Leçon 18 sur 19
Les eaux souterraines et leurs origines
Je sais expliquer d'où viennent les eaux souterraines, comment elles s'organisent en nappes (libres ou captives) et comment elles circulent, et calculer la recharge et la réserve d'une nappe.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 3 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir eau souterraine, aquifère, nappe, zone non saturée et zone saturée
- Expliquer les origines des eaux souterraines (météorique, juvénile, fossile) et les facteurs de l'infiltration
- Distinguer nappe libre, nappe captive et nappe artésienne, et utiliser le niveau piézométrique
- Calculer une recharge, une réserve d'eau et un gradient hydraulique
Avant de commencer : Les leçons « Quelques propriétés physiques des roches » (porosité, perméabilité) et « Le cycle de l'eau » (infiltration, bilan hydrologique).
1Je découvre
Dans le village d'Aïssatou, près de Mamou, il y a deux points d'eau. Le premier est un vieux puits creusé à la main, de 8 mètres de profondeur : pendant la saison des pluies, l'eau monte presque jusqu'à la margelle ; en fin de saison sèche, il faut dérouler toute la corde, et parfois le puits est à sec. Le second est un forage équipé d'une pompe à motricité humaine, profond de 60 mètres : son eau ne tarit jamais.
Aïssatou se demande : d'où vient l'eau qu'on trouve sous la terre ? Est-ce un lac caché sous le village ? Pourquoi le niveau du puits monte-t-il et descend-il selon les saisons ? Et pourquoi le forage, plus profond, a-t-il toujours de l'eau ?
Son professeur de géologie lui répond : « Il n'y a pas de lac souterrain sous ton village. L'eau est cachée dans les roches elles-mêmes, dans leurs pores et leurs fissures. »
Quelles sont les origines des eaux souterraines, comment s'organisent-elles dans les roches et comment circulent-elles ?
2Je comprends
1. Définitions
Les eaux souterraines sont toutes les eaux contenues dans le sous-sol, dans les pores et les fissures des roches.
Un aquifère est une formation géologique (couche de roche) perméable, qui contient de l'eau et la laisse circuler, de sorte qu'on peut l'exploiter par des puits, des forages ou des sources. Exemples : sables, graviers, grès, granite fracturé et son arène, calcaire fissuré.
Une nappe (ou nappe d'eau souterraine) est l'ensemble de l'eau qui sature les vides d'un aquifère.
Les roches imperméables (argile, granite sain non fissuré, schiste compact) ne laissent pas circuler l'eau : elles limitent les nappes. On les appelle parfois aquicludes ou couches imperméables.
2. L'organisation verticale : zone non saturée et zone saturée
Quand l'eau de pluie s'infiltre, elle traverse d'abord une zone où les vides des roches contiennent à la fois de l'air et de l'eau : c'est la zone non saturée (ou zone d'aération). L'eau y descend verticalement sous l'effet de la gravité.
Plus bas, au-dessus d'une couche imperméable, tous les vides sont remplis d'eau : c'est la zone saturée, c'est-à-dire la nappe.
La limite supérieure de la nappe s'appelle la surface de la nappe ou surface piézométrique. Son altitude en un point est le niveau piézométrique : c'est le niveau auquel l'eau se stabilise dans un puits.
- 1Surface du sol : la pluie s'infiltre
- 2Zone non saturée : vides remplis d'air et d'eau, l'eau descend
- 3Surface de la nappe (niveau piézométrique) : niveau de l'eau dans le puits
- 4Zone saturée : tous les vides sont pleins d'eau, c'est la nappe
- 5Couche imperméable (argile, roche saine) : limite inférieure de la nappe
Le niveau varie avec les saisons. Pendant la saison des pluies, l'infiltration recharge la nappe : son niveau monte. Pendant la saison sèche, la nappe continue à se vider vers les sources, les rivières et les puits, sans être rechargée : son niveau baisse. C'est pourquoi le puits peu profond d'Aïssatou peut être à sec en fin de saison sèche : le niveau de la nappe est passé sous le fond du puits.
3. Les origines des eaux souterraines
L'origine météorique (la principale). La quasi-totalité des eaux souterraines provient des précipitations qui se sont infiltrées. Elles participent au cycle de l'eau : elles sont renouvelées chaque année par la recharge, plus ou moins vite selon la profondeur.
