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Géographie · 12e SE

Leçon 15 sur 31

L'agriculture intensive traditionnelle : l'agriculture sérère

Je sais décrire le système agricole des Sérère du Sénégal, expliquer comment l'association de l'agriculture, de l'élevage et de l'arbre leur permettait de nourrir de fortes densités, et analyser la crise de ce système.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Localiser le pays sérère et décrire son milieu
  • Expliquer le rôle de l'arbre Faidherbia albida
  • Décrire l'organisation du terroir, les rotations et l'association agriculture-élevage
  • Expliquer les causes et les conséquences de la crise du système
  • Comparer avec des exemples guinéens

Avant de commencer : La leçon « L'agriculture traditionnelle intensive » (définition, techniques d'intensification).

1Je découvre

Mamadou, élève à Labé, a un correspondant sénégalais, Ousmane, qui vit dans un village du Sine, au centre-ouest du Sénégal. Ousmane lui envoie une photo prise en pleine saison sèche : sous un soleil brûlant, dans des champs nus et secs, se dressent de grands arbres… tout verts, couverts de feuilles, alors que presque tous les autres arbres ont perdu les leurs. Des vaches se reposent à leur ombre et mangent leurs gousses.

Ousmane explique : « Chez nous, les Sérère, on dit que ces arbres sont les greniers des champs. Nos anciens les ont protégés depuis toujours. On cultive le mil sous ces arbres, et le troupeau fume les champs. Mais aujourd'hui, les champs manquent, les troupeaux diminuent et beaucoup de jeunes partent à Dakar. »

Mamadou pense aux tapades de sa grand-mère, fumées chaque jour. Il se demande comment les Sérère ont réussi à cultiver la même terre chaque année dans une région sahélo-soudanienne aux pluies courtes, et pourquoi leur système est en difficulté aujourd'hui.

Comment fonctionne l'agriculture intensive traditionnelle des Sérère, et pourquoi est-elle aujourd'hui en crise ?

2Je comprends

1. Le pays sérère : un milieu difficile et densément peuplé

Les Sérère sont un peuple du Sénégal. Leur système agricole traditionnel le plus étudié est celui des régions du Sine et du Saloum, au centre-ouest du pays, à l'est de la Petite-Côte.

Le milieu n'est pas favorable :

  • un climat de type sahélo-soudanien, avec une saison des pluies courte (environ trois à quatre mois, de juillet à octobre) et une longue saison sèche ;
  • des sols sableux, légers, pauvres et fragiles, sensibles à l'érosion par le vent ;
  • une végétation de savane arborée.

Pourtant, le pays sérère a longtemps porté de fortes densités de population rurale, bien plus élevées que celles des régions voisines d'agriculture extensive. Les Sérère ont donc dû mettre au point un système capable de cultiver la même terre chaque année sans l'épuiser. Le géographe Paul Pélissier l'a décrit comme un modèle d'agriculture paysanne intensive.

2. Un arbre au cœur du système : le Faidherbia albida

Dans les champs sérère, les paysans protègent un grand arbre, le Faidherbia albida (autrefois appelé Acacia albida, « kad » en wolof). Il forme un véritable parc arboré au milieu des champs.

Cet arbre a une particularité remarquable : il perd ses feuilles pendant la saison des pluies et reste vert pendant la saison sèche, à l'inverse de la plupart des arbres.

Ses avantages sont nombreux :

  • pendant la saison des pluies, sans feuilles, il ne fait pas d'ombre aux cultures de mil qui poussent dessous ;
  • ses feuilles tombées et ses racines enrichissent le sol en matière organique et en azote ; les récoltes de mil sont meilleures sous les arbres ;
  • en saison sèche, quand l'herbe a disparu, ses feuilles et ses gousses nourrissent le bétail ; les animaux se rassemblent à son ombre et y laissent leur fumier ;
  • ses racines profondes retiennent le sol et limitent l'érosion par le vent ;
  • il fournit aussi du bois et des produits médicinaux.

La protection de cet arbre est une règle collective transmise de génération en génération.

FaidherbiaalbidaFeuilles,goussesBétail nourriFumier au solMil plusproductif
En saison sèche, l'arbre nourrit le bétail, dont le fumier enrichit le champ où l'on cultive le mil pendant la saison des pluies.

