Leçon 31 sur 52
Le commentaire composé : exercice d'application
J'applique pas à pas la méthode du commentaire composé à un poème complet, « L'Albatros » de Baudelaire, du tableau de repérages jusqu'à la conclusion rédigée.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Remplir un tableau de repérages et en dégager deux centres d'intérêt
- Construire un plan détaillé et une problématique
- Rédiger une introduction, des paragraphes d'analyse, une transition et une conclusion
Avant de commencer : Leçon « Le commentaire composé » ; leçon « Le symbolisme » (Baudelaire, Les Fleurs du mal)
1Je découvre
Au bord de la mer, à Kassa, Ousmane regarde les pêcheurs rentrer. Des oiseaux de mer planent au-dessus des pirogues, immenses et légers, sans jamais battre des ailes. Puis l'un d'eux se pose sur le sable : il avance en se dandinant, trébuche, et les enfants éclatent de rire. « Tout à l'heure, il était le roi du ciel, et maintenant il ne sait même pas marcher ! » dit sa petite sœur Kadiatou.
En classe, la semaine suivante, le professeur donne à commenter un poème de Baudelaire, « L'Albatros ». Ousmane sourit : il a vu la scène de ses propres yeux. Mais il comprend vite que le poème ne parle pas seulement d'un oiseau. Dans la dernière strophe, un mot change tout : « Le Poète ».
Ousmane a deux heures pour faire de ses observations un vrai commentaire composé.
Comment appliquer, étape par étape, la méthode du commentaire composé à un poème complet ?
2Je comprends
1. Le texte
> L'Albatros (Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1861)
>
> Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
> Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
> Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
> Le navire glissant sur les gouffres amers.
>
> À peine les ont-ils déposés sur les planches,
> Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
> Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
> Comme des avirons traîner à côté d'eux.
>
> Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
> Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
> L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
> L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
>
> Le Poète est semblable au prince des nuées
> Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
> Exilé sur le sol au milieu des huées,
> Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Vocabulaire : « indolents » = nonchalants, paresseux ; « gouffres amers » = les profondeurs de la mer salée ; « l'azur » = le ciel ; « veule » = sans force, sans volonté ; « naguère » = il y a peu de temps ; « brûle-gueule » = pipe à tuyau très court ; « nuées » = nuages ; « huées » = cris de moquerie.
2. Étape 1 : situer et comprendre
Baudelaire (1821-1867) est le poète des Fleurs du mal, précurseur du symbolisme. Le poème est composé de quatre quatrains d'alexandrins à rimes croisées. Les trois premières strophes racontent une scène : des marins capturent un albatros et se moquent de lui. La dernière strophe révèle le sens de la scène : l'albatros est l'image du poète.
Idée générale : à travers la chute ridicule de l'albatros, Baudelaire fait le portrait du poète, sublime dans son domaine et incompris des hommes.
3. Étape 2 : le tableau de repérages
| Citation | Procédé | Interprétation |
|---|---|---|
| « vastes oiseaux des mers », « rois de l'azur », « prince des nuées » | périphrases mélioratives, métaphores royales | grandeur et majesté de l'oiseau dans le ciel |
| « Le navire glissant sur les gouffres amers » | rythme ample, allitération en « s » | fluidité du vol et du voyage |
| « pour s'amuser » | complément de but | la cruauté gratuite des marins |
| « maladroits et honteux », « piteusement », « gauche et veule », « comique et laid » | champ lexical de la maladresse et de la honte, adjectifs péjoratifs | la déchéance de l'oiseau à terre |
| « Comme des avirons traîner à côté d'eux » | comparaison | les ailes, instruments de vol, deviennent un poids inutile |
| « naguère si beau » / « comique et laid » | antithèse | contraste entre passé glorieux et présent humiliant |
| « L'un agace… / L'autre mime… » | parallélisme | acharnement collectif des marins |
| « l'infirme qui volait » | oxymore (alliance de contraires) | le paradoxe de l'être supérieur rendu infirme |
| « Le Poète est semblable au prince des nuées » | comparaison, majuscule | révélation : l'albatros symbolise le poète |
| « Exilé sur le sol au milieu des huées » | champ lexical de l'exclusion | le poète rejeté par la société |
| « Ses ailes de géant l'empêchent de marcher » | paradoxe, chute | ce qui fait la grandeur du poète fait son malheur parmi les hommes |
4. Étape 3 : les centres d'intérêt et le plan
En coloriant le tableau, on voit apparaître deux groupes : ce qui raconte la chute de l'albatros (strophes 1 à 3) et ce qui en fait un symbole du poète (strophe 4, préparée par les strophes précédentes).
- 1Problématique : comment Baudelaire fait-il d'une scène de cruauté ordinaire un symbole de la condition du poète ?
