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Français · 11e SM

Leçon 14 sur 21

L'éducation

Je sais comparer l'éducation traditionnelle africaine, l'école coranique et l'école occidentale telles que la littérature les présente, et je sais discuter de leurs apports et de leurs dangers.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire les moyens et les buts de l'éducation traditionnelle africaine
  • Présenter l'école coranique et l'école coloniale d'après les œuvres étudiées
  • Analyser le conflit entre ces éducations dans L'Aventure ambiguë et L'Enfant noir
  • Rédiger un paragraphe argumenté ou un plan de dissertation sur l'éducation

Avant de commencer : La littérature orale ; la vie communautaire ; la structure de la société

1Je découvre

Mariama a quatorze ans et vit à Labé. Le matin, avant le lever du soleil, elle récite des sourates avec ses frères chez le maître coranique du quartier. Ensuite, elle part au lycée, où elle étudie les mathématiques, la physique et la littérature en français. Le soir, sa grand-mère lui raconte des contes peuls et lui apprend comment se tenir devant les aînés, comment saluer, comment préparer le repas pour les invités.

Un jour, en classe, le professeur demande : « Qui vous a éduqués ? » Mariama hésite. Est-ce l'école ? Le maître coranique ? Sa grand-mère ? Tout le quartier ? Et si ces trois écoles lui apprennent des choses différentes, laquelle doit-elle écouter ?

Quelles sont les différentes formes d'éducation que présente la littérature africaine, et pourquoi leur rencontre crée-t-elle un conflit ?

2Je comprends

1. Définir l'éducation

L'éducation est l'ensemble des moyens par lesquels une société forme un enfant pour en faire un adulte capable de vivre en son sein : elle transmet des savoirs (connaissances), des savoir-faire (techniques, métiers) et des savoir-être (valeurs, comportements). L'instruction est plus étroite : c'est l'acquisition de connaissances, surtout à l'école.

Dans la littérature africaine, trois éducations se rencontrent : l'éducation traditionnelle, l'éducation coranique et l'école occidentale (d'abord coloniale).

2. L'éducation traditionnelle africaine

Elle est globale (elle forme le corps, l'esprit et le caractère), collective (tous les adultes éduquent l'enfant) et orale.

  • La famille et la communauté : l'enfant apprend en imitant ses parents ; tout adulte du village peut le reprendre s'il se conduit mal.
  • Les contes, proverbes et devinettes : racontés à la veillée, ils enseignent la morale (la ruse du lièvre, la punition de l'orgueilleux), la prudence et la sagesse.
  • L'apprentissage du métier : le fils de forgeron apprend à la forge, la fille aide sa mère au champ ou au marché.
  • L'initiation : à un certain âge, les jeunes sont conduits à l'écart pour des épreuves qui leur apprennent le courage, la maîtrise de la douleur, le secret et les règles du groupe. Ils en sortent adultes.

Le rôle des anciens est central, car ils détiennent le savoir. On prête à l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ une phrase devenue célèbre : en Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.

Dans L'Enfant noir (1953), Camara Laye raconte deux étapes de son initiation : la cérémonie de Kondén Diara, où les enfants affrontent de nuit la peur des « lions », et la circoncision, qui fait de lui un homme. Il montre la fierté et la peur mêlées de l'enfant qui entre dans le monde des adultes.

3. L'école coranique

En Afrique de l'Ouest, et particulièrement au Fouta-Djallon, l'école coranique est une institution ancienne. L'enfant y apprend à réciter et à écrire le Coran en arabe, auprès d'un maître. L'éducation est religieuse et morale : elle vise la soumission à Dieu, l'humilité et la maîtrise de soi. Elle est souvent dure : discipline, mendicité pour apprendre l'humilité, punitions corporelles.

