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Philosophie · 11e SE

Leçon 13 sur 30

Introduction aux problèmes philosophiques

Je sais reconnaître un problème philosophique, le distinguer d'un problème technique ou scientifique, et le formuler sous forme de problématique.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le problème philosophique et ses caractères (fondamental, universel, ouvert, conceptuel)
  • Distinguer question, problème, paradoxe et aporie
  • Formuler une problématique à partir d'un sujet en faisant apparaître une tension entre deux réponses

Avant de commencer : Leçons précédentes : vocabulaire de base (thèse, argument, problématique), composantes de la philosophie

1Je découvre

Au lycée de Faranah, deux élèves sont au tableau. Le professeur donne à Lansana ce problème : « Un commerçant achète un sac de riz 400 000 GNF et le revend 460 000 GNF. Quel est son bénéfice ? » Lansana répond en dix secondes : 60 000 GNF. Tout le monde est d'accord, la question est close.

Puis le professeur donne à Hawa une autre question : « Ce commerçant a-t-il le droit de faire un bénéfice sur un aliment dont tout le monde a besoin ? » Hawa hésite : « Oui, il a travaillé, transporté le sac, pris des risques… Mais si le prix devient trop élevé, les familles pauvres ne peuvent plus manger… » La classe se divise, chacun a des raisons, et au bout d'une heure, on discute encore.

Le professeur conclut : « Le premier problème a une solution unique, qu'on trouve par le calcul. Le second n'a pas de solution de ce genre, et pourtant il n'est pas absurde : il est même plus important. C'est un problème philosophique. »

Qu'est-ce qui fait qu'un problème est philosophique, et comment le formuler correctement ?

2Je comprends

1. Question, problème, solution

Toute question n'est pas un problème.

  • Une question est une simple demande d'information : « Quelle est la capitale du Mali ? » On y répond en cherchant une information.
  • Un problème apparaît quand la réponse n'est pas immédiate et qu'il faut surmonter une difficulté.

Il existe plusieurs sortes de problèmes :

Type de problèmeExempleComment on le résout
Pratique ou techniqueComment faire démarrer une moto en panne ?Par un savoir-faire
MathématiqueQuel est le bénéfice du commerçant ?Par le calcul et la démonstration
ScientifiquePourquoi le fer rouille-t-il ?Par l'observation et l'expérience
PhilosophiqueLe commerce est-il juste ? Qu'est-ce que la liberté ?Par la réflexion sur les concepts et l'argumentation

Les problèmes techniques, mathématiques et scientifiques ont une solution : une fois trouvée, le problème disparaît. Le problème philosophique, lui, ne disparaît pas quand on y répond : on peut l'éclairer, construire des réponses justifiées, mais il reste ouvert à la discussion.

2. Les caractères du problème philosophique

Un problème philosophique a quatre grands caractères.

  • Il est fondamental : il porte sur ce qui est au fondement de notre vie et de nos savoirs (la vérité, la justice, la liberté, la mort, le sens de l'existence), et non sur un détail.
  • Il est universel : il concerne tout homme, en tout lieu et en tout temps. La question « Qu'est-ce qu'une vie réussie ? » se pose à Kankan comme à Athènes il y a vingt-cinq siècles.
  • Il est ouvert : il n'admet pas de réponse définitive acceptée par tous. Plusieurs réponses argumentées sont possibles.
  • Il est conceptuel : il se résout non par une expérience, mais par l'analyse des concepts (que veut dire « juste », « libre », « vrai » ?) et par l'argumentation.
FondamentalUniverselOuvertConceptuel
Les quatre caractères d'un problème philosophique.

3. D'où naissent les problèmes philosophiques ?

Un problème philosophique naît presque toujours d'une tension : deux idées qui semblent vraies toutes les deux paraissent se contredire.

Exemple

La tension au cœur du problème de la liberté.

Idée A : je me sens libre ; je choisis de venir en classe, de parler ou de me taire.

Idée B : mes choix sont influencés par mon éducation, ma famille, ma société, mon caractère, et même par des désirs que je ne connais pas.

Tension : si tout ce que je fais a des causes, suis-je vraiment libre ?

Problème philosophique : la liberté est-elle une réalité ou une illusion ?

Les problèmes philosophiques naissent donc :

  • de l'étonnement devant ce qui paraissait évident ;
  • de la contradiction entre deux opinions également raisonnables ;
  • du conflit entre ce que l'on croit et ce que l'on observe ;
  • des situations concrètes où l'on doit choisir entre deux valeurs (dire la vérité ou protéger un ami).

4. Paradoxe et aporie

Deux mots sont souvent utilisés pour parler des problèmes philosophiques.

