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Français · 12e SM

Leçon 3 sur 31

La prise de conscience : le handicap de la race (W. E. B. Du Bois)

Je sais présenter W. E. B. Du Bois, expliquer pourquoi la race était un « handicap » pour les Noirs américains et analyser les notions de « ligne de couleur » et de « double conscience ».

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Présenter la vie et l'œuvre de W. E. B. Du Bois
  • Expliquer les notions de ligne de couleur, de double conscience et de handicap de la race
  • Montrer l'influence de Du Bois sur le panafricanisme et sur la littérature négro-africaine

Avant de commencer : La leçon « La littérature africaine : la prise de conscience ».

1Je découvre

Au club de lecture du lycée de Kankan, Fatoumata présente un livre trouvé au centre culturel : Les Âmes du peuple noir, d'un certain W. E. B. Du Bois. « Il est mort au Ghana, en 1963, dit-elle. Pourtant, il était américain. »

Ibrahima ne comprend pas : « Pourquoi un Américain serait-il allé finir sa vie en Afrique ? »

Fatoumata lit la quatrième de couverture : l'auteur, né libre aux États-Unis, docteur de l'université Harvard, a passé sa vie à lutter contre le racisme. Il expliquait que, dans son pays, la couleur de la peau était un véritable handicap : un Noir, même instruit, restait un citoyen de seconde zone.

Comment la race peut-elle devenir un handicap, et pourquoi la réflexion de Du Bois est-elle à l'origine de la prise de conscience des Noirs du monde entier ?

2Je comprends

1. Qui est W. E. B. Du Bois ?

William Edward Burghardt Du Bois naît le 23 février 1868 à Great Barrington, dans le Massachusetts (nord-est des États-Unis). Il grandit après l'abolition de l'esclavage (1865), dans une Amérique où les Noirs sont officiellement libres, mais toujours méprisés.

RepèreFait
1868naissance dans le Massachusetts
1895premier Noir américain docteur de l'université Harvard
1903publie The Souls of Black Folk (Les Âmes du peuple noir)
1909participe à la fondation de la NAACP, association pour l'avancement des gens de couleur
1919organise à Paris un congrès panafricain
1961s'installe au Ghana, indépendant depuis 1957
1963meurt à Accra, le 27 août

Du Bois est à la fois sociologue, historien, journaliste, romancier et militant. Il dirige pendant de longues années la revue The Crisis, où il publiera aussi de jeunes poètes noirs.

2. Le contexte : une Amérique coupée en deux

Après la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage, les États du Sud mettent en place des lois de ségrégation. Les Noirs ont des écoles, des wagons, des églises, des hôpitaux séparés et de moins bonne qualité. On les empêche souvent de voter. Des foules racistes pratiquent le lynchage, c'est-à-dire l'exécution sans procès.

Dans ce contexte, un Noir, quelles que soient ses qualités, est d'abord jugé sur sa couleur. C'est ce que l'on appelle ici le handicap de la race : un obstacle injuste, imposé par la société, qui empêche l'individu de se développer librement.

3. Les idées clés de Du Bois

a) La ligne de couleur. Dans Les Âmes du peuple noir (1903), Du Bois annonce que le grand problème du XXe siècle sera celui de la ligne de couleur (en anglais, color line) : la frontière invisible qui sépare les hommes selon leur couleur, aux États-Unis, mais aussi en Afrique et en Asie colonisées. Il relie donc le sort des Noirs américains à celui de tous les peuples dominés.

b) La double conscience. Du Bois décrit un sentiment douloureux : le Noir américain se voit toujours à travers le regard méprisant des autres. Il se sent à la fois américain et noir, deux identités que la société présente comme opposées. Il vit ainsi une déchirure intérieure : deux âmes, deux pensées, deux aspirations dans un seul corps.

c) Le voile. Du Bois utilise l'image du voile : un rideau qui sépare le monde noir du monde blanc. Le Noir voit le monde blanc, mais le monde blanc ne le voit pas vraiment.

d) Le refus de la résignation. À son époque, un autre leader noir, Booker T. Washington, conseillait aux Noirs d'accepter pour un temps la ségrégation et de se consacrer au travail manuel. Du Bois s'y oppose : il réclame tout de suite l'égalité des droits civiques, le droit de vote et l'accès à l'enseignement supérieur. Il croit à la formation d'une élite noire instruite, capable de guider son peuple.

Booker T. Washington
  • accepter pour un temps la ségrégation
  • priorité au travail manuel et à l'apprentissage
  • progresser lentement, sans provoquer
W. E. B. Du Bois
  • refuser la ségrégation tout de suite
  • priorité aux droits civiques et à l'université
  • protester, s'organiser, revendiquer
Deux stratégies opposées face au handicap de la race.

