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Histoire · 10e Prépare le BEPC

Leçon 14 sur 24

La résistance contre la pénétration coloniale en Guinée forestière

Je sais expliquer pourquoi la conquête de la Guinée forestière a été la plus longue du pays, présenter ses principaux résistants et dire pourquoi leur combat a finalement échoué.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Présenter les peuples et l'organisation de la Guinée forestière à la fin du XIXe siècle
  • Décrire les formes de la résistance (guérilla, villages fortifiés, soulèvements)
  • Présenter Zégbéla Togba Pivi et Kissi Kaba Keïta
  • Expliquer les causes de l'échec et la portée de cette résistance

Avant de commencer : Les leçons « Les conquêtes et les résistances en Guinée » et « La résistance en Haute-Guinée : l'Almamy Samory Touré ».

1Je découvre

À Macenta, pendant la fête de fin d'année, le vieux Pépé Koïvogui raconte aux enfants l'histoire de leurs ancêtres. Fatoumata, venue de Conakry pour les vacances, écoute avec attention. « Ici, dit le vieil homme, les Blancs ne sont pas entrés comme dans une case ouverte. Pendant des années, nos pères se sont cachés dans la forêt, ont coupé les ponts de lianes et ont tendu des embuscades sur les sentiers. »

Fatoumata est surprise. Au collège, elle a appris que Samory Touré avait été capturé en 1898. Elle pensait donc que toute la Guinée était conquise à cette date. Or le vieil homme parle de combats qui ont continué bien après. Son cousin Lansana ajoute : « À Macenta, on parle encore de Zégbéla Togba Pivi, et du côté de Kissidougou, de Kissi Kaba Keïta. »

Pourquoi la forêt a-t-elle résisté si longtemps ? Qui étaient ces résistants ? Et pourquoi, malgré leur courage, ont-ils fini par être vaincus ?

Comment les peuples de la Guinée forestière ont-ils résisté à la pénétration coloniale française, et pourquoi cette résistance a-t-elle été si longue ?

2Je comprends

1. La Guinée forestière à la fin du XIXe siècle

La Guinée forestière est la région du sud-est du pays : collines et montagnes (massif du Ziama, monts Nimba), forêt dense, pluies abondantes pendant une grande partie de l'année. Elle est limitrophe de la Sierra Leone, du Liberia et de la Côte d'Ivoire.

Plusieurs peuples y vivent : les Kissi (autour de Kissidougou et Guéckédou), les Toma ou Loma (autour de Macenta), les Kpèlè ou Guerzé (autour de N'Zérékoré), les Manon (vers Lola et le Nimba), les Kono, ainsi que des Konianké, de langue mandingue, dans la région de Beyla.

Contrairement au Fouta-Djallon (État théocratique des Almamy) ou à l'empire de Samory, la forêt ne forme pas un grand État unique. Le pouvoir est émietté : chaque village ou petit groupe de villages a son chef, souvent entouré d'un conseil d'anciens. Les sociétés d'initiation jouent un grand rôle : elles forment les jeunes, transmettent les règles de la communauté et renforcent la solidarité.

Cette organisation a deux conséquences importantes :

  • il n'y a pas de capitale à prendre ni de roi à capturer pour soumettre toute la région : il faut conquérir village après village ;
  • mais il est aussi difficile pour les résistants de s'unir contre l'envahisseur.

2. Pourquoi la pénétration française a-t-elle été tardive ?

La France s'intéresse d'abord à la côte (les Rivières du Sud), puis au Fouta-Djallon et à la Haute-Guinée, où elle affronte Samory Touré. La forêt, elle, est connue des Européens surtout pour ses produits : caoutchouc, noix de cola, huile de palme.

Plusieurs raisons expliquent que la conquête arrive tard :

  • le milieu naturel : forêt épaisse, relief accidenté, rivières en crue, sentiers étroits ; les colonnes militaires avancent lentement et tombent facilement dans des embuscades ;
  • les maladies qui frappent les soldats venus d'ailleurs ;
  • la concurrence avec la Grande-Bretagne (Sierra Leone) et le Liberia : la France veut d'abord fixer les frontières, ce qui fait l'objet d'accords avec le Liberia (1892, puis 1907) ;
  • la guerre contre Samory jusqu'en 1898 : tant qu'il n'est pas vaincu, les troupes françaises sont occupées en Haute-Guinée.

Après la capture de Samory à Guélémou (29 septembre 1898), la France veut contrôler toute la région. Elle installe des postes militaires (Beyla, Kissidougou, puis dans le pays toma) et exige la soumission des chefs, le paiement de l'impôt et la fourniture de porteurs. C'est alors que la résistance devient générale.