L'origine juvénile (magmatique). Une très petite quantité d'eau provient des profondeurs de la Terre : elle est libérée par les magmas lors de leur refroidissement. Elle apparaît par exemple dans certaines sources chaudes des régions volcaniques. Elle n'a jamais participé au cycle de l'eau auparavant, d'où son nom (« jeune »).
Les eaux fossiles. Ce sont des eaux très anciennes, infiltrées il y a des milliers voire des dizaines de milliers d'années, sous des climats différents, et qui ne sont plus (ou presque plus) renouvelées aujourd'hui. Les grandes nappes profondes situées sous le Sahara en sont un exemple : elles se sont remplies à des époques où le climat était plus humide. On y rattache aussi les eaux piégées dans les sédiments au moment de leur dépôt. Exploiter une eau fossile, c'est puiser dans un stock qui ne se reconstitue pas.
- Météorique
- Juvénile
- Fossile
- eau de pluie infiltrée, renouvelée, de loin la plus abondante
- libérée par les magmas, en très faible quantité, souvent chaude
- infiltrée il y a très longtemps, non renouvelée à l'échelle humaine
4. Les facteurs de l'infiltration
La part de la pluie qui s'infiltre dépend :
- de la perméabilité du sol et des roches : forte dans le sable et l'arène, faible dans l'argile ;
- de la pente : sur une pente forte, l'eau ruisselle ; sur un plateau ou un terrain plat, elle a le temps de s'infiltrer ;
- de la végétation : elle freine le ruissellement et ses racines ouvrent des chemins à l'eau ;
- de l'intensité de la pluie : une pluie fine et longue s'infiltre mieux qu'une averse violente ;
- de l'état du sol : un sol déjà saturé ou tassé (piste, cour de terre battue) ne laisse plus entrer l'eau.
La part de la pluie qui s'infiltre et atteint la nappe s'appelle la recharge. Rapportée aux précipitations, elle donne le coefficient d'infiltration.
Exemple
Un village du Fouta-Djallon est situé sur un plateau de 4 km². Il y tombe 1 700 mm de pluie par an et 15 % de cette pluie recharge la nappe. Calcule le volume de la recharge annuelle. Le village compte 2 000 habitants qui consomment chacun 20 L d'eau par jour : la recharge suffit-elle ?
Surface : 4 km² = 4 000 000 m² ; pluie : 1 700 mm = 1,7 m.
Volume de pluie : 4 000 000 × 1,7 = 6 800 000 m³.
Recharge : 6 800 000 × 0,15 = 1 020 000 m³ par an.
Consommation : 2 000 × 20 × 365 = 14 600 000 L = 14 600 m³ par an.
14 600 m³ représentent environ 1,4 % de la recharge (14 600 ÷ 1 020 000 ≈ 0,014) : la recharge suffit largement, à condition que la nappe ne soit pas polluée et que les ouvrages atteignent la zone saturée en saison sèche.
5. Nappe libre, nappe captive, nappe artésienne
La nappe libre (ou phréatique). Elle repose sur une couche imperméable mais n'est pas recouverte par une autre couche imperméable. Sa surface est libre de monter et de descendre, et elle est à la pression atmosphérique. Elle est rechargée directement par la pluie qui tombe au-dessus d'elle. C'est la nappe des puits peu profonds, comme celui d'Aïssatou. Proche de la surface, elle est vulnérable à la pollution (latrines, déchets).
La nappe captive. Elle est coincée entre deux couches imperméables, une en dessous et une au-dessus. Elle n'est rechargée que là où l'aquifère affleure, parfois loin du point de captage (la zone d'alimentation). L'eau y est sous pression : quand un forage perce la couche imperméable du dessus, l'eau monte dans le forage au-dessus du toit de l'aquifère. Mieux protégée par la couche du dessus, elle est souvent de meilleure qualité et moins sensible aux saisons : c'est souvent ce type de nappe qu'atteint un forage profond.
La nappe artésienne. C'est une nappe captive dont la pression est si forte que le niveau piézométrique est au-dessus de la surface du sol : l'eau jaillit d'elle-même du forage, sans pompe. Cela arrive quand la zone d'alimentation est située plus haut que le forage.
- Pas de couche imperméable au-dessus
- Rechargée directement par la pluie
- Niveau variable selon les saisons
- Vulnérable à la pollution
- Puits peu profonds
- Entre deux couches imperméables
- Rechargée dans sa zone d'affleurement
- Niveau plus stable, eau sous pression
- Mieux protégée
- Forages profonds ; artésienne si l'eau jaillit
6. La circulation de l'eau dans une nappe
L'eau d'une nappe n'est pas immobile : elle s'écoule lentement des zones où le niveau piézométrique est le plus haut vers celles où il est le plus bas, c'est-à-dire en général des plateaux vers les vallées, où elle alimente les sources et les rivières.
