Leçon 18 sur 23
Les points de divergence entre les empires médiévaux africains
Je sais dégager et expliquer les différences entre les empires du Ghana, du Mali et de Gao : peuples, territoires, pouvoir, religion, économie et manière de disparaître.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Identifier les différences de peuple, de période et d'étendue entre les trois empires
- Comparer les modes de succession et l'organisation du pouvoir
- Montrer les différences dans la place de l'islam
- Opposer les manières dont chaque empire a pris fin
Avant de commencer : La leçon « Étude comparative des empires » (points communs, méthode de la comparaison).
1Je découvre
Lors d'un débat en classe à Nzérékoré, Ousmane affirme : « Le Ghana, le Mali et le Songhaï, c'est pareil : des rois riches, de l'or, du sel, et puis la fin. » Aïssatou proteste : « Non ! Le roi du Ghana n'était pas musulman, alors que l'askia se disait calife. Et le Mali n'a pas été détruit en une bataille comme le Songhaï à Tondibi. »
Le professeur donne raison aux deux : les empires ont des points communs, vus dans la leçon précédente, mais un bon historien doit aussi savoir ce qui les distingue. Chaque empire est né d'un peuple différent, à une époque différente, avec ses propres choix politiques et religieux.
Quels sont les points de divergence entre les empires du Ghana, du Mali et de Gao, et comment les expliquer ?
2Je comprends
1. Des peuples, des époques et des foyers différents
Chaque empire est l'œuvre d'un peuple différent, avec sa langue et ses traditions :
- le Ghana, celui des Soninké, dans le Wagadou, au nord (sud-est de la Mauritanie et ouest du Mali actuels) ;
- le Mali, celui des Malinké, dans le Manding, plus au sud, entre la Haute-Guinée et le sud-ouest du Mali actuels ;
- Gao, celui des Songhaï, sur la boucle du Niger, plus à l'est.
Le centre de gravité se déplace donc du nord-ouest vers le sud, puis vers l'est, en suivant le déplacement des routes commerciales et le rôle croissant du fleuve Niger.
Les époques sont aussi différentes. Le Ghana domine jusqu'au XIe siècle, le Mali aux XIIIe et XIVe siècles, le Songhaï aux XVe et XVIe siècles. Le Songhaï vit déjà à l'époque où les Portugais fréquentent les côtes atlantiques, ce qui n'était pas le cas du Ghana.
2. Des territoires d'étendue différente
Le Ghana reste un empire du Sahel, limité aux régions entre le Sénégal et le Niger. Le Mali, à son apogée, s'étend beaucoup plus loin : de l'Atlantique (Gambie, Sénégal) jusqu'au-delà de la boucle du Niger, et il contrôle directement les mines d'or du Bouré et du Bambouk. L'empire songhaï, au XVIe siècle, s'étend lui aussi très loin, surtout vers l'est (jusqu'aux cités haoussa et à l'Aïr) et vers le nord (salines du Sahara).
Différence importante : le Ghana taxait l'or qui venait du sud sans posséder les mines ; le Mali les possédait.
3. Des modes de succession et de gouvernement différents
| Aspect | Ghana | Mali | Gao (Songhaï) |
|---|---|---|---|
| Succession | Matrilinéaire : le fils de la sœur du roi | Patrilinéaire, dans la famille Keïta, souvent disputée entre frères et fils | D'abord dynastie Sonni, puis coup d'État de 1493 et dynastie des Askia |
| Fondement du pouvoir | Sacré traditionnel (serpent Bida, cultes royaux) | Alliance de clans (Kouroukan Fouga) et prestige de Soundjata | Islam (titre de calife), armée permanente |
| Administration | Noyau et vassaux, peu de spécialisation | Gouverneurs (farin) et vassaux | Ministres spécialisés, provinces (Kurmina, Dendi), gouverneurs révocables |
| Armée | Levée au besoin, archers et cavaliers | Levée par les clans, cavalerie noble | Armée permanente et flotte sur le Niger |
On observe une évolution vers la centralisation : le Ghana est un empire assez lâche, fondé sur la fidélité de vassaux ; le Mali repose sur une alliance de clans fixée à Kouroukan Fouga ; le Songhaï des Askia est l'État le plus centralisé, avec des ministres, des gouverneurs nommés et révocables et une armée de métier.
Exemple
Question : « Montre que l'empire songhaï est plus centralisé que l'empire du Ghana. »
Réponse rédigée : Au Ghana, le roi gouverne directement le Wagadou mais laisse les royaumes vassaux sous l'autorité de leurs propres chefs, qui paient seulement un tribut ; l'armée est levée au besoin. Dans l'empire songhaï, Askia Mohammed crée des ministères spécialisés, comme celui du hi-koï pour la flotte, divise l'empire en provinces confiées à des gouverneurs qu'il nomme et révoque, et entretient une armée permanente. L'autorité de l'askia pénètre donc beaucoup plus profondément dans le territoire : l'empire songhaï est plus centralisé.
