Leçon 32 sur 52
Littérature africaine : présentation
Je sais définir la littérature africaine, distinguer sa part orale et sa part écrite, et situer ses grandes périodes et ses principaux auteurs, en particulier guinéens.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la littérature africaine et ses deux grandes formes (orale et écrite)
- Situer les grandes périodes de la littérature africaine d'expression française
- Citer des auteurs et des œuvres majeurs, notamment guinéens, et les rattacher à leur période
Avant de commencer : Les genres littéraires (roman, poésie, théâtre, conte) étudiés au collège et en 11e
1Je découvre
Un soir de saison sèche, à Niagassola, dans la préfecture de Siguiri, un griot accorde son balafon devant la famille réunie. Il raconte comment Soundjata, enfant infirme, se leva un jour et devint le fondateur de l'empire du Mali. Les enfants écoutent, les anciens corrigent un détail, l'assemblée répond au rythme de l'instrument. Personne n'a de livre, et pourtant tout le monde sait que ce récit est une œuvre.
Le lendemain, en classe de 12e à Kankan, Fatoumata ouvre son manuel et découvre qu'un historien guinéen, Djibril Tamsir Niane, a publié en 1960 un livre intitulé Soundjata ou l'épopée mandingue, à partir de la parole d'un griot. Plus loin, elle lit le nom de Camara Laye, né à Kouroussa, auteur de L'Enfant noir.
Fatoumata se demande alors : qu'est-ce que la littérature africaine ? Est-ce seulement ce qui est écrit dans les livres, ou aussi ce que disent les griots ? Et comment est-elle née, puis a-t-elle évolué ?
2Je comprends
1. Définir la littérature africaine
Au sens large, la littérature africaine est l'ensemble des œuvres produites par des Africains (ou par des auteurs de la diaspora noire qui se réclament de l'Afrique), qui expriment la vie, l'histoire, les valeurs et les problèmes du continent. Elle prend deux grandes formes :
- la littérature orale : transmise de bouche à oreille, de génération en génération, dans les langues africaines (maninka, pular, soussou, kissi, toma, guerzé…) ;
- la littérature écrite : rédigée dans les langues africaines ou, le plus souvent au XXe siècle, dans les langues héritées de la colonisation (français, anglais, portugais).
En 12e, on étudie surtout la littérature négro-africaine d'expression française, c'est-à-dire écrite en français par des Africains et des Antillais.
2. La littérature orale : la source
La littérature orale n'est pas une « petite » littérature : c'est la plus ancienne et la plus vivante. Ses principaux genres sont :
| Genre oral | Définition | Exemple guinéen |
|---|---|---|
| Épopée | long récit en l'honneur d'un héros fondateur, mêlant histoire et merveilleux | l'épopée de Soundjata |
| Conte | récit imaginaire, souvent avec des animaux, qui transmet une leçon | les contes de l'hyène et du lièvre racontés aux veillées |
| Mythe | récit qui explique l'origine du monde, d'un peuple ou d'une coutume | récits d'origine des clans |
| Proverbe | phrase courte qui résume une sagesse | proverbes cités par les anciens dans les palabres |
| Chant et poésie | chants de travail, de mariage, de louange, de deuil | chants des moissons, chants de louange des griots |
| Devinette | petite énigme qui exerce l'esprit | jeux de devinettes des veillées |
Le griot (on dit aussi djéli en maninka) est le gardien de la mémoire : il connaît les généalogies, raconte l'histoire et conseille. Cette littérature a trois caractères : elle est collective (l'auditoire participe), fonctionnelle (elle éduque, conserve l'histoire, accompagne les cérémonies) et vivante (chaque conteur la transforme un peu).
3. La littérature écrite : les grandes périodes
La littérature africaine écrite en français se développe au XXe siècle. On la découpe habituellement en quatre grandes périodes.
- 1Avant 1930 : premiers récits écrits, souvent encore sous le regard du colonisateur
- 2Années 1920-1930 : prise de conscience des intellectuels noirs (États-Unis, Haïti, Paris)
- 31935-1960 : la Négritude et la littérature de combat contre le colonialisme
- 4Après 1960 : littérature des indépendances, critique des nouveaux pouvoirs
- 5Depuis les années 1980 : littérature contemporaine, diversité des thèmes et des formes
a) Les débuts. Les premiers textes écrits par des Africains en français restent souvent prudents : ils décrivent les coutumes, parfois pour les faire connaître au lecteur européen. On cite par exemple Force-Bonté (1926) de Bakary Diallo, ancien tirailleur sénégalais.
