Leçon 13 sur 24
La résistance en Haute-Guinée : l'Almamy Samory Touré
Je sais présenter la vie de l'Almamy Samory Touré, l'organisation de son empire, les étapes de sa lutte contre les Français de 1882 à 1898, ses méthodes de résistance et les raisons de sa défaite.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Retracer la formation de l'empire de Samory (le Wassoulou)
- Décrire l'organisation politique, militaire et économique de l'empire
- Raconter les grandes étapes de la lutte contre les Français (1882-1898)
- Expliquer les forces, les limites et la portée de sa résistance
Avant de commencer : La leçon « Les conquêtes et les résistances en Guinée » et la situation de la Haute-Guinée à la veille de la conquête.
1Je découvre
À Kérouané, Lansana accompagne son grand-père au marché. Sur le chemin, le vieil homme lui montre la direction de Sanankoro : « C'est par là, dans le Konyan, qu'est né l'Almamy Samory Touré. Il était fils de commerçant, un dioula comme nous. Il est devenu l'un des plus grands chefs de guerre d'Afrique. Pendant seize ans, il a tenu tête aux Français. »
Le soir, un griot chante l'histoire de Samory : sa mère capturée, les années passées à servir un roi pour la libérer, les forgerons qui fabriquaient des fusils, les longues marches vers l'est, la capture et l'exil. Lansana est fasciné, mais il se demande où s'arrête la légende et où commence l'histoire.
Qui était l'Almamy Samory Touré, comment a-t-il organisé son empire et résisté aux Français, et pourquoi a-t-il finalement été vaincu ?
2Je comprends
1. De marchand dioula à chef de guerre
Samory Touré naît vers 1830 à Manyambaladougou, près de Sanankoro, dans la région du Konyan (Haute-Guinée, actuelle préfecture de Kérouané). Sa famille est dioula : des commerçants malinké qui parcourent les routes de la kola, du sel, de l'or et du bétail. Jeune homme, Samory pratique lui aussi le commerce ; il apprend à connaître les routes, les marchés et les armes à feu achetées sur la côte.
Vers le milieu du siècle, sa mère est faite prisonnière lors d'une guerre par le chef Sori Birama Cissé. Pour obtenir sa libération, Samory entre au service de l'armée des Cissé, où il apprend l'art de la guerre. Il sert ensuite d'autres chefs, puis se met à son compte. Vers 1861, il réunit ses propres guerriers et devient kèlètigui (chef de guerre).
Par des alliances, des mariages et des conquêtes, il unifie peu à peu une grande partie du pays malinké. Il prend le titre de faama (roi), installe sa capitale à Bissandougou, s'empare de la grande ville commerçante et religieuse de Kankan en 1881 et, en 1884, prend le titre religieux d'Almamy, qui fait de lui le chef des croyants. Son empire est souvent appelé l'empire du Wassoulou.
2. Un empire organisé
Samory n'est pas seulement un guerrier : c'est un organisateur et un chef d'État.
L'organisation politique.
- Au sommet, l'Almamy, entouré d'un conseil de proches et de conseillers.
- L'empire est divisé en provinces, confiées à des chefs fidèles, souvent des parents ou des compagnons d'armes.
- L'islam devient religion d'État : Samory fait construire des mosquées et ouvrir des écoles coraniques, pour unir des peuples différents autour d'une même foi.
L'organisation militaire. C'est la grande force de Samory.
- Une armée permanente de soldats professionnels, les sofas, organisée en unités hiérarchisées, avec une infanterie nombreuse et une cavalerie.
- Des soldats de réserve mobilisés en cas de besoin dans les villages.
- Des forgerons qui réparent et fabriquent des fusils et des munitions, en copiant les modèles européens.
- L'achat d'armes modernes, notamment des fusils à tir rapide, auprès des commerçants de Freetown, en Sierra Leone, en échange d'or, d'ivoire, de bétail et aussi de captifs.
- Une discipline stricte et une excellente connaissance du terrain.
L'organisation économique. L'empire vit de l'agriculture, du commerce (kola, or, bétail), des impôts et des tributs, et du butin de guerre. L'or du Bouré et le contrôle des routes commerciales permettent d'acheter chevaux et armes.
