Aller au contenu
Philosophie · 11e SE

Leçon 14 sur 30

Le problème fondamental de la philosophie

Je sais énoncer le problème fondamental de la philosophie, le rapport entre la pensée et l'être (l'esprit et la matière), expliquer son origine et pourquoi on le dit fondamental.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Énoncer le problème fondamental de la philosophie et définir ses termes (pensée, conscience, esprit ; être, matière, nature)
  • Expliquer l'origine de ce problème selon Engels et ses formes dans l'histoire
  • Discuter pourquoi il est dit « fondamental » et en montrer les limites

Avant de commencer : Leçons précédentes : problème philosophique, composantes de la philosophie (métaphysique, ontologie), histoire de la philosophie

1Je découvre

Une nuit, pendant l'harmattan, Ousmane rêve de son grand-père, mort depuis trois ans. Dans le rêve, le vieil homme lui parle, lui sourit, lui donne des conseils sur ses études. Au réveil, Ousmane est bouleversé : « Mon grand-père est mort, son corps est enterré à Pita. Pourtant, cette nuit, il était là, il pensait, il parlait. Alors, qu'est-ce qui me parlait ? Son esprit continue-t-il d'exister sans son corps ? »

Au lycée, il en parle à son camarade Alpha, élève de 11e SM, passionné de biologie : « Pour moi, le rêve est une activité du cerveau. Quand le cerveau s'arrête, la pensée s'arrête. » Kadiatou, qui écoute, objecte : « Mais la pensée n'a ni poids, ni couleur, ni forme. Comment une chose aussi immatérielle pourrait-elle sortir d'un morceau de chair ? »

Sans le savoir, les trois lycéens viennent de poser une question que de nombreux philosophes considèrent comme la plus importante de toutes.

Quel est ce problème que l'on appelle « le problème fondamental de la philosophie », d'où vient-il et pourquoi est-il si important ?

2Je comprends

1. Énoncé du problème

Dans la leçon précédente, tu as vu qu'il existe de nombreux problèmes philosophiques. Parmi eux, une tradition philosophique, en particulier la tradition marxiste, en a désigné un comme le problème fondamental. Le philosophe allemand Friedrich Engels (1820-1895), compagnon de Karl Marx, l'a formulé ainsi dans son ouvrage Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1886) : la grande question fondamentale de toute philosophie, et spécialement de la philosophie moderne, est celle du rapport de la pensée à l'être.

On peut formuler ce problème de plusieurs façons équivalentes :

  • quel est le rapport entre la pensée et l'être ?
  • quel est le rapport entre l'esprit et la matière ?
  • quel est le rapport entre la conscience et la nature ?

2. Définir les termes

Pour comprendre le problème, il faut bien distinguer ses deux pôles.

Pôle « pensée »Pôle « être »
La pensée : l'activité par laquelle l'esprit conçoit, juge, raisonneL'être : tout ce qui existe réellement
La conscience : la connaissance que l'esprit a de lui-même et du mondeLa matière : la réalité physique, qui occupe l'espace et agit sur nos sens
L'esprit (ou l'âme) : le principe de la pensée, des sentiments, de la volontéLa nature : l'ensemble des choses et des êtres qui existent indépendamment de l'homme
Caractères : immatériel, invisible, non mesurable directementCaractères : étendu, visible ou mesurable, soumis à des lois physiques
Pensée, esprit, conscience
  • Idées, sentiments, volonté
  • Ne se voit pas, ne se pèse pas
  • Connu de l'intérieur
Être, matière, nature
  • Pierres, eau, corps, astres
  • Occupe l'espace, se mesure
  • Connu par les sens
Les deux pôles du problème fondamental.

Le problème vient de ce que ces deux réalités semblent très différentes, et pourtant elles sont liées : ma pensée dépend de mon corps (quand je suis malade ou fatigué, je pense mal), et mon corps obéit à ma pensée (je décide de lever la main, et elle se lève). Comment deux réalités si différentes peuvent-elles agir l'une sur l'autre ? Laquelle dépend de l'autre ?

