Leçon 15 sur 23
L'empire de Gao
Je sais expliquer comment le petit royaume songhaï de Gao est devenu, avec Sonni Ali Ber et Askia Mohammed, le plus grand empire de l'Afrique de l'Ouest, puis pourquoi il s'est effondré en 1591.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer l'empire de Gao dans l'espace et dans le temps
- Présenter l'œuvre de Sonni Ali Ber et d'Askia Mohammed
- Expliquer la chute de l'empire après la bataille de Tondibi (1591)
- Utiliser les chroniques de Tombouctou comme sources
Avant de commencer : Les leçons « L'empire du Ghana » et « L'empire du Mali » (commerce transsaharien, rôle de l'islam, déclin du Mali).
1Je découvre
En pirogue sur le Niger, entre Kouroussa et Siguiri, Ibrahima regarde les pêcheurs lancer leurs filets. Son grand-père lui dit : « Ce fleuve est long de plus de quatre mille kilomètres. Il naît chez nous, en Guinée, près de la frontière sierra-léonaise, remonte vers le désert, puis redescend jusqu'à la mer au Nigeria. Autrefois, sur sa grande boucle, des flottes de pirogues de guerre transportaient les soldats d'un immense empire. »
Ibrahima apprend que cet empire est celui des Songhaï, dont la capitale était Gao, sur la boucle du Niger. Au XVIe siècle, il était plus vaste encore que le Mali. Pourtant, en une seule bataille, en 1591, il s'est effondré face à une armée venue du Maroc à travers le Sahara.
Comment l'empire de Gao est-il devenu si puissant, et comment a-t-il pu s'effondrer si vite ?
2Je comprends
1. Des origines lointaines au royaume de Gao
Les Songhaï vivent le long du moyen Niger, dans la région de la boucle du fleuve. Ils comprennent plusieurs groupes spécialisés : les Sorko, pêcheurs et piroguiers, les Gow, chasseurs, et des cultivateurs.
Selon les chroniques, une première dynastie, celle des Dia (ou Za), s'installe à Koukia, puis à Gao. Au début du XIe siècle, le roi Dia Kossoï se convertit à l'islam : Gao devient une ville commerçante tournée vers le Sahara, où arrivent les caravanes venues d'Afrique du Nord.
Au XIVe siècle, Gao passe sous la domination du Mali ; Kankou Moussa y fait construire une mosquée à son retour de La Mecque. Puis une nouvelle dynastie, celle des Sonni, rend Gao indépendante lorsque le Mali commence à s'affaiblir.
Nos principales sources sont deux chroniques rédigées en arabe à Tombouctou au XVIIe siècle par des lettrés africains : le Tarikh es-Soudan d'Abderrahmane es-Saadi et le Tarikh el-Fettach, attribué à Mahmoud Kati et à ses descendants. On y ajoute les traditions orales songhaï et l'archéologie.
2. Sonni Ali Ber, le conquérant (1464-1492)
Sonni Ali, surnommé Ber (« le Grand »), transforme le royaume de Gao en empire. C'est un chef de guerre exceptionnel, qui ne perd presque aucune bataille.
- Il dispose d'une cavalerie rapide et d'une flotte de pirogues sur le Niger, grâce aux Sorko, ce qui lui permet de déplacer ses troupes très vite.
- En 1468, il s'empare de Tombouctou, alors aux mains des Touaregs.
- Vers 1473, il prend Djenné, grande ville marchande du delta intérieur du Niger, après un long siège.
- Il repousse les Mossi et les Peuls qui menacent l'empire.
Sonni Ali est musulman, mais il reste très attaché aux croyances traditionnelles songhaï et s'appuie sur les cultes du fleuve. Il se méfie des lettrés musulmans de Tombouctou, qu'il soupçonne de soutenir les Touaregs, et en persécute certains. C'est pourquoi les chroniqueurs de Tombouctou, eux-mêmes lettrés, en donnent un portrait très sévère : il faut en tenir compte quand on lit ces sources.
Il meurt en 1492, noyé selon la tradition au retour d'une expédition.