- Armée permanente et disciplinée (les sofas)
- Forgerons qui fabriquent et réparent les fusils
- Achat d'armes modernes à Freetown
- Islam comme ciment de l'unité
- Chef habile, stratège et diplomate
- Armes moins nombreuses et moins modernes que celles des Français
- Pas d'industrie capable de produire en grande quantité
- Dépendance envers les commerçants de la côte
- Révoltes de peuples soumis par la force
- Populations épuisées par des guerres continuelles
3. La lutte contre les Français : première phase (1882-1887)
Au début des années 1880, les Français avancent depuis le Sénégal vers le fleuve Niger. La rencontre avec Samory devient inévitable.
- 1882 : Samory assiège la ville de Kéniéra. Une colonne française commandée par Borgnis-Desbordes vient au secours de la ville, mais arrive trop tard. Peu après, en avril 1882, les troupes de Samory affrontent les Français au Woyowayanko, un affluent du Niger près de Bamako. C'est le début d'une guerre de seize ans.
- 1883-1885 : les affrontements se poursuivent le long du Niger ; les sofas de Samory tiennent tête aux colonnes françaises.
- 1886-1887 : Samory, qui a besoin de paix pour affronter d'autres adversaires, signe des traités avec la France : celui de Kéniéba-Kouroula (1886), puis celui de Bissandougou (1887), qui fixe la frontière sur le Niger. Le texte français parle de protectorat, ce que Samory ne considère pas comme une soumission. Il envoie même un de ses fils en France. Mais chaque camp se méfie de l'autre.
4. Le tournant : l'échec de Sikasso et la reprise de la guerre (1887-1891)
- 1887-1888 : Samory assiège pendant de longs mois Sikasso, capitale du royaume du Kénédougou (dans l'actuel Mali), dirigé par Tiéba. Le siège échoue. Samory perd beaucoup d'hommes et des révoltes éclatent dans son empire, encouragées par les Français.
- Samory rétablit son autorité et renforce son armée en achetant des armes modernes à Freetown.
- 1891 : les Français, dirigés par le colonel Archinard, reprennent l'offensive. En avril 1891, ils prennent Kankan, puis Bissandougou, la capitale. Samory pratique alors la politique de la terre brûlée : il détruit les récoltes et les villages devant l'ennemi pour qu'il ne trouve ni vivres ni abris, et il harcèle les colonnes françaises.
5. Le déplacement vers l'est et la fin (1892-1898)
Face à la pression française, Samory prend une décision extraordinaire : déplacer son empire vers l'est. Avec son armée et une partie de la population, il se retire progressivement vers le nord de l'actuelle Côte d'Ivoire et de l'actuel Ghana, où il fonde un second empire, autour de Dabakala. Il y conquiert de nouveaux territoires et détruit en 1897 la ville commerçante de Kong.
Mais il est désormais pris entre les Français, qui avancent depuis l'ouest et le nord, et les Britanniques, installés en Gold Coast au sud-est. En mai 1898, les Français s'emparent de Sikasso. Samory, dont l'armée et les populations qui le suivent souffrent de la famine, tente de gagner la région forestière. Le 29 septembre 1898, une colonne française commandée par le capitaine Gouraud le surprend et le capture à Guélémou (dans l'ouest de l'actuelle Côte d'Ivoire).
Samory est déporté au Gabon, sur une île du fleuve Ogooué, près de Ndjolé. Il y meurt le 2 juin 1900.
- 1Vers 1830 : naissance de Samory à Manyambaladougou, dans le Konyan
- 2Vers 1861 : il devient chef de guerre et commence à bâtir son État
- 31882 : Kéniéra et Woyowayanko, premiers combats contre les Français
- 41884 : il prend le titre d'Almamy ; capitale Bissandougou
- 51887 : traité de Bissandougou ; 1887-1888 : échec du siège de Sikasso
- 6Avril 1891 : les Français prennent Kankan et Bissandougou
- 71892-1898 : déplacement de l'empire vers l'est (Dabakala)
- 829 septembre 1898 : capture à Guélémou ; mort en exil au Gabon le 2 juin 1900
6. Pourquoi Samory a-t-il été vaincu ?
- La supériorité technique des Français : artillerie, fusils à répétition, mitrailleuses, et des moyens de ravitaillement bien plus importants.
- L'isolement : Samory n'a pas réussi à s'allier durablement avec les autres chefs africains (échec devant Sikasso). Les Britanniques, à Freetown puis en Gold Coast, finissent par limiter ses achats d'armes.
- L'épuisement de ses troupes et des populations, lié à des années de guerre, aux déplacements forcés et à la famine.
- Les révoltes de certains peuples soumis par la force, dont les Français ont profité.