3. L'association étroite de l'agriculture et de l'élevage

Contrairement à beaucoup de régions d'Afrique de l'Ouest où agriculteurs et éleveurs sont des groupes différents, les Sérère sont à la fois cultivateurs et éleveurs. Chaque famille possède du bétail (bovins surtout, mais aussi petits ruminants).

L'élevage est organisé pour fumer les champs :

  • pendant la saison des pluies, le bétail est gardé sur la jachère (une sole laissée au repos), enclose ou surveillée, pour qu'il ne détruise pas les cultures ; il y laisse son fumier ;
  • pendant la saison sèche, après les récoltes, le bétail pâture librement les chaumes des champs et les feuilles des Faidherbia, et continue de fumer la terre ;
  • les animaux sont parqués la nuit sur les parcelles qui ont le plus besoin de fumure.

Ainsi, l'élevage transforme la végétation (herbes, chaumes, feuilles) en engrais, et l'agriculture fournit en retour des résidus de récolte pour le bétail.

4. L'organisation du terroir et les rotations

Le terroir sérère est organisé en auréoles autour du village :

  • près des cases, les champs de case, enrichis en permanence par les ordures ménagères et le fumier, portent chaque année une céréale précoce (petit mil hâtif) qui permet de manger avant la grande récolte ;
  • plus loin, les champs de brousse, cultivés selon une rotation sur plusieurs années.

La rotation traditionnelle faisait alterner sur une même parcelle, d'une année à l'autre, le mil (petit mil et sorgho), puis une jachère pâturée où le bétail était parqué. Avec la colonisation, l'arachide, culture commerciale destinée à l'exportation, a été introduite dans la rotation (mil, arachide, jachère). Comme légumineuse, l'arachide enrichit le sol en azote, mais elle occupe des terres autrefois réservées à la jachère.

Les cultures sont soignées : semis précoces aux premières pluies, sarclages répétés à la houe, récolte manuelle.

  1. 1Année 1 : mil sur un sol fumé par le bétail parqué l'année précédente
  2. 2Année 2 : arachide (introduite à l'époque coloniale), qui enrichit le sol en azote
  3. 3Année 3 : jachère pâturée, le troupeau y est gardé pendant les pluies et la fume
  4. 4Puis on recommence : la même terre est cultivée sans épuisement
Exemple de rotation dans le champ de brousse sérère.

Exemple

Surface cultivée et jachère dans une rotation de trois ans (données d'exercice) :

Une famille dispose de 6 ha de champs de brousse divisés en trois soles de 2 ha. Chaque année, une sole porte du mil, une de l'arachide et une est en jachère pâturée.

Surface cultivée chaque année : 2 + 2 = 4 ha, soit 4 ÷ 6 × 100 ≈ 66,7 % de la surface.

Si la famille supprime la jachère pour cultiver plus d'arachide, elle cultive 6 ha, soit 50 % de plus (6 ÷ 4 = 1,5). Mais le bétail n'a plus d'espace de pâture ni de parcage pendant les pluies : la fumure disparaît et, à terme, les rendements baissent.

5. La crise du système sérère

Au cours du XXe siècle, ce système équilibré est entré en crise.

Les causes :

  • la croissance démographique : plus de bouches à nourrir et des terres partagées entre plus d'héritiers ;
  • l'extension de l'arachide, encouragée depuis l'époque coloniale puis par l'État, pour obtenir des revenus monétaires ; elle a pris la place de la jachère ;
  • la réduction des pâturages : le bétail ne trouve plus assez d'espace, les troupeaux diminuent ou sont envoyés au loin, la fumure recule ;
  • le vieillissement et le recul du parc de Faidherbia albida dans certains terroirs ;
  • les sécheresses des années 1970 et 1980, qui ont touché tout le Sahel.

Les conséquences :

  • épuisement des sols et baisse des rendements ;
  • érosion éolienne des sols sableux mis à nu ;
  • insuffisance de la production vivrière et appauvrissement des paysans ;
  • émigration : vers les villes (Dakar, Kaolack), vers d'autres régions agricoles du Sénégal (les « Terres neuves » de l'est du pays), vers l'étranger.

Les réponses : replanter et protéger le Faidherbia albida (régénération naturelle assistée), réintroduire la fumure et le compost, diversifier les cultures, organiser des groupements de producteurs.