Dans L'Aventure ambiguë (1961), le Sénégalais Cheikh Hamidou Kane montre le jeune Samba Diallo au foyer du maître des Diallobé, Thierno. Le maître le frappe quand il se trompe dans sa récitation, mais il l'aime profondément, car il voit en lui un élève exceptionnel. Pour Thierno, l'éducation doit d'abord former l'âme.

4. L'école occidentale

Introduite par la colonisation, l'école française enseigne la lecture, l'écriture, le calcul et les sciences, en français. Elle ouvre l'accès aux emplois modernes (commis, instituteur, technicien) mais elle impose aussi une autre culture et méprise souvent les langues africaines.

  • Dans L'Enfant noir, le narrateur va à l'école de Kouroussa, où les grands élèves brutalisent les petits, puis à l'école technique de Conakry ; il finit par partir étudier en France. L'école est pour lui la voie de la réussite, mais aussi celle de l'éloignement de sa mère et de son monde.
  • Dans Climbié (1956), l'Ivoirien Bernard Dadié évoque le « symbole », un objet humiliant que devait porter l'élève surpris à parler sa langue maternelle à l'école.
  • Dans L'Aventure ambiguë, la Grande Royale, sœur du chef des Diallobé, décide qu'il faut envoyer les enfants à l'école étrangère pour apprendre les secrets de la force des vainqueurs, même si elle sait que cette école transformera les enfants et leur fera perdre une part d'eux-mêmes.
Éducation traditionnelle et coranique
  • Orale : contes, proverbes, récitation
  • Donnée par la famille, les anciens, le maître
  • But : former l'âme et le caractère, intégrer au groupe
  • Langues africaines et arabe
  • Risque : enfermement, dureté, refus du changement
École occidentale
  • Écrite : livres, cahiers, examens
  • Donnée par un instituteur, dans une classe
  • But : donner des savoirs techniques et un métier moderne
  • Langue française
  • Risque : déracinement, perte de sa culture
Deux modèles d'éducation que les personnages doivent concilier.

5. Le conflit des éducations

Toute la question est de savoir si l'on peut apprendre l'autre sans se perdre soi-même. Samba Diallo, formé d'abord par Thierno, puis par l'école française jusqu'à la philosophie à Paris, finit « entre deux mondes » : il ne se sent plus pleinement diallobé ni pleinement occidental. C'est l'aventure ambiguë. Le narrateur de L'Enfant noir, lui, part pour la France avec le chagrin de quitter les siens.

Ces œuvres ne rejettent pas l'école : elles montrent qu'une bonne éducation doit unir l'enracinement dans sa culture et l'ouverture au savoir moderne.

Méthode

Pour traiter un sujet sur l'éducation :

  1. Je définis les mots clés (éducation, instruction, tradition, école occidentale).
  2. Je distingue les types d'éducation en jeu dans le sujet.
  3. Pour chacun, je donne ses moyens, ses buts, ses qualités et ses limites.
  4. J'illustre chaque idée par une œuvre précise (auteur, titre, épisode).
  5. Je conclus en montrant qu'il faut concilier les éducations plutôt que les opposer.

Exemple

Question : Pourquoi l'éducation traditionnelle est-elle dite « globale » ?

Réponse rédigée : L'éducation traditionnelle est dite globale parce qu'elle ne se limite pas aux connaissances : elle forme en même temps le corps, l'esprit et le caractère. Par le travail aux champs ou à la forge, l'enfant apprend un métier ; par les contes et les proverbes, il apprend la morale ; par l'initiation, il apprend le courage et le respect des règles du groupe. Dans L'Enfant noir, la cérémonie de Kondén Diara et la circoncision montrent que devenir adulte, c'est d'abord maîtriser sa peur.

Exemple

Sujet : « L'école occidentale a libéré l'Africain. » Discutez.

Plan possible :

I. Une école qui libère : accès au savoir scientifique, à l'écriture, aux métiers modernes ; elle forme les cadres des indépendances ; le narrateur de L'Enfant noir s'ouvre au monde.