4. Une place de l'islam très différente
C'est l'une des divergences les plus nettes.
- Ghana : le roi, au temps d'al-Bakri (1068), n'est pas musulman. Il pratique la religion traditionnelle, avec ses bosquets sacrés, tout en protégeant les marchands musulmans et en employant des lettrés. L'islam reste extérieur au pouvoir, cantonné à la ville des marchands.
- Mali : les mansas sont musulmans. Kankou Moussa fait le pèlerinage en 1324-1325 et construit des mosquées. Mais l'islam reste surtout la religion de la cour et des villes, et le mansa conserve l'héritage sacré mandingue.
- Songhaï : l'attitude change selon les souverains. Sonni Ali Ber, musulman attaché aux traditions, se méfie des lettrés ; Askia Mohammed fait au contraire de l'islam le fondement de l'État : il prend le titre de calife du Soudan, s'entoure de cadis et favorise Tombouctou.
On passe donc d'un islam toléré (Ghana) à un islam de cour (Mali), puis à un islam d'État (Songhaï des Askia).
- 1Ghana : roi de religion traditionnelle, islam des marchands toléré et protégé
- 2Mali : mansas musulmans, pèlerinage de Kankou Moussa, islam de la cour et des villes
- 3Songhaï de Sonni Ali Ber : islam mêlé aux traditions, méfiance envers les lettrés
- 4Songhaï des Askia : islam fondement de l'État, titre de calife, rôle des cadis
5. Des bases économiques et culturelles différentes
- Le Ghana vit surtout de l'intermédiaire : taxes sur le sel et l'or, monopole des pépites. Sa grande ville est une ville de marchands.
- Le Mali ajoute la possession des mines d'or et une agriculture prospère dans la vallée du Niger ; son rayonnement repose sur le prestige (pèlerinage de Kankou Moussa) et sur la tradition orale des griots.
- Le Songhaï repose largement sur le fleuve Niger (riz, pêche, transport, flotte) et sur le grand commerce de Tombouctou et Djenné. Son rayonnement est surtout intellectuel : écoles de Tombouctou, savants comme Ahmed Baba, chroniques écrites.
Pour les sources, les différences sont aussi fortes : le Ghana est connu surtout par des auteurs arabes étrangers (al-Bakri) et par l'archéologie ; le Mali par une très riche tradition orale (épopée de Soundjata) et des voyageurs (Ibn Battuta) ; le Songhaï par des chroniques écrites par des Africains eux-mêmes, les lettrés de Tombouctou.
6. Des fins différentes
| Empire | Manière de disparaître | Durée du déclin |
|---|---|---|
| Ghana | Pression almoravide (vers 1076, discutée), révoltes, prise de la capitale par Soumaoro Kanté du Sosso au début du XIIIe siècle | Plus d'un siècle |
| Mali | Lent rétrécissement : querelles, pertes de provinces (Tombouctou, Gao), montée du Songhaï ; survie du noyau mandingue | Plusieurs siècles |
| Songhaï | Effondrement brutal après une seule bataille, Tondibi (1591), face à une armée venue de l'extérieur avec des armes à feu | Très rapide |
Le Mali ne disparaît donc pas d'un coup : il se réduit peu à peu au Manding, où les Keïta continuent de régner. Le Songhaï, au contraire, s'écroule en quelques années, même si une résistance se poursuit dans le Dendi.
Exemple
Question : « Compare la fin du Mali et celle de l'empire songhaï. »
Réponse : Le Mali connaît un déclin lent : à partir de la fin du XIVe siècle, les querelles de succession, les attaques des Touaregs et des Mossi et la montée du Songhaï lui font perdre ses provinces une à une, mais le noyau mandingue survit pendant des siècles. L'empire songhaï, lui, s'effondre brutalement après la défaite de Tondibi en 1591, face à une armée marocaine équipée d'armes à feu. Le premier s'éteint par usure, le second par un choc militaire.
Méthode
Pour rédiger un paragraphe de divergence :
- J'annonce le thème (par exemple : la place de l'islam).
- Je présente la situation dans chaque empire avec un exemple précis.
- J'emploie des mots de comparaison : « alors que », « au contraire », « tandis que », « en revanche ».
- Je conclus le paragraphe par une phrase qui résume l'évolution ou l'opposition.
3Je retiens
Je retiens
Peuples et foyers différents : Soninké du Wagadou (Ghana), Malinké du Manding (Mali), Songhaï de la boucle du Niger (Gao) ; déplacement du centre vers le sud puis vers l'est.
Étendue : le Ghana taxe l'or sans posséder les mines ; le Mali possède les mines et s'étend jusqu'à l'Atlantique ; le Songhaï s'étend surtout vers l'est.
Succession : matrilinéaire au Ghana, patrilinéaire chez les Keïta du Mali, coup d'État de 1493 et dynastie des Askia au Songhaï.
Pouvoir : de plus en plus centralisé, du Ghana (vassaux) au Songhaï des Askia (ministres, gouverneurs révocables, armée permanente).