3. L'origine du problème selon Engels

Engels explique que ce problème est très ancien. Il trouve son origine dans les représentations des hommes des temps les plus reculés :

  • ignorant tout de la structure de leur corps, ils étaient frappés par les rêves ;
  • dans le rêve, ils se voyaient agir ailleurs, rencontraient des morts ;
  • ils en ont conclu que leur pensée et leurs sentiments étaient l'activité d'une âme distincte du corps, qui habite le corps pendant la vie et le quitte à la mort ;
  • de là est née la question du rapport entre cette âme et le monde extérieur, puis l'idée d'âmes immortelles et d'esprits supérieurs.
  1. 1Les hommes anciens ignorent le fonctionnement du corps et du cerveau
  2. 2Le rêve leur montre une vie de la pensée séparée du corps (voyages, rencontres avec les morts)
  3. 3Ils imaginent une âme distincte du corps, qui survit à la mort
  4. 4La question se pose : quel est le rapport entre l'âme (la pensée) et le monde matériel ?
  5. 5La philosophie reprend cette question sous une forme rationnelle : le rapport de la pensée à l'être
L'origine du problème fondamental selon Engels.

Le rêve d'Ousmane montre que cette expérience est toujours vivante : beaucoup de cultures, y compris en Guinée, accordent une grande importance aux rêves et à la présence des ancêtres. La philosophie ne se moque pas de ces croyances ; elle transforme la question qu'elles posent en problème rationnel.

4. Le problème à travers l'histoire

Le problème du rapport entre pensée et être a pris des formes différentes selon les époques.

  • Dans l'Antiquité : Démocrite explique tout, y compris l'âme, par des atomes matériels ; Platon, au contraire, affirme que les Idées (réalités spirituelles) sont plus réelles que les choses matérielles, qui n'en sont que des copies. Le révolutionnaire russe Lénine parlera plus tard de la « ligne de Démocrite » et de la « ligne de Platon » pour désigner les deux grandes tendances de toute l'histoire de la philosophie.
  • Au Moyen Âge : le problème prend une forme religieuse : le monde a-t-il été créé par Dieu (un esprit), ou existe-t-il de toute éternité ?
  • À l'époque moderne : Descartes distingue deux substances, l'âme (qui pense) et le corps (qui est étendu), et se demande comment elles s'unissent chez l'homme. C'est le célèbre problème de l'union de l'âme et du corps.
  • À l'époque contemporaine : les sciences du cerveau (neurosciences) étudient le lien entre l'activité des neurones et la pensée ; le problème se pose sous la forme : la pensée n'est-elle qu'une activité du cerveau ?

Exemple

Un même problème, trois formulations d'époque.

Le rêve d'Ousmane, formulé à trois époques :

Antiquité : l'âme de mon grand-père est-elle faite d'atomes qui se dispersent à la mort (Démocrite), ou participe-t-elle d'un monde spirituel éternel (Platon) ?

Époque moderne : comment l'âme de mon grand-père, qui pensait, était-elle unie à son corps, qui était étendu (Descartes) ?

Aujourd'hui : les images de mon rêve sont-elles seulement produites par l'activité de mon cerveau pendant le sommeil ?

Dans les trois cas, la question est la même : quel est le rapport entre la pensée et la matière ?

5. Pourquoi dit-on que ce problème est « fondamental » ?

On l'appelle fondamental pour trois raisons.

  • Il est premier : la réponse qu'on lui donne commande toutes les autres. Si l'esprit est premier, on pensera par exemple que le monde a un sens voulu par une intelligence, que l'âme peut survivre au corps, que les idées mènent l'histoire. Si la matière est première, on pensera que la pensée est un produit de la nature, que l'histoire s'explique par les conditions matérielles, etc.
  • Il divise les philosophes en grands camps : ceux qui affirment la primauté de l'esprit (les idéalistes) et ceux qui affirment la primauté de la matière (les matérialistes). Tu étudieras ces deux camps dans les leçons suivantes.
  • Il touche tous les domaines : la connaissance (notre pensée peut-elle connaître le monde ?), la morale (l'homme est-il libre ou déterminé par la matière ?), la religion (Dieu existe-t-il ?), la politique (les idées changent-elles la société ?).

Exemple

Comment la réponse au problème fondamental change la réponse à d'autres questions.

Question : pourquoi une récolte a-t-elle été mauvaise à Koundara ?