7. Un personnage historique à juger avec nuance
Samory Touré est aujourd'hui un héros national en Guinée et en Afrique de l'Ouest. Sa résistance est l'une des plus longues et des mieux organisées contre la conquête coloniale : seize ans de lutte, un État structuré, une armée moderne, une capacité d'adaptation remarquable (traités, terre brûlée, déplacement de l'empire).
Les historiens rappellent aussi que ses guerres ont causé de grandes souffrances : destructions de villages, famines, et captifs faits prisonniers et échangés contre des chevaux et des armes. Comme pour tout grand personnage, l'historien présente les faits, les réussites et les zones d'ombre.
Exemple
Question : « Montre que Samory Touré était un grand organisateur. »
Réponse rédigée : Samory Touré n'était pas seulement un chef de guerre, mais un véritable organisateur. Sur le plan politique, il a divisé son empire en provinces confiées à des chefs fidèles, s'est entouré d'un conseil et a fait de l'islam la religion de l'État, en prenant en 1884 le titre d'Almamy. Sur le plan militaire, il a créé une armée permanente de sofas, avec infanterie et cavalerie, et fait fabriquer des fusils et des munitions par ses forgerons, tout en achetant des armes modernes à Freetown. Sur le plan économique, il a utilisé l'or, le commerce et les impôts pour financer son armée. Cette organisation explique qu'il ait pu résister seize ans aux Français.
Exemple
Question : « Quelles méthodes Samory a-t-il utilisées pour résister aux Français ? »
Réponse : Samory a combiné plusieurs méthodes. Il a mené des combats directs, comme au Woyowayanko en 1882. Il a utilisé la diplomatie, en signant des traités (Kéniéba-Kouroula en 1886, Bissandougou en 1887) pour gagner du temps. Il a pratiqué la politique de la terre brûlée après 1891, en détruisant récoltes et villages devant l'ennemi. Enfin, il a déplacé tout son empire vers l'est, dans le nord de l'actuelle Côte d'Ivoire, pour échapper à l'encerclement. Il a résisté ainsi jusqu'à sa capture en 1898.
Méthode
Pour présenter un grand résistant (biographie historique) :
- Ses origines : date et lieu de naissance, milieu social.
- Sa montée au pouvoir et la construction de son État.
- L'organisation de son pouvoir (politique, militaire, économique).
- Les grandes étapes de sa lutte, avec les dates.
- Sa fin (capture, exil, mort) et les causes de sa défaite.
- Un jugement nuancé : ses mérites et les critiques des historiens.
3Je retiens
Je retiens
Samory Touré : né vers 1830 à Manyambaladougou (Konyan, Haute-Guinée), dans une famille de commerçants dioula.
Chef de guerre vers 1861 ; capitale Bissandougou ; prend Kankan (1881) ; titre d'Almamy en 1884 ; empire du Wassoulou.
Organisation : provinces, conseil, islam religion d'État ; armée permanente de sofas (infanterie, cavalerie), forgerons fabriquant des fusils, armes achetées à Freetown.
Lutte contre les Français : 1882 (Kéniéra, Woyowayanko) ; traités de Kéniéba-Kouroula (1886) et de Bissandougou (1887) ; échec devant Sikasso (1887-1888) ; prise de Kankan et de Bissandougou par Archinard (1891) ; terre brûlée ; second empire à l'est (Dabakala).
Capture à Guélémou le 29 septembre 1898 (colonne Gouraud) ; mort en exil au Gabon le 2 juin 1900.
Défaite : supériorité des armes françaises, isolement, épuisement, révoltes.
Héros national, auteur de l'une des plus longues résistances d'Afrique de l'Ouest (1882-1898).
4Erreurs fréquentes
- Dire que Samory a été capturé en Guinée : il a été capturé à Guélémou, dans l'actuelle Côte d'Ivoire, après avoir déplacé son empire vers l'est.
- Confondre les lieux d'exil : Samory meurt au Gabon (1900) ; Alpha Yaya Diallo meurt à Port-Étienne, en Mauritanie (1912).
- Croire que Samory n'a fait que la guerre : il a aussi signé des traités pour gagner du temps et organisé un véritable État.
- Présenter Samory uniquement comme un héros ou uniquement comme un conquérant brutal : l'historien présente les deux aspects.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Où et vers quelle date Samory Touré est-il né ? Quelle était l'activité de sa famille ?
b) Quelle était la capitale de son empire ? En quelle année prend-il le titre d'Almamy ?
c) Qui étaient les sofas ?
d) Où et quand Samory a-t-il été capturé ? Où est-il mort ?