II. Une école qui aliène : langue et culture imposées, mépris des langues africaines (le « symbole » dans Climbié), déracinement de Samba Diallo dans L'Aventure ambiguë.

III. Dépassement : l'école libère vraiment quand elle s'appuie sur la culture de l'élève, par exemple en valorisant les langues nationales et la littérature africaine.

3Je retiens

Je retiens

Éducation : formation complète (savoirs, savoir-faire, savoir-être) ; instruction : acquisition de connaissances.

Éducation traditionnelle : globale, collective, orale (contes, proverbes, apprentissage du métier, initiation).

École coranique : récitation du Coran, formation religieuse et morale, discipline sévère (Thierno dans L'Aventure ambiguë).

École occidentale : savoirs techniques et écrit en français, mais risque de déracinement (L'Enfant noir, Climbié, L'Aventure ambiguë).

Conflit central : peut-on apprendre la culture de l'autre sans perdre la sienne ? Réponse des œuvres : il faut concilier.

4Erreurs fréquentes

  • Opposer de façon caricaturale « bonne tradition » et « mauvaise école » : les œuvres montrent les qualités et les limites de chaque éducation.
  • Confondre éducation et instruction : un homme peut être très instruit et mal éduqué, ou sans diplôme mais très bien éduqué.
  • Mélanger les personnages : Thierno est le maître coranique, la Grande Royale est la sœur du chef des Diallobé ; ils ne défendent pas la même position sur l'école étrangère.
  • Oublier d'illustrer : chaque argument doit être appuyé par une œuvre, un auteur et un épisode précis.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Quelle différence fais-tu entre éducation et instruction ?

b) Cite trois moyens de l'éducation traditionnelle africaine.

c) Qui est Thierno dans L'Aventure ambiguë ?

d) Quel est le but de l'initiation dans les sociétés traditionnelles ?

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a) L'éducation est la formation complète de la personne (savoirs, savoir-faire, savoir-être) ; l'instruction ne concerne que l'acquisition de connaissances, surtout à l'école.

b) Par exemple : les contes et proverbes de la veillée, l'apprentissage du métier auprès des parents, l'initiation.

c) Thierno est le maître de l'école coranique des Diallobé ; il éduque Samba Diallo avec sévérité et beaucoup d'affection.

d) L'initiation fait passer le jeune de l'enfance à l'âge adulte : elle lui apprend le courage, la maîtrise de la douleur et de la peur, le secret et les règles du groupe.

2Exercice 2

Vrai ou faux ? Corrige les affirmations fausses.

a) Dans l'éducation traditionnelle, seuls les parents éduquent l'enfant.

b) Le narrateur de L'Enfant noir poursuit ses études à Conakry.

c) La Grande Royale refuse d'envoyer les enfants à l'école étrangère.

d) Le « symbole » dont parle Bernard Dadié punissait l'élève qui parlait sa langue maternelle.

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a) Faux : toute la communauté éduque l'enfant ; chaque adulte peut le conseiller ou le reprendre.

b) Vrai : il fréquente l'école technique de Conakry avant de partir en France.

c) Faux : la Grande Royale décide qu'il faut envoyer les enfants à l'école étrangère, même si elle sait que cela les changera.

d) Vrai.

3Exercice 3

(Analyse de texte) Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Le soir, autour du feu, grand-mère Hawa racontait l'histoire de l'hyène qui voulait manger seule toute la viande et qui finit par tout perdre. Nous riions, mais nous avions compris. Le lendemain, quand ma mère servit le plat, personne ne se précipita. »

a) Quel moyen d'éducation traditionnelle est présenté ?

b) Quelle leçon morale le conte transmet-il ?

c) Quelle phrase prouve que la leçon a été retenue ?

d) Explique la phrase « Nous riions, mais nous avions compris ».