Islam : toléré au Ghana, religion de la cour au Mali, fondement de l'État chez les Askia.
Fin : lente pour le Ghana et le Mali, brutale pour le Songhaï (Tondibi, 1591).
4Erreurs fréquentes
- Écrire que tous les souverains de ces empires étaient musulmans : le roi du Ghana décrit par al-Bakri suivait la religion traditionnelle.
- Confondre divergence et simple description : une divergence se montre en opposant au moins deux empires sur un même thème.
- Dire que le Mali a été détruit par une seule bataille : c'est le Songhaï qui s'effondre après Tondibi ; le Mali décline lentement.
- Oublier la différence de succession : matrilinéaire au Ghana, patrilinéaire au Mali.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quel peuple a fondé chacun des trois empires ?
b) Quel mode de succession pratique le Ghana ?
c) Quel empire possède directement les mines d'or du Bouré et du Bambouk ?
d) Quel empire s'effondre brutalement après une bataille ? Laquelle ?
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a) Ghana : les Soninké ; Mali : les Malinké ; Gao : les Songhaï.
b) Une succession matrilinéaire : le fils de la sœur du roi hérite du trône.
c) Le Mali.
d) L'empire songhaï, après la bataille de Tondibi en 1591.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, en justifiant)
a) Le roi du Ghana décrit par al-Bakri était musulman.
b) L'empire songhaï des Askia avait une armée permanente.
c) Le Mali a disparu en une seule bataille.
d) Le Songhaï est connu grâce à des chroniques écrites par des Africains.
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a) Faux : il pratiquait la religion traditionnelle tout en protégeant les musulmans de la ville des marchands.
b) Vrai : Askia Mohammed a créé une armée de soldats professionnels, avec une flotte sur le Niger.
c) Faux : le Mali a décliné lentement, en perdant ses provinces une à une ; son noyau mandingue a survécu.
d) Vrai : le Tarikh es-Soudan et le Tarikh el-Fettach ont été écrits en arabe par des lettrés de Tombouctou.
3Exercice 3
(Mots de liaison) Rédige trois phrases de comparaison en utilisant « alors que », « au contraire » et « tandis que », sur les thèmes suivants : la succession ; la religion du souverain ; la fin de l'empire.
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Exemples :
Au Ghana, le trône passe au fils de la sœur du roi, alors qu'au Mali il se transmet de père en fils dans la famille Keïta.
Le roi du Ghana suit la religion traditionnelle ; au contraire, Askia Mohammed fait de l'islam le fondement de son pouvoir.
Le Mali décline lentement pendant plusieurs siècles, tandis que l'empire songhaï s'effondre brutalement après Tondibi en 1591.
4Exercice 4
(Tableau) Complète le tableau suivant en une ligne par case.
| Thème | Ghana | Mali | Songhaï |
|---|---|---|---|
| Sources principales | ? | ? | ? |
| Rayonnement | ? | ? | ? |
| Armée | ? | ? | ? |
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| Thème | Ghana | Mali | Songhaï |
|---|---|---|---|
| Sources principales | Auteurs arabes étrangers (al-Bakri), archéologie | Tradition orale (épopée de Soundjata), Ibn Battuta, al-Omari | Chroniques de Tombouctou écrites par des Africains |
| Rayonnement | Commercial : « pays de l'or » | Prestige du mansa : pèlerinage de Kankou Moussa | Intellectuel : Tombouctou, Ahmed Baba |
| Armée | Levée au besoin | Levée par les clans, cavalerie noble | Armée permanente et flotte |
5Exercice 5
(Dissertation guidée, type examen) Sujet : « Les empires du Ghana, du Mali et de Gao : des empires semblables mais différents. Discutez. » Rédige l'introduction, un plan détaillé en deux parties (points communs, points de divergence) avec des exemples, et la conclusion.
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Introduction : Du Xe au XVIe siècle, le Ghana des Soninké, le Mali des Malinké et l'empire songhaï de Gao dominent tour à tour le Soudan occidental. On les présente souvent comme trois versions d'un même modèle. Ces empires sont-ils vraiment semblables, ou chacun a-t-il son originalité ? Nous verrons d'abord leurs points communs, puis leurs différences.
I. Des empires semblables : même cadre sahélien ; même richesse fondée sur l'or et le sel (taxes au Ghana, mines au Mali, Tombouctou pour le Songhaï) ; monarchies sacrées avec vassaux ; islam apporté par les marchands ; déclin par divisions et attaques.
II. Des empires différents : peuples et foyers différents ; succession matrilinéaire au Ghana, patrilinéaire au Mali, dynastie des Askia au Songhaï ; centralisation croissante ; islam toléré, islam de cour, islam d'État ; fin lente pour le Ghana et le Mali, brutale pour le Songhaï.
Conclusion : Les trois empires partagent un même cadre et un même modèle économique, mais chacun a ses caractères propres, notamment dans l'organisation du pouvoir et la place de l'islam. Leur histoire montre une évolution vers des États plus centralisés et plus islamisés, jusqu'à la rupture de 1591.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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