec les Européens, mais peu à peu la France impose son autorité. Ceux qui s'y opposent sont écartés : c'est le cas de Dinah Salifou, roi des Nalou dans la région de Boké, qui refuse de se soumettre entièrement ; il est déposé et exilé à Saint-Louis du Sénégal, où il meurt en 1897.

En 1891, la colonie prend le nom de Guinée française, avec Conakry pour chef-lieu. Mais l'intérieur reste à conquérir.

3. La Haute-Guinée : la longue guerre contre Samory Touré (1882-1898)

En Haute-Guinée, la France se heurte à l'Almamy Samory Touré, fondateur d'un vaste empire (le Wassoulou), qui dispose d'une armée organisée et bien équipée. La lutte dure seize ans, de 1882 à 1898 : batailles, traités, reprise de la guerre, politique de la terre brûlée et déplacement de l'empire vers l'est. Samory est finalement capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou (dans l'actuelle Côte d'Ivoire), puis déporté au Gabon, où il meurt en 1900.

Sa résistance, la plus longue et la mieux organisée d'Afrique de l'Ouest, fait l'objet de la leçon suivante.

4. Le Fouta-Djallon : entre divisions internes et résistance (1896-1912)

Le Fouta-Djallon est un État puissant, mais il est divisé : les familles Alfaya et Soriya se disputent le pouvoir d'almamy, et les chefs de provinces, comme celui de Labé, cherchent à être plus autonomes. La France utilise ces rivalités.

L'almamy Bocar Biro. Dans les années 1890, l'almamy Bocar Biro, de la famille Soriya, veut renforcer son autorité et refuse la tutelle française. Contesté par une partie des chefs du Fouta, il est vaincu par les troupes françaises à la bataille de Porédaka, en novembre 1896, et il est tué. Les Français occupent Timbo et placent le Fouta-Djallon sous leur protectorat, en y installant des almamys qui leur sont favorables.

Alpha Yaya Diallo, roi de Labé. Chef de la grande province de Labé, Alpha Yaya Diallo avait d'abord accepté de collaborer avec les Français, espérant garder son pouvoir et même l'agrandir. Mais l'administration coloniale réduit peu à peu son autorité et son territoire. Soupçonné de préparer un soulèvement, il est arrêté en 1905 et déporté au Dahomey (actuel Bénin). Revenu en Guinée en 1910, il est de nouveau arrêté en 1911 et exilé à Port-Étienne (en Mauritanie), où il meurt en 1912. Il est devenu un symbole du refus de la domination étrangère.

Le Wali de Goumba. En 1911, les Français attaquent Goumba, centre religieux dirigé par un marabout respecté, Tierno Aliou, dit le Wali de Goumba, qu'ils accusent d'inciter à la révolte. Il est arrêté et meurt en détention. Cette affaire montre que l'islam, très présent au Fouta, a aussi été une force de résistance.

5. La Guinée forestière : la résistance la plus longue (jusqu'en 1911-1912)

La Guinée forestière est la dernière région soumise. Les Kissi, les Toma, les Kpèlè (Guerzé), les Manon et d'autres peuples n'ont pas d'État centralisé : il n'y a pas de roi à vaincre ou à faire signer. Chaque village, chaque chefferie résiste séparément, en s'appuyant sur la forêt dense, les villages fortifiés (les tatas) et une excellente connaissance du terrain. Les colonnes françaises doivent mener des opérations répétées pendant des années, et la région n'est considérée comme soumise que vers 1911-1912. Tu étudieras cette résistance en détail dans une prochaine leçon.

  1. 11866 : poste français à Boké, dans les Rivières du Sud
  2. 21882 : premiers affrontements entre Samory Touré et les Français
  3. 31891 : la colonie prend le nom de Guinée française
  4. 4Novembre 1896 : bataille de Porédaka, défaite et mort de l'almamy Bocar Biro
  5. 529 septembre 1898 : capture de Samory Touré à Guélémou
  6. 61905 : arrestation d'Alpha Yaya Diallo, déporté au Dahomey
  7. 71911-1912 : affaire de Goumba ; fin de la conquête de la Guinée forestière
Les grandes étapes de la conquête et des résistances en Guinée.

6. Pourquoi les résistants ont-ils été vaincus ?

Les résistants guinéens ont fait preuve de courage et d'intelligence militaire. Mais ils ont été vaincus pour plusieurs raisons :

Les résistants guinéens
  • Fusils de traite et fusils copiés ou achetés en petit nombre
  • Divisés entre États, familles et chefferies
  • Ravitaillement difficile, famines dues à la guerre
  • Pas d'industrie pour fabriquer des armes modernes
  • Connaissance du terrain, courage, mobilité
Les troupes coloniales
  • Fusils à répétition, canons, mitrailleuses
  • Une seule armée, qui utilise les rivalités africaines
  • Ravitaillement par la mer, les fleuves et plus tard le rail
  • Industrie européenne puissante
  • Tirailleurs africains nombreux, encadrés par des officiers
Un rapport de forces inégal entre résistants et troupes coloniales.