3. Askia Mohammed, l'organisateur (1493-1528)
Le fils de Sonni Ali, Sonni Baro, refuse de se déclarer pleinement musulman. Un de ses généraux, Mohammed Touré, s'appuie sur les lettrés et les marchands musulmans, le bat en 1493 et prend le pouvoir. Il fonde la dynastie des Askia.
Askia Mohammed (dit aussi Askia le Grand) :
- accomplit le pèlerinage à La Mecque (1496-1497) ; au cours de ce voyage, le chérif de La Mecque lui donne le titre de calife du Soudan (« lieutenant du Prophète pour le pays des Noirs ») ;
- fait de l'islam la base de l'État : il s'entoure de juristes, applique davantage la loi islamique, favorise les savants de Tombouctou ;
- organise l'administration : il divise l'empire en provinces confiées à des gouverneurs, crée des ministères spécialisés, forme une armée permanente et unifie les poids et les mesures ;
- étend l'empire jusqu'aux abords de l'Atlantique à l'ouest, jusqu'à l'Aïr et aux cités haoussa à l'est, et jusqu'aux salines du Sahara au nord.
Devenu âgé et aveugle, il est déposé en 1528 par son fils Askia Moussa. Il meurt quelques années plus tard ; son tombeau à Gao, une pyramide de terre, est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Exemple
Question : « Compare l'attitude de Sonni Ali Ber et d'Askia Mohammed envers l'islam. »
Réponse rédigée : Sonni Ali Ber est un musulman qui reste attaché aux croyances traditionnelles songhaï ; il se méfie des lettrés de Tombouctou et en persécute certains, car il les juge favorables à ses ennemis touaregs. Askia Mohammed, au contraire, prend le pouvoir avec l'appui des musulmans, fait le pèlerinage à La Mecque, reçoit le titre de calife du Soudan et s'entoure de juristes et de savants. Le premier est surtout un conquérant qui s'appuie sur les traditions, le second un organisateur qui fonde son pouvoir sur l'islam.
4. De l'apogée à la chute (1528-1591)
Après Askia Mohammed, les querelles de succession entre ses nombreux fils affaiblissent l'empire. Plusieurs askias sont renversés. Le règne d'Askia Daoud (1549-1582) est cependant une période de prospérité et de rayonnement culturel.
À la fin du XVIe siècle, le sultan du Maroc Ahmed al-Mansour veut s'emparer des mines de sel du Sahara (Teghaza, puis Taoudéni) et de l'or du Soudan. Il envoie à travers le désert une armée commandée par Djouder, un ancien captif d'origine espagnole converti à l'islam. Cette armée compte seulement quelques milliers d'hommes, épuisés par la traversée, mais elle possède des armes à feu (arquebuses et canons).
En mars 1591, à Tondibi, près de Gao, l'armée de l'askia Ishaq II, pourtant bien plus nombreuse, est vaincue : ses cavaliers et ses archers ne résistent pas aux armes à feu. Les Marocains occupent Gao, Tombouctou et Djenné.
- 1Début du XIe siècle : conversion de Dia Kossoï, Gao ville commerçante
- 2XIVe siècle : Gao sous la domination du Mali
- 31464-1492 : Sonni Ali Ber conquiert Tombouctou (1468) et Djenné
- 41493-1528 : Askia Mohammed organise l'empire, pèlerinage de 1496-1497
- 51549-1582 : Askia Daoud, prospérité et rayonnement
- 61591 : défaite de Tondibi face à l'armée marocaine
5. Les causes de la chute
| Causes internes | Causes externes |
|---|---|
| Querelles de succession entre les fils d'Askia Mohammed | Convoitise du Maroc pour le sel et l'or |
| Révoltes de provinces et de peuples soumis | Supériorité des armes à feu marocaines |
| Divisions à la cour à la veille de 1591 | Déplacement du commerce vers la côte atlantique, où s'installent les Européens |
Après Tondibi, les Marocains ne parviennent pas à contrôler tout l'ancien empire. Des Songhaï continuent la résistance dans le Dendi, au sud-est. Les soldats marocains restés sur place, appelés Arma, gouvernent Tombouctou mais s'affranchissent peu à peu du Maroc. L'ancien empire se morcelle en petits États, et les grandes routes transsahariennes perdent leur importance. C'est la fin des grands empires médiévaux du Soudan occidental.