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a) Il est né vers 1830 à Manyambaladougou, dans le Konyan (Haute-Guinée). Sa famille était dioula, c'est-à-dire composée de commerçants malinké.
b) La capitale était Bissandougou. Il prend le titre d'Almamy en 1884.
c) Les sofas étaient les soldats de l'armée permanente de Samory, des guerriers professionnels organisés et disciplinés.
d) Il a été capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou, dans l'actuelle Côte d'Ivoire. Il est mort en exil au Gabon le 2 juin 1900.
2Exercice 2
(Compléter) Complète le texte : « En 1887, Samory signe avec la France le traité de … . La même année, il assiège … , capitale du roi … , mais le siège échoue. En 1891, le colonel … prend Kankan et Bissandougou. Samory pratique alors la politique de la … et déplace son empire vers … . »
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« En 1887, Samory signe avec la France le traité de Bissandougou. La même année, il assiège Sikasso, capitale du roi Tiéba, mais le siège échoue. En 1891, le colonel Archinard prend Kankan et Bissandougou. Samory pratique alors la politique de la terre brûlée et déplace son empire vers l'est (le nord de l'actuelle Côte d'Ivoire). »
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre et date : capture à Guélémou ; titre d'Almamy ; combat du Woyowayanko ; prise de Bissandougou par les Français ; mort au Gabon ; traité de Bissandougou.
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Combat du Woyowayanko (avril 1882) ; titre d'Almamy (1884) ; traité de Bissandougou (1887) ; prise de Bissandougou par les Français (avril 1891) ; capture à Guélémou (29 septembre 1898) ; mort au Gabon (2 juin 1900).
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Observe le schéma « Forces de l'empire de Samory | Limites de l'empire de Samory ».
a) Relève trois forces de l'empire de Samory.
b) Relève deux limites.
c) Explique pourquoi l'achat d'armes à Freetown était à la fois une force et une faiblesse.
d) À partir du document et de tes connaissances, explique pourquoi Samory a pu résister si longtemps, mais a finalement été vaincu.
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a) Par exemple : une armée permanente et disciplinée ; des forgerons qui fabriquent et réparent les fusils ; l'achat d'armes modernes ; l'islam comme facteur d'unité ; un chef habile.
b) Par exemple : des armes moins nombreuses et moins modernes que celles des Français ; pas d'industrie ; des révoltes ; des populations épuisées.
c) C'était une force, car Samory obtenait ainsi des fusils modernes que ses forgerons ne pouvaient pas produire. C'était une faiblesse, car il dépendait des commerçants de la côte et des Britanniques, qui pouvaient limiter ou arrêter ces ventes.
d) Samory a pu résister seize ans grâce à son organisation politique et militaire, à son armée permanente, à ses armes, à sa connaissance du terrain et à ses méthodes variées (traités, terre brûlée, déplacement de l'empire). Mais il a été vaincu à cause de la supériorité technique des Français, de son isolement face aux autres chefs africains, des révoltes et de l'épuisement de ses troupes et des populations, frappées par la famine.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type BEPC) En une quinzaine de lignes, présente la résistance de l'Almamy Samory Touré. Plan conseillé : introduction (qui est Samory ?) ; 1. la construction et l'organisation de son empire ; 2. les étapes de sa lutte contre les Français ; 3. sa défaite et sa place dans l'histoire ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
L'Almamy Samory Touré, né vers 1830 dans le Konyan, en Haute-Guinée, est l'un des plus grands résistants africains à la conquête coloniale.
Fils de commerçants dioula, il devient chef de guerre vers 1861 et bâtit un vaste empire, le Wassoulou, avec pour capitale Bissandougou ; en 1884, il prend le titre d'Almamy. Il organise son État en provinces, fait de l'islam la religion officielle et crée une armée permanente de sofas, équipée de fusils fabriqués par ses forgerons ou achetés à Freetown.
À partir de 1882, il affronte les Français, notamment au Woyowayanko. Il signe des traités pour gagner du temps (Bissandougou, 1887), mais échoue devant Sikasso. En 1891, les Français prennent Kankan et Bissandougou ; Samory pratique la terre brûlée et déplace son empire vers l'est.
Épuisé et encerclé, il est capturé à Guélémou le 29 septembre 1898 et meurt en exil au Gabon en 1900.
Malgré sa défaite, due à la supériorité des armes françaises et à son isolement, Samory reste un héros national : sa résistance de seize ans est l'une des plus longues d'Afrique de l'Ouest.
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6Je vérifie
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