On retient quatre causes principales :

  1. La supériorité technique des troupes coloniales, fruit de la révolution industrielle.
  2. Les divisions entre Africains : les Français s'allient à certains chefs contre d'autres (au Fouta-Djallon, par exemple).
  3. L'utilisation de soldats africains, les tirailleurs, recrutés dans toute l'Afrique de l'Ouest.
  4. L'épuisement des populations, victimes de guerres longues, de famines et de destructions.

7. La mémoire des résistances

Les résistants sont aujourd'hui considérés comme des héros nationaux. Leur combat montre que les Guinéens n'ont pas accepté la colonisation passivement. Des camps militaires, des établissements scolaires, des rues et des places portent leurs noms. Leur mémoire a nourri la conscience nationale qui a conduit, bien plus tard, à l'indépendance du 2 octobre 1958.

Exemple

Question : « Distingue résistance active et résistance passive à l'aide d'exemples guinéens. »

Réponse rédigée : La résistance active est la lutte armée contre le colonisateur. En Guinée, Samory Touré a combattu les Français de 1882 à 1898, et l'almamy Bocar Biro les a affrontés à Porédaka en 1896. La résistance passive consiste à refuser la domination sans prendre les armes : refuser de payer l'impôt, refuser le travail forcé, fuir les villages à l'arrivée des agents coloniaux. Les deux formes se complètent : quand la guerre était perdue, les populations continuaient souvent à résister passivement.

Exemple

Question : « Pourquoi la Guinée forestière a-t-elle été la dernière région soumise ? »

Réponse : La Guinée forestière a été la dernière région soumise, vers 1911-1912, pour plusieurs raisons. Ses peuples (Kissi, Toma, Kpèlè, Manon) vivaient en sociétés lignagères, sans roi : les Français ne pouvaient pas soumettre la région en battant un seul chef, il fallait conquérir village après village. La forêt dense gênait les colonnes et favorisait les embuscades, et les habitants connaissaient parfaitement le terrain et défendaient des villages fortifiés.

Méthode

Pour raconter une conquête et les résistances :

  1. Je situe dans le temps et dans l'espace (région, dates de début et de fin).
  2. Je présente le chef ou le peuple qui résiste et ses forces.
  3. Je raconte les grandes étapes (traités, batailles, arrestation, exil).
  4. J'explique l'issue (victoire coloniale) et ses causes.
  5. Je conclus sur l'importance de cette résistance pour la mémoire guinéenne.

3Je retiens

Je retiens

Résistance active : lutte armée. Résistance passive : refus de l'impôt et du travail forcé, fuite.

Basse-Guinée : conquête surtout par les traités (poste de Boké, 1866) ; Dinah Salifou, roi des Nalou, déposé et exilé.

Haute-Guinée : Samory Touré résiste de 1882 à 1898 ; capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou, mort en exil au Gabon en 1900.

Fouta-Djallon : l'almamy Bocar Biro vaincu et tué à Porédaka (novembre 1896) ; Alpha Yaya Diallo, roi de Labé, arrêté en 1905, mort en exil à Port-Étienne en 1912 ; affaire du Wali de Goumba (1911).

Guinée forestière : résistance des Kissi, Toma, Kpèlè, Manon jusque vers 1911-1912.

Causes de la défaite : supériorité des armes, divisions africaines, tirailleurs, épuisement des populations.

Les résistants sont des héros nationaux ; leur mémoire a nourri la marche vers l'indépendance (2 octobre 1958).

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la Guinée a été conquise en une seule fois : la conquête a duré de la fin des années 1880 jusque vers 1911-1912, région par région.
  • Présenter les résistants comme vaincus par manque de courage : ils ont été vaincus surtout par la supériorité des armes et par les divisions exploitées par les Français.
  • Confondre les chefs : Samory Touré en Haute-Guinée, Bocar Biro et Alpha Yaya Diallo au Fouta-Djallon.
  • Oublier la résistance passive : elle a continué bien après la fin des combats.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis : conquête coloniale, résistance active, résistance passive.

b) Où et quand Samory Touré a-t-il été capturé ?

c) Qui était Alpha Yaya Diallo ? Où est-il mort ?

d) Quelle région de la Guinée a été soumise en dernier ? Vers quelle date ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La conquête coloniale est la prise de contrôle d'un territoire par une puissance étrangère. La résistance active est la lutte armée contre le colonisateur. La résistance passive est le refus de la domination sans armes : refus de l'impôt, du travail forcé, fuite.

b) Le 29 septembre 1898, à Guélémou, dans l'actuelle Côte d'Ivoire.

c) Alpha Yaya Diallo était le chef (roi) de la province de Labé, au Fouta-Djallon. Arrêté par les Français en 1905, puis de nouveau en 1911, il est mort en exil à Port-Étienne, en Mauritanie, en 1912.

d) La Guinée forestière, soumise vers 1911-1912.