4. Pourquoi parler de « handicap » ?

Un handicap est, au sens propre, un désavantage imposé à un concurrent dans une course. Le mot convient parfaitement : le Noir américain part dans la vie avec un poids supplémentaire, non pas à cause d'un défaut réel, mais à cause d'une règle injuste fixée par la société.

Du Bois montre que ce handicap agit à trois niveaux :

  1. social : pauvreté, travail mal payé, logements insalubres ;
  2. politique : pas de vote, pas de justice égale ;
  3. psychologique : la honte, le doute de soi, la double conscience.

C'est ce troisième niveau qui intéresse surtout la littérature : comment un homme peut-il garder sa dignité quand on lui répète chaque jour qu'il est inférieur ?

  1. 1Le Noir naît avec une couleur de peau que la société méprise
  2. 2La loi et les usages le séparent des Blancs (ségrégation)
  3. 3Il se voit à travers le regard des autres : c'est la double conscience
  4. 4Du Bois transforme cette souffrance en analyse et en combat
  5. 5Son œuvre inspire Harlem, le panafricanisme et la Négritude
Du handicap subi à la prise de conscience.

5. L'héritage de Du Bois

  • Pour le panafricanisme : Du Bois organise ou soutient plusieurs congrès panafricains (le premier à Paris en 1919). Il affirme que tous les Noirs du monde partagent un même destin. En fin de vie, il s'installe au Ghana de Kwame Nkrumah.
  • Pour la littérature : il ouvre la voie à la négro-renaissance de Harlem ; sa revue publie de jeunes poètes comme Langston Hughes.
  • Pour la Négritude : Senghor et Césaire reprendront l'idée qu'il faut d'abord se libérer du regard de l'autre et être fier de son identité.

Exemple

Question : Explique la notion de « double conscience » à partir d'un exemple.

Réponse rédigée : La double conscience est le sentiment d'un Noir américain qui se juge sans cesse à travers le regard méprisant des Blancs. Par exemple, un étudiant noir brillant, reçu à l'université, se demande malgré tout s'il est vraiment à sa place, parce que la société lui répète qu'un Noir est moins capable. Il est déchiré entre ce qu'il sait de lui-même et l'image dégradante que les autres lui renvoient. Du Bois montre que cette déchirure est une conséquence du racisme, non un défaut du Noir.

Exemple

Question : Pourquoi Du Bois est-il important pour un élève guinéen ?

Réponse rédigée : D'abord, Du Bois a montré que le racisme subi par les Noirs d'Amérique et la colonisation de l'Afrique étaient deux faces d'un même problème, la « ligne de couleur ». Ensuite, par le panafricanisme, il a encouragé l'unité des peuples noirs, idée qui a accompagné les indépendances africaines, dont celle de la Guinée en 1958. Enfin, il a inspiré les écrivains de la Négritude que nous étudions. Il fait donc partie de l'histoire intellectuelle de l'Afrique.

Méthode

Pour présenter un auteur dans un devoir :

  1. Je donne son nom complet, ses dates et son pays.
  2. Je situe le contexte historique en une ou deux phrases.
  3. Je cite son œuvre principale avec la date.
  4. J'expose ses deux ou trois idées essentielles, avec le vocabulaire exact.
  5. Je termine par son influence (sur qui, sur quel mouvement).

3Je retiens

Je retiens

W. E. B. Du Bois (1868-1963) : intellectuel noir américain, premier Noir docteur de Harvard (1895), militant des droits civiques et du panafricanisme, mort à Accra (Ghana).

Œuvre clé : Les Âmes du peuple noir (The Souls of Black Folk, 1903).

Ligne de couleur : frontière qui sépare les hommes selon leur couleur ; « le problème du XXe siècle ».

Double conscience : se voir à travers le regard méprisant des autres ; déchirure intérieure du Noir américain.

Handicap de la race : désavantage social, politique et psychologique imposé par une société raciste.

Héritage : négro-renaissance de Harlem, panafricanisme, Négritude.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que Du Bois est africain : il est né aux États-Unis ; il ne s'installe au Ghana qu'à la fin de sa vie.
  • Penser que le « handicap de la race » est une infériorité réelle : c'est un désavantage imposé par la société raciste, et Du Bois le dénonce.
  • Confondre Du Bois et Booker T. Washington : Washington conseillait la patience ; Du Bois réclamait l'égalité immédiate.
  • Oublier le lien avec l'Afrique : la ligne de couleur concerne aussi les peuples colonisés.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Réponds par des phrases complètes.

a) Où et quand Du Bois est-il né ?

b) Quel est le titre de son œuvre la plus célèbre, et en quelle année paraît-elle ?

c) Dans quel pays africain meurt-il ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Du Bois est né le 23 février 1868 à Great Barrington, dans le Massachusetts, aux États-Unis.

b) Son œuvre la plus célèbre est Les Âmes du peuple noir (The Souls of Black Folk), publiée en 1903.

c) Il meurt au Ghana, à Accra, en 1963.