b) La prise de conscience. Face au racisme et au mépris colonial, des intellectuels noirs réagissent : aux États-Unis (la « renaissance de Harlem »), en Haïti (Jean Price-Mars, Ainsi parla l'oncle, 1928) et à Paris. En 1921, le roman Batouala de René Maran, qui critique les abus coloniaux, reçoit le prix Goncourt : c'est un choc.
c) La Négritude. À Paris, Aimé Césaire (Martinique), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Léon-Gontran Damas (Guyane) lancent un mouvement qui revendique la dignité et les valeurs du monde noir. Le mot « négritude » apparaît dans le Cahier d'un retour au pays natal de Césaire (1939).
d) Les indépendances et après. Après 1960, les écrivains continuent de critiquer la colonisation, mais aussi les dérives des nouveaux États : parti unique, corruption, misère. Ahmadou Kourouma publie Les Soleils des indépendances (1968). Aujourd'hui, les auteurs abordent l'exil, la ville, la condition des femmes, la mémoire, avec une grande liberté de forme.
4. La Guinée dans la littérature africaine
La Guinée a donné des œuvres majeures :
| Auteur | Œuvre | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| Camara Laye (né à Kouroussa) | L'Enfant noir (1953) | récit d'enfance en Haute-Guinée, entre traditions malinkées et école française |
| Djibril Tamsir Niane | Soundjata ou l'épopée mandingue (1960) | transcription en français de l'épopée racontée par un griot |
| Keita Fodéba | poèmes et récits, les Ballets africains | le théâtre et la danse au service de la culture africaine |
| Alioum Fantouré | Le Cercle des Tropiques (1972) | roman qui dénonce une dictature imaginaire après l'indépendance |
| Williams Sassine | Saint Monsieur Baly (1973) | roman sur un vieil instituteur qui veut créer une école |
| Tierno Monénembo | Les Crapauds-brousse (1979), Le Roi de Kahel (2008) | romans sur le pouvoir, l'exil, l'histoire du Fouta-Djallon |
- Parole, voix, musique
- Auteur souvent anonyme ou collectif
- Auditoire présent qui participe
- Texte qui varie à chaque récit
- Langues africaines
- Texte imprimé, livre
- Auteur connu, qui signe son œuvre
- Lecteur seul, souvent éloigné
- Texte fixé une fois pour toutes
- Surtout français, anglais, portugais au XXe siècle
5. Les grands thèmes
Quelle que soit la période, on retrouve des thèmes récurrents : la tradition et la modernité, la colonisation et ses violences, la quête d'identité, l'enfance et le village, la ville, le pouvoir, l'exil. Beaucoup d'écrivains enrichissent le français d'images, de proverbes et de rythmes venus de l'oralité : c'est l'une des originalités de cette littérature.
Méthode
Pour situer une œuvre africaine dans l'histoire littéraire :
- Je relève la date de publication et la nationalité de l'auteur.
- Je rattache la date à une période (avant 1930, prise de conscience, Négritude, indépendances, contemporaine).
- Je repère le thème principal (tradition, colonisation, identité, pouvoir, exil…).
- Je note ce que l'œuvre doit à l'oralité (proverbes, récit de griot, chants).
- Je rédige une phrase de synthèse qui relie l'œuvre à son époque.
Exemple
Situer L'Enfant noir de Camara Laye.
- Date et auteur : 1953, Camara Laye, écrivain guinéen né à Kouroussa.
- Période : années 1950, en pleine époque de la Négritude, avant l'indépendance de la Guinée (2 octobre 1958).
- Thème : l'enfance en Haute-Guinée, la famille, les traditions (le père forgeron, la mère), puis le départ vers l'école et vers la France.
- Oralité : les croyances, les cérémonies et la parole des anciens sont très présentes.
- Synthèse : L'Enfant noir célèbre les valeurs du monde malinké au moment où l'Afrique affirme sa dignité ; il rejoint ainsi l'esprit de la Négritude, sans être un texte de combat.
Exemple
Distinguer oral et écrit à propos de Soundjata.
L'épopée de Soundjata existe d'abord oralement : elle est chantée par les griots, avec des variantes selon les régions et les familles. En 1960, Djibril Tamsir Niane la publie en français à partir du récit d'un griot : l'œuvre devient alors un texte écrit, fixé, signé, qui peut être lu partout. On passe donc de la littérature orale à la littérature écrite, mais le livre garde la voix du griot (formules d'appel, généalogies, louanges).
3Je retiens
Je retiens
La littérature africaine exprime la vie, l'histoire et les valeurs de l'Afrique ; elle est orale et écrite.
Littérature orale : épopée, conte, mythe, proverbe, chant, devinette ; le griot en est le gardien. Elle est collective, fonctionnelle et vivante.
Littérature écrite en français : débuts (années 1920), prise de conscience (Harlem, Haïti, Paris), Négritude (1935-1960), indépendances (après 1960), époque contemporaine.