  • Un paradoxe (du grec para, contre, et doxa, opinion) est une affirmation qui va contre l'opinion commune ou qui semble absurde tout en étant appuyée sur un raisonnement. Exemple célèbre : le paradoxe de Zénon d'Élée (Ve siècle avant J.-C.). Achille, le plus rapide des coureurs, ne rattraperait jamais une tortue partie avant lui : quand il arrive là où était la tortue, elle a avancé un peu ; quand il arrive à ce nouveau point, elle a encore avancé, et ainsi de suite à l'infini. Le raisonnement semble correct, la conclusion est absurde : c'est un paradoxe qui oblige à réfléchir sur l'infini et le mouvement.
  • Une aporie (du grec aporia, « absence de passage ») est une difficulté sans issue, une impasse de la pensée. Plusieurs dialogues de Platon se terminent ainsi : Socrate et ses interlocuteurs n'ont pas trouvé de définition satisfaisante, mais ils savent désormais qu'ils ne savaient pas. L'aporie n'est pas un échec : elle prépare une recherche plus sérieuse.

5. Les grands domaines de problèmes

On peut regrouper les problèmes philosophiques selon les grandes questions déjà rencontrées.

DomaineExemples de problèmes
L'être et le mondeQu'est-ce qui existe vraiment ? Le monde a-t-il un commencement ? Qu'est-ce qui est premier, la matière ou l'esprit ?
La connaissancePeut-on connaître la vérité ? Nos sens nous trompent-ils ? La science peut-elle tout expliquer ?
L'hommeQu'est-ce qui distingue l'homme de l'animal ? L'homme est-il libre ? Qu'est-ce que la conscience ?
L'action et les valeursQue dois-je faire ? Qu'est-ce que le bonheur ? Faut-il obéir aux lois ?
La sociétéPourquoi vivre en société ? Qu'est-ce qu'un pouvoir juste ? Le travail libère-t-il ?

Tu verras dans les leçons suivantes que, parmi tous ces problèmes, les philosophes ont désigné l'un d'eux comme le problème fondamental : celui du rapport entre la pensée et l'être, entre l'esprit et la matière.

6. Formuler une problématique

Problématiser un sujet, c'est montrer pourquoi il pose problème. C'est la compétence la plus importante de l'introduction d'une dissertation.

Exemple

Sujet : « Le travail rend-il l'homme libre ? »

  1. Définitions : travail = activité de transformation de la nature pour satisfaire ses besoins ; libre = qui agit par soi-même, sans contrainte extérieure.
  2. Réponse spontanée : non, on travaille parce qu'on y est obligé pour vivre (le paysan sous le soleil, l'ouvrier de la mine).
  3. Réponse opposée : pourtant, c'est par le travail que l'homme devient indépendant et développe ses capacités (la jeune couturière de N'Zérékoré qui ouvre son atelier).
  4. Tension : le travail semble à la fois contrainte et libération.
  5. Problématique : le travail, qui naît de la nécessité, peut-il devenir un moyen de liberté ? À quelles conditions ?
  1. 1Je définis les termes du sujet
  2. 2Je formule la réponse spontanée (l'opinion courante)
  3. 3Je trouve une raison sérieuse de penser le contraire
  4. 4Je fais apparaître la tension entre les deux réponses
  5. 5J'écris la problématique sous forme de question précise et ouverte
Les cinq étapes pour construire une problématique.

Méthode

Pour reconnaître et formuler un problème philosophique :

  1. Je me demande si la question se règle par un calcul, une expérience ou une information : si oui, ce n'est pas un problème philosophique.
  2. Je vérifie les quatre caractères : fondamental, universel, ouvert, conceptuel.
  3. Je définis les concepts en jeu.
  4. Je cherche deux réponses opposées qui ont chacune de bonnes raisons.
  5. Je formule la problématique en faisant apparaître cette tension.

3Je retiens

Je retiens

Une question demande une information ; un problème suppose une difficulté à surmonter.

Les problèmes techniques, mathématiques et scientifiques ont une solution qui les fait disparaître ; le problème philosophique reste ouvert.

Caractères du problème philosophique : fondamental, universel, ouvert, conceptuel.

Un problème philosophique naît d'une tension entre deux idées qui paraissent vraies toutes les deux.

Paradoxe : affirmation contraire à l'opinion commune, appuyée sur un raisonnement (Zénon : Achille et la tortue).

Aporie : impasse de la pensée, difficulté sans issue immédiate.

Problématiser : définir les termes, opposer deux réponses fondées, formuler la question qui en naît.

4Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un problème sans solution définitive est un faux problème : un problème philosophique est ouvert, mais on peut y répondre de façon argumentée.
  • Répéter le sujet au lieu de le problématiser : écrire « Le travail rend-il libre ? Nous allons voir si le travail rend libre » ne montre aucune tension.
  • Confondre paradoxe et contradiction : un paradoxe choque l'opinion, mais il peut être vrai ; une contradiction est une erreur logique.
  • Prendre une question d'information pour un problème philosophique : « Combien d'habitants compte la Guinée ? » se règle par un recensement, non par la réflexion.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Quelle différence y a-t-il entre une question et un problème ?

b) Cite et explique les quatre caractères d'un problème philosophique.

c) Définis le paradoxe et l'aporie.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Une question est une simple demande d'information, à laquelle on répond en cherchant cette information. Un problème suppose une difficulté : la réponse n'est pas immédiate et il faut raisonner pour la surmonter.

b) Fondamental : il porte sur ce qui est au fondement de nos vies et de nos savoirs (vérité, justice, liberté). Universel : il concerne tous les hommes, partout et toujours. Ouvert : il n'a pas de réponse définitive acceptée par tous. Conceptuel : il se traite par l'analyse des concepts et l'argumentation, non par l'expérience.

c) Un paradoxe est une affirmation qui va contre l'opinion commune tout en s'appuyant sur un raisonnement. Une aporie est une impasse de la pensée, une difficulté qui semble sans issue.