2Exercice 2

Définis avec tes mots : ligne de couleur, double conscience, ségrégation, lynchage.

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  • Ligne de couleur : frontière invisible qui sépare les hommes selon la couleur de leur peau et fonde les inégalités.
  • Double conscience : sentiment de celui qui se voit à la fois tel qu'il est et à travers le regard méprisant des autres.
  • Ségrégation : séparation imposée entre Noirs et Blancs dans la vie quotidienne.
  • Lynchage : exécution d'une personne par une foule, sans procès.

3Exercice 3

Vrai ou faux ? Corrige les affirmations fausses.

a) Du Bois conseillait aux Noirs d'accepter la ségrégation.

b) Du Bois a organisé un congrès panafricain à Paris en 1919.

c) Pour Du Bois, le problème de la couleur ne concerne que les États-Unis.

d) Du Bois a été le premier Noir américain docteur de Harvard.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Faux : c'est Booker T. Washington qui conseillait la patience ; Du Bois réclamait l'égalité immédiate.

b) Vrai.

c) Faux : pour Du Bois, la ligne de couleur concerne le monde entier, en particulier les peuples colonisés.

d) Vrai (1895).

4Exercice 4

Lis ce passage, écrit pour l'exercice à la manière d'un témoignage.

« Chaque matin, je me regarde dans le miroir et je vois un homme instruit, capable, honnête. Puis je sors dans la rue, et les yeux des passants me renvoient un autre visage : celui d'un homme qu'on soupçonne, qu'on écarte, qu'on n'écoute pas. Je rentre le soir avec deux visages, et je ne sais plus lequel est le mien. »

a) Quelle notion de Du Bois ce texte illustre-t-il ? Justifie.

b) Relève l'opposition qui structure le passage.

c) Quel est l'effet de la dernière phrase sur le lecteur ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le texte illustre la double conscience : le narrateur se voit « instruit, capable, honnête », mais la société lui renvoie l'image d'un homme « qu'on soupçonne ». Il possède donc « deux visages ».

b) L'opposition est entre le miroir (l'image de soi, positive) et la rue (le regard des autres, négatif) ; entre le matin et le soir.

c) La dernière phrase exprime le trouble et la souffrance : le narrateur finit par douter de sa propre identité. Le lecteur ressent la violence psychologique du racisme.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En 12 à 15 lignes, montre que la réflexion de Du Bois dépasse le cas des Noirs américains et concerne aussi l'Afrique colonisée. Utilise au moins deux connecteurs logiques et une date.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

La réflexion de Du Bois naît de la situation des Noirs américains, mais elle a une portée universelle. En effet, dès 1903, dans Les Âmes du peuple noir, il affirme que le problème du XXe siècle sera celui de la « ligne de couleur ». Or cette ligne ne sépare pas seulement les Blancs et les Noirs des États-Unis : elle sépare aussi, en Afrique et en Asie, les colonisateurs et les colonisés. De plus, la double conscience décrite par Du Bois ressemble à ce que vit l'élève africain de l'école coloniale, à qui l'on apprend à mépriser sa propre culture. C'est pourquoi Du Bois s'engage dans le panafricanisme : dès 1919, il réunit à Paris un congrès qui défend les droits des peuples d'Afrique. Enfin, il choisit de finir sa vie au Ghana, montrant ainsi le lien entre le combat des Noirs d'Amérique et celui de l'Afrique. Sa pensée concerne donc directement les peuples africains.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1En quelle année paraît Les Âmes du peuple noir ?
Voir la réponse

Réponse B : 1903. Du Bois publie The Souls of Black Folk en 1903.

2Que désigne la « double conscience » ?
Voir la réponse

Réponse B : le fait de se voir à travers le regard méprisant des autres, en plus de sa propre image. C'est une déchirure intérieure causée par le racisme.

3Qui conseillait aux Noirs d'accepter pour un temps la ségrégation ?
Voir la réponse

Réponse A : Booker T. Washington. Du Bois s'est opposé à cette stratégie de patience.

4Où Du Bois organise-t-il un congrès panafricain en 1919 ?
Voir la réponse

Réponse C : à Paris. Le congrès panafricain de 1919 se tient à Paris.

5Pourquoi parle-t-on de « handicap de la race » ?
Voir la réponse

Réponse B : parce que la société impose aux Noirs un désavantage injuste. Le handicap vient d'une règle sociale injuste, pas d'une infériorité réelle.

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