6. Comparaison avec la Guinée

On retrouve en Guinée des logiques proches :

  • dans les tapades du Fouta-Djallon, la fumure permanente (ordures, cendres, fumier) et les arbres fruitiers permettent une culture annuelle intensive ;
  • l'association de l'agriculture et de l'élevage existe en Moyenne et en Haute-Guinée, mais elle y est souvent moins étroite qu'en pays sérère ;
  • le néré, le karité et d'autres arbres utiles sont conservés dans les champs de savane de Haute-Guinée, formant eux aussi des parcs arborés.

Méthode

Pour rédiger une réponse sur l'agriculture sérère :

  1. Localiser (centre-ouest du Sénégal, Sine et Saloum) et décrire le milieu (pluies courtes, sols sableux).
  2. Rappeler la contrainte : fortes densités, donc culture annuelle obligatoire.
  3. Expliquer les trois piliers : l'arbre (Faidherbia albida), l'élevage (fumure, parcage), la rotation (mil, arachide, jachère pâturée).
  4. Présenter la crise : causes (démographie, arachide, recul de la jachère et de l'élevage, sécheresses) et conséquences.
  5. Conclure sur les solutions et, si possible, comparer avec la Guinée.

3Je retiens

Je retiens

Les Sérère du Sine et du Saloum (centre-ouest du Sénégal) pratiquent une agriculture intensive traditionnelle dans un milieu difficile (pluies courtes, sols sableux) et fortement peuplé.

Le Faidherbia albida perd ses feuilles en saison des pluies (pas d'ombre sur le mil) et reste vert en saison sèche (fourrage) ; il enrichit le sol.

Les Sérère sont agriculteurs et éleveurs : le bétail, gardé sur la jachère pendant les pluies et sur les chaumes en saison sèche, fume les champs.

Terroir en auréoles : champs de case fumés en permanence, champs de brousse en rotation (mil, arachide, jachère pâturée).

Crise : croissance démographique, extension de l'arachide au détriment de la jachère, recul de l'élevage et de la fumure, sécheresses ; conséquences : sols épuisés, rendements en baisse, émigration.

4Erreurs fréquentes

  • Situer les Sérère en Guinée : ils vivent au Sénégal (Sine et Saloum) ; les exemples guinéens proches sont les tapades du Fouta-Djallon et la riziculture baga.
  • Dire que le Faidherbia albida fait de l'ombre aux cultures : il perd justement ses feuilles pendant la saison des pluies, quand poussent les cultures.
  • Présenter l'arachide comme une culture traditionnelle sérère : elle a été développée à l'époque coloniale comme culture d'exportation.
  • Oublier le rôle de l'élevage : sans le bétail et sa fumure, le système ne peut pas fonctionner.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Où vivent les Sérère étudiés dans cette leçon ? Décris leur milieu.

b) Quelle est la particularité du Faidherbia albida ? Cite trois de ses avantages.

c) Comment le bétail contribue-t-il à la fertilité des champs ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Ils vivent dans le Sine et le Saloum, au centre-ouest du Sénégal. Le milieu est sahélo-soudanien : la saison des pluies est courte (trois à quatre mois), les sols sont sableux, pauvres et fragiles, la végétation est une savane arborée.

b) Le Faidherbia albida perd ses feuilles pendant la saison des pluies et reste vert pendant la saison sèche. Avantages : il ne fait pas d'ombre aux cultures ; ses feuilles et ses racines enrichissent le sol ; ses feuilles et ses gousses nourrissent le bétail en saison sèche ; il limite l'érosion (trois suffisent).

c) Le bétail est gardé sur la jachère pendant les pluies et pâture les chaumes en saison sèche ; il est parqué la nuit sur les parcelles à fertiliser. Partout, il dépose son fumier, qui enrichit les sols cultivés ensuite.

2Exercice 2

(Calcul) Une famille sérère dispose de 9 ha de champs de brousse en rotation triennale : un tiers en mil, un tiers en arachide, un tiers en jachère pâturée. (Données d'exercice.)

a) Quelle surface est cultivée chaque année ? Quelle surface est en jachère ?

b) La famille met toute la surface en culture, dont 6 ha d'arachide. Quelle surface d'arachide gagne-t-elle par rapport à avant ? Quelle conséquence pour le bétail et pour le sol ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Chaque sole mesure 9 ÷ 3 = 3 ha. Surface cultivée : 3 + 3 = 6 ha ; surface en jachère : 3 ha.

b) Avant, l'arachide occupait 3 ha ; maintenant 6 ha : elle gagne 6 − 3 = 3 ha, soit le double. Il n'y a plus de jachère : le bétail n'a plus d'espace pour pâturer et être parqué pendant les pluies ; il doit partir ou diminuer ; la fumure disparaît, le sol s'épuise et les rendements baissent.