3. Les formes de la résistance

La résistance forestière est surtout une résistance populaire menée par des chefs locaux. Elle prend plusieurs formes :

Forme de résistanceEn quoi elle consistePourquoi elle est efficace
Guérilla et embuscadesAttaquer par surprise les colonnes sur les sentiers, puis disparaîtreLa forêt cache les combattants
Villages fortifiésVillages entourés de murs épais et de palissades, avec des entrées étroitesIl faut un long siège pour les prendre
Destruction des passagesCouper les ponts de lianes, bloquer les pistesLes troupes et les ravitaillements sont retardés
Repli dans la forêtAbandonner le village à l'arrivée des soldatsL'ennemi ne trouve ni hommes ni vivres
Refus de l'impôt et du portageNe pas payer, ne pas fournir de porteursL'administration coloniale ne peut pas fonctionner
Armée coloniale française
  • Fusils modernes à répétition et canons
  • Tirailleurs encadrés par des officiers
  • Postes militaires fixes
  • Difficulté à avancer en forêt
Résistants forestiers
  • Fusils de traite, arcs, flèches, sabres
  • Guerriers des villages, mobilisés par leurs chefs
  • Villages fortifiés et refuges en forêt
  • Parfaite connaissance du terrain
Deux façons de faire la guerre : la puissance du feu contre la connaissance du terrain.

4. Zégbéla Togba Pivi, le grand résistant toma

Zégbéla Togba Pivi (on écrit aussi Nzébéla Togba Pivi) est le plus célèbre résistant de la Guinée forestière. Originaire du pays toma, dans la région de l'actuelle préfecture de Macenta, il devient un chef de guerre redouté, qui domine plusieurs villages.

Il s'oppose d'abord aux troupes de Samory qui traversent la région, puis aux Français. Il organise la défense autour de villages fortifiés et fait subir de lourdes pertes aux colonnes françaises. Pendant de nombreuses années, la région toma reste en grande partie hors du contrôle colonial.

Pour en venir à bout, la France envoie des colonnes plus importantes et s'appuie sur des chefs rivaux. Au début du XXe siècle, les villages fortifiés tombent les uns après les autres ; les postes français s'installent durablement dans le pays toma. Zégbéla Togba Pivi est finalement arrêté ; il meurt en captivité. Aujourd'hui, il est honoré en Guinée comme un héros national de la résistance.

5. Kissi Kaba Keïta, chef du pays kissi

Kissi Kaba Keïta est un chef du nord du pays kissi, qui a réussi à réunir plusieurs chefferies sous son autorité. Quand les Français arrivent au début des années 1890, il mène une guérilla : embuscades, destruction des ponts de lianes.

Il accepte ensuite de se soumettre, et les Français le reconnaissent comme chef. Mais les relations se dégradent : l'administration coloniale nomme ses rivaux à la tête de plusieurs chefferies et réduit son pouvoir. Arrêté, il est exécuté à Siguiri à la fin du XIXe siècle. En 1978, ses restes sont ramenés de Siguiri à Kissidougou, preuve de la place qu'il occupe dans la mémoire guinéenne.

Exemple

Question : « Montre que le milieu naturel a aidé les résistants de la Guinée forestière. »

Réponse rédigée : En Guinée forestière, la forêt dense, le relief accidenté et les fortes pluies ralentissent les colonnes françaises. Les résistants connaissent parfaitement le terrain : ils tendent des embuscades sur les sentiers étroits, coupent les ponts de lianes et se réfugient dans la forêt à l'approche des soldats. Le milieu naturel a donc été un allié des résistants, ce qui explique en partie la longueur de la conquête.

6. Pourquoi la résistance a-t-elle échoué ?

Malgré leur courage, les résistants de la forêt sont vaincus au début du XXe siècle. Les causes sont les mêmes que dans le reste de la Guinée, avec quelques particularités :

  • la supériorité militaire française : armes à répétition, canons capables de détruire les murs des villages fortifiés, soldats nombreux et ravitaillés ;
  • la division des résistants : chaque chef défend son territoire ; il n'existe pas de grande armée commune à tous les peuples de la forêt ;
  • les alliances locales : certains chefs, rivaux des résistants, s'allient aux Français et les guident ;
  • l'épuisement des populations : villages brûlés, récoltes détruites, famines.

Au début des années 1910, la région est considérée par la France comme soumise. Elle est intégrée à la colonie de la Guinée française, qui fait partie de l'Afrique occidentale française (AOF).