Dates repères : Batouala (1921), Cahier d'un retour au pays natal (1939), L'Enfant noir (1953), Soundjata ou l'épopée mandingue (1960), Les Soleils des indépendances (1968).
Auteurs guinéens : Camara Laye, Djibril Tamsir Niane, Keita Fodéba, Alioum Fantouré, Williams Sassine, Tierno Monénembo.
4Erreurs fréquentes
- Croire que la littérature commence avec l'écriture : l'Afrique possède une immense littérature orale, plus ancienne que ses livres.
- Confondre l'auteur d'une épopée orale et celui qui l'a transcrite : Djibril Tamsir Niane a mis par écrit Soundjata, il n'a pas inventé l'épopée.
- Placer toutes les œuvres dans la Négritude : un roman de 1968 sur les nouveaux pouvoirs appartient à la littérature des indépendances.
- Réciter des dates sans les relier à l'histoire : une date n'a de sens que si tu expliques ce qui se passe à ce moment (colonisation, luttes, indépendances).
5Je m’exerce
1Exercice 1
Donne le genre oral qui correspond à chaque définition.
a) Récit imaginaire, souvent avec des animaux, qui transmet une leçon.
b) Long récit en l'honneur d'un héros fondateur.
c) Phrase courte qui résume une sagesse.
d) Récit qui explique l'origine du monde ou d'un peuple.
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a) Le conte. b) L'épopée. c) Le proverbe. d) Le mythe.
2Exercice 2
Classe ces œuvres dans l'ordre chronologique et indique pour chacune la période : Les Soleils des indépendances ; Batouala ; L'Enfant noir ; Cahier d'un retour au pays natal ; Le Roi de Kahel.
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- Batouala (1921) : période de la prise de conscience.
- Cahier d'un retour au pays natal (1939) : Négritude.
- L'Enfant noir (1953) : années de la Négritude, avant les indépendances.
- Les Soleils des indépendances (1968) : littérature des indépendances.
- Le Roi de Kahel (2008) : littérature contemporaine.
3Exercice 3
Recopie et complète le tableau.
| Auteur | Pays | Œuvre |
|---|---|---|
| Camara Laye | … | … |
| … | Guinée | Soundjata ou l'épopée mandingue |
| Aimé Césaire | … | … |
| René Maran | Guyane (né en Martinique) | … |
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| Auteur | Pays | Œuvre |
|---|---|---|
| Camara Laye | Guinée | L'Enfant noir (1953) |
| Djibril Tamsir Niane | Guinée | Soundjata ou l'épopée mandingue (1960) |
| Aimé Césaire | Martinique | Cahier d'un retour au pays natal (1939) |
| René Maran | Guyane (né en Martinique) | Batouala (1921) |
4Exercice 4
Explique en cinq à huit lignes pourquoi on dit que la littérature orale est « collective, fonctionnelle et vivante ». Appuie-toi sur un exemple guinéen.
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Exemple de réponse :
La littérature orale est d'abord collective : pendant une veillée, le conteur ou le griot parle devant un public qui répond, chante le refrain, corrige ou encourage ; l'œuvre appartient à toute la communauté. Elle est ensuite fonctionnelle : elle sert à quelque chose. L'épopée de Soundjata conserve l'histoire de l'empire du Mali et rappelle les généalogies ; les contes éduquent les enfants ; les chants accompagnent les travaux des champs et les mariages. Enfin, elle est vivante : comme elle n'est pas fixée par écrit, chaque griot l'adapte à son auditoire et au moment, si bien qu'il existe plusieurs versions d'un même récit.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Un camarade affirme : « La littérature africaine, ce sont seulement les livres écrits en français. » Rédige un paragraphe argumenté de dix à quinze lignes pour lui répondre. Tu dois : donner ta position, présenter deux arguments, citer au moins deux exemples précis.
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Exemple de paragraphe :
Je ne partage pas l'avis de mon camarade, car la littérature africaine est bien plus large que les livres écrits en français. D'abord, elle est née à l'oral, bien avant l'écriture : les épopées, les contes et les proverbes forment un patrimoine immense. En Guinée, l'épopée de Soundjata est chantée par les griots depuis des siècles, et chaque veillée de contes est une véritable séance de littérature. Ensuite, même la littérature écrite ne se limite pas au français : il existe des textes en langues africaines, et beaucoup d'œuvres en français se nourrissent de l'oralité. Soundjata ou l'épopée mandingue, publié par Djibril Tamsir Niane en 1960, garde la voix du griot, et L'Enfant noir de Camara Laye fait entendre les traditions malinkées. Ainsi, la littérature africaine est à la fois orale et écrite, et c'est ce dialogue qui fait sa richesse.
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6Je vérifie
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