La vitesse de l'eau souterraine est très faible : de quelques centimètres à quelques mètres par jour dans un sable, beaucoup moins dans une roche peu perméable.
Le gradient hydraulique mesure la pente de la surface de la nappe :
i = Δ hL (différence de niveau piézométrique ÷ distance horizontale ; sans unité).
Méthode
Pour trouver le sens d'écoulement et le gradient d'une nappe :
- Je calcule le niveau piézométrique de chaque puits : altitude du sol − profondeur de l'eau.
- L'eau s'écoule du puits où le niveau piézométrique est le plus haut vers celui où il est le plus bas.
- Gradient : i = différence de niveaux ÷ distance entre les puits (mêmes unités).
- Pour une réserve : volume d'eau = surface × épaisseur saturée × porosité efficace.
Exemple
Deux puits sont distants de 500 m. Au puits A, le sol est à l'altitude 420 m et l'eau à 6 m de profondeur. Au puits B, le sol est à 412 m et l'eau à 3 m de profondeur. Détermine le sens d'écoulement et le gradient hydraulique.
Niveau piézométrique en A : 420 − 6 = 414 m.
Niveau piézométrique en B : 412 − 3 = 409 m.
L'eau s'écoule de A (414 m) vers B (409 m).
Gradient : i = (414 − 409) ÷ 500 = 5 ÷ 500 = 0,01 (soit 1 m de baisse tous les 100 m).
La réserve d'une nappe. Toute l'eau contenue dans les pores ne peut pas être extraite : une partie reste accrochée aux grains. La part de volume qui peut s'écouler s'appelle la porosité efficace ; elle est toujours inférieure à la porosité totale. Pour une nappe, volume d'eau exploitable = surface × épaisseur saturée × porosité efficace.
3Je retiens
Je retiens
Eaux souterraines : eaux contenues dans les pores et les fissures des roches ; aquifère : roche perméable contenant une nappe exploitable.
Zone non saturée (air + eau) au-dessus ; zone saturée (la nappe) au-dessous ; limite : surface piézométrique ; le niveau de l'eau dans un puits = niveau piézométrique.
Origines : météorique (pluie infiltrée, la principale), juvénile (magmatique, rare), fossile (très ancienne, non renouvelée).
Infiltration favorisée par une roche perméable, une faible pente, la végétation, une pluie fine et longue.
Nappe libre : sans couche imperméable au-dessus, variable, vulnérable ; nappe captive : entre deux couches imperméables, sous pression ; artésienne : l'eau jaillit.
L'eau s'écoule du niveau piézométrique le plus haut vers le plus bas ; gradient i = Δh ÷ L.
Volume exploitable = surface × épaisseur saturée × porosité efficace.
4Erreurs fréquentes
- Imaginer des lacs ou des rivières souterraines partout : l'eau est surtout contenue dans les pores et fissures des roches (les vraies rivières souterraines n'existent que dans certains calcaires).
- Confondre profondeur de l'eau et niveau piézométrique : le niveau piézométrique est une altitude (altitude du sol − profondeur de l'eau).
- Croire que toutes les eaux souterraines se renouvellent : les eaux fossiles ne se reconstituent pas à l'échelle humaine.
- Utiliser la porosité totale pour calculer l'eau exploitable : il faut la porosité efficace.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : aquifère, nappe, zone non saturée, niveau piézométrique.
b) Cite et explique les trois origines des eaux souterraines.
c) Donne trois facteurs qui favorisent l'infiltration.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Un aquifère est une formation géologique perméable qui contient de l'eau et la laisse circuler, exploitable par des puits, des forages ou des sources. Une nappe est l'ensemble de l'eau qui sature les vides d'un aquifère. La zone non saturée est la partie du sous-sol, au-dessus de la nappe, où les vides contiennent de l'air et de l'eau. Le niveau piézométrique est l'altitude de la surface de la nappe en un point, c'est-à-dire le niveau où l'eau se stabilise dans un puits.
b) Météorique : eau de pluie infiltrée, qui participe au cycle de l'eau ; c'est l'origine principale. Juvénile : eau libérée par les magmas lors de leur refroidissement, en très faible quantité. Fossile : eau infiltrée il y a très longtemps, sous d'autres climats, et qui n'est plus renouvelée.
c) Une roche perméable (sable, arène), une faible pente, une couverture végétale (autres : pluie fine et prolongée, sol non tassé).