Si l'on pense que l'esprit est premier : on peut chercher la cause dans une volonté (une faute envers les ancêtres, un destin).

Si l'on pense que la matière est première : on cherche la cause dans la nature (le manque de pluie, l'appauvrissement du sol, les insectes).

Question : pourquoi une société change-t-elle ?

Esprit premier : parce que de nouvelles idées sont apparues.

Matière première : parce que les techniques de production et les conditions de vie ont changé.

6. Un problème discuté

Il faut garder un esprit critique : tous les philosophes n'admettent pas que ce soit le problème fondamental. Pour Kant, la question centrale est « Qu'est-ce que l'homme ? ». Pour l'écrivain et philosophe Albert Camus, dans Le Mythe de Sisyphe (1942), le seul problème philosophique vraiment sérieux est de savoir si la vie vaut la peine d'être vécue. D'autres pensent que l'opposition entre esprit et matière est trop simple et qu'il faut la dépasser.

Retiens donc : le rapport de la pensée à l'être est un problème central de la philosophie, que de nombreux penseurs, notamment dans la tradition marxiste, considèrent comme le problème fondamental ; mais ce jugement lui-même peut être discuté.

Méthode

Pour présenter le problème fondamental de la philosophie :

  1. J'énonce le problème : le rapport de la pensée à l'être (de l'esprit à la matière).
  2. Je définis les deux pôles et je montre leur différence et leur lien.
  3. J'explique son origine (les rêves, l'idée d'âme, selon Engels).
  4. Je donne une forme historique du problème (Démocrite/Platon, Descartes, neurosciences).
  5. Je justifie son caractère fondamental (il commande les autres réponses et divise les philosophes).
  6. Je nuance : d'autres philosophes désignent un autre problème comme fondamental.

3Je retiens

Je retiens

Le problème fondamental de la philosophie est celui du rapport de la pensée à l'être, de l'esprit à la matière, de la conscience à la nature (Engels, 1886).

Pensée, esprit, conscience : réalités immatérielles, connues de l'intérieur. Être, matière, nature : réalités qui occupent l'espace, connues par les sens.

Origine selon Engels : les rêves ont conduit les hommes anciens à imaginer une âme distincte du corps.

Formes historiques : Démocrite (atomes) contre Platon (Idées) ; création du monde au Moyen Âge ; union de l'âme et du corps chez Descartes ; cerveau et pensée aujourd'hui.

Il est dit fondamental parce que sa réponse commande les autres et divise les philosophes en idéalistes et matérialistes.

Ce caractère fondamental est discuté (Kant, Camus).

4Erreurs fréquentes

  • Confondre « matière » au sens philosophique et « matière » au sens scolaire (une discipline) : ici, la matière est la réalité physique qui existe hors de la pensée.
  • Réduire le problème à une question religieuse : il concerne aussi la science (le cerveau), la connaissance et la politique.
  • Présenter comme un fait absolu que c'est « le seul » problème fondamental : c'est la thèse d'Engels et de la tradition marxiste, d'autres philosophes en proposent d'autres.
  • Donner tout de suite la réponse (« c'est la matière qui est première ») : dans cette leçon, il s'agit d'abord de bien poser le problème.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Énonce le problème fondamental de la philosophie de trois manières différentes.

b) Qui l'a formulé explicitement, et dans quel ouvrage ?

c) Selon Engels, quelle est l'origine de ce problème ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Quel est le rapport de la pensée à l'être ? Quel est le rapport de l'esprit à la matière ? Quel est le rapport de la conscience à la nature ?

b) Friedrich Engels, dans Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1886).

c) Selon Engels, les hommes des temps les plus reculés, ignorant le fonctionnement de leur corps et frappés par les rêves, ont imaginé que leur pensée était l'activité d'une âme distincte du corps, qui le quitte à la mort. De là est née la question du rapport entre l'âme (la pensée) et le monde extérieur.

2Exercice 2

Classe les mots suivants du côté de la « pensée » ou du côté de l'« être » : conscience, rocher, idée, fleuve, volonté, cerveau, souvenir, bauxite, sentiment, corps.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Côté pensée : conscience, idée, volonté, souvenir, sentiment.

Côté être (matière) : rocher, fleuve, cerveau, bauxite, corps.