Exemple

Question : « Pourquoi la conquête de la Guinée forestière a-t-elle duré plus longtemps que celle du Fouta-Djallon ? »

Réponse : Au Fouta-Djallon, il existait un pouvoir central (l'Almamy et ses chefs de provinces) : en le soumettant ou en le divisant, la France contrôlait toute la région. En Guinée forestière, le pouvoir était émietté entre de nombreux chefs de villages : il fallait conquérir chaque localité. De plus, la forêt et le relief favorisaient la guérilla. La conquête a donc été beaucoup plus longue.

7. La portée de cette résistance

La résistance forestière montre que les Guinéens n'ont pas accepté la domination coloniale sans combattre, même là où il n'existait pas de grand État. Elle prolonge celle de Samory Touré en Haute-Guinée et d'Alpha Yaya Diallo au Fouta-Djallon. Après l'indépendance du 2 octobre 1958, ces résistants sont devenus des figures de la mémoire nationale.

  1. 1Fin des années 1880 : la France s'intéresse aux produits de la forêt (caoutchouc, cola)
  2. 2Début des années 1890 : premières colonnes françaises ; guérilla de Kissi Kaba Keïta en pays kissi
  3. 329 septembre 1898 : capture de Samory à Guélémou ; la France veut contrôler la forêt
  4. 4Vers 1900 : postes militaires, impôt et portage imposés ; soulèvements
  5. 5Début du XXe siècle : chute des villages fortifiés du pays toma ; arrestation de Zégbéla Togba Pivi
  6. 6Début des années 1910 : la région est considérée comme soumise par la France
Les grandes étapes de la conquête de la Guinée forestière.

Méthode

Pour présenter un résistant à l'examen :

  1. Je le situe : son peuple, sa région, son époque.
  2. Je dis contre qui et pourquoi il a résisté.
  3. Je décris ses méthodes de combat (guérilla, forteresses, alliances).
  4. J'explique comment sa résistance s'est terminée.
  5. Je conclus sur ce qu'il représente aujourd'hui pour la Guinée.

3Je retiens

Je retiens

La Guinée forestière (Kissi, Toma, Kpèlè ou Guerzé, Manon, Kono, Konianké) est la dernière région de Guinée conquise par la France.

Le pouvoir y est émietté entre de nombreux chefs : pas de capitale à prendre, il faut conquérir village après village.

Formes de résistance : guérilla et embuscades, villages fortifiés, ponts de lianes coupés, repli en forêt, refus de l'impôt et du portage.

Zégbéla Togba Pivi : grand résistant toma de la région de Macenta, arrêté et mort en captivité.

Kissi Kaba Keïta : chef kissi, exécuté à Siguiri ; ses restes sont ramenés à Kissidougou en 1978.

Causes de l'échec : supériorité militaire française, division des résistants, alliances de chefs rivaux avec les Français, épuisement des populations.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que toute la Guinée est conquise en 1898 : la capture de Samory ne met pas fin aux résistances ; la forêt résiste jusqu'au début du XXe siècle.
  • Parler d'un « royaume de la forêt » : il n'y avait pas d'État unique mais de nombreuses chefferies indépendantes.
  • Réduire l'échec à la seule force des armes : les divisions entre chefs et les alliances avec les Français ont aussi beaucoup compté.
  • Confondre les peuples et les lieux : les Toma sont surtout autour de Macenta, les Kissi autour de Kissidougou et Guéckédou, les Kpèlè autour de N'Zérékoré.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite quatre peuples de la Guinée forestière.

b) Quelle est la différence d'organisation politique entre la Guinée forestière et le Fouta-Djallon à la fin du XIXe siècle ?

c) Cite trois formes de résistance utilisées en Guinée forestière.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les Kissi, les Toma (ou Loma), les Kpèlè (ou Guerzé), les Manon (on peut aussi citer les Kono et les Konianké).

b) Le Fouta-Djallon était un État organisé autour de l'Almamy et de chefs de provinces ; la Guinée forestière n'avait pas d'État unique : le pouvoir était partagé entre de nombreux chefs de villages ou de groupes de villages.

c) La guérilla (embuscades), les villages fortifiés, la destruction des ponts de lianes (on accepte aussi : repli dans la forêt, refus de l'impôt et du portage).