- 2I. La déchéance d'un roi du ciel
- 3I.A La majesté de l'albatros dans son élément
- 4I.B L'humiliation de l'oiseau livré aux marins
- 5II. L'albatros, symbole du poète
- 6II.A Une comparaison qui éclaire tout le poème
- 7II.B Le paradoxe tragique du génie incompris
5. Étape 4 : l'introduction rédigée
Exemple
Introduction.
Depuis l'Antiquité, les poètes se sont souvent représentés sous les traits d'êtres à part, capables de voir ce que les autres ne voient pas. Charles Baudelaire, précurseur du symbolisme, reprend cette idée dans « L'Albatros », poème ajouté en 1861 à la deuxième édition des Fleurs du mal. En quatre quatrains d'alexandrins, il raconte comment des marins capturent un albatros pour s'amuser de sa maladresse, avant de comparer, dans la dernière strophe, cet oiseau au poète. Comment Baudelaire fait-il d'une scène de cruauté ordinaire un symbole de la condition du poète ? Nous étudierons d'abord la déchéance de ce roi du ciel, puis nous montrerons que l'albatros devient l'image du poète incompris.
6. Étape 5 : le développement rédigé (première partie)
Exemple
I.A La majesté de l'albatros dans son élément.
Dans la première strophe, l'albatros apparaît comme un être supérieur. Le poète le désigne par une périphrase méliorative, « vastes oiseaux des mers », dont l'adjectif « vastes » souligne l'envergure, puis, à la strophe suivante, par la métaphore royale « rois de l'azur » : l'oiseau règne sur le ciel. Il accompagne le navire en « indolents compagnons de voyage » : l'adjectif, qui évoque la nonchalance, montre qu'il vole sans effort, avec une aisance souveraine. Enfin, le vers 4, « Le navire glissant sur les gouffres amers », avec son allitération en « s » et son participe « glissant », imite la fluidité du voyage. Ainsi, dans son élément, l'albatros incarne la liberté, la grâce et la grandeur.
Exemple
I.B L'humiliation de l'oiseau livré aux marins.
Mais tout bascule dès que l'oiseau touche le pont. La construction « À peine… / Que… » souligne la rapidité de la chute. Les adjectifs « maladroits et honteux » et l'adverbe « piteusement » installent un champ lexical de la honte, qui contraste avec la royauté évoquée juste avant. La comparaison des ailes avec des « avirons » qu'on laisse « traîner » transforme l'instrument du vol en un poids ridicule. Dans la troisième strophe, les exclamations et l'antithèse « naguère si beau » / « comique et laid » marquent la violence du renversement. Enfin, le parallélisme « L'un agace… / L'autre mime » montre l'acharnement des marins, dont la cruauté est gratuite puisqu'ils agissent « pour s'amuser » ; l'oxymore « l'infirme qui volait » résume le scandale : un être fait pour le ciel est rendu infirme par ceux qui le capturent.
Exemple
Transition.
La chute de l'albatros, humilié par des hommes grossiers, pourrait n'être qu'une scène de la vie des marins. Mais la dernière strophe en révèle le sens caché : l'oiseau est l'image du poète lui-même.
7. Étape 6 : la conclusion rédigée
Exemple
Conclusion.
Dans « L'Albatros », Baudelaire raconte d'abord la déchéance d'un oiseau majestueux, roi du ciel devenu objet de moquerie sur le pont d'un navire. La dernière strophe transforme ce récit en symbole : comme l'albatros, le poète est sublime dans le monde de l'idéal, mais maladroit et rejeté dans la société des hommes, et ses « ailes de géant », c'est-à-dire son génie, font son malheur. Le poème illustre ainsi la tension baudelairienne entre le Spleen et l'Idéal. On retrouve cette figure du poète à part chez les poètes de la Négritude, qui, eux aussi, se sont sentis étrangers dans un monde qui ne reconnaissait pas leur voix, mais qui ont fait de cette différence une force.
Méthode
Déroulé conseillé pour un commentaire en trois heures :
- Lectures, vocabulaire, situation du texte, idée générale (20 min).
- Tableau de repérages : citation, procédé, interprétation (40 min).
- Regroupement en centres d'intérêt, problématique, plan détaillé (25 min).
- Rédaction de l'introduction et de la conclusion au brouillon (15 min).
- Rédaction au propre du développement (65 min).
- Relecture (15 min).
(20 + 40 + 25 + 15 + 65 + 15 = 180 minutes.)
3Je retiens
Je retiens
« L'Albatros » : quatre quatrains d'alexandrins à rimes croisées ; ajouté aux Fleurs du mal en 1861.
Structure : trois strophes de récit (la chute de l'oiseau), une strophe de révélation (l'albatros est le poète).