3Exercice 3

(Analyse de texte) Relis la partie « Je découvre ».

a) Pourquoi Ousmane appelle-t-il ces arbres « les greniers des champs » ?

b) Relève trois signes de la crise du système.

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a) Parce que ces arbres entretiennent la fertilité du sol et donc les récoltes de mil, et qu'ils nourrissent le bétail en saison sèche : ils sont une réserve de nourriture et de richesse pour les champs, comme un grenier.

b) Les champs manquent (pression démographique) ; les troupeaux diminuent (moins de fumure) ; beaucoup de jeunes partent à Dakar (émigration).

4Exercice 4

(Comparaison) Compare l'agriculture sérère et les tapades du Fouta-Djallon : points communs et différences.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Points communs : ce sont deux agricultures traditionnelles intensives ; la même terre est cultivée chaque année ; la fertilité est entretenue par la fumure (fumier, déchets) ; les arbres jouent un rôle important. Différences : la tapade est un petit jardin de case clôturé, cultivé surtout par les femmes, avec de nombreuses plantes associées et des arbres fruitiers ; le système sérère concerne l'ensemble du terroir (champs de case et champs de brousse), repose sur une association étroite avec l'élevage bovin, sur le parc de Faidherbia albida et sur une rotation mil-arachide-jachère.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, présente l'agriculture sérère comme un exemple d'agriculture intensive traditionnelle et explique sa crise. Plan : introduction ; 1. un milieu difficile et peuplé ; 2. un système intensif (arbre, élevage, rotation) ; 3. la crise ; conclusion.

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Exemple de rédaction :

Au Sénégal, les Sérère du Sine et du Saloum ont développé l'un des exemples les plus connus d'agriculture intensive traditionnelle.

Leur milieu est difficile : la saison des pluies est courte et les sols sableux sont pauvres. Pourtant, la population y est dense, ce qui interdit les longues jachères.

Pour cultiver chaque année la même terre, les Sérère associent l'arbre, l'élevage et la rotation. Ils protègent le Faidherbia albida, qui perd ses feuilles en saison des pluies, enrichit le sol et nourrit le bétail en saison sèche. Ils sont à la fois agriculteurs et éleveurs : le bétail, gardé sur la jachère pendant les pluies et sur les chaumes après la récolte, fume les champs. Les parcelles suivent une rotation qui associe le mil, l'arachide et une jachère pâturée.

Au XXe siècle, ce système est entré en crise : la population a augmenté, l'arachide a pris la place de la jachère, le bétail a manqué de pâturages, la fumure a reculé et les sécheresses ont frappé. Les sols se sont épuisés, les rendements ont baissé et de nombreux jeunes ont émigré.

L'agriculture sérère montre ainsi à la fois l'ingéniosité des paysans africains et la fragilité de leurs systèmes face à la pression démographique et aux cultures commerciales.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans quel pays vivent les Sérère étudiés dans cette leçon ?
Voir la réponse

Réponse B : au Sénégal. Ils vivent dans le Sine et le Saloum, au centre-ouest du Sénégal.

2Le Faidherbia albida perd ses feuilles :
Voir la réponse

Réponse A : pendant la saison des pluies. Il ne fait donc pas d'ombre aux cultures qui poussent pendant les pluies.

3Quel est le rôle principal du bétail dans le système sérère ?
Voir la réponse

Réponse B : fumer les champs. Son fumier entretient la fertilité des sols cultivés chaque année.

4Quelle culture, introduite à l'époque coloniale, a pris la place de la jachère ?
Voir la réponse

Réponse C : l'arachide. L'extension de l'arachide, culture d'exportation, a réduit la jachère et les pâturages.

5Laquelle n'est PAS une cause de la crise du système sérère ?
Voir la réponse

Réponse C : l'excès de pluies. Le Sahel a souffert au contraire de sécheresses.

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