2Exercice 2

Classe chaque problème : technique, mathématique, scientifique ou philosophique. Justifie.

a) « Comment réparer une pompe d'eau du quartier ? »

b) « Pourquoi la glace flotte-t-elle sur l'eau ? »

c) « Peut-on être heureux sans être riche ? »

d) « Quelle est l'aire d'un champ rectangulaire de 50 m sur 20 m ? »

e) « L'homme est-il responsable de ses actes s'il a été mal éduqué ? »

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a) Technique : il se règle par un savoir-faire.

b) Scientifique : la physique l'explique (la glace est moins dense que l'eau liquide).

c) Philosophique : il porte sur la nature du bonheur et la valeur de la richesse ; plusieurs réponses argumentées sont possibles.

d) Mathématique : l'aire vaut 50 × 20 = 1 000 m².

e) Philosophique : il porte sur la liberté et la responsabilité ; il est fondamental, universel, ouvert et conceptuel.

3Exercice 3

Pour chacun des sujets suivants, trouve deux idées opposées qui ont chacune de bonnes raisons.

a) « Faut-il toujours dire la vérité ? »

b) « La technique libère-t-elle l'homme ? »

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a) Idée 1 : il faut toujours dire la vérité, car le mensonge détruit la confiance sans laquelle aucune société ne tient. Idée 2 : dire la vérité peut parfois nuire gravement à un innocent ; mentir pour protéger une vie semble alors justifié.

b) Idée 1 : la technique libère l'homme, car elle réduit la peine du travail (le moulin à céréales épargne des heures de pilage) et le rend moins dépendant de la nature. Idée 2 : la technique crée de nouvelles dépendances (l'homme ne sait plus vivre sans téléphone ni électricité) et peut détruire l'environnement.

4Exercice 4

Explique le paradoxe d'Achille et de la tortue. Pourquoi est-il intéressant pour le philosophe, alors que tout le monde sait qu'Achille rattrapera la tortue ?

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Selon Zénon, Achille ne rattraperait jamais la tortue partie avant lui : chaque fois qu'il atteint l'endroit où elle était, elle a encore avancé un peu, et cela se répète à l'infini. Le raisonnement paraît correct, mais sa conclusion contredit l'expérience. Le paradoxe est intéressant parce qu'il montre qu'un raisonnement apparemment rigoureux peut conduire à une absurdité : il oblige à réfléchir sur l'infini, la divisibilité de l'espace et du temps, et sur la valeur du raisonnement lui-même. Les mathématiciens ont montré bien plus tard qu'une somme infinie de durées de plus en plus petites peut donner une durée finie.

5Exercice 5

(Introduction de dissertation) Sujet : « Peut-on vivre sans croyances ? » Rédige une problématique complète en suivant les cinq étapes : définitions, réponse spontanée, réponse opposée, tension, question finale.

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Exemple de problématique :

Une croyance est une adhésion de l'esprit à une idée que l'on tient pour vraie sans en avoir une preuve complète ; « vivre sans croyances » serait n'accepter que ce qui est démontré. Spontanément, on pense que c'est possible et même souhaitable : l'esprit critique nous invite à ne rien croire sans preuve. Pourtant, nous croyons à chaque instant sans vérifier : Mariama croit que le taxi-brousse la mènera bien à Labé, que le médicament de la pharmacie n'est pas dangereux, que ses amis sont sincères ; sans ces croyances, elle ne pourrait plus agir. Il y a donc une tension entre l'exigence de la raison, qui demande des preuves, et les nécessités de la vie, qui imposent de faire confiance. D'où la question : l'homme peut-il se passer de croire, ou doit-il seulement apprendre à distinguer les croyances raisonnables des croyances aveugles ?

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce qui distingue un problème philosophique d'un problème mathématique ?
Voir la réponse

Réponse B : il reste ouvert et se traite par l'argumentation, non par le calcul. Le problème philosophique admet des réponses argumentées, mais aucune ne le fait disparaître.

2Lequel de ces caractères n'est pas un caractère du problème philosophique ?
Voir la réponse

Réponse C : expérimental. Le problème philosophique est conceptuel : il ne se résout pas par une expérience.

3Qu'est-ce qu'une aporie ?
Voir la réponse

Réponse A : une impasse de la pensée, une difficulté sans issue immédiate. Le mot grec aporia signifie « absence de passage ».

4De qui vient le paradoxe d'Achille et de la tortue ?
Voir la réponse

Réponse B : Zénon d'Élée. Zénon d'Élée, disciple de Parménide, a formulé plusieurs paradoxes sur le mouvement.

5Quelle question est un problème philosophique ?
Voir la réponse

Réponse C : L'homme peut-il être libre s'il est influencé par sa société ?. Elle est fondamentale, universelle, ouverte et conceptuelle.

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