(Remarque : le cerveau est matériel, mais il est lié à la pensée : c'est justement là que se pose le problème.)

3Exercice 3

Pour chaque situation, montre comment elle pose le problème du rapport entre la pensée et la matière.

a) Après une forte fièvre due au paludisme, Aïssatou n'arrive plus à se concentrer sur ses leçons.

b) Sékou décide de lever la main pour répondre, et sa main se lève.

c) Une personne qui a subi un grave accident à la tête a perdu une partie de ses souvenirs.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Un état du corps (la fièvre) agit sur la pensée (la concentration) : la pensée semble dépendre de la matière.

b) Une décision de l'esprit (vouloir répondre) produit un mouvement du corps : l'esprit semble agir sur la matière. Comment une réalité immatérielle peut-elle mouvoir un corps ?

c) Une lésion matérielle du cerveau fait disparaître des souvenirs, qui sont des réalités de la pensée : cela pose la question de savoir si la pensée n'est qu'une activité du cerveau.

4Exercice 4

Explique en 6 à 8 lignes pourquoi ce problème est dit « fondamental ». Donne un exemple montrant que la réponse qu'on lui donne change la réponse à une autre question.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

Le problème du rapport de la pensée à l'être est dit fondamental parce que la réponse qu'on lui donne commande la réponse à beaucoup d'autres questions et divise les philosophes en deux grands camps, les idéalistes et les matérialistes. Par exemple, si l'on pense que l'esprit est premier, on expliquera une mauvaise récolte par une volonté ou un destin, et l'évolution d'une société par l'apparition de nouvelles idées. Si l'on pense que la matière est première, on expliquera la mauvaise récolte par le manque de pluie ou l'état du sol, et l'évolution d'une société par le changement des techniques et des conditions de vie. Le problème touche ainsi la connaissance, la morale, la religion et la politique.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En 12 à 15 lignes, rédige l'introduction d'une dissertation sur le sujet : « La pensée peut-elle exister sans le corps ? » Tu définiras les termes, partiras d'un exemple (le rêve, la mort), feras apparaître la tension et formuleras la problématique en la reliant au problème fondamental de la philosophie.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple d'introduction :

Chaque nuit, dans nos rêves, nous voyons des lieux lointains et parfois des personnes disparues : la pensée semble voyager sans le corps. Beaucoup de traditions en concluent que l'esprit peut survivre à la mort. La pensée désigne l'activité de l'esprit qui conçoit, juge et se souvient ; le corps est la réalité matérielle, étendue et vivante, qui nous relie au monde. Pourtant, l'expérience montre aussi que la pensée dépend étroitement du corps : la fièvre trouble l'esprit, la fatigue empêche de réfléchir, une blessure au cerveau peut effacer des souvenirs. Il y a donc une tension entre le caractère immatériel de la pensée, qui la fait paraître indépendante, et sa dépendance visible à l'égard du corps. Ce sujet nous place au cœur du problème fondamental de la philosophie, le rapport de la pensée à l'être : la pensée est-elle une réalité spirituelle capable d'exister par elle-même, ou n'est-elle qu'une activité de la matière organisée qu'est le corps vivant ?

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel est le problème fondamental de la philosophie selon Engels ?
Voir la réponse

Réponse B : le rapport de la pensée à l'être. Engels le formule dans Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1886).

2Lequel de ces mots appartient au pôle « être » (matière) ?
Voir la réponse

Réponse C : la roche. La roche est une réalité physique qui existe hors de la pensée.

3Selon Engels, qu'est-ce qui a d'abord conduit les hommes à imaginer une âme distincte du corps ?
Voir la réponse

Réponse A : les rêves. Dans le rêve, la pensée semble agir indépendamment du corps.

4Chez Descartes, sous quelle forme se pose le problème fondamental ?
Voir la réponse

Réponse C : l'union de l'âme et du corps. Descartes distingue l'âme qui pense et le corps étendu, et se demande comment ils s'unissent.

5Pourquoi ce problème est-il dit « fondamental » ?
Voir la réponse

Réponse B : parce que sa réponse commande les autres et divise les philosophes en idéalistes et matérialistes. La réponse à ce problème oriente la manière d'expliquer la nature, l'homme et la société.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Philosophie · 11e SE

Demander à Karamö