Procédés clés : métaphores royales (« rois de l'azur »), champ lexical de la honte, antithèse, oxymore (« l'infirme qui volait »), comparaison finale.
Sens : le poète, sublime dans l'idéal, est rejeté par la société ; son génie (« ses ailes de géant ») l'empêche de vivre parmi les hommes.
Méthode appliquée : repérages → centres d'intérêt → plan → introduction → paragraphes analysés et transition → conclusion.
4Erreurs fréquentes
- Commenter les trois premières strophes comme une simple anecdote et découvrir le symbole seulement en conclusion : la seconde partie doit l'étudier en détail.
- Faire une partie par strophe : c'est un plan d'explication linéaire, pas un commentaire composé.
- Confondre comparaison et métaphore : « Le Poète est semblable au prince des nuées » est une comparaison (outil « semblable à ») ; « rois de l'azur » est une métaphore.
- Oublier de définir les mots difficiles (« veule », « brûle-gueule ») : une erreur de sens fausse l'interprétation.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Relève dans le poème trois désignations de l'albatros et classe-les en deux groupes : mélioratives et péjoratives. Que montre ce contraste ?
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Mélioratives : « vastes oiseaux des mers », « rois de l'azur », « voyageur ailé », « prince des nuées ». Péjoratives : « maladroits et honteux », « gauche et veule », « comique et laid », « l'infirme ». Ce contraste montre le renversement brutal de la situation : dans le ciel, l'oiseau est un roi ; sur le pont, il devient un objet de moquerie. Il prépare le sens symbolique : la même dualité existe chez le poète.
2Exercice 2
Explique l'oxymore « l'infirme qui volait » (vers 12).
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Un oxymore réunit deux termes contradictoires. Un « infirme » ne peut pas se déplacer normalement, alors que celui « qui volait » avait une liberté de mouvement supérieure à celle des hommes. En imitant l'oiseau en boitant, le marin ridiculise un être qui, dans son élément, lui était infiniment supérieur. L'oxymore souligne l'absurdité et l'injustice de cette humiliation : c'est le regard des hommes, et le mauvais lieu, qui transforment la grandeur en infirmité.
3Exercice 3
Rédige le paragraphe II.A (« Une comparaison qui éclaire tout le poème ») en une douzaine de lignes.
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Proposition :
La dernière strophe donne la clé de tout le poème. La comparaison « Le Poète est semblable au prince des nuées » établit un lien explicite entre l'oiseau et le poète ; la majuscule donne au « Poète » une dimension générale : il ne s'agit pas seulement de Baudelaire, mais de tout vrai poète. La périphrase « prince des nuées » reprend et prolonge les images royales des strophes précédentes (« rois de l'azur ») : relu à la lumière de cette strophe, tout le récit devient une allégorie. La proposition « Qui hante la tempête et se rit de l'archer » montre que le poète, comme l'oiseau, domine les dangers dans son domaine, celui de l'imagination et de l'idéal. Les marins, eux, prennent alors un sens symbolique : ils représentent la foule, la société ordinaire, incapable de comprendre ce qui la dépasse. Ainsi, la comparaison finale transforme une scène de mer en une réflexion sur la condition du poète.
4Exercice 4
Rédige le paragraphe II.B (« Le paradoxe tragique du génie incompris ») en une douzaine de lignes.
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Proposition :
Le dernier distique exprime le paradoxe tragique du poète. Le participe « Exilé », placé en tête de vers, fait du sol un lieu d'exil : le poète n'est pas chez lui parmi les hommes. L'expression « au milieu des huées » rappelle les moqueries des marins et montre le rejet de la société, qui méprise ce qu'elle ne comprend pas. Enfin, le dernier vers constitue une chute saisissante : « Ses ailes de géant l'empêchent de marcher ». Les « ailes de géant » représentent le génie, la sensibilité, la capacité de rêver ; or ce qui fait la grandeur du poète est précisément ce qui le rend maladroit dans la vie ordinaire. Le rythme régulier de l'alexandrin donne à cette phrase la force d'une maxime. Baudelaire exprime ainsi la solitude du génie incompris, déchiré entre l'Idéal, où il est roi, et le monde réel, où il est infirme.
5Exercice 5
Propose un autre plan en deux parties pour ce poème, avec une problématique différente.
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Exemple :
Problématique : comment le poème construit-il un contraste entre deux mondes ?
I. Le monde d'en haut : liberté et majesté (le ciel, « l'azur », les « nuées », le vol sans effort, la tempête dominée).
II. Le monde d'en bas : pesanteur et cruauté (les « planches », le « sol », les marins moqueurs, la démarche infirme, les « huées »).
Ce plan met en valeur l'opposition entre l'Idéal et le Spleen, essentielle dans Les Fleurs du mal.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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