2Exercice 2

(Vrai ou faux, corrige les phrases fausses)

a) Zégbéla Togba Pivi était un chef kissi.

b) Les résistants coupaient les ponts de lianes pour retarder les troupes françaises.

c) Toute la Guinée forestière était sous contrôle français avant 1890.

d) Kissi Kaba Keïta a été exécuté à Siguiri.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Faux : Zégbéla Togba Pivi était un chef toma, de la région de Macenta.

b) Vrai.

c) Faux : la conquête de la forêt commence au début des années 1890 et n'est achevée qu'au début du XXe siècle.

d) Vrai.

3Exercice 3

(Associer) Associe chaque élément à sa définition : village fortifié ; guérilla ; portage ; poste militaire.

Définitions : A. transport obligatoire de charges imposé aux populations ; B. village entouré de murs et de palissades ; C. établissement où sont installés les soldats coloniaux ; D. guerre d'embuscades menée par de petits groupes mobiles.

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Village fortifié : B. Guérilla : D. Portage : A. Poste militaire : C.

4Exercice 4

(Analyse de document, type BEPC) Observe le tableau « Les formes de la résistance » de la partie « Je comprends ».

a) Quelle forme de résistance ne consiste pas à combattre les armes à la main ? Explique son efficacité.

b) Montre, à l'aide de deux lignes du tableau, que la forêt était un avantage pour les résistants.

c) Pourquoi, malgré ces méthodes, les résistants ont-ils été vaincus ? Donne trois raisons.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le refus de l'impôt et du portage. Sans impôt et sans porteurs, l'administration coloniale ne peut ni se financer ni transporter ses vivres et ses munitions : elle est paralysée. (Le repli dans la forêt est aussi accepté : l'ennemi ne trouve ni hommes ni vivres.)

b) La ligne « Guérilla et embuscades » montre que la forêt cache les combattants, qui attaquent par surprise puis disparaissent. La ligne « Repli dans la forêt » montre que les habitants peuvent s'y réfugier et priver l'ennemi de ravitaillement.

c) La supériorité des armes françaises (fusils à répétition, canons) ; la division des résistants, chaque chef défendant son territoire ; l'aide apportée aux Français par des chefs rivaux (on accepte aussi l'épuisement des populations).

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type BEPC) En une quinzaine de lignes, présente la résistance contre la pénétration coloniale en Guinée forestière. Plan conseillé : introduction ; 1. une région difficile à conquérir ; 2. les formes de résistance et les grands résistants ; 3. les causes de l'échec ; conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

À la fin du XIXe siècle, la France entreprend la conquête de la Guinée. La Guinée forestière est la dernière région soumise, après une longue résistance.

Cette région est difficile à conquérir. La forêt dense, le relief et les pluies ralentissent les colonnes. De plus, le pouvoir y est partagé entre de nombreux chefs : il faut conquérir chaque village.

Les peuples de la forêt se défendent par la guérilla, les embuscades, les villages fortifiés et la destruction des ponts de lianes. Chez les Toma, Zégbéla Togba Pivi tient longtemps tête aux Français. En pays kissi, Kissi Kaba Keïta mène d'abord une guérilla ; il est plus tard exécuté à Siguiri.

Pourtant, la résistance échoue. Les Français disposent d'armes plus puissantes ; les résistants sont divisés et certains chefs rivaux aident les Français ; les populations sont épuisées par la guerre.

Au début des années 1910, la région est intégrée à la Guinée française. Mais le souvenir de ces résistants reste vivant : ils sont aujourd'hui honorés comme des héros de la résistance guinéenne.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle région de Guinée a été conquise en dernier par la France ?
Voir la réponse

Réponse C : la Guinée forestière. La forêt, le relief et l'émiettement du pouvoir ont prolongé la résistance jusqu'au début du XXe siècle.

2Zégbéla Togba Pivi était un chef :
Voir la réponse

Réponse A : toma, de la région de Macenta. Il est le plus célèbre résistant du pays toma.

3Pourquoi la France devait-elle conquérir la forêt village par village ?
Voir la réponse

Réponse B : parce qu'il n'y avait pas de pouvoir central unique. Chaque village ou groupe de villages avait son propre chef : il n'y avait pas de capitale à prendre.

4Que faisaient les résistants pour retarder les colonnes françaises ?
Voir la réponse

Réponse C : ils coupaient les ponts de lianes et tendaient des embuscades. Ces méthodes de guérilla utilisaient la connaissance du terrain.

5En 1978, les restes de Kissi Kaba Keïta ont été ramenés :
Voir la réponse

Réponse B : de Siguiri à Kissidougou. Exécuté à Siguiri, il a été honoré par le retour de ses restes à Kissidougou.

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