2Exercice 2

(Associer) Associe chaque résistant à sa région : Samory Touré, Bocar Biro, Dinah Salifou, Alpha Yaya Diallo, Tierno Aliou (Wali de Goumba).

Régions : Basse-Guinée ; Haute-Guinée ; Fouta-Djallon (plusieurs réponses possibles).

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Samory Touré : Haute-Guinée. Bocar Biro : Fouta-Djallon. Dinah Salifou : Basse-Guinée. Alpha Yaya Diallo : Fouta-Djallon. Tierno Aliou (Wali de Goumba) : Fouta-Djallon.

3Exercice 3

(Chronologie) Range dans l'ordre et date : arrestation d'Alpha Yaya Diallo ; bataille de Porédaka ; capture de Samory ; poste français de Boké ; affaire de Goumba.

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Poste français de Boké (1866) ; bataille de Porédaka (novembre 1896) ; capture de Samory (29 septembre 1898) ; arrestation d'Alpha Yaya Diallo (1905) ; affaire de Goumba (1911).

4Exercice 4

(Analyse de document, type BEPC) Observe le schéma « Les résistants guinéens | Les troupes coloniales ».

a) Relève deux avantages des troupes coloniales.

b) Relève un avantage des résistants.

c) Explique comment les divisions africaines ont aidé les Français, avec l'exemple du Fouta-Djallon.

d) Conclus : pourquoi les résistants ont-ils été vaincus ?

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a) Par exemple : des armes modernes (fusils à répétition, canons, mitrailleuses) ; une industrie puissante ; un ravitaillement par la mer et les fleuves ; de nombreux tirailleurs.

b) La connaissance du terrain, le courage, la mobilité.

c) Au Fouta-Djallon, les familles Alfaya et Soriya se disputaient le pouvoir et les chefs de provinces voulaient plus d'autonomie. Les Français ont profité de ces rivalités : l'almamy Bocar Biro, contesté par une partie des chefs, a été vaincu à Porédaka en 1896, et des almamys favorables aux Français ont été installés.

d) Les résistants ont été vaincus à cause de la supériorité technique des troupes coloniales, des divisions entre Africains, de l'utilisation des tirailleurs et de l'épuisement des populations.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, présente les conquêtes et les résistances en Guinée. Plan conseillé : introduction ; 1. la conquête de la côte ; 2. les résistances de la Haute-Guinée et du Fouta-Djallon ; 3. la résistance de la Guinée forestière et les causes de la défaite ; conclusion sur la mémoire.

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Exemple de rédaction :

À la fin du XIXe siècle, la France entreprend la conquête de la Guinée, mais elle se heurte à de fortes résistances.

Sur la côte, elle avance surtout par des traités et installe des postes comme Boké (1866) ; les chefs qui s'opposent, comme Dinah Salifou, roi des Nalou, sont déposés et exilés.

En Haute-Guinée, l'Almamy Samory Touré résiste de 1882 à 1898, jusqu'à sa capture à Guélémou. Au Fouta-Djallon, l'almamy Bocar Biro est vaincu et tué à Porédaka en 1896 ; Alpha Yaya Diallo, roi de Labé, est arrêté en 1905 et meurt en exil en 1912.

En Guinée forestière, les Kissi, Toma, Kpèlè et Manon résistent village par village jusque vers 1911-1912.

Les résistants ont été vaincus par la supériorité des armes, les divisions africaines, les tirailleurs et l'épuisement des populations.

Mais leur combat est resté dans la mémoire nationale : ils sont aujourd'hui des héros qui ont inspiré la marche vers l'indépendance du 2 octobre 1958.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Comment appelle-t-on le refus de payer l'impôt ou la fuite devant les agents coloniaux ?
Voir la réponse

Réponse B : la résistance passive. La résistance passive s'oppose à la domination sans prendre les armes.

2Où l'almamy Bocar Biro a-t-il été vaincu en novembre 1896 ?
Voir la réponse

Réponse B : à Porédaka. Sa défaite a permis aux Français d'occuper Timbo et d'imposer leur protectorat au Fouta-Djallon.

3Quel chef de la province de Labé est mort en exil à Port-Étienne en 1912 ?
Voir la réponse

Réponse A : Alpha Yaya Diallo. Arrêté en 1905 puis en 1911, il a été exilé loin de la Guinée.

4Quelle région de la Guinée a été soumise en dernier ?
Voir la réponse

Réponse C : la Guinée forestière. Ses peuples, sans État centralisé, ont résisté village par village jusque vers 1911-1912.

5Quelle est l'une des principales causes de la défaite des résistants ?
Voir la réponse

Réponse B : la supériorité des armes des troupes coloniales. Fusils à répétition, canons et mitrailleuses donnaient un avantage décisif aux troupes coloniales.

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