2Exercice 2
Explique, en utilisant le vocabulaire de la leçon, pourquoi le puits de 8 m d'Aïssatou peut être à sec en fin de saison sèche alors que le forage de 60 m donne toujours de l'eau.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Le puits de 8 m atteint une nappe libre peu profonde. Pendant la saison des pluies, l'infiltration recharge cette nappe et son niveau piézométrique monte. Pendant la saison sèche, elle n'est plus rechargée et continue à se vider vers les sources, les rivières et les puits : son niveau baisse et peut passer sous le fond du puits, qui s'assèche. Le forage de 60 m atteint une nappe plus profonde (souvent captive ou située dans les fissures profondes de la roche), plus épaisse, moins sensible aux saisons, dont le niveau reste toujours au-dessus de la crépine de la pompe.
3Exercice 3
Un bassin de 12 km² reçoit 2 000 mm de pluie par an ; le coefficient d'infiltration est de 12 %.
a) Calcule la recharge annuelle de la nappe en m³.
b) Une ville de 30 000 habitants consomme 40 L par habitant et par jour. Quel pourcentage de la recharge utilise-t-elle ? (Arrondis au dixième.)
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Surface : 12 000 000 m² ; pluie : 2 m. Volume de pluie : 12 000 000 × 2 = 24 000 000 m³. Recharge : 24 000 000 × 0,12 = 2 880 000 m³ par an.
b) Consommation : 30 000 × 40 × 365 = 438 000 000 L = 438 000 m³ par an. Part : 438 000 ÷ 2 880 000 × 100 ≈ 15,2 % de la recharge.
4Exercice 4
Trois puits sont alignés. Puits A : sol à 250 m, eau à 5 m de profondeur. Puits B, à 400 m de A : sol à 246 m, eau à 4 m. Puits C, à 300 m de B : sol à 240 m, eau à 1 m.
a) Calcule le niveau piézométrique de chaque puits.
b) Indique le sens d'écoulement de la nappe.
c) Calcule le gradient hydraulique entre A et B, puis entre B et C. Où la nappe est-elle la plus pentue ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) A : 250 − 5 = 245 m ; B : 246 − 4 = 242 m ; C : 240 − 1 = 239 m.
b) L'eau s'écoule de A vers B puis vers C (du niveau le plus haut vers le plus bas).
c) Entre A et B : i = (245 − 242) ÷ 400 = 3 ÷ 400 = 0,007 5. Entre B et C : i = (242 − 239) ÷ 300 = 3 ÷ 300 = 0,01. La nappe est plus pentue entre B et C.
5Exercice 5
(Type composition) Un aquifère de grès, compris entre deux couches d'argile, affleure sur un plateau à 600 m d'altitude. Dans une vallée située à 450 m d'altitude, un forage traverse l'argile supérieure et atteint le grès ; l'eau jaillit à la surface.
a) Quel type de nappe est-ce ? Justifie.
b) Explique pourquoi l'eau jaillit.
c) Cet aquifère a une surface de 10 km², une épaisseur saturée de 25 m et une porosité efficace de 8 %. Calcule son volume d'eau exploitable.
d) Pourquoi l'eau de ce forage est-elle en général mieux protégée que celle d'un puits dans une nappe libre ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) C'est une nappe captive, et même artésienne : l'aquifère de grès est compris entre deux couches imperméables d'argile, et l'eau jaillit du forage.
b) L'eau est rechargée sur le plateau, à 600 m d'altitude, où le grès affleure. Enfermée sous l'argile, elle est sous pression dans la vallée, située 150 m plus bas. Son niveau piézométrique est donc au-dessus de la surface du sol dans la vallée : quand le forage perce l'argile, l'eau monte et jaillit.
c) Surface : 10 km² = 10 000 000 m². Volume : 10 000 000 × 25 × 0,08 = 20 000 000 m³ (20 millions de m³).
d) La couche d'argile imperméable au-dessus du grès empêche les eaux souillées de la surface (latrines, déchets, engrais) de s'infiltrer directement jusqu'à la nappe ; de plus, l'eau a parcouru un long chemin souterrain, qui l'a filtrée.
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6Je vérifie
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