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a) Le conte raconté à la veillée, « autour du feu », par la grand-mère.

b) Le conte condamne la gourmandise et l'égoïsme : celui qui veut tout garder pour lui finit par tout perdre ; il enseigne le partage.

c) « personne ne se précipita » : les enfants appliquent la leçon au moment du repas.

d) Le conte amuse (« nous riions ») mais il instruit en même temps (« nous avions compris ») : c'est la force de l'éducation traditionnelle, qui enseigne la morale par le plaisir du récit.

4Exercice 4

(Paragraphe argumenté) En 8 à 10 lignes, explique pourquoi l'école occidentale peut conduire au déracinement. Appuie-toi sur L'Aventure ambiguë ou L'Enfant noir.

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Exemple de paragraphe :

« L'école occidentale peut conduire au déracinement parce qu'elle transmet, avec ses savoirs, une autre langue et une autre façon de voir le monde. L'élève apprend à penser en français, à admirer d'autres héros, parfois à mépriser ce que sa famille respecte. Dans L'Aventure ambiguë, Samba Diallo, formé d'abord par le maître Thierno, poursuit ses études jusqu'à Paris ; il y perd peu à peu la foi et les certitudes de son enfance, au point de ne plus appartenir pleinement à aucun des deux mondes. Le danger n'est donc pas le savoir lui-même, mais une école qui coupe l'élève de ses racines au lieu de l'aider à les enrichir. »

5Exercice 5

(Dissertation) Sujet : « L'éducation traditionnelle a encore sa place dans la Guinée d'aujourd'hui. » Rédige l'introduction et un plan détaillé en deux parties, avec un exemple par sous-partie.

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Introduction : « Dans les villages comme dans les grandes villes guinéennes, les enfants vont à l'école, au collège et au lycée. Pourtant, les grands-parents continuent de raconter des contes, de transmettre des proverbes et d'enseigner les règles de politesse. On peut donc affirmer que "l'éducation traditionnelle a encore sa place dans la Guinée d'aujourd'hui". Mais cette éducation est-elle encore utile face à l'école moderne ? Nous montrerons qu'elle garde une valeur réelle, avant de voir qu'elle doit évoluer pour rester vivante. »

I. Une éducation toujours précieuse : 1) elle transmet le respect, la solidarité, la politesse (exemple : l'enfant qui salue les aînés en premier) ; 2) elle garde la mémoire et les langues nationales (exemple : les contes de la grand-mère, les griots qui racontent l'histoire du Mandé).

II. Une éducation qui doit évoluer : 1) certaines pratiques doivent être abandonnées, comme les punitions trop dures (exemple : la sévérité du maître décrite dans L'Aventure ambiguë) ; 2) elle doit se compléter avec l'école, qui donne les savoirs scientifiques (exemple : le narrateur de L'Enfant noir qui garde l'amour des siens tout en poursuivant ses études).

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce qui caractérise l'éducation traditionnelle africaine ?
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Réponse B : elle est orale, collective et globale. Elle passe par la parole, elle est donnée par toute la communauté et forme toute la personne.

2Qui éduque Samba Diallo au foyer coranique ?
Voir la réponse

Réponse B : le maître Thierno. Thierno, maître des Diallobé, lui enseigne le Coran avec sévérité et affection.

3Dans L'Enfant noir, quelle cérémonie oblige les enfants à affronter la peur des « lions » ?
Voir la réponse

Réponse A : Kondén Diara. La cérémonie de Kondén Diara est une étape de l'initiation où les enfants apprennent à maîtriser leur peur.

4Pourquoi la Grande Royale veut-elle envoyer les enfants à l'école étrangère ?
Voir la réponse

Réponse B : pour qu'ils apprennent les secrets de la force des vainqueurs. Elle accepte ce sacrifice pour que les Diallobé ne restent pas dominés.

5Quel danger de l'école occidentale les œuvres africaines soulignent-elles le plus ?
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Réponse B : le déracinement culturel. L'élève risque de perdre sa langue, sa culture et ses repères, comme Samba Diallo.

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