Exemple
Question : « Pourquoi une petite armée a-t-elle pu vaincre l'armée songhaï à Tondibi ? »
Réponse : L'armée marocaine était moins nombreuse et fatiguée par la traversée du Sahara, mais elle possédait des arquebuses et des canons, que les Songhaï n'avaient pas. Le bruit et l'efficacité des armes à feu ont brisé les charges de la cavalerie. De plus, l'empire songhaï était affaibli par des querelles internes et des divisions à la cour. La supériorité technique des Marocains, ajoutée aux faiblesses internes du Songhaï, explique donc la défaite.
Méthode
Pour expliquer la chute d'un empire :
- Je présente l'événement final (date, lieu, acteurs).
- Je classe les causes en deux colonnes : internes (divisions, révoltes, succession) et externes (ennemis, techniques, commerce).
- Je montre comment ces causes se combinent : un empire divisé résiste mal à une attaque.
- J'ajoute les conséquences (morcellement, fin d'une époque).
3Je retiens
Je retiens
Les Songhaï vivent sur le moyen Niger ; leur capitale est Gao, sur la boucle du fleuve.
Sonni Ali Ber (1464-1492), conquérant : prise de Tombouctou (1468) et de Djenné ; cavalerie et flotte sur le Niger.
Askia Mohammed (1493-1528), organisateur : pèlerinage (1496-1497), titre de calife du Soudan, provinces, ministères, armée permanente, poids et mesures unifiés.
Askia Daoud (1549-1582) : prospérité et rayonnement culturel.
Mars 1591 : défaite de Tondibi face à l'armée marocaine de Djouder, armée d'armes à feu envoyée par Ahmed al-Mansour.
Causes de la chute : querelles de succession, révoltes, armes à feu, déplacement du commerce vers l'Atlantique.
Sources : Tarikh es-Soudan (es-Saadi) et Tarikh el-Fettach (Mahmoud Kati et ses descendants).
4Erreurs fréquentes
- Croire que Gao et le Songhaï sont deux empires différents : « empire de Gao » et « empire songhaï » désignent le même État, dont Gao est la capitale.
- Inverser les rôles des deux grands souverains : Sonni Ali Ber est d'abord le conquérant, Askia Mohammed l'organisateur.
- Recopier sans critique le portrait négatif de Sonni Ali : les chroniqueurs de Tombouctou étaient hostiles à ce roi qui avait persécuté des lettrés.
- Expliquer la défaite de 1591 par une seule cause : les armes à feu comptent, mais l'empire était aussi affaibli de l'intérieur.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Sur quel fleuve et dans quelle région se trouve Gao ?
b) Quelles sont les deux grandes villes conquises par Sonni Ali Ber ?
c) Quel titre Askia Mohammed reçoit-il lors de son pèlerinage ?
d) Qui a envoyé l'armée victorieuse à Tondibi ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Gao se trouve sur le fleuve Niger, dans la région de la boucle du Niger (Mali actuel).
b) Tombouctou (1468) et Djenné (vers 1473).
c) Le titre de calife du Soudan, c'est-à-dire lieutenant du Prophète pour le pays des Noirs.
d) Le sultan du Maroc Ahmed al-Mansour ; l'armée était commandée par Djouder.
2Exercice 2
(Tableau) Recopie et complète le tableau suivant.
| Souverain | Dates de règne | Œuvre principale |
|---|---|---|
| Sonni Ali Ber | ? | ? |
| Askia Mohammed | ? | ? |
| Askia Daoud | ? | ? |
| Askia Ishaq II | Fin du XVIe siècle | ? |
Voir le corrigéCacher le corrigé
| Souverain | Dates de règne | Œuvre principale |
|---|---|---|
| Sonni Ali Ber | 1464-1492 | Conquérant : prise de Tombouctou et de Djenné, cavalerie et flotte |
| Askia Mohammed | 1493-1528 | Organisateur : administration, armée permanente, islam, pèlerinage |
| Askia Daoud | 1549-1582 | Période de prospérité et de rayonnement culturel |
| Askia Ishaq II | Fin du XVIe siècle | Vaincu à Tondibi en 1591 par l'armée marocaine |
3Exercice 3
(Calculs de durée) a) Combien d'années Sonni Ali Ber a-t-il régné ? b) Combien d'années Askia Mohammed a-t-il régné ? c) Combien d'années séparent la prise de Tombouctou par Sonni Ali Ber de la bataille de Tondibi ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 1492 - 1464 = 28 : Sonni Ali Ber a régné 28 ans.
b) 1528 - 1493 = 35 : Askia Mohammed a régné 35 ans.
c) 1591 - 1468 = 123 : 123 ans séparent la prise de Tombouctou de la bataille de Tondibi.
4Exercice 4
(Analyse de document) Voici le sens d'un passage du Tarikh es-Soudan sur Sonni Ali :
« Il était un homme d'une grande force et d'une énergie redoutable. Toujours victorieux, il ne se dirigeait vers aucun pays sans le ruiner. Il fit subir aux savants de Tombouctou de graves humiliations. »
a) Présente la nature et l'auteur du document.
b) Relève deux qualités et deux reproches attribués à Sonni Ali.
c) Pourquoi l'auteur est-il si sévère envers ce souverain ?
d) Quelle précaution l'historien doit-il prendre en utilisant ce texte ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) C'est une source écrite, extraite du Tarikh es-Soudan, chronique rédigée en arabe au XVIIe siècle par Abderrahmane es-Saadi, lettré de Tombouctou. L'auteur n'a pas connu Sonni Ali : il écrit plus d'un siècle après sa mort.
b) Qualités : une grande force et une énergie redoutable ; il était toujours victorieux. Reproches : il ruinait les pays qu'il attaquait ; il humiliait les savants de Tombouctou.
c) L'auteur appartient au milieu des lettrés musulmans de Tombouctou, que Sonni Ali avait persécutés. Il écrit aussi sous la dynastie des Askia, rivale de celle des Sonni. Il a donc des raisons d'être hostile.
d) Il doit tenir compte du point de vue de l'auteur, confronter ce texte à d'autres sources (traditions orales songhaï, qui font souvent de Sonni Ali un héros) et distinguer les faits (conquêtes, persécution de lettrés) des jugements.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, traite le sujet : « L'empire de Gao, de Sonni Ali Ber à la bataille de Tondibi ». Plan conseillé : introduction ; 1. la construction de l'empire ; 2. son organisation ; 3. sa chute ; conclusion.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de rédaction :
Au XVe siècle, alors que le Mali décline, le royaume songhaï de Gao, sur la boucle du Niger, devient le plus vaste empire de l'Afrique de l'Ouest. Comment s'est-il construit, organisé, puis effondré ?
L'empire est d'abord l'œuvre de Sonni Ali Ber (1464-1492). Grâce à une cavalerie rapide et à une flotte de pirogues sur le Niger, il prend Tombouctou en 1468 et Djenné vers 1473, et repousse les Mossi et les Peuls.
Askia Mohammed (1493-1528) organise ensuite l'empire. Il fait de l'islam le fondement de l'État, accomplit le pèlerinage à La Mecque et reçoit le titre de calife du Soudan. Il crée des provinces, des ministères et une armée permanente, et unifie les poids et mesures. Sous Askia Daoud (1549-1582), l'empire connaît encore la prospérité.
Mais les querelles de succession affaiblissent l'État. En 1591, l'armée marocaine envoyée par Ahmed al-Mansour et équipée d'armes à feu écrase l'armée d'Askia Ishaq II à Tondibi. L'empire se morcelle.
Ainsi, l'empire de Gao a dû sa grandeur à des souverains énergiques et au contrôle du Niger, et sa chute à ses divisions et à la supériorité militaire marocaine.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.